‹ L'île tibérine dans l'antiquitéChapitre 136 sur 237 · C. I. Gh., S974; — Kaibel, op. cit · texte numérisé non relu

C. I. Gh., S974; — Kaibel, op. cit

LE CULTE d'kSCLLAPE DANS l'iLE TIBÉRINE 213

il témoigne que la médecine laïque et la médecine sacerdotale vivaient alors en bon accord et que les successeurs des Asklépiades reconnaissaient toujours Esculape comme leur patron et leur protecteur. Nicomède était un étranger. M. Ulpius Eriphus, qui offrit au dieu un ex-voto dont la dédicace est parvenue jusqu'à nous, était un affranchi impérial^; le nomcn Ulpius nous reporte à l'époque des Antonins; on ne sait d'où vient cette inscription; peut-être avait-elle été déposée primitivement dans Tîle tibérine.

M. Lanciani a donné au musée municipal du Cœlius, en 1896, une petite base de marbre, de 0"',23 sur O^jlS, qui porte à sa face antérieure une inscription grecque ; quelques lettres sont effacées, mais il est aisé de les restituer- :

'Ajay.XYjTwtà) Oe[w] | [^.syicjto) [a]o)Tr5[pi] | £j[£JpY^"Ti ' 2vy.o[v] | (j-Xr^vbç {7O)0s"iç I àrb atov "/tpwv, | eu tsoô c[îY];j.a àp | [yj'Jpsov, îr/apiaT[iQ | p]tov Oeo) N[80)^]â[p-/;ç | i^]î6aaTs[u OirSktit \ Gjspcç 'IouXiav[6<;].

« A Asklopios, dieu très grand, sauveur, bienfaiteur; sauvé par tes mains d'une tumeur de la rate, dont voici le modèle en argent, en signe de remerciement au dieu ; Néocharès Julianus, affranchi impérial (sous-entendu : àvsôr^xs, a offert). »

La provenance de ce marbre est inconnue, mais il est très vraisemblable qu'il a été retiré du lit du Tibre et qu'il était placé primitivement dans le sanctuaire d'Esculape in insida. Comme les petites pierres sur lesquelles sont gravées les inscriptions latines archaïques rapportées plus haut, c'est la base d'un ex-voto; on voit à la partie supérieure une cavité rectangulaire, dans laquelle s'encadrait sans doute un support en métal. L'inscription nous fait savoir que l'objet supporté par cette base était une image de l'organe que le dieu avait guéri. Le dédicant est un Grec, un affranchi de la maison impériale. Le nom de Julianus et la formule des lettres permettent d'attribuer ce texte aux premiers temps de l'Empire, au règne d'Auguste probablement.

Dans aucune inscription latine, ni de Rome, ni d'ailleurs, les cures merveilleuses qu'opérait Esculape ne sont racontées. L'épigraphie grecque au contraire nous en a conservé plusieurs

1. C. I. Gr., SSIS. — II convient d'ajouter que, d'après Kaibel, op. cil., 90*, cette inscription serait fausse et imaginée par Ligorio.

2. Publiée avec commentaire par Gigli, Bullelt. Comun., 1896, p. 174.

descriptions minutieuses; la plus anciennement connue provient précisément de Rome, et du sanctuaire de l'île tibérine. Une plaque de marbre de grandes dimensions, découverte à la Renaissance et maintenant perdue, contenait la relation très détaillée de quatre guérisons obtenues par l'intervention du dieu médecin. On la connaît par des copies. Le texte, tel qu'il nous a été transmis, n'est pas complet. La plaque était brisée en haut et à droite ; sur la droite on lisait, à la hauteur de la onzième ligne les lettres ANN, à la hauteur de la treizième, les lettres EN : c'était le commencement du récit d'autres guérisons analogues. D'après Métellus cette plaque de marbre se trouvait autrefois dans le temple d'Esculape de l'île tibérine ^ Il n'y a pas lieu de contester cette assertion. Nul endroit ne convenait mieux dans l'antiquité à l'exposition d'un pareil document que le plus célèbre des sanctuaires romains du dieu médecin. D'autre part, on sait que l'inscription fut déposée à un moment donné dans le palais des Farnèse ; or les princes de cette famille avaient fait exécuter des travaux importants dans l'île, qui était leur propriété ; on doit à leurs fouilles la grande statue d'Esculape du musée de Naples ; il est probable que l'inscription a la même origine. Les érudits qui l'ont vue assurent que les lettres étaient inégales et mal faites, la paléographie très médiocre^. Un empereur, Antonin, peut-être Antonin le Pieux, peut-être et plus probablement Caracalla, ainsi désigné le plus souvent dans les documents officiels, est nommé à la sixième ligne ^ :

àpicTspbv I xod ôîïvai toùç •ï^évTS caxTÛAs'jç è'^àvo) toj ^r,iJ.Oi-o: y.a't apai ty;v yj.i \ poc y.al èTrtÔstvai st:'' "zobq '.5(su? ôç'6aA[xo'jç, y.x\ cp6bv àvÉ6A£']/£ Toj I ort\).cu izxpsG-.îhzcq xal auv)^aipc[j.£vcu, cti uoo-ai àpstai £Y£vovTc £xi I Tc3 ]^£6affT0lj •r;[^.ôv 'Av-:[(i)]v£ivou.

