Del'bneh, de Incubaliotie, Leipzig
2J6 LE SANCTUAIRE d'eSCULAPE
mentionnés le nom du suppliant et la nature de sa maladie, puis l'oracle rendu par Esculapo et les remèdes qu'il a prescrits, enfin la guérison et les remerciements adressés au dieu devant la foule des fidèles. 11 faut remarquer l'insistance que mettent les auteurs du texte à rappeler que les miraculés ont manifesté publiquement, cr,\).c(jio^, è'a-podOsv -oX» or,[j.cL>, tsI; ot,i).cu xapeaTWTc;, leur reconnaissance à Esculape : ces prodiges ont eu lieu devant témoins; ils ne peuvent être contestés. La répétition constante des mêmes expressions dans le même ordre nous montre que les prêtres avaient adopté pour la rédaction de ces documents une formule convenue et consacrée ; on était obligé d'en reproduire la teneur générale, en modifiant seulement à chaque fois l'indication des circonstances particulières de la cure.
Les quatre personnages dont l'inscription nous fait connaître les noms, les maladies et la guérison étaient, comme l'afFranchi impérial Néocharès Julianus, des gens d'humble condition. Les deux premiers. Gains et Lucius, ne sont désignés que par un prénom. Le nom du troisième, Juhanus, est un cognomen très fréquent parmi les esclaves ou les affranchis de la maison impériale ; il atteste que cet homme a appartenu à un propriétaire appelé Julius, qui l'a ensuite vendu, donné ou transmis par héritage. Le quatrième, Valerius Aper, est qualifié de a-pa-iwr/jç. Un certain nombre d'inscriptions latines do Rome ont été dédiées à Esculape par des soldats i. Il ne faut pas s'étonner de la popularité dont il jouissait à l'armée 2, On est plus exposé dans ce métier que dans aucun autre à avoir besoin de ses soins. D'autre part, beaucoup de soldats, môme dans les cohortes prétoriennes à partir du règne de Septime Sévère, venaient de pays étrangers, de Grèce ou d'Orient, où la religion du dieu médecin était très répandue. Le texte le plus caractéristique à cet égard a été découvert dans le quartier de Macao, sur l'emplacement des Castra prœtoria; c'est une dédicace offerte sous le règne de Gordien, « à la divinité du saint dieu Esculape Sindrina, de la région de Philippopolis, par Aurehus Mucianus, son prêtre, soldat de la deuxième
1. C. I. L., VJ, 2, 9, 13, 14, 16, 19, 20 ; — BiilleU. Comun., 1886, p. 139.
2. Sur le culte d'Esculape à l'armée, cf. von Domaszewski, die Religion des rômischen Heeres, dans la Westdeutsche Zeitsc/irift, t. XIV, et à part Trêves, 1893.
cohorte prétorienne i» . Le sanctuaire de l'île tibérine, où Gains, Lucius, Julianus et Valerius Apor étaient venus chercher la santé, n'attirait donc, sous l'Empire même et à l'i'poque de sa plus grande prospérité, que des liommes des basses classes de la société romaine. Les riches pouvaient se payer le iuxe de faire appel aux lumières des médecins grecs, que souvent ils avaient à leur service dans leurs propres maisons, comme esclaves ou comme affranchis. Les pauvres, au contraire, n'avaiert d'autre ressource que de recourir aux Asklépieia. Ils croyaient encore à la vertu magique des traitements qu'on y ordonnait. La superstition, jointe à cet invincible besoin d'espérance et de confiance qui abandonne si rarement les malades, assurait auprès d'eux le succès du culte d'Esculape.
Les tablettes votives dans les Asklépieia. — L'usage de consigner par écrit le récit des guérisons obtenues et de faire hommage de ces documents au dieu dans son sanctuaire parait avoir été généralement connu et pratiqué dans l'antiquité. La légende des Quatre saints couronnés rapporte que Dioclétien fit élever à Rome un temple et une statue d'Esculape et qu'il ordonna ensuite de graver sur des lamelles de bronze la relation de toutes les cures qui s'effectueraient à cet endroit -. Ce texte hagiographique est très suspect; on ne sait rien de l'édifice dont il parle ; il prouve du moins que les Romains étaient habitués à voir et à lire de pareilles tablettes votives et que la grande inscription de l'île tibérine, consacrée au dieu guérisseur par ses clients reconnaissants, n'était pas à Rome unique en son genre.
C'est aux Grecs que les Romains avaient emprunté la coutume de rédiger ces attestations détaillées des cures miraculeuses et de les exposer aux regards de la foule fidèle. On sait par les écrivains anciens que de pareils récits étaient conservés soigneusement dans tous les Asklépieia helléniques. Les prêtres aimaient à les montrer, comme d'authentiques témoignages de la puissance surnaturelle du dieu qu'ils servaient.