‹ L'ile de Tsong-mingChapitre 167 sur 231 · II. LA PIERRE DE SI-NGAN-FOU · texte numérisé non relu

II. LA PIERRE DE SI-NGAN-FOU

vieille philosophie chinoise, remarque avec justesse «qu'il n'est pas nécessaire de supposer que l'écrivain de l'inscription pensait ici à la Croix, symbole du Christianisme, comme il l'a fait plus loin».

Sémédo avait traduit : «Il forma les quatre parties du monde en forme de Croix. Il mêla le Chaos et en tira les deux principes». (1).

A. Wylie (p. 269) rapporte la réflexion suivante, insérée à propos de ce passage par un Lettré chinois de haut rang dans la grande collection d'épigraphie qu'il publia en 1805: «Maintenant les catholiques qui lèvent constamment la main pour faire le signe de la croix, se conforment avec précision aux termes mêmes de la Tablette».

L'attention du P. Trigault avait déjà été éveillée par cette équivalence, en Chine, de la croix --|- et du caractère signifiant 10, comme on le voit par la citation que j'ai insérée à la page 96. Kircher du reste avait cité ce passage (p. 36), avec la manchette: «Crucis figura Sinse denarium numerum dénotant». On a fait plusieurs fois remarquer aussi que la croix grecque -^ en Chine et la croix de S. André des chiffres romains X signifient également 10. Rappelons encore que l'expression «dix fois», précédant un adjectif chinois, en fait un superlatif de perfeclion qui répond à très extrêmement. (2).

(1) Léontiewski : «C'est lui qui étendit en croix les quatre parties du monde». Kircher (Boym) : «In figura Crucis fecit quatuor mundi parte», commovit chaos, fecit duos KU». Ki veut dire air, soufle, en chinois.

On semble avoir flimjdement mis en latin ce passage delà version Ualienne: ((...in figura di Croce fece le quattro parti del mondo, comosse il Chao-j, feco due Kis 'cioè due virtu o qualità, chlauiatu Inyaiû) camhio le ténèbre, feje il Ci?lo e la Tiemi...» La parenthèse indique qu'il s'agit du Yang Y^ et du Yu |§ dans ces deux Ki.

JoAn iTf «son; ((Il étendit en croix les quatrj paties de la teiTO, vainquit le chaos et créa les deux espèces d\iir...» Le traducteur y voit une allusion au verset 7* du 1*' chapitre de la Genèse sur la séparation des eaux primitives, «Et fecit Deus firmamentum, divisitque aquas quœ erant sub firmamento, ab liis quse erant super firmamentum.» En note, il cite une variante dans le texte chinois, d^iprès le ((Jésuite Fa/i-rnan», qu'il ignore avoir été le P. Emmanuel Diaz (junior) ou Yan(j Ma-no f^ ^ |p •

PatUhier: ((Prenant le signe de la croix pour déterminer les quatre parties du monde, il donna le mouvement à Pair primordial».

Z)a5r// ; «C'est lui qui a créé Tunivers en établissant les quatre parties du monde hous la foi me d'une croix».

Visdelou : ((Il a formé une croix pour déterminer les quatre parties du monde»; sa paraphrase aggrave encore le contre sens.

(2) Cf. «upril p. G i)ù nous avons expliqué avec quelles restrictions cela doit s'entendre. Au Japon, faute d'expressions exactes, ou pour éviter certaines équivoques do sens, résultant de Li niuiilitude des sons pour plusieurs caractères, les premiers missionnaires avaient introduit, (comme ils l'ont fait à la Chine), une cinquantaine de mots portugaÎB,

Le dictionnaire T/iouo-wen ^ 3^, composé vers le second siècle de notre ère. donne cette explication du caractère Che -f- :

«Dix (-f-) est le plus accompli des chilTres ; le trait horizontal dont il est composé représente l'Est et l'Ouest; le trait vertical le Sud et le Nord; et de la sorte leur ensemble comprend les quatre points cardinaux ainsi que le centre».

La seconde mention de la croix dans le texte présente plus d'intérêt puisque ce signe figure là explicitement, avec sa valeur symbolique et religieuse. Quant à la représentation graphique, elle est absolument la même de part et d'autre, le sens seul du texte accuse la ditïérence fondamentale : EP ^ -f- î^^ ^. 0 Hfl

Comme ci-dessus, nous juxtaposons les principales traductions : Legge : (Les ministres de cette doctrine) «portant avec eux le sceau de la Croix, répandent une harmonisante influence partout où le soleil brille et ils unissent tout ensemble sans distinction». Et sa note précise son interprétation : «Le caractère dix -f" est ici pour le signe ou la figure de le Croixy>

Dabry : Le sceau de la religion est une croix s'étendant avec quatre pointes brillantes et qui unit sans qu'il puisse être enlevé ou effacé». Le traducteur voit là une allusion au caractère indélébile imprimé par le sacrement de baptême. Plus loin (p. 17) parmi un exposé contestable des erreurs attribuées au Nestorianisme, il range celle «de ne pas vouloir reconnaître d'autre image que la croix». (1).

Leonlie\K^ski ou Marchai de Lunéville : «Par le signe de la croix, nous réunissons les quatre points du monde éclairé par le soleil.»

dîiiiH 1h langage catôchistiquo. Le mot cruz était de ce nombre; «car le caractère Yumogi (T* 5C "f" ^'<'* m<iU(j zi) qui représente une Croix, signifie seulement le nombre 10». (Cf. Solier S. J. Histoire trcfmiatiti^juc du Japon. — Paris 1G27. p. 12).

