‹ L'ile de Tsong-mingChapitre 33 sur 231 · XVI. UNE COLONIE MODERNE · texte numérisé non relu

XVI. UNE COLONIE MODERNE

La colonisation de Hai-men et le régime de sa propriété fournissent des particularités trop remarquables pour que nous ne nous y arrêtions pas un instant. Cette étude, facile puisqu'elle porte sur des faits contemporains, nous fournira le type le plus parfait des conditions de la mère patrie.

Lorsque les dépôts ont atteint, sur les bords de la côte, une hauteur jugée suffisante, les propriétaires de la nouvelle plage construisent le long du Fleuve, des levées de plusieurs mètres de hauteur, qui la protègent contre le retour des eaux (1). Les grands canaux qui traversent la presqu'île du Nord au Sud sont pareille» ment endigués. Des émissaires transversaux [Heng^heou fll JH) larges d'une dizaine de mètres, qui courent de TEst à l'Ouest^ communiquant avec les canaux (j^) qui se rendent à la mer, sont espacés de li en li (620™), ainsi que le représente le diagramme ci-joint. Chaque zone ainsi limitée du S. au N. s'appelle Yu^Vsng ^ 9k)* 6t quelles que soient d'ailleurs ses dimensions transversa* les, elle est coupée, perpendiculairement aux émissaires, par dea fossés [Ming-heou ^ |||) d'une largeur moitié moindre. Ces Minç'^ keou d'ordinaire ne communiquent point entre eux, mais dai^s les temps de grandes pluies, on les ouvre au moyen de vannes, sur les Heng^keou, par où les eaux se déchargent dans les canaux [Kiang p^) qui se rendent directement au Fleuve.

Les étroites portions de terre, renfermées entre les fossés, sont nommées T'tâo (j^), bandes, et mesurent communément 50 à 70 mètres de largeur sur 620 mètres de long. C'est vers le milieu de cette bande que Thomme des sables élève sa demeure, presque toujours construite des roseaux que lui fournissent en abondance les canaux, et couverte en paille de riz. A Tentour de Taire qu'il a choisie pour son habitation, il creuse des fossés profonds, et rejette les terres au milieu de l'îlot, donjt il exhausse ainsi le sol. Un pont de bois ou un étroit barrage en terre gardé par la meute du colon, donne accès par le sud à la maison qui occupe le fond de l'enceinte. Par derrière, le fossé s'élargit en forme de vivier, et une verte bambouserie protège la chaumière contre la rigueur des vents glacés du nord, tandis que sur les côtés^ le long des berges, des saules et des peupliers dérobent aux regards l'édifice modeste, pauvre même, mais toujours propre et bien tenu du fils

(1) n arrive parfois que dans leur impatience de jouir plus vite de leur nouveUe ooQ-' quôte, des riverains l'endiguent prématurément et rendant ainsi son exhaussement ultérieur impossible, la condamnent à rester pour toujours un fonds de peu de valeur, alors qu'une attente plus longue en eût fait une terre de bon produit. J'ai rencontré souvent de ces terres basses que la précipitation de leur propriétaire a réduites au rOle Ae marais.

des anciens Tsongminois. Là, au fond de sa solitude, sur sa motte de terre, il vit paisible, loin d'un monde qu'il ignore et dont il se méfie. Entouré de ses enfants et de ses petits-enfants, auxquels il prêche par son exemple le travail et l'épargne, il n'a qu'une pensée, il ne caresse qu'un seul rêve, celui de toute une carrière du plus rude labeur : c'est l'achat de ce tHao, dont il n'est que fermier, ou l'acquisition d'une nouvelle bande qui vienne grossir son patrimoine. Cette passion persévérante, qui attache à la glèbe le cœur du défricheur des sables^ est un des caractères les plus saillants de cette race.

Ce système de canalisation, dont nous ne sachions pas qu'il existe ailleurs un exemple aussi frappant, a pour effet de relever d'une façon notable les surfaces cultivées ; l'ouverture des Mingkeou donne à elle seule une épaisseur d'un demi-pied, que le creusement des canaux et des émissaires, et la destruction des digues plus anciennes, peuvent doubler sur certains points. Puis le curage des réservoirs ou fossés, que les eaux du Fleuve, soulevées par les puissantes marées de l'Océan, viennent peu à peu remplir de limon, les dépôts de matières végétales, combinés avec l'irrigation artificielle, élèvent encore la surface, de façon qu'après un temps suffisant, toute une région pourrait devenir entièrement indépendante des digues élevées le long de la côte pour la sécurité de l'agriculture (1).

Page 1