PREFECTURE DE TAI-P'ING-FOU
Cette préfecture, comme les 4 qui précèdent, composent, Hichesae. nous l'avons vu, le territoire du Wan-nan. Le P. Du Halde faisait en ces termes l'éloge de sa richesse : «La situation de ftcette Ville sur le Fleuve Yang-tse-kiang, les deux Lacs, et les «Rivières dont ses campagnes sont arrosées, font aisément «connaître combien elle doit être opulente, et avec quelle faci- «Hté elle peut faire commerce. On la prendrait en quelque sorte «pour xuie Isle ; car elle est placée au milieu de trois bras de «Rivières, qui vont se jetter dans le Fleuve. Son district ne «contient que trois Villes, dont Vou-hou-hien est la plus consi- «dérable par ses richesses.»
Ces trois villes sont échelonnées du Nord-Est au Sud- ViUet. Ouest, dans la direction du fleuve. Celles de Tai-pHug-fou et de Ou-hou-hien (Kt| jjjj) s'élèvent non loin de ses rives, et sont arrosées par les eaux des deux rivières qui descendent du Ningkouo-fou. Au Sud-Ouest, la sous-préfecture de Fan-tch'ang (||J ^) (1) communique avec le Kicmg par une série de canaux semblable à celles qui sillonnent les territoires de Ou-liou et du Cheou-hien ("^ f^) appelé Tang-t'ou-hien (§ g^). Quelques Culture. rangées de collines peu élevées et toutes nues sont parsemées sans ordre apparent au milieu de cette longue et étroite bande de terre qui compose la préfecture. Les champs de cette contrée, qui doivent leiur existence au travail de dépôt du fleuve sont fertiles et produisent de beau riz; mais ils sont exposés aux inondations provenant de la rupture des digues.
Quand on parcourt cette contrée, on y rencontre de loin Prairies en loin d'assez vastes espaces dans lesquels le flot destructeur ^*'^* fit un jour irruption, et qui depuis, faute d'une réparation intelligente de leurs digues, restent à l'état d'inutiles herbages. La longue habitude qu'ont contractée les chinois de se contenter de viande de porc, ne leur laisse sans doute point songer qu'ils pourraient profiter de ces plaines basses, ainsi que des hauteurs déboisées, pour y engraisser un bétail nombreux. C'est à peine si l'on voit vaguer dans ces terres désertes quelques gros buffles qui servent à la culture.
(1) Jadis cette soas-préfectare était située an Nord-Ouest de sa position actuelle; le village do Kieou-hien-tchen (q j|^l9l), ainsi qu'une tour au bas de laqueUe passent les vapeurs qui sillonnent le Kiang^ perpétuent le souvenir de cette ville, qui a dû se retirer devant les empiétements du fleuve.
Limites. La préfecture de T'ai-p'ing est bornée au S. O. par le
Tch'e-tcJieou-foUy au S. E. par le Ning-kouo-fou, enfin au N. E. par la préfecture de Kiàng-ning-fou Ûl ^ /jjï (viilgo Nafiking), capitale des Deux Kiang (^ Jï). Au N. O. par delà le Fleuve, s'étendent les plaines du Ltu- te heou-fmi et de Ho-tcheou.
Dans le Tai-p'ing-fou, les digues nombreuses qui protè- Routes. gent les cultures contre le flot des torrents et le reflux du Kiang servent la plupart du temps de chaussées de communication. Leur entretien et lem: qualité sont tels qu'on peut attendre de chemins en terre non macadamisés, que le seul intérêt des propriétaires riverains force & recharger de temps à autre de limon.
La ville de Tai-p'ing-foji n*est guère remarquable que par le nombre des lettrés et des militaires qui l'habitent. Elle sert de résidence à l'examinateur provincial {^ '^), et de quartier général au commandant général des forces navales du Kiang.