En Chine, par suit j «lo certaines exhortations intempestives de prédicants, les païens nous interiiellent parfois en criant Yè-sou HP S^ Jésus, comme ils poursuivaient S. François-Xavier en répétant Dios, DioSy Dios! Une du leuis vexations est aussi, aux environs de Ch;\ng-hai, de tracer des croix par terre, au-devant des missionnaires, pour la leur faire fouler aux pieds.

(1) Le Manichéisme adopta généralement une pratique tout opposée. Manès, né en Perse en 240, soutenant que Jésus-Christ n'était né, n'était mort c-t n'était ressuscité qu'eu ai>parence, ses piirtisans, 'd'après Bergier, wne rendaient aucun culte à la croix, ni à la S. Vierge.... L'aversion de ces sectaires pour le culte de la croix, des saints et des images, leur concilia raffcction de sarrasins mahométins.» à la fin du V^IIP silcle. Leurs erreurs fonnèrent le noyau de celles d.s iconoclastes, «lis Albigeois, des Priscillianistes, des Cathares, et.',. Plus haut, p. 97, nous avons émis le sentiment QOïiiTùXTQ àaVAlphahetum Tihctnnum qui établit la parodie sacrilège du culte de la croix chez les manichéens de l'Asie centrale. Nous y croyons volontiers.— S. Cyrille nie que Manès ait jamais été chrétien.

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J. Kesson n'a fait que mettre en anglais cette môme phrase. — Visdelou: «Le sceau est une croix, qui fond les quatre illustrés pour les unir sans empêchement.» Paraphrase: «Pour étendard, cette Religion tient la croix, afin de lier ensemble tous les hommes de la terre et les unir entre eux, sans aucun empêchement».

Kircher (Boym) préoccupé de laisser au texte toute son ampleur et son sens un peu flottant, a craint de trop préciser : «... Signaculo ►îi crucis dispersi in quatuor partes mundi, ad congregandos et pacifioandos sine labore...» La version italienne avait dit: a,., Usa la croce, por comprender lulti senza eccettione...))

A cause de sa bizarrerie, à cause aussi d'une particularité étrange nous ajoutons la traduction fournie par Pauthier: «Le sceau employé dans le nouveau pacte a été le signe de la croix ^, qui s'étend vers les quatre points lumineux, comme la fleur Ssé-tchao, pour réunir toutes les créatures dans la même foi sans les confondre.»

Qu'est-ce que cette fleur Sse-tchao? Qui est-ce qui autorise Pauthier à la faire intervenir ici? Je laisse à d'autres le souci de répondre à ces questions. (I) Nous ne pouvons pourtant nous dispenser, vu la singularité du fait, de transcrire ici la note de Pauthier: «Le signe ou caractère en question est effacé dans le fac-similé derinscription conservé à la Bibliothèque impériale. (2). Dans l'édition de Wang-tchang, accompagnée de commentaires (dont nous donnons ci-après la traduction), le caractère en question est remplacé par le signe habituel chez les Chinois pour indiquer dans leur typographie les signes effacés, illisibles ou inconnus des textes qu'ils reproduisent: le signe gj. Le sens de la phrase indique suffisamment que ce devait être le signe de la Croix, représenté plusieurs fois dans l'Inscription par le caractère chinois + C/ie, dix, qui lui ressemble, mais qui, à cette place, était probablement figuré comme en tête de cette inscription, pour mieux représenter la fleur Ssé-tchaoyy, On sait qu'il n'en est rien; comme le prouve de reste le texte chinois que j'ai cité à la page 123.

Plaignons Pauthier de n'avoir pas eu un texte exact à sa

(1) Nous avons donné le texte Chinois à la page précédente. Pressentant l'insuffîsauce de sa version, Pauthier est revenu sur ce ]H>int dans une de ses «Notes philologiques et historiques» placées i\ la 6n de son travail, (p. 57.) Il s'exprime ainsi: «Ce qui confirme pour nous )a supposition que le caractère effacé et inconnu des Chinois était le signe de la Croix H^i c'est la comparaison qui est faite, dans le texte Chinois, de cette croix avec la fleur Ssé-tchao, (EH >Np) qni s'étend des quatre côtés.» Puis il cite un extmit d'un dictionnaire Chinois qui, dans une description d'une botanique fantaisiste, prétend que Tarbrc semi-légendaire mi'kou «dirige ses fleurs Ssé'trhao en quatre pointes brillantes».

(2) Qu'il soit effacé, nous en doutons un peu , bien que nous ne puissions nous en assurer, si loin de Paris.

124 CROIX ET 8WA8TIKA. If.

disposition. Il est malaisé d'expliquer pourquoi Tédition de Wang" tchang est ainsi défigurée. Est-ce une fraude intentionnelle? Je n'ai pas vérifié non plus le mauvais état au même endroit (!) du fac-similé que possède la Bibliothèque nationale de Paris (1). Je puis affirmer seulement que les deux (rubbings) estampages sur lesquels a travaillé le D"^ Legge, comme aussi les douze que j'ai eus sous les yeux, portent tous le caractère -|-, avec un soupçon de surcharge pour le trait vertical, enlevé par une cassure de la pierre. A. Wylie ne signale aucune adultération sur les deux estampages dont il disposait.

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