‹ L'île tibérine dans l'antiquitéChapitre 133 sur 237 · Plaut.. op. ci · texte numérisé non relu

Plaut.. op. ci

Hac nocte in somnis visus sum tuerier Procul sedere longe a me ^Esculapium Neque eum ad me adiré neque me magni pcndure Visumst.

ces différents passages du Ctirculio peut-être a-t-oii le droit de conclure d'abord que Plante et les Romains en général n'avaient pas grande confiance dans les cures d'Esculape, et ensuite que le temple du dieu guérisseur avait surtout pour habitués des hommes de peu, comme ce icno, de race étrangère et de condition misérable.

L'exposition des esclaves malades dans l'île tibérine. — Il on était de même encore sous l'Empire. On sait par Suétone que beaucoup de riches Romains exposaient leurs esclaves malades dans l'île tibérine ; ils les confiaient aux bons offices du dieu de la médecine pour se dispenser de les soigner eux-mêmes. Claude décida que ces malheureux seraient libres ; s'ils guérissaient, ils ne retomberaient plus sous l'autorité de leurs anciens maîtres ; si les maîtres aimaient mieux les tuer que les exposer, on leur intenterait une accusation pour meurtre'. Dion Cassius confirme cette indication donnée par Suétone. Sans parler de l'île tibérine ni du temple d'Esculape, il dit simplement que Claude, en l'an 800 de Rome, 46 après l'ère chrétienne, décréta que les esclaves malades, abandonnés par leurs maîtres, seraient libres; ce passage de Dion a l'avantage au moins de nous faire connaître la date de l'édit^. Les textes juridiques du Bas-Empire rappellent et confirment les prescriptions de Claude. Le titre VIII du livre XI du Digeste énumère les diverses catégories de personnes qui parviennent à la liberté en dehors de l'affranchissement; il cite entre autres, d'après Modestinus, qui s'appuyait sur l'édit claudien, l'esclave exposé par son maître pour cause de maladie grave ^^ Le titi^e VI du livre VII du Code de Justinien ne renferme qu'une seule loi, promulguée par Justinien lui-même, sur la perte de la liberté latine et certains moyens de la transformer en droit de cité

1. SuETOX., Claud., 2S : Cmn quidam aegra et affecta mancipia in insulam JEsculapd tsedio medendi exponerent, omnes qui exponerentur liberos esse sanxit nec redire in ditionem domini si convaluissent ; quod si quis necare quem mallet quam expotiere, cœdis crimine tenevi.

2. Gass. Dio, LX, 29 : 'EtceiStÎ iz TTo).)>oi6o-j),o-j; àppworo-jvxa; o-j5£(xtî; ôcpaTTEta; TjÇtouv, cùXoL xai âx twv oîxkSv è$£êaX).ov, âvojxoOÉTïjae TtàvTa; xoù; èx to-j toio-jto-j TtepiyevojjLÉvo'j; èXeyÔépo'j; elvat.

3. DiGEST., XI, 8 {Qui sine manumissione ad libertalem perveniunl), loi deuxième (d'après Modestinus, Lib. VI Rerjularum) : Servo quem pro derelicto dominus ob gravem infivmilatein habuit, ex ediclo divi Claudii competit iibertas.

romaine; l'édit claudien y est encore mentionné'. Au titre IV du même livre Justinien avait ordonné une fois de plus que l'esclave malade, exposé par son maître, deviendrait libre et que le maître coupable n'exercerait mémo plus sur lui le droit de patronat^'.

Ces malades abandonnés sont les seuls clients du sanctuaire d'Esculape dans l'île tibérine que nous fassent connaître les textes littéraires de l'époque impériale. L'aristocratie ignorait ou méprisait le temple romain du dieu de la médecine. Au siècle des Antonins, le rhéteur yElius Aristide, qui parcourut tout le monde gréco-romain pour visiter les sanctuaires célèbres des divinités guérisseuses, et qui s'arrêta à Rome, ne le cite même pas dans ses Discours -K

Les inscriptions, — Les inscriptions suppléent heureusement au silence des écrivains et nous mettent en mesure, à leur défaut, de suivre l'histoire et le développement du culte d'Esculape à Rome. On a trouvé dans l'île tibérine ou dans le Tibre auprès d'elle un certain nombre de documents épigraphiques, on latin et en grec, de longueur et d'importance variables. Les plus anciens appartiennent au if siècle avant l'ère chrétienne, peut-être même au in% les plus récents au temps des Antonins. Bien qu'ils ne nous aient transmis les noms d'aucun personnage important, ils sont très intéressants et très précieux.

Inscriptions latines archaïques. — Trois inscriptions latines archaïques dédiées à Esculape ont été découvertes, ces dernières années, dans les débris extraits du Tibre, au cours des travaux de systématisation. Ce sont de petites bases votives, qu'il faut rapporter, d'après l'aspect de lettres, au m" ou au II" siècle avant Jésus-Christ. La première est en pierre

1. Coi). Justin., VII, 6, loi unique : De latina Uherlate tollenda et per certes inodos in civitatem romnnam transfusa; paraq. 3 : Sed scimus hoc etiam esse in antiqua latinate ex edicto divi Claudii introduclum, quod si guis servnm suum ipqriludine periclilantevï\a] sua domo publiée ejeceril neque ipse eum procul'ans neque alii eum coniniendans cuni erat ei libéra facullas si non ipse ad ('jus curam sufficerel in Xenonem vel quo poterat modo eum adjuvare hujusmodi servus in libertate latina anlea morabalur : et quem ille morienlem anlea dereliquit, ejus bona iterum eum moreretur accipiebat. Talis itaque servus, libertate necessaria domino etiam nolente re ipsa donalus, fiât illico civis rornanus nec addilus in jura patronalus quondam domino reservelur.