Ou-hou. C'est dans la sous-préfecture de Ou-hou que s'est réfugiée
depuis longtemps l'activité commerciale de cette contrée. L'ancienne renommée de cette ville n'a fait que croître dans ces dernières années, grâce à la fondation d'une douane impériale tenue par les Européens, et aux nombreux pontons des steamers qui stationnent dans ses eaux. Ngan-k'ing, que le P. Du Halde proclamait «très considérable par son commerce et par ses richeses», comme étant «le passage de tout ce qu'on fait venir à Nan-kingn, est depuis longtemps éclipsée par sa rivale de la rive droite, qui constitue le seul «port ouvert» du Ngan-hoei.
C'est dans ce vaste emporium qu'affluent de toutes parts les marchandises destinées à alimenter la province du Nganhoei. C'est là que se rendent les papiers du Kiang-siy les sucres de Formose, les pelleteries du Nord, d'immenses trains de bois descendus du haut Kiang, etc.
Postes. La ville de Ou-hou, étant en relations de commerce avec
tout le Ngan-hoei, l'on conçoit que des agences de communication postale s'y soient constituées en assez grand nombre. Les courriers officiels des tribunaux, pour la transmission des documents administratifs, n'étant point à la disposition des correspondances particulières, les postes ou '(g ^ Sin-kiu, dont nous parlons ici, sont dues à l'initiative privée et forment, comme dans les autres parties de la Chine, une branche spéciale d'industrie.
Voici, rangés suivant l'ordre des préfectures adopté par nous dans le présent travail, les villes ou bourgs du Ngan-hoei, avec lesquels les quatre principaux établissements de Ou-hou sont en relations directes :
1. Hoei-tcheou. — Toen-k'i. — [King-té-tchen] . 2. Ningkouo-fou. — Wan-ich'e (jjf flt). 3. TMe-tcheou, — Ho-yvé-
Commerce.
tchcou. — Ta-Vong, ô. Tai-p'iyig-fou, 6. Ngan-kHng. — Tongtch'eng. 7. Liu-tcheou. — Liu-kiang. — Tch'ao-hien, — Tchetch'eng (^ W- — Che-kao (^ ^). — San-ho (E tSll S. TcKoU'icheou. 9, Ho-tcheou. — Ynn-ts'ao (j^ \§). 10. Chemitchecnc, — Tclicng-yaiig-koan. — 12. Lou-ngan. — Ilo-chan.
Ainsi, aucune des Villes situées au Nord de la Hoai n'a de communications postales avec le reste du Ngan-hoei, non plus qu'avec le Kiang-sou. C'est un indice de la pauvreté de cette plaine du Nord.
Les lettres ou colis postaux ordinaires paient 70 à 80 sapèques. Si leur poids est considérable et que l'on n'ait point de fréquentes relations avec la poste, on paie le port à raison de 30 sap. par livre. Généralement, au-dessus de 6 livres, les maîtres de poste n'acceptent point de paquets pour les longues distances, Tclicng-yang-koan par exemple.
Les envois d'argent paient dix sapèques par piastre, audessus de cent piastres, et davantage pour de moindres sommes; jusqu'à 30 sap., s'il s'agit de 10 à 20 piastres. En général nous n'avons eu qu'à nous louer de la régularité et de la fidélité de ces services particuliers (1).
C'est également à Ou-hoii que, depuis quelques années Opium. (1877), les vapeurs venus de Chang-hai débarquent l'opium des Indes. En 1887, le commerce de onze mois donna le chiffre d'environ 4 400 caisses. L'année suivante ne vit arriver que 3 400 caisses. Enfin 1889 n'en apporta que 2 600. C'est donc par année une diminution d'à peu près 900 caisses; et pour le trésor impérial, une perte sèche de 99 000 taëls Haikoan.
