‹ L'ile de Tsong-mingChapitre 198 sur 231 · IV. IMAOES ET CRUCIFIX · texte numérisé non relu

IV. IMAOES ET CRUCIFIX

cite en ces termes des progrès de la Foi sur la terre chinoise : «Je n'ay point vu de villes où le Christianisme n'ait laissé quelques vestiges... Nos Temples sont à présent Tornement de ces mêmes villes, qui durant tant de siècles avoicnt esté souillées par les idoles; et la Croix, élevée jusques sur les toits des maisons, confond la superstition, et se fait déjà respecter des idolâtres.»

Actuellement encore, en Chine, les églises catholiques, qui toutes ont le crucifix sur tous leurs autels, arborent extérieurement la croix très haut (on a dit môme trop haut, parfois), au sommet de leur clochers, de leurs façades; tandis que les protestants la dissimulent habituellement avec une prudence plus qu'exagérée. Un ministre, prêchant à des Chinois contre le culte de la croix, leur demandait perfidement: « Rendriez-vous un culte à répée avec laquelle on aurait décapité votre père?» Tous ne se laissaient point convaincre par ce sophisme.

Après tout, ce n'est qu'un plagiat : àpropos de l'arrestation de quelques catholiques, un tche-liien ou sous-préfet publia un édit sévère contre leur religion dans lequel, après avoir essayé un précis de cette croyance, il rappelle qu'au Japon on a gravé des croix sur le quai de débarquement, comme aussi dans la rue, à l'entrée de la ville, et que les marchands étrangers qui ne les foulent pas sont décapités. Cet édit fait aussi allusion à la pierre de SUngan fou, où l'on dit uqu'Aloa fît une croix pour déterminer

les quatre quartiers de iunivers Si ce conte du crucifiement

est vrai, on ne comprend pas que les adorateurs de Jésus adorent rinslrument de son supplice et se refusent à le fouler aux pieds. Si le chef d'une famille avait été tué d'un coup de fusil ou avec une épée, serait-il raisonnable pour ses descendants ou ses fils d'adorer ce fusil ou cette épée?» (1).

Mais les anciens jésuites n'ont que faire de notre excuse. Ils prêchaient sans timidité les douloureux mystères de la Rédemption sanglante par le supplice de la croix. Les pamphlets et les calomnies des païens en font souvent un de leurs plus venimeux griefs.

Dans une lettre datée de Jaotcheou ^j^ (1715), le P. d'Entrecolles mentionne Tusage qu'ont les Chrétiens, de mettre sur la porte de leurs maisons a le saint nom de Jésus ou l'image de la Croix. » Le Tribunal des Rites, li-pou |J||]{, voulait le leur interdire. Un Censeur de l'Empire formule ce reproche dans un Mémoire au trône: «Ils enseignent... que Jésus, ayant vécu 33 ans,... a soufTert sur une croix, et qu'il y a expié les péchés des hommes... Ils ont dans leurs maisons des images du Dieu qu'ils adorent; ils

(1) The Chinese Rtpotitory. Vol. XIV. oct. 1850. p. 507. — Item, China Mail, n** 206.

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y récitent leurs prières; ils mettent des croix sur leurs portes.» (1).

Cet usage n'était pas limité au Kiang-si. Le P. Domenge écrit en 1716, de Nan-yang fou ^ ^ /|^ au Ho-nan : «Le tchefou Jjl ^ (préfet) fit venir les chefs de quartier, et il leur ordonna d'avoir soin qu*il ne se fit aucune assemblée dans mon église, et d'empêcher qu'on ne mit des croix aux portes des maisons.» Les Chrétiens d'aujourd'hui, plus craintifs, afïîchent moins ouvertement leurs croyances par la croix qui les symbolise.

Les accusations contradictoires, sur le même point, du Christianisme en Europe, et du paganisme en Chine, motivent cette remarque du P. d'Entrecolles : «Vous voyez que nous ne cachons pas à nos néophytes nos saints mystères de l'Incarnation, de la mort et de la Passion du Sauveur. Faut-il que nos frères nous calomnient en Europe, tandis que les païens nous en font un crime à leurs tribunaux?» (2).

Le trop fameux Yang Koang-sien jj^ jjj ^fe» devenu président du tribunal des mathématiques après la mort du P. Schall, qu'il avait si odieusement persécuté, se postait devant l'Empereur en personne, étendait les bras en croix, et criait de toutes ses forces: «Tenez, voilà ce que ces gens adorent et ce qu'ils nous veulent faire adorer, un homme pendu, un homme crucifié: jugez

(1). LrUres édif. T. X. Lyon. 1819. pp. 240 et 243.

Ce texte réduit à néant l'insinuation formulée ù la légère par James Finn (The Jtwt in Chinn^ p. 302). Outre que les jésuites auraient négligé de travailler à la conversion des

Juifs de IC'ii-foTigfou ^ îf /iT' auprès desquels ils .sont restés 110 ains, ils auraient de plus laissé leurs convertis païens confond .-j la Msidone catholique avec les idoles indigènes de Koan-in et autres, «pendant que le crucifix n'aurait servi qu'à enraciner cette erreur et que le signe do la croix était identifié avec la superstition populaire qui fait du chiffre 10 et de la numérale qui le figure, le chiffre de lu perfection. n Plus haut (p. 3), nous avons contredit cette interprétation soi-disant chinoise, du nombre dix i i re]>résenté. en Chine et dans le monde latin, par une croix.

(2) Lelh-e» édif. T. X. p. 246. Joû-tchcou, 1715. — Cette mauvaise tradition n'est pas perdue; témoin les articles du R<* G. Reid qui, en 1893, ont encombré maints numéros du Norih China Daily Netos, dénonçant les roman(«/e« à Tanimadversion et aux sévices des mandarins. A ce fatras d'imputations insidieuses, depuis mis en volume ( Sources ofthe antiforeign diiturbances.,.)^ les missionnaires citholiciucs, sûrs du bon sens public, n'ont pas encore voulu faire l'honneur d'une réplique. £n dernière analyse, le vrai grief conti-e les catholiques, c'est qu'ils ne s'arrogent point le droit de réformer len dogmes et sacrements de l'Eglise du Christ pour les conformer aux préventions des Chinois. L'opportunisme protestant se croit mieux avisé, et, si le succès récompense peu ses compromis, la faute en est au Catholicisme, inflexible à contretemps. Ce n'est point en ce sens que S. Paul a dit : «(Je me suis fait tout à tous pour les gagner t lUs !» Le non possumtu est aussi un texte de la Bible.

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