V. IMAGES ET CRUCIFIX
signe à la vue des infidèles au travers de la capitale et jusqu'à une lieue au-delà.» (1).
A la suite de la Nouvelle Relation de la Chine du P. G. de Magalhâes (1609-1677), descendant de Magellan, figure un abrégé de sa vie par le P. Buglio; nous y lisons le précis des incroyables honneurs que l'Empereur K'ang-/iij^ fS^ rendit au défunt à l'occasion de ses funérailles, qu'il voulut aussi splendides que celles d'un prince. Bien que le cérémonial chinois le plus caractérisé relevât cette pompe (70 hommes portaient le cercueil), le convoi était ostensiblement chrétien, comme en fait foi cette brève remarque : «On voyait ensuite trois autres brancards ornez de plusieurs pièces de soye; dans le premier on portait la Croix; dans le second l'image de la S. Vierge; et dans le troisième celle de 8. Michel l'Archange. » (p. 383).
De même, aux funérailles du P. Verbiest, «on voyoit une grande croix ornée de banderolles, qui étoit portée entre deux rangées de chrétiens, vêtus de blanc;... puis suivoit l'Image de la S. Vierge et de l'Enfant Jésus, tenant le globe du monde en sa main.» (2).
Dans la cérémonie des honneurs rendus, àPéking, par K'ienlong ^ ^, au P. Sikelpart, son peintre, âgé de 70 ans, «le daisabritant les présents impériaux était surmonté d'une croix.» (3).
On a répété à satiété cette vieille vérité, que c'est par l'imagerie, la peinture et la sculpture, que le bouddhisme a envahi la Chine, le Tibet, la presqu'île indo-malaise, le Japon, la Corée, tout l'Extrême-Orient. On a cité souvent les envois périodiques d'images et de statues faits des Indes en Chine, et les diverses acquisitions en ce genre auxquelles se rattachent les noms de Ming^ti ^ Ç^, Hiuen-tchoang £ ^, Fa^hien j£ Jg^, et cent autres. (4).
Elle-même, l'Inscription de Si^ngan fou, gravée en 781, contient ce passage: «Le très vertueux Olopen, du royaume de TatsMn, apportant ses écritures et ses images de bien loin, est venu et les a présentées à notre capitale.» Or Legge ajoute en no-
(1) Mélanges Asiatiqttes. II. p. 212. Paris 1829.
(2) Du Halde. op. cit, T. III. p. 99. — Le D' J. Edking, à la fin de Pouvrage du R* Wiliamson, Joumeys in Aorth China (2« vol. p. 376), s'évertue k prouver, en décrivant Pornementation de la tombe de Ricci, comment les catholiques d'alors admettaient les observances idolâtriques du culte bouddhiste ! (Le style funéraire des cimetières européens ne sMnspire-t-il pas abusivement d'Athènes et de Rome païennes?) Il poursuit la même entreprise en narrant la pompe profane de l'enterrement du P. Verbiest le 11 mars 1688. Les faits et le sens commun réfutent assez ces allégations.
(3) Mémoire» concernant l-es Chinois. VIII. p. 287.
(4) Of. suprà p. 158. Nous avons développé ce sujet, en 1890, dans les Etudes religieuses, T. LI. pp. 270 s.
te: «Je suppose que ces images-là devaient être des crucifix.» (1). La croix aurait donc joui dès lors d'une éclatante notoriété, que l'oubli n'a pas pu couvrir en quelques années.
OnsaitcommentrempereurChoen-ic/ie Jlg f^, père de K'ang-hi J^ BE, ami intime du P. Schall, avait été retenu, par les liens de la polygamie, loin du Christianisme, dont il observait certaines pratiques extérieures. C'est lui que l'on surprit un jour étudiant le catéchisme, et s'essayant à faire le signe de la croix. Le P. Schall, avec lequel il avait pleuré en lisant un soir la Passion de J.-C, lui avait offert un album de la vie de N.-S., sur parchemin, en lettres d'or, (avec traduction chinoise), renfermé dans un étui d'argent, le tout venant du duc Maximilien de Bavière. Les présents eurent grand succès à la cour tartare. L'impératrice s'agenouilla et adora jusqu'à terre l'Enfant Jésus. Un autre jour, l'empereur considéra, avec la plus grande vénération, une image du Sauveur, d'après celle du voile de S. Véronique. Il en fit faire, vaille que vaille, quatre copies par ses «peintres ordinaires»; puis il renvoya l'original au P. Schall, protestant qu'il se sentait incapable de lui rendre en son palais le culte qu'elle méritait. (2).
Le P. Greslon relate un fait presque identique : un prince du sang rendit aux Pères «une fort belle image de la S. Vierge, tirée sur celle de S. Luc, avec S. Ignace et S. Xavier à ses pieds. En leur donnant cette Image, il leur déclara qu'il ne sçavoit pas comment il falloit l'honorer; il les pria de la mettre dans leur église ; et il leur promit de fournir ce qu'il faudroit pour faire brûler sans cesse une lampe, devant cette Image.» (3).
Un trait assez plaisant témoignera de l'ardeur des Chinois d'alorsà se procurer nos emblèmes catholiques. A iVan-/c/i'an^ ^ g, capitale du Kiang-si, un édit d'expulsion avait été prononcé contre les Pères Emm. Diaz, Caltaneo et M. Ricci. «Deux ou trois satellites leur apportèrent la condamnation. L'usage donnait droit à quelque présent, aux satellites, qui, en place d'argent, réclamèrent une image de N.-S. pour la vénérer, bien que la sentence même qu'ils notifiaient défendit, sous les peines les plus graves, de garder de pareils objets. Ils voulaient, disaient-ils, se faire chrétiens. Les Pères refusaient d'accéder à leur demande. Or, comme un ouvrier apportait à leur résidence quelques unes de
(l,Voici le texte même: :k M Wi :k ^ M B ^. 'M ^ Û Ifi^ ^ tK -L *^% Cf. Legge. Christianitii in China, p. 11.
(2) Historica relatio de ortu et profp'Cisu Jidri in regno Chiucnsi. E<litio altéra. Ratisbonne, 1G72. pp. 36, 211, 212. A ce propos, le P. Schall avuit composé un ouvrage intitulé De sancla salratons imagine^ Ubellus supphx ad impcratorem. — Cf. Verbi.'st. Astronomiu curopœa, Dillingen, 1587, supplem.
(•^) P. Adrien Greslon. Histoire de la Chine sous la domination des Tartares. Pari», 1G71. p. :^49.