Qu'on ne conclue pas cependant que la consommation Conrurde cette drogue homicide ait diminué dans ces dernières années. Loin de là ; elle continue à croître dans une proportion inquiétante. Mais l'opium indigène commence à remplacer dans une large mesure l'opium étranger, et finira sous peu, croyonsnous, par le supplanter totalement. Les chinois trouvent plus avantageux de s'empoisonner eux-mêmes: le peuple qui produit gagne à la culture du pavot, dont les profits dépassent ceux des cultures ordinaires ; les mandarins locaux spéculent sur les droits auxquels est soumis ce produit; enfin les consommateurs sont contents de ne payer l'opium qu'un prix moitié moindre. Ainsi, à Ou-hoii, en ce moment, l'opium des Indes se vend au
renre.
(1) Les événements de 1891, et sartont les instructions données aux douanes de l'intérieur parle vice-roi à la suite de l'attentat de l'anglais Mason, ont provoqué sur plusieurs points de la province d'odieuses vexations, qui se sont maintes fois traduites par la confiscation ou la consignation de tout colis postal destiné aux mifiionnaires, dont la vue déplaisait à l'employé ohinois.
détail 500 grandes sapèques l'once (|f ), tandis que Topium indigène ne coûte que 250 à 260 sapèques (1). Culture C'est surtout du Nord de notre province qu'arrivent à Ovr-
*du pavot. ^'* ^^^ produits du pavot indigène. Les districts de Tang-chanhien (|^ jlj), de P'ei-hien (^), de Fon^-hien (2), dans la corne N. O. du Kiaiig-sou; le territoire de ^ ^ Yong-tch*eng au Ho-nany sont les localités qui fournissent le plus d'opium au marché de Ou-hou. Du reste, il est à croire que bientôt notre province pourra suffire à ses propres besoins : déjà les plaines de Yng-tcheou-fou, les vallées de Lou-ngan, de Ning-kouo-fou, de TcWe-tcheou-fou, et plus récemment, des parcelles du T'ai' p*ing-fùu voient croître le pavot. Bon nombre de fumeurs campagnards se réservent, à côté de leur potager, un carré de pavots, qui leur permettra de jouir à bon marché de leur détestable habitude.
Approba- H est bien entendu que les prohibitions répétées, que les
eUe. proclamations comminatoires si souvent renouvelées par les
fonctionnaires contre ceux qui favorisent ce commerce, ont cessé depuis longtemps d'être regardées comme sérieuses. Les
(1) Les deux années qui se sont écoulées depuis la rédaction des notes cidessus, n'ont pas vu nos prévisions se vérifier, relativement à la diminution progressive de l'importation de l'opium étranger : en 1892, 2 567 caisses et en 1891, 2 610 caisses ont été débarquées à Ou-hou, de sorte que, ces trots dernières années, le chiffre des affaires est resté sensiblement stationnaire. Outre l'infériorité des récoltes de 1890 et 1891, le Père Gain m'a récemment procuré sur la production de l'opium au Nord du Kiang-nan d'intéressants détails qui jettent quelque lumière sur cette question. Il y a trente ans, non seulement la culture du pavot, mais l'usage mfimo de l'opium étaient inconnus dans les vastes plaines du Siutcheou-fou ('(^/H) » l'appât du lucre et la protection des fumeurs des tribunaux furent si efficaces, qu'en moins de vingt ans, malgré les peines sévères édictées contre les planteurs, le quart ou le tiers des terres labourables fut réservé à cette culture. Les profits personnels que les mandarins prélevaient sur cette denrée n'empêchaient pas le gain des producteurs d'être considérable, et il y a quatre ou cinq ans, le commerce de l'opium était très florissant au Siu-tcheou-fou. Le district de T'ang-chan-hien (pi^ lU/ en particulier, et les deux ou trois autres situés au N. O. du Kiang-sou, voyaient chaque année des centaines de chars chargés d'opium se diriger vers Ta^ng-hiang-p^oû (JB Jï ïB). L'abondance de l'argent provenant de ces échanges avait fait descendre l'once d'argent à 1200 sapèques à T^ang-chan. L'opium brut acheté directement aux paysans se payait alors 200 sapèques l'once.