Aouxicp TuXsupetTiy.o) xal à9Y;XTCia[ji.cV(o 67:0 •ÂravToç àvOpwTrcj kypTid- [j-âxt I a£v 0 6£bç £AO£tv y.al ày. tou Tpi6w[j.ou apai T£çpav y.al ;j,£t' c'ivou àva I çupacat y.a'i £7:iO£fvat è-iTO ~A£Upbv, y.al èatoôr^ xal or^[;.C!7ta r5'j;(apta-'^(7£v [ lîi) 6£0) y.al 6 of,\i.oq G'J^/eyjxp'q aÙTO).

1. Metellis, Codex Valicanus 6039, f° 295; 6040, f° 30 (cité par Dittenberger).

2. Métellus, ibid., cité par Kaibel : Littevis ineptis et insequaltbns multoqne quam nos expressunus inconditioribus.

3. C. I. Gb., 5980; — Kaibel, op. cit., 966 ; — Dittenbebgeb, Sylloge inscriptionum gnecarum, 2» éd., Leipzig, 1898, t. II, n° 807i

LE CULTE D ESCULAPE DANS L ILE TIIiÉRlNE 215

£5(pr,asj.a | tusv o Gîoç IaOsîv xal ex, tcu •:piêw[J.cu apai y.ôy.y.cjç atpo- 6ÎX0U y.al I çayeCv [j,îTà [xéXixoç £7:1 Tpsîç r,y.ipoiq, xal èXOtov 2Y;[;,C(Tia ] r,'j)^ap((7':Y;o-£v £[X7:poaO£V tcu crj[j.c'j.

OjaA£pU|) "Azpw (j-paTio'jTY; tuçao) £)fpY;[ji.aTta£v 0 0£bç IaOeïv y.at Xa6£iv aT'Aa | è^ àX£XTpûcv5ç Xeuxcu [astix \i.é\i-:oq y.ai xc/.A'Jpisv (TuvTpf'J;ai y.a\ £7:1 | -peïç r,\j.épo(.q iûr/pelaon izi tcù; cçOaX[/,cùç xal àv£5A£(!/£V xal £Ar,AuO£v | xal r,'j)^apia'':r(G'£v or;[j.caia to) 6£(o.

« En ces jours, le dieu a rendu un oracle à un aveugle nommé Caius : qu'il se rende à l'autel sacré, qu'il se prosterne devant lui, qu'il aille ensuite de droite à gauche et pose les cinq doigts sur l'autel ; puis qu'il enlève sa main et la mette sur ses yeux. Et il a vu, en présence de la foule qui le félicitait. Ces grands prodiges ont eu lieu sous notre empereur Antonin.

« Lucius était affecté d'une douleur au côté ; tout le monde en désespérait; le dieu lui rendit un oracle : qu'il vienne, qu'il prenne sur l'autel de la cendre, qu'il la mêle avec du vin et l'applique sur son côté. Et il guérit, et il rendit publiquement grâces au dieu, et la foule le félicita.

« Julianus perdait du sang ; tout le monde en désespérait ; le dieu lui rendit un oracle : qu'il vienne, qu'il prenne sur l'autel des pommes de pin, qu'il les mange pendant trois jours, mêlées avec du miel. Et il guérit, et il rendit publiquement grâces au dieu devant la foule.

« Valerius Aper, soldat, était aveugle; le dieu lui rendit un oracle : qu'il vienne, qu'il prenne le sang d'un coq blanc et le mêle à du miel ; qu'il en fasse un coUjTe et le mette pendant trois jours sur ses yeux. Et il a vu, et il est venu rendre publiquement grâces au dieu. »

Cette curieuse inscription a été souvent étudiée et commentée, depuis Hundertmark, dans son grand ouvrage sur l'exposition des malades dans les temples antiques', jusqu'à M. Deubner, dans son récent mémoire sur l'incubation^.

Les quatre petits récits qu'elle renferme sont faits tous sur le même plan et d'après le même modèle. Ils comprennent chacun trois parties, qui se succèdent dans un ordre invariable et où reparaissent sans cesse les mêmes mots. En tête sont

1. Hv^w.myiAnK, (le hicremenlis arlis medicse per œgi'otorum apud vêler es in lias puhlicas el lempla exposilionem, Leipzig, 1739.

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