‹ L'ile de Tsong-mingChapitre 122 sur 231 · II. LE ÎU DÉCORATIF ISOLÉ · texte numérisé non relu

II. LE ÎU DÉCORATIF ISOLÉ

suffisamment éloquent, (fîg. 54). J'insisterai de nouveau sur ce

fait que, dans beaucoup des spécimens déjà représentés, les croix gammées ne r^^T"^ ^ ^~^ 4\ sont pas tracées dans leur sens habituel.

fl^llll llil Est-ce parce que l'auteur de la planche

k^V^^^V^^^Vy originale les a dessinés directement sur

le bais à graver et dans leur vrai sens, Fi(j. 5K sans prendre garde que Timpression les

retournerait ou les orienterait différemment? De plus savants répondront et décideront d*un point qui ne peut être établi que sur une quantité notable d'observations. Nous inclinons à croire que les dessinateurs du Céleste Empire ne distinguent plus, s'ils ont jamais distingué.

Le dictionnaire chinois anglais de H. Giles (Chang-hai 1892) prétend, que le sauvastika py «le 4® signe de l'empreinte du pied de Bouddha,» ne doit pas être confondu avec le Lfî swastika ou «marteau de Thor» qui a les branches tournées vers la droite. H. Giles n'explique pas sur quoi il base sa distinction; il n'admet pas, évidemment, que les populations des bords du Gange, grâce à leur parenté indo-germanique, aient jamais eu connaissance du marteau de Thor, le dieu Scandinave. Ces Scandinaves auraientils emprunté leur marteau aux Indes? (1)

M. l'abbé Hamard écrivait déjà en 1887: «Régulièrement, les crochets du swastika doivent être dirigés vers la droite; quand ils ont une direction contraire, ils s'appellent proprement sauvastika; on a beaucoup disserté sur l'origine et la véritable signification de ce signe. Ce qu'il y a de plus probable, c'est que à l'origine, c'était un emblème du soleil lançant de toutes parts ses rayons, d'autant que dans les védas, le soleil est appelé une roue d'or ou une roue brillante. La roue elle-même a joué dans l'antiquité, spécialement chez les Gaulois, le même rôle symbolique. Le swastika n'en diffère que par ses crochets qui ont pour but d'indiquer la direction du mouvement. On a pensé qu'ils indiquaient soil le soleil du printemps, soit celui de l'automne, selon qu'ils étaient tournés à droite ou à gauche.» (2).

Pour contribuer à fournir les documents à l'aide desquels sera tranché peut-être ce différend, notons qu'au seuil, garni d'une lame de laiton, d'une boutique chinoise de Chang-hai, on a, par de gros clous en cuivre à tête ronde réalisé un système

(1) Cf. page 12.

(2) Cosmos. 1887. p. 204. En fait, les spécimens de la page suivante montrent presque tous des ITÏ *

"" CROIX kT flWASTIKA.

évidemment symbolique de décoration, dont la croix constitue les

éléments principaux

h. Li::: 4^

Le

Fiy. fis.

---- JompoBite de l'éloffe représentée au frontispice de I ouvrage de Audsley, Keramic arl of Japati, procède de la même pensée figurative, aemble-t-il. (fig. 56). Le ifi y est en noir; le reste en or sur Tond noir aussi. Quant aux deux autres signes qui alternent, on y lira peut-ëlre le caractère k'eou Q, et le carai'tère t g, ou bien encore ki ^. Audsiey n'indique pas la provenance de ce morceau einico-japonais; il nous manque donc un des éléments qui pourraient metter sur la voie d'une explication plausible.

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Signalons la planche XIV du mime ouvrage (fig. 57). L'étoffe qui recouvre l'étagère, supportant le vase reproduit, se présente avec plus de netteté et offre moins de complications: 3 lignes droites se croisant normalement et emprisonnant des î^, ri^iii^lés dans chacun des carrés de ce treillis. Le système n'est autre, en dernière analyse, que celui de noB graffiti nankinois, insûréB à la page 25.