Le décret impérial de Juin 1890, en augmentant les taxes, a singulièrement ralenti l'activité de ce commerce. Déjà l'an dernier, à l'annonce des nouveaux règlements, les acheteurs étaient venus plus rares. Cette année, il en vint encore, mais les exigences et les formalités des douanes, jointes à la rapacité de tout un peuple de fonctionnaires, qui n'entend paslaisseràl'Empereur seul les bénéfices d'une telle opération, ont effrayé les courtiers, que sont retournés à leurs mandants avec leurs lingots d'argent- Cet arrêt subit dans l'exportation de l'opium a fait remonter l'once d'argent de 1 200 à 1 000 sapèques, sa valeur ancienne.
COlfMUNIGATIONS INTÉBIEUBES. 65
mandarins, dont la personne et l'entourage sont très généralement adonnés à cette triste passion, ne pourraient pas, le voulussent-ils, réagir efficacement contre un abus qui doit fatalement désormais s'infiltrer comme un poison lent dans la masse de ce peuple. Il est des quartiers entiers môme parmi les populations agricoles, où la grande majorité des hommes adultes est adonnée à Topium. L'on ne dit plus rien. Bien plus, l'Empereur lui-môme semble en avoir pris son parti. Si une chose le touche dans la rapide extension qu'a prise cette pernicieuse coutume, c'est surtout le peu de loyauté des mandarins préposés à la taxe de l'opium indigène. Un Chang-yu récent (30 Juin 1890) a rappelé à ces officiers concussionnaires qu'ils ne peuvent garder pour eux-mômes les bénéfices prélevés sur le ToU'io (i DD, à titre de li-kin (Jjf ^). Ce curieux document constate tout d'abord les développements de la production intérieure de l'opium : i&^Ël^Rf^^9B ê^
*«l^^*±iiœ^ Hif.- «Durant ces dernières «années, le peuple a développé de jour en jour cette culture «et en a retiré des bénéfices très considérables. Nous avons «appris récemment que les provinces de Kirin, de Hé-long- ^LhianÇy ainsi que celles de Se-tMoan, du Yun-nan^ les pré- «fectures de Hoai-ngan, et de Siu-tcheou dans le Kiang-nan, «développent chaque jour la production de l'opium indigè- «ne ...» Ensuite il gracie les coupables : ^ M JÈ ^ IL ^ :fîiiï!Kif — #ft*««-.- «Pour cette fois, la «cour usant de clémence ne poursuivra pas les coupables ; elle «pardonne pour le passé ces abus qui eussent dû ôtre punis de «la dégradation ...» Enfin il prescrit des mesures pour assurer la perception régulière de ce nouvel impôt et la transmission de ces droits à la cour. Désormais, il ne saurait donc plus ôtre question de menacer les marchands d'opium comme plusieurs fonctionnaires l'ont fait naguère, à une époque où il ne s'agissait que de détrôner un commerce étranger.
Ôw-^?* possède une cinquantaine de magasins, qui servent B^tMF/îe0. de correspondants aux marchands étrangers. Ce sont en général des gens de King-hien, de Tai-p*ing-hien, ou du Hœitclieou-fou qui tiennent ces maisons. La caisse d'opium, tous frais payés, compris aussi les droits de douane qui sont de 110 taëls Hai'hoan (^ H), leur revient environ à 600 mexicaines. Ils la revendent 650 carolus, soit au cours actuel 865 mexicaines, ce qui donne par caisse un bénéfice de 265 piastres.
Dans la répartition de cette denrée, Ou-hou se fait la part Fumoirs. du lion. On compte dans cette ville et dans ses faubourgs environ 5 000 maisons qui servent de fumoirs publics. Quatre d'entre elles sont somptueuses et contiennent chacune 60 lits. Un grand nombre d'autres peuvent recevoir simultané-
ïik FBOVINOE DU NOAN-HOBL
Consommation.
ment éO à 50 fumeurs. Outre ces établissements patentés, il en existe un certain nombre qui reçoivent en cachette les consommateurs; enfin parmi ces derniers, il en est plusieurs qui contentent leur passion dans leur propre domicile.
