‹ L'ile de Tsong-mingChapitre 11 sur 231 · V. LES TROUBLES DU FLEUVE BLEU · texte numérisé non relu

V. LES TROUBLES DU FLEUVE BLEU

pas un Chinois qui entreprendrait pour Tamour de la science, des mesures et des calculs, dont les résultats immédiats ne se chiffreraient point par un bénéfice matériel. Heureusement, ce que n'eût pas fait un Chinois, un médecin de la marine anglaise, H. B. Guppy Ta accompli il y a douze ans, et ses conclusions nous permettent d'apprécier * la somme de travail à laquelle correspond la formation de Tsong-ming avec ses dimensions actuelles (1).

C'est à Han-k'eou (^ p), juste au-dessous de la jonction de la rivière Han avec le Fleuve Bleu, que Guppy a fait ses recherches, du mois de Mai 1877 au mois d'Avril 1878. A cette hauteur le débit moyen annuel a été trouvé de 18.456 m. cub. par seconde. La moyenne mensuelle minimum, indiquée fin de Janvier, n'était que de 3. 995 m. cub.; la moyenne maximum montait, fin d'Août précédent, à 16. 113 m. cub.; soit une proportion de 7-2 (2).

Ilan-k'eou est à 1.055 kilomètres de la mer. En estimant la partie du bassin qui se trouve en aval de Ilan-h^eou aux ^l\^ de la surface totale, et en supposant égales de part et d'autre les conditions d'écoulement, l'on obtient pour le débit moyen annuel du Fleuve, à la hauteur de Tsong-ming, le chiffre de 21.812 m. cub. d'eau, soit en une année 687.863.232.000 m. cub. Calculant ensuite le poids des matières en suspension, et l'évaluant en moyenne à âiW du poids total, soit à ^ du volume (si l'on donne à la boue desséchée la densité 1,9) Guppy est arrivé à assigner comme volume moyen de sédiment charrié à la mer, une masse de 5,™- «. 775 par seconde, soit en une année 182.018.175 m. cub. (3).

Voulez-vous savoir maintenant quelle masse de rocher représente ce dernier chiffre? Remplacez la densité 1,9 du sédiment, par celle 2,8 du roc, et vous verrez que chaque année, les eaux du Kiang charrient des sommets du Tibet jusque sur les côtes de la mer de Chine, un cube mesurant environ 500 mètres de côté.

Calculez enfin combien il a fallu de ces blocs, descendus en détail par une voie d'eau de 4.650 kilomètres pour former l'île actuelle de Tsong-ming. En donnant à cette dernière une profondeur moyenne de 20 brasses (36 mètres) et en évaluant sa surface à 780 kilom. carrés, vous concluerez que sa masse représente le

(1) Notes on the Uydrology of tlie Yang-tsr. . . By H. B. Guppy, M. B. Surgeon H. M. S. Homet. — Journal of the N. Ch. Branch. R. as. Soc. 1881.

(2) Les facteurs de cette proportion, îi savoir la vitesse du courant et la profondeur du Fleuve, sont indiqués par les chiffres suivants : la vitesse a varié de V« de nœud H 3 nœuds et demi, et la profondeur de 30 pieds à C2.

(3) Op. cit. La quantité des matières en suspension dans le Kiang est très variable suivant les saisons. En Mars 1878 Guppy n'observait que '/o dé grain par pinte de 20 onces, et il trouvait 7 grains en Juillet. La moyenne qu'il adopta fut de quatre grains par pinte, soit O gr. 2692 pour 567 gr. 90.

14 l'îlb db tsonq-mino.

travail du Kiang pendant 154 années. Cent cinquante-quatre de ces blocs titanesques détachés des carrières de TAsie centrale!

Un dernier élément nous reste à étudier dans la question des origines matérielles de Tsong-ming ; c'est celui de son âge.

A l'époque où, suivant M. Reclus, «la surface de l'île aurait à peine eflleuré celle du Fleuve,» c'est-à-dire au commencement de la domination Mongole (1293), les Chroniques nous montrent cette contrée comme constituée en district, avec sa ville fortifiée, son gouverneur particulier et sa population qu'elles évaluent déjà à 12.700 familles. Ces données très précises et incontestables sont du reste confirmées par d'autres détails intéressants, que nous devons aux mômes sources (1).

C'est ainsi qu'au dire des Chroniques, le bourg de Tsong-ming, établi dès l'an 705 sur le banc de Si-cha, était dès lors le centre d'un «marché» très actif; c'est ainsi que quatre siècles plus tard (1105) «la pèche et l'exploitation des salines étant très-productives, «la population s'accrut, et que plusieurs familles dont les noms «sont cités, élevèrent des établissements considérables.» C'est ainsi enfin qu'en 1291, «les habitants de T'ien-se-t'cfiang devenant «chaque jour plus nombreux, le mandarin Sié Wen-hou ayant pitié «du peuple, adressa un mémoire à la cour, pour la prier d'ériger «le district de Tsang-ming (2).»

Du reste nous croyons avoir surpris dans Grosier l'explication d'une erreur que d'autres auteurs ont commise après lui. «L'am- «bassade de Lord Macartney remarquant, paraît-il, que sur la «carte conservée dans le palais ducal de Venise, et qu'on croit «avoir été tracée d'après les esquisses originales de Marco Polo, «on ne trouve point l'île de Tsong-ming, quoique plusieurs autres «de la même côte y soient distinctement indiquées, en inféra que «cette île n'existait peut-être pas encore au 13* siècle, époque à «laquelle le voyageur vénitien parcourait ces contrées, ou qu'elle «était alors si basse et si peu considérable, qu'elle aurait échappé «à l'attention de Marco Polo (3).»

Si l'on se souvient que de 1222 à 1293, le nom de Tsong-ming fut remplacé par celui de T^ien-se-t'chang, et si l'on songe que Marco Polo vint précisément en Chine, au moment où la première

(1) Chron. de Tsong-minq. Chap. de la Population (^ CI)* Ces 12.700 familles doivent donner environ 60.000 habitants.

(2) Chron. de Tsong-ming. Chap. des Mutations (f^ ^)'

(3) Grosier, Op. et loc. cit.

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