‹ L'ile de Tsong-mingChapitre 144 sur 231 · IV. LITURGIE ET ASCÈTES · texte numérisé non relu

IV. LITURGIE ET ASCÈTES

camé plusieurs fois. Il aurait vécu dans plusieurs mondes, et notamment, en Occident.» C'est une des idoles les mieux connues au Japon, puisque le Musée Guimet exhibe encore dans la salle impériale «six statuettes en bois du XIV** Siècle... représentant les six principales formes du dieu Jisô,» (p. 180).

Du reste, M. Guimet nous a résumé lui-même la biographie légendaire du héros en question: «quant à Jisô, c'était un des bienheureux Bouddhas: mais il abandonna son état divin, pour descendre sur les mondes inférieurs. Il a ainsi visité six mondes particuliers, où les bouddhas étaient méconnus. Ce dieu, dont le nom ressemble à Jésus, est venu sur notre terre, s*est incarné dans le corps d'un prêtre bienfaisant, qui guérissait les malades et sauvait les âmes. Sa grande préoccupation est de tirer de Tenfer les petits enfants condamnés pour des fautes commises dans les existences antérieures; il veut les affranchir des péchés originels, et c'est surtout pour cela qu'il a quitté le ciel;... il tient dans une de ses mains la boule de pierre précieuse, et dans l'autre le sistre à anneau, sorte de caducée qui lui sert à conduire les âmes.» (1).

Quoi qu'il en soit de^s traditions religieuses, indigènes et exotiques, qui ont donné lieu à ces légendes réelles ou supposées, on devinera aisément dans ces lignes une parodie criminelle, à peine déguisée, des miracles de N.S., de l'œuvre de la S. Enfance, du dogme du péché originel, parodie gâtée encore par l'intention peu généreuse de ridiculiser certaines images catholiques. Quant à définir, dans ces rapprochements sacrilèges, la part de responsabilité du bouddhisme japonais, et celle de l'ignorance ou de la passion antireligieuse du voyageur d'Occident, c'est une tâche oiseuse et répugnante à la fois. «Malheur, a dit un incrédule, à qui tourne en dérision ce qui peut sauver une âme!» En se bornant à classer ses collections ethnographiques, M. Guimet eût plus sûrement travaillé pour sa gloire. Si nous nous occupions de son livre, nous aurions à relever aussi, parmi nombre de bévues, l'aberration sectaire qui l'aveugle au point de lui faire risquer un inepte blasphème au sujet «du sacré cœur de Bouddhaii» Il est vrai que n'osant en prendre tout l'odieux, il l'attribue à l'invraisemblable malignité d'un bonze japonais. Pendant ce temps, les grotesques singeries du culte bouddhique à Paris font sourire ici les moins croyants des catholiques, avec les plus rationalistes des protestants, mieux au fait de la réalité des choses en Extrême-Orient. Et la presse locale s'amuse des naïfs occidentaux, assez jobards pour admirer des élucubrations envers lesquelles les bonzes ne cachent pas leur mépris.

Quant à l'action moralisatrice du bouddhisme, un récent travail de M. l'abbé Desgodins démontre que, si ce culte ne verse

(1) Em. Guimet. Promenadeê japonaises. — Paris, Charpentier, 1883 'p. 88.

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pas partout, comme au Tibet, dans les fanges de l'obscénité ou les turpitudes d'un naturalisme tellement abject que l'énoncé n'en est tolérable que grâce à l'impudeur du latin, il demeure désormais sans influence aucune pour le relèvement moral des populations asiatiques. (1).

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