Pour ne tenir compte que des fumoirs de la première catégorie, l'estimation qui fixe à 7 000 piastres le prix de la consommation quotidienne semble vraiment modérée. Les é grandes maisons dont nous avons parlé doivent vendre au moins pour 100 piastres par jour pour faire face à leurs obligations, et les plus simples paillottes érigées en fumoirs ne peuvent guère moins faire qu'une piastre d'afEaires chaque jour.
Si Ton prenait comme moyenne de la consommation journalière d'un fumeur la somme de 70 à 80 sapèques, Ton devrait conclure que les fumoirs publics de Ou-hou alimentent une population de cent mille fumeurs 1 Et ce chifEre, ajoutent les commerçants indigènes de qui je tiens ces détails, ne paraîtra point exagéré à quiconque saura que ces établissement ne mettent pas moins de 50 000 pipes & la disposition de leur clientèle (1).
A ce compte c'est, chaque année, rien que pour la ville de Ou-hou, banlieue comprise, une dépense totale de 2 555 000 piastres, soit au cours récent de 4 fr. 40, un chifEre de 11 242 000 francs.
Sur cette somme, une portion notable est due à l'opium indigène. Les uns disent qu'un tiers seulement de l'opium fumé à Ou-hou est de provenance étrangère; d'autres m'ont parlé d'un cinquième. Supposons que le quart (en poids) soit le vrai chifEre de cette proportion pour l'année 1889. Les prix des marchandises ( Jt) étrangère et indigène étant comme deux est à un, et le bénéfice des débitants d'opium préparé dans les fumoirs représentant environ les ^/g du prix totaJ de débit, il s*ensuivrait que le chifEre de 2 555 000 piastres s'est décomposé ainsi : 1 135 555 p. pour le gain de ces derniers établissements ; 567 778 p. d'opium étranger et 851 667 p. pour l'opium indigène. L'année 1889 ayant vu importer 2 500 caisses à 865 p., ce qui donne une somme de 2 162 500, il resterait disponible pour le reste de la province, pour 1 987 222 p. d'opium étranger, soit environ les ^/a de la quantité totale importée.
Industrie. Les fumeurs de l'intérieur suppléent au défaut d'opium
étranger par l'usage de celui que produit la mère-patrie. Bon
Proportions.
(1) n est vrai qu'il paraîtra hors de proportion avec le ohifEre de 60 000 hab. indiqué pour Ow-hou par le Ckronide and Directory. Mais ce chi£&re est inexact, et dès 1888, des sources chinoises qui se disent bien informées donnaient comme évaluation de la population {œUe des barques comprise) la somme plus que quintiqile de SIO 000 âmes I
nombre de localités se servent e:{^clusivement de ce dernier. On lui reproche, il est vrai, d'ôtre moins puiss^t que le narcotique venu des Indes, mais dans ces derniers temps les raffinés économes, en quête d'une industrie pour augmenter leur jouissance sans nuire ^ leur bourse, ont trouvé daa9 reau-d^Tyie d^ sorgho (JU m ^ JS) un utile auxiliaire pour renforcer le tau et les effets du Tou-iOf qu'ils macèrent dans ce liquide ^vant la cuisson.
Avant de quitter ce triste sujeti <lont le lecteur me par- Mœurs. donnera d'avoir si longuement parlai que l'on me permette de soulever un autre voile qui dérobe d'autresi turpitudes. Des centaines de pauvres créatures, fournies par la ville de Yangtclieou (m ){\) et parquées comme un immoude troupeau dans les temples de la débauche, renouvellent h Ou-hou le spectacle des nations restées ou redevenues païennes. Même en dehors de ces antres du vice, la licence est grande dans cette ville, et Ton m'a signalé par exemple tel quartier oi!i sur mille familles, huit ou di^ à peine vivent dans les liens d'une union régulière. Ce sout surtout les étrangers venus des provinces voisines qui donnent le spectacle de cette iuqonduite; mais, d'où qu'il vienne, il prouve du moins que ce peuple ns^ plus lieu d'être si fier aujourd'hui de sa civilisation trop vantée.
