‹ L'île tibérine dans l'antiquitéChapitre 14 sur 237 · R. La>ciam, tlie Buins and Excavations, p · texte numérisé non relu

R. La>ciam, tlie Buins and Excavations, p

G. JoKDAN, Ann. dell'lnslit. archeoL, 1867, p. 397; — du même auteur, Topogr. d. St. Rom, t. I, 1, p. 425, note.

FiG. 7. — l'île TIBÉRINK

D'après un dessin du recueil Orsini (Bil)liotlièque vaticanc, Cod. lat. .'?'i39, f° 42).

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D'après du Pcrac (15751.

n'est guère soutenable. La tête d'Esciilape ne se trouve pas exactement à la pointe méridionale, mais sur le côté ; elle n'est donc pas, à vrai dire, l'enseigne du navire; l'emblème du dieu protecteur pouvait très bien être répété plusieurs fois sur le bordage. Selon toute vraisemblance, l'île, comme la trirème qui avait amené Esculape à Rome, devait remonter le Tibre et non pas le descendre. Le fragment de décoration conservé faisait partie de la poupe .

« Je me représente cette île longue, écrivait le président de Brosses, comme quelque chose de magnifique au temps des Romains, lorsque son contour était en entier revêtu d'un mur bombé en pierres de taille, qui la figurait en forme de gros vaisseau, avec sa poupe carrée et sa proue pointue. Quelle grandeur n'y a-t-il pas dans une pareille manière d'ajuster une île au milieu d'une ville ! Un obélisque en faisait le mât, et le temple d'Esculape, avec son dôme, en faisait le château de poupée » Il y a dans ces lignes quelques inexactitudes, que d'ailleurs on pardonne aisément à l'érudit président. Il exagère la magnificence du spectacle : les murs de travertin, ornés simplement de leur rebord saillant, de leurs protomes et de leurs bucranes, étaient plus sévères qu'élégants. D'autre part, la poupe ne paraît pas avoir eu la forme régulière et carrée des véritables poupes de navires ; l'île à son extrémité sud allait en s'effilant ; elle se terminait sans doute par une pointe arrondie, ainsi que le montre le dessin de Jordan. Le temple d'Esculape enfin n'avait point de dôme ; mais la dénomination de château de poupe lui convient fort bien et répond à l'idée que suggérait aux Anciens le spectacle de l'île tibérine, immobile devant Rome et baignée par le Tibre, comme un navire à l'ancre.

Les architectes romains avaient régularisé ses contours pour lui donner la forme d'une trirème. Faut-il admettre qu'ils s'étaient astreints à pousser jusqu'à ses dernières conséquences dans leur construction de pierre l'imitation des vaisseaux de bois? La décoration sculpturale, dont il subsiste des vestiges à l'une des pointes de l'île, se continuait-elle pareillement sur tout le long de ses flancs, la ceignant ainsi qu'une carène ? Ou bien, au contraire, les deux extrémités seules avaient-elles été aménagées en guise de poupe et de proue, réunies simplement l'une à l'autre par un mur de quai continu, et

1. De BnossES, Lettres familih-es écrites dltalie (1739-1740), éd. Badon, Paris, 1858, t. II, p. 131.

LE VAISSEAU D ESCLLAPE 41

sans ornements? En d'autres termes, Vinaida tiberina avsâi-eWe été faite ou refaite absolument en élévation comme en plan, ;i l'image d'un navire ^ ? Los dimensions mêmes du fragment conservé du revêtement ne permettent pas de le supposer. Les vestiges de la poupe ont, en somme, assez peu d'importance ; leur hauteur surtout est minime ; ils ne s'élevaient guère au-des- -"' du niveau du Tibre. Si l'on avait voulu donner à l'île en tous points l'apparence d'une trirème, il eût fallu proportionner exactement les différentes parties ; on n'a pas pris cette peine ; un navire qui aurait pour arrière la poupe de l'île tibérine serait beaucoup plus petit que n'était celle-ci même. Par sa position au milieu des eaux et sa forme allongée, elle ressemblait à un vaisseau ; la comparaison s'imposait ; on l'a faite bien souvent ailleurs pour d'autres îles intra-urbaines, comme, par exemple, celle de la Cité, à Paris. Il est naturel que les Romains aient songé à tirer parti de cette disposition des lieux pour commémorer l'arrivée par mer du serpent sacré d'Esculape. Mais ils n'ont pas essa^'é de bâtir à la place de l'île un navire de pierre, entreprise considérable, difficile et vaine. Il leur a suffi de souligner par quelques traits la configuration du sol et d'accentuer une ressemblance déjà frappante, laissant à l'imagination de chacun le soin de suppléer à ce qui manquait et d'achever par la pensée le travail ébauché seulement sur le terrain.