(1) Le forniHt ilc eo livre nom oblige • In liguri>r «n deux lîgnei.Djns Ih «eooDile, In Cliiitie-tourit tormo le rrftm nauel, bni* sur ce fnit que le «on c1iiiioi«/oii «igntfle à l« foli eut Aiiimiil et le bonheur. Ce genre de oalemboar, auquel le urétent ii<lniin>h]einent . jei luelqiioi centïinea île moiioiyUnbei rie In langno ehinoiic, est <lei plui oommuni. La ■euil repréienté n pluaje'ira mètres de longueat.

g II. LE Ifi COMBINÉ.

Exemples concrets — La «grecque chinoise et japonaise» — M(?andres, damas, entrelacs.

Audsley nous fournira encore le début de ce paragraphe et son lien avec le précédent. Nous avons à relever, on s'en souvient, quelques exemples où le flJ n'est plus isolé, quoique répété, mais relié, rattaché, combiné avec un ensemble dont il forme partie intégrante, sinon principale. Car il ne faut pas oublier que, dans un système décoratif de cette sorte, l'attention se portant de préférence et exclusivement sur un motif, en change, à son gré et tour à tour, le sens subjectif et par conséquent aussi la signification suggestive. En vertu de ce travail de transposition arbitraire, les formes principales peuvent devenir subordonnées.

Appliquant même cette théorie au Ft» si nous voulons décomposer, Atialyger, disséquer la croix gammée, nous la trouverons formée d*Une croix ^, et de quatre lignes parallèles deux à deux, 8 etnbranchant à angle droit sur chacun des bras de la croix. Oti bien si l'on préfère s'en rapporter au nom même de croix gammée, c'est, avons-nous dit, la disposition dans un ordre particulier de quatre gammas, opposés par la tête autour d'un point central.

Or, dang les exemples empruntés soit à Audsley, soit à certains monuments originaux, la présence du \f\ est-elle formelle ou simplement matérielle? Çst-elle voulue, intentionnelle, ou simple-» ment accidentelle? N'y doit-on signaler qu'un croisement, une intersection, un raccord, un artifice commode ou ingénieux pour relier symétriquement deux motifs de mouvement contrarié?

Owen Jones (1), estime que l'ornetnent gteb était Uh ornement inférieur, en tant que systètne, vu qu'à lies Jreult l'art est symbolique par eôsénce. Les orneitièhts chinois^ dû éritrait le flJ originâiremetît Sytnbolique, pourraient peut-ètf'é Ôe ptévaloît ail moins de cet avantage sur les rinceaux, le§ volutes et arabesques de 1 ôrnemehtaiion hellénique ou grécb-rorhâiile. On objectera que l'art classique contenait aussi les éléments du fl^ dahs là grecque. Mais, cela fût-il exact, le flJ y était-il autre chose, avons-nous demandé, que le résultat d'une rencontre fortuite, le fruit d'un renversement d'allure, d'un échange de direction, utl cas d'aiguillage sur une autre voie, comme cela se pratique par nos ornemanistes modernes? Les yeux des Grecs le saisissaientils par sa signification figurative? Etaient-ils capables de l'isoler dans ce système décoratif, purement géométrique, imaginé par

(1) Orammairt de VOrnement.

CROIX ET 8WABTIKA.

le désir d'innover, de varier, ou bien rencontré par un chanceux hasard (fig. 58), ou encore trouvé sous bénéfice d'inventaire parmi le lot, l'héritage des traditions venues des ancê-

très, lesquels n'avaient pas su lui garantir à jamais sa valeur représentative?

Il est vrai qu'on objectera de nouveau voB Chinois eux-mêmes sont-ils plus aptes que les Grecs et les Romains à l'effort d'intelligence, requis pour analyser, élaguer, dégager le symbole, le motif principal, parmi l'encombrement des accessoires? Ainsi — nous venons au concret — dans pie sinicojaponats (fig.

se. [T

l'exem- 59.) est-ce le RJ qui est le motif principal, on bien l'espèce de croisé écossais qui le reçoit? Libre à chacun de répondre comme il lui plaira. La discussion de ce puéril problème serait de mince profit; mieux vaut soumettre àl'examen du lecteurquelquesuns des plus saillants exemples sur lesquels s'engagerait le débat.

