‹ L'île tibérine dans l'antiquitéChapitre 164 sur 237 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

Esculape n'était pas la seule divinité qu'on adorât dans l'île tibérine. Auprès de son sanctuaire se dressaient deux temples de Jupiter et de Faunus, une statue de Semo Sancus, une chapelle de Tiberinus. Les anciens calendriers gravés sur la pierre et le poème des Fastes d'Ovide attestent l'existence des temples ; la fête du premier d'entre eux est appelée par Ovide fête de Jupiter et par un calendrier fête de Vejovis ; une inscription a fait connaître en 1854 le véritable nom que portait l'édifice : il était dédié à Jupiter Jurarius. On a retrouvé la base même de la statue de Semo Sancus. Un calendrier nous apprend que chaque année un sacrifice était offert dans l'ile à Tiberinus. Aucun de ces cultes secondaires célébrés in insula n'avait l'importance ni l'éclat de celui d'Esculape. On ne sait guère des monuments élevés à Jupiter et à Faunus que la date et les circonstances de leur fondation ; un texte se rapporte au Vejovis de l'île, deux à la statue de Semo Sancus, un seul à Tiberinus. La position de V insula tiberina au milieu du fleuve, en dehors de l'enceinte religieuse de la cité primitive, que marquait la ligne du pomeriiini^ nous explique que Ton ait honoré ces divinités sur son territoire. Comme Esculape, Jupiter Jurarius, le Zîj? cpy.tc; des Grecs, était d'origine hellénique ; à cause précisément de ce caractère pérégrin , Esculape n'avait pu être admis à l'intérieur du. pomeriimi ; le

Jupiter grec adopté par les Romains un siècle plus tard vint le rejoindre ; Taïeul, comme le dit Ovide, prit place à côté du petitfils. Vejovis, le dieu des expiations, vengeur des manquements à la parole jurée, et Semo Sancus Dius Fidius, le demi-dieu de le bonne foi, le génie qui sanctionnait les promesses, furent associés à Jupiter Jurarius, protecteur et garant des serments; c'est dans le temple de celui-ci que Ton sacrifiait à Vejovis; ot c'est tout auprès qu'était située la statue de Semo Sancus. L'unique sanctuaire romain de Faunus fut relégué inter duos poules, hors du jwmerium, en raison de la nature même de ce dieu, tout agreste et rural. Il était naturel enfin que Tiberinus, le fleuve du Tibre divinisé, possédât une chapelle, un sacellum, dans l'ile qu'il entourait de ses eaux et à laquelle il donnait son nom. Des divinités très difi'érentes, italiques comme Faunus et Tiberinus, Vejovis et Semo Sancus, ou étrangères comme Esculape et Jupiter Jurarius, se trouvaient ainsi réunies au même endroit, sans que ce fût cependant le hasard qui les eût rapprochées.

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