Date de son exécution. — Aucun texte ne nous fait savoir à quelle époque on entreprit de transformer ainsi l'aspect de l'île tibérine, ou tout au moins de ses deux extrémités, et de lui donner, plus encore que par le passé, l'air et l'allure d'un vaisseau. On ne peut apporter à ce petit problème que d'hypothétiques solutions. Preller était d'avis que la décoration de l'île devait être très ancienne ; il l'attribuait au commencement du m" siècle avant notre ère ; elle serait à peu près contemporaine de la venue merveilleuse d'Esculape, qu'elle rappelait-. Le seul argument qu'on ait à faire valoir en faveur de cette opinion, c'est que les Anciens expliquaient, en effet, par le souvenir de l'arrivée d'Esculape la forme de navire imposée à l'île. Mais, d'autre part, les caractères architecturaux et

1. Cf. Venuti, op. cit., p. 173 ; Canina, op. cit., t. III, p. 108.

2. Pkeller, Rom und der Tiber, lier. d. sàchs. Ges. d. Wiss., Leipzig, 1848, p. 138.

sculpturaux du revêtement, autant du moins qu'il est loisible de les apprécier en l'état des ruines, ne permettent pas qu'on l'attribue à une époque si reculée. Jordan le croit du début de l'Empire; on sait que les premiers empereurs ont beaucoup fait pour consolider les rives du Tibre et les mettre à l'abri des inondations ; la construction de la proue et de la poupe de l'île tibérine, ainsi que du mur bas qui les réunissait, serait du même temps que ces grands travaux de défense et répondrait aux mêmes préoccupations'. Peut-être cependant, si la date proposée par Preller est trop lointaine, celle que préfère Jordan est-elle un peu tardive. Assurément les parements de pierre dont on voit aujourd'hui les vestiges à la pointe sud ne sont pas l'œuvre des architectes romains du uf siècle avant Jésus-Christ ; leur belle apparence et leur agencement exact supposaient une science do bâtir très avancée et sûre d'elle-même. Ils n'ont pu être faits, au plus tôt, que vers le milieu du dernier siècle de la République. Or l'établissement des ponts Fabricius et Cestius et une restauration du temple d'Esculape remontent précisément à cette époque '-. Ne pourrait-on pas supposer, sans attendre jusqu'au règne d'Auguste ou de Tibère, que la décoration de l'île fut exécutée au moment même ou l'on procédait à cette restauration et où l'on édifiait ces ponts? Cette hypothèse, que nul document épigraphique ou littéraire ne confirme ni n'infirme, permettrait de rattacher à un même dessein général toutes les mesures particulières prises il notre connaissance pour embellir l'île tibérine. Les architectes romains du dernier siècle de la République ont voulu rehausser l'éclat du culte d'Esculape. La proue et la poupe qui évoquaient le souvenir de la trirème revenue d'Epidaure, étaient faites, comme le temple restauré, en l'honneur du dieu de la médecine, et c'est principalement pour faciliter l'accès du sanctuaire qu'on substitua de solides ponts de pierre aux anciens et fragiles ponts de bois.

L'obélisque. — Si l'ensemble de la décoration de l'île tibérine paraît dater de la fin de la République plutôt que du début de l'Empire, l'obélisque qui se dressait au centre, comme le mât au milieu d'un navire, n'a été érigé certainement qu'à

i. Jordan, Ann. delV Institut, archeol., 1867, p. 396. 2. Cf. ci-dessous, p. 99, 107 et 184.

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