On pourrait les répartir en plusieurs catégories. La première comprendrait ceux (lu type des figures GO et lit, où le py résulte, par construcion, du simple croisement des lignes, dessinateur.

lans ètve le butspécial du

Dans la deuxième catégorie on rangerait les exemples où lea flf entrent en composition avec les lignes droites. Deux sections subdiviseraient cette dernière catégorie : la première comprenant

It. LE flj DfeCORATJF. COUBINÊ.

uniquement des angles droits, (fîg. 62 et 63); l'autre, deE gles aigus et obtus (fîg. 64).

Le système figuré ci-contre et analysé plus haut s'exécute avec plus de richesse encore, comme le montre un des rares blocs de marbre blanc, qui subsistent, à Nankin, de la décoration primitive du tombeau de Hongou, le fondateur de la dynastie des Ming. Nombre de ochinoiseries» exploitent cette combinaison. C'est un motif répété à foison dans les plaques de céramique grise que les sculpteurs indigènes se plaisent à ciseler, en relief, en creux, ou à jour; c'est également un des thèmes préférés qui ornent les chaussures d'étoffe, les cotonnades imprimées, les satina, les tafEetas et les velours estampés, tissés en noir

ou en couleur pour habiller fia. w.

les élégants. Il présente une ressource décorative toute indiquée quand il s'agit d'égayer une paroi nue, un ravalement, un champ uni, un fond dépourvu de sail- Ile». (1).

Aussi, M. Audsiey ne craint-il pas de l'appeler oie méandre japonais par excellence». Or, les Japonais le tiennent probablement des Chinois. Car l'auteur exagè-

re, à notre avis, en affir- fjg ç^

mant, dans son Introduction, que les Japonais trouvèrent peu à prendre chez les Chinois.

lli Jel'Hi TBiicontr* lo pUtïfiH me ilei lourJi itrien ment dea mnlei, obeviox et ti

> région lie Nankin, reiïurtnnt en urgent «iir Ta .rgea bautoni rn Fit dunoaqninéa du lum*i:he-

CROIX Bl 8WA8TIKA.

sJ m rsJ nJ E

Fig. 65,

Il est plus heureux, croyons-nous, quand il fait observer que le fret (méandre) ou zigzag, est une des caractéristiques de Tart ornemental à l'origine des peuples. Pourtant, à moins de mettre la Chine hors de cause, nous ne partageons qu'imparfaitement sa manière de voir sur le point suivant : «L*art grec, dit-il, compte plus de variétés de méandres (fret) que Tart japonais; et, à notre

connaissance, on ne trouve jamais dans ce dernier la forme carrée continue, si commune dans le premier. La fig. 1 de la pi. II, (fig.

65.) prise sur un plat de porcelaine, est celle qui s'en rapproche le

^ plus. On verra, par com-

^ig» 66. paraison avec la gra-

vure ci-jointe (fig. 66), que l'amour de la variété a engagé l'artiste à se départir de la division carrée, sévère et uniforme, du modèle grec, pour adopter une division de parties longues et hautes alternées. La ligne qui forme le dessin est continue, comme chez les Grecs; ce qui rend l'exemple intéressant, car les grecques en lignesininterrompues sont rares dans l'art japonais. La figure 2, {lig. 67) représente l'une des formes les plus fréquentes. On pourrait l'appeler une grecque oblongue et discontinue^ chaque partie étant parfaitement distincte... La figure 3, (fig. 68) est un autre exemple de méandre interrompu.» (1).

Oes remarques ne sauraient s'appliquer sans réserves à l'art chinois. Dans ce dernier, la répartition régulière de la grecque en carrés parfaits n'est pas rare; de nombreux exemples pourraient être apportés à l'appui de cette assertion, mais on les tirerait principalement d'anciens objets en métal, en céramique et en marbre.

Nous accordons toutefois que le dessinateur chinois de nos jours allonge le plus habituellement en rectangles la partition

Fiç. 67.

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