IV. IMAGES ET CRUCIFIX
par là de leur bon sens et de leur capacité!» (1). Il montrait des livres distribués par les missionnaires, où Ton voyait la figure du Sauveur crucifié entre deux voleurs : «Voilà, disoit il, le Dieu des «Européans: un homme attaché à la croix, pour avoir voulu se faire Roi des Juifs.» (2).
Pas plus que les autres missionnaires, les Jésuites ne se défendaient de montrer leur Maître crucifié. En 1684, à la première des six visites que K'ang-hi fit à Nankin, il reçut au Palais les Pères Gabiani et Valat, auxquels il demanda, au cours de la conversation, s'ils avaient sur eux une image de Jésus-Christ. L'un d*eux présenta alors son crucifix à l'Empereur, qui le considéra attentivement. Ils rentrèrent à leur résidence, et on leur apporta des présents de la part de K^ang-hi.
La furieuse persécution, excitée par Yang Koang-sien, avait été présagée, au dire des Chrétiens, par un phénomène fort étrange. En 1658, un vendredi, veille de la fête de S. Laurent, à 9 h. du soir, par un temps serein, à Tsi-nan fou ^ ^ jj^, capitale du Chan-tong, les Chrétiens et les païens avaient vu dans le ciel «une grande croix blanche avec son piédestal.» Le fait fut si notoire que le lendemain deux employés du ya-men vinrent, de la part des mandarins, demander aux missionnaires ce que le prodige annonçait. (3).
«Trois fois dans une année (1718-1719), on vit des croix lumineuses apparaître dans le ciel et demeurer visibles pendant deux ou trois heures, laissant tous les témoins, Chrétiens ou infidèles confondus dans la même admiration. Enfin, datis la journée du 24 juin 1722, la croix se fit voir encore dans le Tché-kiang. et s'arrêta au dessus de l'église du Sacre-Cœur à Ilang-tclieou fou. Elle étinccla pendant une demi heure au firmament; tout le peuple la vil, et les Chrclicns la vcntrèrent à genoux. Le dessin de ces croix célestes, grave dans celle ville, fut distribué dans tout l'Empire et porta jusqu'en Europe la nouvelle que de grandes grâces ou de grandes épreuves allaient fondre sur la Chine. L'attente ne fut pas longue : K'ang-lii mourut presque subitement le 20 déc. 1722. Sa mort ouvrit l'ère des persécutions pour l'Eglise de Chine.» (4).
(1) L3 Comte S. J. op. cit. 3» édit. II. vol.
(2) Du Halde. III. p. 89.
(3) Histoire Je la Chine sous la doiii nation 'les Tariares^ par le P. Adrien Greslon.
Paris. 1G71. p. 40. r^ niôiue fuit est rapporté parle P. Intorcetba. dans le supplément de Pouvrage : Historict rtlatto de ortu et progressa fidei orthodoxœ in regno Chinensi. Ratis-
bonne. 1672. p. 970. — Il y av.iit alors à Tsi-nan fou un.? église appartenant aux franciscains, et une aux jésuites.
(4j E. Letierce S. J. Elude sur le Sacré-Cœur, Paris. 1891.
CROÎX BT SWAStIKA. — tl-
A ce sujet, les Lettres édifiantes (1) renferment quatre estampes, précédées de ces lignes : <iOn a gravé depuis peu à la Chine une Estampe qui représente quatre croix qui ont paru en Tair, dans différens temps et en différens lieux de cet Empire. Je vous envoyé cette Estampe avec l'explica tion des caractères Chinois, qui marquent le lieu où ont paru ces phénomènes, leur durée, et le nombre des personnes qui en ont été témoins. » Voi2i les estampes d'après les gravures des Lettres édifiantes: ^'ti- 173.
Fig, 173. — A) Cette traînée de feu sortoit de l'Est, elle laissa des Etoiles dans le chemin qu'elle parcourut et s'étendoit vers le Nord-Ouest; en disparoissant elle fit du bruit. Le feu et les Etoiles disparurent en même temps.»
B) «Le 20 Août 1718 parut au milieu de Tair un Croix dont le pied était environné d'une nuée blanche. Ce prodige arriva entre 7 et 9 h. du soir dans Tsi-nan, ville du Chantong. En môme temps parut une traînée de feu qui sortoit de la partie de TEst. Partout où elle passoit, elle laissoit des Etoiles de feu. Ce phénomène peu h peu disparut vers le N.-O., et en disparoissant fit du bruit dans toute la ville. Dix mille personnes ont oui ce bruit et vu ce prodige.»
Fig. 174 — « ... Le 8 Sqpt. 1718, on vit entre 7 et 9 h. du soir dans la même ville de Tsi-nnn et au milieu de l'air, une autre Croix plus grande que l'autre et d'une blancheur à éblouir; elle était de toute part environnée d'une nuée très déliée. Dans un quart d'heure, la Croix estant inclinée, commença à marcher du midi au nord et dans un autre quart d'heure s'étant redressée, elle alla de l'Est à l'Ouest. Tous les habitants de cette ville sont témoins du phénomène, qui arriva le jour de la Nativité de Notre-Dame. »
(1) Paris. 1724. XVP Recueil, p. 02. Lettre du P. Jacques, S. J., à Monsieur l'abbé Raphaéîis. Canton, le l"" nov. 1722. Le P. Ch. J.-B. Jacques, enterré en cette ville, naquit e!i 1688, se fit jé.niite en 17C4, entra en Chine en 1722 et y mourut en 1728.