XII. L'ALLUVION
Le mot C/ia (fp) appliqué à toutes les îles de cette côte, signifie sable et désigne la matière la plus ordinaire de Talluvion. Parfois ce sable est sans aucun mélange d'argile ; le long des berges écroulées, j'en ai vu, au milieu de substances plus mélangées, des dépôts d'un beau gris à éclat métallique. Les bancs de glaise euxmêmes, qui alternent en plusieurs endroits avec les couches sablonneuses, contiennent d'ordinaire une certaine quantité de sable. C'est dans ces sortes de terrain que Ton peut plus facilement se rendre compte de l'activité de l'alluvion et en apprécier les progrès.
Chaque marée montante et descendante fournit au temps de la station un nouveau dépôt qui se distingue de la couche précédente. A la base de ces strates^ on voit le sable, plus grossier et plus lourd qui s'est tout d'abord précipité et que couronne une couche de limon. Môme après plusieurs siècles cette stratification reste très visible et je l'ai souvent constatée dans les pelletées que les longues bêches des indigènes rapportent du sein de la terre, lorsqu'ils creusent les fossés d'enceinte d'une nouvelle habitation. Ces couches feuilletées, que la dessication sépare bientôt au contact de l'air, sont fort variables d'épaisseur; les plus fines atteignent un millimètre à peine, les plus puissantes ont plusieurs centimètres. Je crois qu'en général la couche moyenne déposée sur les bords du Fleuve, est d'environ un centimètre par marée, dans les parages où l'alluvion est active. Dans ces conditions, la hauteur de l'exhaussement serait donc de 4 centimètres par jour.
Il serait diflicile d'assigner la cause de l'inégale répartition du sable et l'argile. Ces éléments varient, non seulement par quartiers, mais aussi quelquefois dans des espaces très restreints où ils se distinguent nettement. La nature des roches d'origine et les crues alternatives des puissants aflluents du Fleuve bleu, expliquent probablement cette diversité de constitution dans les atterrissements. L'année géographique (année 1878, pag. 484 et suiv.) a donné sur les inondations du Yang-tse-kiang , et sur les diverses colorations de ses eaux, des observations qui confirment notre hypothèse.