J'ai dit plus haut un mot du commerce des pelleteries. Pelleté- Voici sur cette branche 4'industrie quelques détails qui pourront "^^' intérresser le lecteur. Je connais intimement le chef d'une des quatre maisons qui la représentent à Ourhou, et voici les détails qu'il m'a donnés è^ ce sujet. Chaque année, & la ^'^ lune, il se rend, lui ou les siens, à ^an-fcin^ pour y prendre livraison des soieries qu'il va vendre au jIl ^ Tché-li, C'est à P'ou-k'eou (i$ P)> en face de Jfm-king, que l'on charge sur des brouettes les précieux tissus. La caravane met environ un mois pour accomplir ce trajet- De là, nos commerçants se dirigent vers le Nord-Ouest & Ta-t'ofig-fou (Jt (^ JSP)» préfecture du Çlian-si (lU ï)» où se tient uq commerce actif de pelleteries. Quatre maisons plus importantes et une soixantaine de petites y vendent les fourrures du Nord aux nombreu^^ voyageurs qui viennent les chercher de fort loin. Nos marchands séjournent environ deux mois dans cette cité ; choisissant leurs marchandises, en débattant les prix et surveillant la préparation. Ils en achètent pour 20 000 taëls environ. Puis, vers la 7° lune, ils se remettent en route, regagnant le Sud par le Tehé-U, où ils font un court séjour dans leur famille. Des 1 500 li qui séparent Ta-t*ong-fou de leur maison^ la plus grande partie (1 200) se fait èk dos de mules ; le reste (300) est parcouru en chars. Il reste encore 2 200 li (environ 1 200 kilomètres) à franchir pour se rendre h Ou-hou, Cette dernière partie du transport s'effectue sur des brouettes. Chacun de cet véhicules, traîné par 2 ou 3 hommeS; est chargé d'environ 400 libres, et l'^n-
68 LA PBOVINOE DU NGAN-HOBI.
semble des hommes employés pour un seul convoi, représente un effectif d'à peu près 200 hommes.
Voyage; Qqq brouettiers de diverses provinces, hommes rudes à la
peine, endurcis par de continuels voyages, obéissent à un chef qui prend lui-môme lès ordres du négociant qui les accompagne. Ce dernier, pour plus de sûreté, s'adjoint plusieurs de ses parents ou de ses associés, et dispose en évidence au milieu de sa troupe quelques fusils destinés à contenir les convoitises des voleurs de grand chemin. H paraît en effet que les chemins du Nord, jusqu'à Nan-siu-tcheou ne sont point sûrs pour de faibles escortes, et qu'on a vu plus d'une fois des convois dévalisés par des bandes de cavaliers pillards. La préfecture de Ts'aO'tcheou-fou ("(f ^) au Ghan-tong a en particuher une assez mauvaise réputation auprès des commerçants qui passent sur cette route.
Piao-kin. Les convois moins importants se font souvent accompa-
gner par des employés de Piao-kiu (JH J||), sortes d'agences d'assurance, établies à Nan-king et Tchen-kiang. Ces maisons, dont rien ne saurait nous donner une idée parmi les institutions européennes, sont composées en partie d'honnêtes bandits retirés des affaires, solides boxeurs et habiles parleurs, entendus aux ruses et à l'argot des brigands leurs anciens confrères. Ils précèdent les brouettes et portent des insignes qui les font reconnaître; s'il survient quelque danger siir la route, ce sont eux qui parlementent et assurent la sécurité des voyageurs qui les emploient et de leurs marchandises.
