‹ L'ile de Tsong-mingChapitre 43 sur 231 · XZII. QUALITÉS ET DÉFAUTS · texte numérisé non relu

XZII. QUALITÉS ET DÉFAUTS

II existe par toute la Chine, mais particulièrement à Tsong^ ming une classe nombreuse de scélérats, la terreur et la ruine des gens simples et faibles. Nommés Koang-koen ou Koang~tan (5Ê S» ^ S) dans les pays de langage mandarin, Lieou-mong et Ta-bi (JJlJ (g, S j^5) dans la plaine de Chang-hai, ils s'appellent Lang-tang (Jg w) ^ Hai~men et dans Tîle de Tsong-ming. Dans cette dernière contrée, ces hommes sans conscience substituent leur influence à celle des mandarins, trop faibles, hélas ! pour protéger l'innocence opprimée. Le moindre bourg de Tsong^ming est rempli de ces êtres dégradés, clientèle ordinaire des fumeries d'opium et des mauvaises maisons, qui sous prétexte de venger la vertu outragée, se posent comme les justiciers souverains du peuple. L'intimidation est leur arme, la lâcheté et le silence des mandarins leurs complices. Sans autre autorité que celle que leur donnent l'astuce et l'audace, ils sont sans cesse en quête de quelque affaire véreuse, ou de quelque scandale qu'ils provoquent au besoin : mariages et contrats, rixes, suicides et procès, tout est bon pour leur fin ; ils font curée de tout et ne quittent plus leur proie qu'ils n'en aient dévoré la substance. Le récit de leurs exploits serait long et nous ne pouvons nous étendre davantage sur ce triste sujet. C'en est assez du moins pour voir comment, même en ayant un sous-préfet à leur tête, «les colons de Tsong' nming s'administrant eux-mêmes» vivent à la fois «heureux et po- «licés.» Cette tyrannie du peuple prend un caractère encore plus révoltant et plus barbare, lorsqu'on s'éloigne davantage du cheflieu où réside, outre le magistrat civil, le chef militaire avec ses soldats. Les Chroniques en font la remarque expresse, au chapitre des Mœurs. Mais les excès les plus sauvages sont ceux qui se commettent contre les étrangers. Les deux extrémités de l'île et surtout la côte Haiménoise recèlent des associations de pirates nombreuses et bien organisées. J'ai connu plusieurs de leurs chefs, vrais forbans qui pillent, brûlent et tuent. Mes quatre années de séjour dans ces parages m'ont appris ce que vaut un peuple, quand ses chefs sont trop faibles pour lui faire respecter les «règlements (1).»

(1) Je choisis un seul fait. Le 17 Août 1886, l'ccEnvoy,]» voilier allemand de 340 tonn., venant de Siam chargé de bois des Indes, s'échoua par un temps de brouillard, sur des sables mouvants entre l'île et la pointe de Hai-men. Les officiers européens périrent dsns ce naufrage. De nombreuses barques des hommes des sables vinrent aussitôt s'abattre sur cette proie ; ils dépouillèrent le corps du capitaine, lui coupèrent les doigts pour avoir ses bagues, puis livrèrent le vaisseau au pillage et revinrent chargés de leur butin, dont une partie remonta le Kiançj tandis que l'autre était coulée dans leurs fossés. C'était autant de sauvé, car quelques jours après l'a Envoya avait complètement disparu dans le goufEre.

Cependant le correspondant européen de ce navire, prévenu du sinistre par des matelots chinois qui avaient pu se sauver, obtenait une lettre de recommandation du Taoiai de Ohang-haif et se rendait accompagné d*un interprète, sur la côte nord-est de Tsong-

56 L*1lI DB TSONO-MINa.

Page 1