IV. IMAGES ET CRUCIFIX
ces images, toutes préparées à la mode chinoise, les satellites s'emparèrent p.ir force de l'une d'elles et s'enfuirent sans attendre autre chose. L'un de ces gens du prétoire mourut quelques jours après, ayant imploré et obtenu le baptême pendant sa maladie.» (1).
Au sujet de cette imagerie comme moyen d'apostolat, les témoignages abondent, et nous pouvons choisir à notre gré. La coutume était d donner à chacun des nouveaux baptisés une image de N.-8., avec les chiffres de Jésus et de Marie, pour coller sur leurs portes, au nouvel an, selon l'usage indigène. Les images venues d'Europe firent bientôt défaut. «C'est pourquoi les Nôtres furent contraints de faire graver à un sculpteur estranger l'image du Sauveur sur une table de bois; car les Chinois ne sçavent que c'est de graver sur le cuivre.» (2).
Dans plusieurs des nouvelles Missions de Chine, quand les païens se déclarent catéchumènes et expulsent de leurs maisons poussahs et images superstitieuses, ils reçoivent des missionnaires actuels une image de la croix, avec caractères explicatifs inscrits à Tentour. Au Hou-nan en particulier, cette croix, richement ornementée, occupe le milieu d'une large bande de papier jaune. La décoration générale a été habilement combinée pour offrir un résumé et une prédication vivante du Christianisme, dont l«»s nouveaux convertis s'apprêtent à faire profession publique.
On a incriminé les anciens missionnaires jésuites d'avoir dis simulé aux Chinois le mystère de la passion et de la mort de Jésus mis en croix et d'avoir représenté cette croix seule sans le Crucifié. C'est une accusation que le Uévérend Faber répétait naguère dans le Messenger de Chang-hai. (3). Si elle était fondée,
^ (1) Trigault. De Chiitiiand expeditione, p. 563.
•2) Do Riquebourg. op. cit. T. II. p. 844. — Ncus avons relaté les tentatives <lc qnelqnes'jésnites pour le leur enseigner. Cf. Etudes religieuses, oct. 1890.
(3) J'écarte volontiers les questions irritantes soulevées par cette suite d'articles du Messenger sous le titre inCusloms and manners of the Christ ians among the Heathen, wUh spécial référence to China»» (jan. 1891). — Voir jiussi, dans le n? de sept., <iThe Boman Catholic Alissiony>; ainsi que le Chinese Jtecwder, pasèim. Comme la plupart des injures qui alimentent et agrémentent quelques périodiques protestants, en quête de relief, de couleur et de piquant, ces articles excitent plus de pitié que de courroux. Je regrette pourtant de trouver l'érudition et la loyauté du R** Faber compromises dans une si vilaine besogne. Que de préjugés, de méprises, de naïvetés aussi, dans un Doctor of divinity I Les publications religieuses de l'E^liHe romaine, théologie, liturgie, apologétique ou simple catéchisme, Kont pourtant accessibles à tous, en vente chez des centaines de libraires; ce ne sont ni des raretés coûteuses, ni des fossiles, ni des mythes, et il existe des milliers de prêtres et de laïques disposés à répondre sur la foi professée par cette Eglise. Si les missionnaires catholiques écrivaient sur le bouddhisme, l'histoire ou la littérature chinoise avec cette désinvolture, cette légèreté, cette ignoratio elenchi, la critique saurait à bon droit le leur faire expier.
Décidé à pousser l'iudulgenèe jusqu'aux extrêmes Uiuites de la charité, à disoulfer
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les Jésuites s^excuseraient sur un précédent fameux qui les autoriserait suffisamment, et qui n'est autre que la pratique des premiers Chrétiens, lesquels, pour ne pas provoquer sans fruit les répugnances des païens, se contentèrent d'abord de peindre la croix symbolique, puis la crux gemmata, florida, comme ils employaient les emblèmes si connus des Catacombes, TA et l'O, riX0YS, l'ancre, la colombe, le paon, la figure d'Orphée, etc. (1).
Il est vrai pourtant que le P. L. Le Comte (2), se féli-
danH touto la mesure Ju possible, nous ne rendrons pas le mal pour le mal. Tels prétHcants doivent-ils ne jamais avoir la fortune de répudier leurs erreurs : souhaitons-leur au moins d*y bénéficier de la plus enviable des circonstances atténuantes : la dose «le bonne foi reiiuise et nécessaire h l'excuse, devant Dieu, d'une invincible ignorance. Oui, quoi qu'ils en pensent, l'ignorance religieuse, aveuglée encore par les préjugés et préventions de l'éducation première, tel est le mal actuel des ministres protestants. Sinon, comment expliquer, outre Tindélicatesse de ceit.iius procédés, la faiblesse de leurs objections? A leurs déclamations haineuses et passionnées contre les «romanists», nous ne répondons que par l'iissuran- 06 de notre compassion, pour eux d'abord, ensuite et smtout pour les âmes loyales que ces prédisants arrêtent et retiennent à mi-chemin sur la voie de la pleine vérité.
Relevons seulement un des griefs du Masengev : A. Christian remodelling.of Chinele cusloma was in retility never attempted by the Jesuits. Their wholc work was practically arecastingof Chinese belief... They did not even venture to attack polyp^amy...» (p. T%0). ctLes anciens jésuites n'esnayërent même pas de combattre la polygamie en Chine. d Comme c'est vraisemblable ! Le R<* Faber, dont nous ne suspecterons ni les intentions ni la droiture, a dû lire, puisqu'il les cite et les oopi» parfois, un certain nombre des livres des missionnaires ayant trait aux choses dont il parle. Oi, une des remarques les plus communes qui est tombée sous ses yeux est sans aucun doute celle-ci: «Telle ou telle conversion n*aboutit pas, parce que le personnage en question manciua de courage pour s'affranchir des entraves de l:i polygamie.» C'est le cas de Choen-tche l'ami du P. Schstll; le cas de K^ang-hi lui-même: le cas de plusieurs grands mandarins ou autres, ariètéH par cet obstacle sur le seuil du Christianisme. Ainsi, le P. de Maillac {Lettres édif. T. XIII. Lyon. 1819. p. 90.) expose comment il donna une «croix de Caravaca» à Tchao lao-yé, mandaiin nouvellement baptisé et retenu, de son propre aveu, loin du baptême, quelques années, malgré ses instanoea, parce qu'il entretenait plusieurs oonoubines.
J'alignerais aisément vingt passages prouvant l'inflexibilité des missionnaires sur ce )>oint, si je n'avais honte d*ôtre réduit à tnnt insister. .Jamais je n'ai trouvé la moindre trace de criminelle condescendance en matière si grave. Le P. Greslon termine un chapitre par cette réflexion attristée: «La polygamie rend inutiles tous lea bons desseins!» Histoire de la Chine , p. 55. — et p. 50. — Item: Nouveaux Mémoires 8ur Vétnt prêtent de la Chine, ^bx le P. Le Comte S. J., Mathématicien du Roy. Amstenlam. 1698. 8* édit. pp. 214, 216. — Du Halde est plus consolant: «La pluralité des femmes était un grand obstacle pour les mandarins, mais la grâce le surmonta...» T. III. p. 77,
(1) Depuis de longs siècles, elle n'a pas cessé d'être vraie, en Chine, cette parole do S. Paul : « Acm autem prosdicamua ChriHum eruc'>Jixum^ Judœiê quidem Kcandalum^ gentibus nutem êtuUitiam; une folie aux yeux des païens !» I. Cor. 2. 23.
(2) Le Comte, S. J. (1655-1728). Nouveau Mémoires, T. I. p. 156.