XIII. LE MONT-LOUP
a un développement de cent kilomètres de l'Est à TOuest, sur une profondeur moyenne de 18 kilom. du Nord au Sud. Une carte que nous mettons sous les yeux du lecteur montrera les limites actuelles du territoire de Hai-men, et nous permettra d'embrasser d*un coup-d'œil l'histoire de ses vicissitudes ; car elle a compté, elle aussi, ses migrations et ses épreuves (1).
Cherchez au Sud de la préfecture de T'ong^tcheou, dont il est éloigné de 12 kilom. environ, Lang^chan [^ (Jj) ou le Mont" Loup, Ce pic rocheux occupe le centre d'un système de cinq collines, rangées en demi-cercle, à quelque distance de la rive du Kiang, sur une corde orientée, comme le Fleuve lui-même, de rO.-N.-O à l'E.-S.-E. Le Mont^Loup doit à ses riches pagodes et à son ancienne célébrité parmi les dévots de Bouddha, d'être plus connu que les hauteurs voisines. C'est par milliers qu'à certains jours, on compte les pèlerins qui se rendent à ses sanctuaires ; un grand nombre de ces voyageurs ont fait à pied plusieurs centaines de H pour se rendre au temple en renom ; dans un petit sac jaune, livrée du pèlerin, qui repose sur leur poitrine, ils apportent des bâtonnets d'encens qu'ils brûleront devant le dieu de leur choix, et quelque aumône qu*ils laisseront aux bonzes.
Or le Mont'Loup qui attire depuis des siècles les dévots de lointaines contrées, forme à l'Ouest la limite du territoire Haiménois, et a lui-même participé aux mutations qui ont marqué toute cette côte. Voici comment le chroniqueur de 1756 a décrit les péripéties de la montagne sainte : «Avant le 7" siècle, Langac/ian était au milieu des grandes eaux. Au commencement des aSong (5^, 960) l'alluvion avait formé au Sud de la montagne plus «de 10 H (6 kilom.) d'excellentes terres ; aussi les appela-t-on aPé-mi-tchoang [^ ^ ^ Domaine du riz blanc. Sous les dynas- «ties Yuen et Ming (1260 à 1643) ces terres furent emportées par «le Kiang, Enfin sous le règne de K'ang-hi (|| JjR. 1662 à 1723) «l'alluvion recommença à former des terrains qui sont maintenant «d'un excellent rapport (2).» De fait actuellement encore, le Mont" Loup que nous avons plus d'une fois visité, est séparé du Fleuve par une langue de terre qui le borde et mesure 4 kilom. de largeur.
Mais n'eussions-nous trouvé aucun souvenir écrit attestant les changements dont Lang-c/ian occupait le centre, nous en lirions du moins une partie tracée sur ses flancs par le flot destructeur. Autrefois lorsque les vagues de l'Océan venaient baigner de toutes
(1) Trois éditions des Chroniques de Tong-tcheou (1577,1675 et 1756) qui sont en notre possession et par lesquelles ont été conservées les anciennes relations et les vieilles cartes de Jfai-men^ nous ont permis de reconstruire ces étapes successives de la côte Nord du Yang-tse Kiang.
(2) Chron. de Tong-tcheou. Edit. de 1756, 3» Vol. pag. 3.
(4 l'ILB DB TiONChMIKa.
parts les pentes de la colline, les lames venues de la grande mer et déchaînées par les vents du N.-B. ont pendant de longs siècles battu sa paroi de pierre qu'ils ont taillée à pic. Le Mont'^Loup présente au voyageur qui arrive de T'ong'-tchêou sa muraille droite comme une falaise, qui se dresse à 80 mètres au-dessus du sol. Au bas de la montagne, des grottes abritent quelques temples, tandis qu*au faite de la roche, un bouquet de sombres pins protège contre les vents du Nord, les constructions qui s'étagent sur la face opposée, depuis le sommet couronné d'une tour, jusqu'au bas de la déclivité.
La colline voisine rappelle le même phénomène, mais d'une façon plus grandiose encore ; c'est celle de Kien^chan {f(^ [Ij), le Mont'Glaive. De fait, elle ressemble vaguement à un glaive. L'orientation de son grand axe, normale à la direction des grands vents du N.-E. et probablement aussi l'absence de contre-forts, lui ont valu une dénudation plus caractéristique que celle du Mont'Loup. On dirait à la lettre une montagne étrangement tranchée dans le sens de la longueur.