Prix du Pour le trajet de 2 200 li dont nous avons parlé, ces indu-
transport. gtriels traitent à forfait avec les marchands, à raison de 30 taëls pour chaque brouette, nourriture comprise. Deux hommes de ces agences sont d'ordinaire une escorte suffisante. Quand les convois sont plus considérables, et que les associés de commerce sont en nombre, comme c'est le cas pour notre ami, on préfère pourvoir par soi-môme à sa propre défense. Les frais d'une brouette ne reviennent alors qu'à 30 tiao de mille sapèques.
L'on peut voir en passant que cette somme repartie entre deux brouettiers représente pour chacun une rémunération d'environ sept sapèques par Zi, tarif moyen des transports par brouette dans le Wan-Tian. Les 30 étapes de 70 li l'une dans l'autre, que représentent ces 2 200 li, sont donc payées chacune à raison de 500 sapèques par homme. En défalquant à titre minimum de nourriture cent sapèques, il reste au brouettier un bénéfice de 400 sapèques (au taux actuel, 1 fr. 75) pour prix d'une course de 40 kilomètres, avec une charge de 200 livres !
Outre les magasins de Ou-hou dont nous avons parlé, 2 autres établis à Ngan-k'ing, 26 à Nan-king, 5 à Tcheyi-kiang et à Yang-tchêou (|[| ^), et plus de 20 à Chang-hai, envoient chaque année leurs représentants à Ta-t'ong-fou, Au bourg de
Tchatig-kia-k^eou (^ jjc 0)» près de la grande muraille, se vendent les peaux brutes, dont une partie est montée dans la préfecture du Chan-si.
Nous n'avons plus qu'un mot à dire du commerce d'ex- Exporta portation de Ou-hou, Au moment où nous écrivons ces lignes ^^[* ^ (Septembre 1890), le marché de Ou-hou est envahi par des marchands venus du Koang-tong (jj| ^), du Fou-kien (j^ J^), du Chan-tong, de Tien-tsing, pour acheter le riz, magnifique cette année, dont on achève à peine la récolte en ce moment. Une grande partie des plaines du Liu-tcheou-fou, dans les districts de Ou-wei-tcheou, de Ho-fei-hien, de TcKao-hien, et jusqu'à San-ho (^ J^) à l'Ouest du lac TMao ; au Sud du Kiang, les sous-préfectures de King-hieriy Nan-ling-hien, et d'autres, viennent décharger leur grains sur le marché de Ouhoîi, d'où les vapeurs les conduisent par mer vers des contrées moins fertiles.
Les transports se font aux prix moyens des autres parties Prix des du Ngan-hoei. Nous avons déjà dit un mot du prix des bar- ^p^' ques, fort employées dans le pays, à cause de la multiplicité des canaux ; mais il est à remarquer qu'ici, comme ailleurs, les transports par eau sont plus sujets aux variations que ceux qui s'opèrent par la voie de terre. — Les tarifs des ming-tcKoan sont les mômes que plus haut.
Les voyageurs trouvent à Ou-hou des ânçs qui les conduisent pour 200 sapèques à Tai-jp'ing-fou,
En revanche, les porteurs qu'on loue à Ou-hou même coûtent souvent beaucoup plus que si on les prenait dans l'intérieur des terres. Les gros gains qu'ils réalisent dans les travaux du Ma-t'eou sont la cause de cette surélévation des prix.
Le département de Tai-'p'ing-fmc ne contient, que nous Pone». sachions, aucun pont de quelque importance. A Ou-hou môme, ainsi qu'à Tai-p'iyig-fou, l'on n'accède à la ville, en traversant le canal, qu'au moyen d'un pont de bateaux (^ jff^.
Ou-hou, nous l'avons dit, est le seul port ouvert aux étran- Escales, gers. Cependant les vapeurs font escale à Ho-yué-tcheou et à Ngan-kHng. ha, C® Tchao-chang a môme un ponton dans ce dernier port.