‹ L'ile de Tsong-mingChapitre 147 sur 231 · IV. LITURGIE ET ASCÈTES · texte numérisé non relu

IV. LITURGIE ET ASCÈTES

l'abus de cette manière. Soutiendra-ton pourtant que la légende et les faits positifs qui gravitent autour de ce pontife suprême, ses descendants, leur doctrine, l'organisation de leur secte, n'offrent aucun rapport avec le christianisme, qu'il n'y a jamais eu ni emprunt, ni imitation, que ces traces de ressemblances sont toutes absolument fortuites? Nous souhaitons voir cette secte de Tchang Tao-ling mieux étudiée et plus connue; on découvrirait peut-être comment elle a pu contribuer à conserver et à popularisser en Chine le souvenir et la pratique du culte de la Croix.

Notons qu'encore actuellement on vend autour de nous des centaines de statuettes, figurant un autre héros thaumaturge, Liu Tong-pin S ïl^ ^^ avec une sorte de guitare ou d'épée sur le dos, laquelle revêt habituellement la forme très accentuée d'une croix. Et pour qui ignore la nature de l'objet qu'a voulu représenter l'artiste, c'est une croix plus qu'autre chose. Maint chevalier du bon vieux temps, sur le point d'expirer au champ d'honneur, embrassait, faute de crucifix, la garde de sa longue épée.

Quant à Liu Tong-pin, il naquit vers l'an 755 de notre ère, alors que florissait l'église chrétienne de Si-ngan-foii (1). Sa fête se célèbre le 14° jour de la 4° lune^ et un drame tao-se s'appelle «le songe de Liu Tong-pinn, Instruit dans les arcanes de l'alchimie, il possédait l'élixir d'immortalité, qu'on a voulu identifier avec l'opium. Exposé à dix sortes de tentations, il les a toutes surmontées. C'est alors qu'il obtint cette épée d'un pouvoir surnaturel, avec laquelle il tua tous les dragons de l'empire, délivrant le globe terrestre de toutes ses misères, pour quatre cents ans, dit la légende. Décidément, «nous sommes venus trop tard, dans un monde trop vieux!»

L'ouvrage de M. Imbault-Huart, auquel nous avons fait plus haut de longs emprunts, contient aussi certains détails sur un sujet familier aux écrivains taoïstes, c. à. d. sur la visite de la Si-wang-mou B ^ -fj «la mère du roi occidental.», (résidant sur les monts K'oen-len ^ ^ aux abords du Tibet), à Ou-ti, des Han, ami de la doctrine du Tao, (Raison). Selon d'autres, MeoU'-wang ^ 3E "^® ^^^ magnifique», serait allé, la 17° année de son règne, visiter la S/-wa?î{7-7r7ou elle-même, en Perse, 985 ans avant Jésus-Christ. (2). Pauthier {Chine, I. p. 94) raille les

(1) Le Catalogue du musée (Juinut 1883 p. 142 dit : «Au moment de sa naissance, tin parfum délicieux se répandit dans la chambre; une musique céleste se fit entendre et une grue blanche descendit du ciel sur sa maison.» Comme à Bethléhem, comme aux bords du Jourdain! — Cf. Pauthier; Chine moderne, l*' vol. p. 426.

^(2) — Ces visites font, parait-il, le sujet «les si curieux bas-reliefs de JTia-nan-Aitfn W Vt ^ AU Chan-tong sculptés en Pan 147 de notre ère dans le temple des ancêtres d'une famille Ou. -Cf. Journal of Oie Royal Oeogi^aphical Soc. of London. t. XL. 1870. Article do Markham. JUm Douglas, A ncient sculptures in China, — Sur la Si-vfanç'inou, cf. Moyen ; Chimte reader'i ManwU. — Of . tupra p. 15. X et W n^* 258, 288, 284, 286.

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missionnaires catholiques, qui ont signalé, dans ces légendes, des souvenirs de la visite de la Reine de Saba à Salomon. Tout lecteur impartial, peu ébranlé par le persiflage de Pauthicr, hostile a priori, se prononcera moins vite contre la vraisemblance de cette hypothèse. L'examen de ces analogies nous entraînerait trop loin. Elles ne semblent pas aussi absurdes aux Lettrés chinois, comme le prouve \e fait suivant, qui clora bien ce chapitre.

«L'empereur Yong-tclieng ^ ]£ (1723 — 1735), fils de K'ang^hi, ayant ordonné aux Missionnaires des Provinces de se retirer, voulut justifier aux yeux de tout TEmpire, une conduite qui paraissait condamner celle de son père. Pour cela il ordonna aux Han-lin, (académiciens impériaux) de réfuter les livres de notre sainte Religion, qu'il avait fait demander et qu'il leur envoya. Ces Docteurs les examinèrent avec soin, pour se mettre en état d'obéir à l'Empereur, qui avait cela à cœur. L'examen dura six mois, et finit par une Reqnôte, où ils lui disaient humblement qu'ils ne pouvaient réfuter les livres des Européens, sans tomber en contradiction avec les King et sans s'exposer à la risée de tous les lettrés. La chose finit là, et les Missionnaires portugais ont encore les livres qu'on leur avait demandés, et qu'on leur rendit sans rien dire. Ce n'est qu'après la mort de ce Prince que les Missionnaires ont su cette anecdote». (2).

(2) — Article du P. Cibot. S.J. — Mémoires conccniant les Chinois — t. IX., p. 380. — Le P. Cibot, qui relate cette histoin', Taccomiiagne rVintéressantes notes pp. 377, 387. pour établir ses théories sur la Religion primitive des Chinois, laquelle était la vraie. Il s'arrôte à diverses traditions sur le Déluge, la Sainte Vierge et son divin Fils. Cf. M'f' de Harles, Religion ancienne des Chinois. On y soutient le monothéisme des premiers Chinois, adorant en Changti Jl Tp l'Etre saprême, le vrai Dieu, dont le Ciel, le T^icn Z"Cj plus tard divinisé à son tour, représentait la Cour, la résidence céleste.

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