2. Coi). Justin., Vf, 4, ^k,paraf/. fi : Sermis tpcjrotus, nisi ejus curam dominus fjerat, fit liber et dominus amitlit in eo jus patronalus.

3. Sur Jes voyages d'Aristide, cf. Bougiié-Lecleucq, op. cit., t. III, p. 299-307

calcaire; elle mesure 0™,13 de hauteur sur 0'°,25 de largeur et O",!'^ d'épaisseur; elle est percée de trous encore remplis de plomb. On y lit' :

Aiscolapio <lono[ni) \ L[ucius) AU)ar)ius K[œsonis) f[ilins) (ledit.

La seconde est en travertin ; sa hauteur est de 0'",26, sa largeur est de 0",12, son épaisseur de 0°',09- :

^scolapio I donom dat \ lubens merito \ M[arco)Popi(licio M{arci) f['dio).

La troisième, en travertin également, a une hauteur de 0",15 et une largeur de 0",10'' :

...lus V(d... I donwn dat \ Aiscolapio merito \ hibens.

Ces inscriptions étaient placées à l'origine dans le sanctuaire de l'île tibérine. En même temps qu'elles on a retrouvé dans les débris retirés du Tibre d'autres inscriptions archaïques consacrées à diverses divinités dont les temples étaient voisins aussi du fleuve ; la plus importante et la plus ancienne est une dédicace à Hercule'* :

M. C. Pomplio No. f. \ dedvon \ Hercolc., pour :

M{arcus et) C{ains) Pomp{i)liusNo{viï) f{ilii) j ded{e)nm{t) Herculi.

Elle remonte au vi^ ou au iif siècle avant Tère chrétienne et provient sans doute du Famim Herculis, situé au Forum boariutn, en face de l'île tibérine. Sur les bases offertes à Esculape reposaient primitivement des statuettes, que les trous remplis de plomb, visibles à la partie supérieure de l'une d'entre elles, servaient à sceller; c'étaient des ex-voto donnés au dieu de la médecine par des fidèles reconnaissants. Deux fois, le nom d'Esculape est écrit Aiscolapio. On n'avait encore jamais rencontré cette orthographe. Elle atteste, ainsi que la forme des lettres, des L surtout, et certaines désinences des nominatifs et des accusatifs l'antiquité de ces petits monuments.

1. Vaglieri, Notiz. d. Scavi, 1890, p. 33; — Bidlett. Comun., 1892, p. 73 ; — — Aldollent, Bullet. archéol. delarelig. rom., dans la Rev. de Vhisl. des relig., 1891, t. XXIV, p. 6o.

2. Notiz. d. Scavi. 1892, p. 267 ; — Huei.sen, Jahreshericfif, dans les Mittheil des avc/inol. Instil., Rœm. Ahth., 1893, p. 319.

3. Notiz d. Savi, 1892, p. 410; — Huelsen, loc. cit. — Audollent, op. cit., 1893, t. XXVIII, p. 148.

4. Notiz d. Scavi. 1890. p. 33; — Bullelt. Comun., 1892, p. 75; — Audollent, op. cit., 1891, t. XXIV, p. 65.

âlO LE SANCTUAIRE D^ESCULAPË

Inscriptions latines postérieures. — On a cité plus haut une inscription, rédigée à l'époque républicaine, qui mentionne une restauration ou réparation du temple d'Esculape exécutée de stipe .Escidapi, avec l'argent des collectes faites parmi les croyants ^ C'est le seul document conservé qui intéresse le trésor du temple.

Dans un texte trouvé pendant les fouilles de Tannée 1676 sur la place Saint-Barthélémy, devant l'église, un ininister d'Esculape est nommé. Les ministri appartenaient à la classe servile ; ils assistaient les prêtres ; ils veillaient aux détails des cérémonies du culte et à l'entretien des temples. Celui-ci s'appelait Probus ; il était l'esclave d'un certain M. Fictorius Faustus. Au moment où il offrit à Esculape l'ex-voto qu'accompagnait l'inscription, il était âgé de trente et un ans et exerçait les fonctions de minister pour la seconde fois- :

Aisculapio \ Augusto sacrum \ P?'obî(s M[arci) Fictori Fausti [servus] minister ilerum anni XXXI.

Deux inscriptions funéraires de Rome concernent des prêtres d'Esculape, sacerdotes Msculapi ; peut-être le temple qu'ils desservaient était-il celui de l'île tibérine. On ignore la provenance du premier de ces textes ; il n'est connu que par une copie de la Renaissance ^ :

L{ucio) Plœtorio L[ticiï) f[ilio) Claudia [tribu] Sahino \ sacerd[oti) ^Escuiapi vix{it) ann[is) LXXV \ M[arcus) Plœtorius Numisianiis Sabimis \ f[ecit) c[uravit).

Le second, très mutilé, a été découvert en 1853, dans le cimetière des Saints-Nérée-et-Achillée, sur la voie Ardéatine, où il n'avait été transporté, très probablement, qu'à une époque tardive, pour être utilisé dans quelque construction^ :

D[is) m[anibus) | ... nus qui et mimer... \ [sacerdjos Asculapi se vi[vo fecit sibi et] \ [libert]is libertabusq[ue posterisque eorum] .

Il convient enfin de transcrire ici une inscription de l'époque impériale qui paraît se rapporter au culte d'Esculape. C'est encore la dédicace d'un ex-voto ; elle est faite par un affranchi, dont le nom, Séleucus, indique probablement une origine gréco-orientale. La divinité à laquelle s'adressait l'offrande

Page 1