Jordan, loc. cit., p
2j0 les cultes secondaires
in insida avait lieu aux ides de février^. Or les ides de chaque mois, jour de la pleine lune, étaient vouées à Jupiter, dieu de la lumière-. On célébrait donc simultanément le 13 février deux cérémonies : la fête annuelle de Faunus, la fête mensuelle de Jupiter. Il n'est pas surprenant qu'on les ait rattachées l'une à l'autre et confondues. Peut-être même Auguste, en restaurant l'édifice élevé à Faunus pendant l'époque républicaine, Taura-t-il placé sous la double invocation de Faunus et de Jupiter. Le texte de Vitruve ne concernerait donc pas le temple de Jupiter, mais celui de Faunus, ou mieux de Faunus et de Jupiter.
C'est en vain que Jordan, à force de déductions et de conjectures, essaie de disculper Vitruve. Il faut avouer que ce dernier s'est mépris, ou, tout au moins, qu'il s'est mal exprimé. Il était très rare — Jordan le reconnaît lui-même — qu'un seul sanctuaire fût consacré à deux divinités à la fois, et surtout qu'il portât officiellement un double nom. Si l'on adoptait l'hypothèse de Jordan, on devrait admettre l'existence dans l'île tibérine d'un temple de Jupiter, bien connu par d'autres documents, et d'un temple de Faunus et de Jupiter, connu simplement par Vitruve et attribué partout ailleurs au seul Faunus ; est-il invraisemblable que l'on ait dédié à Jupiter deux édifices aussi voisins?
En réalité, s'il n'est question dans la phrase que d'un monunument, in œde Jovis et Faiini, si Vitruve ne donne qu'un exemple, hujus exemplar, il savait très bien que les sanctuaires de Jupiter et de Faunus étaient distincts, et n'a pas entendu soutenir le contraire. Il songeait à proposer un modèle de construction prostyle. Le temple de Jupiter in insida s'est présenté à sa pensée. Mais l'île tibérine renfermait, en outre, celui de Faunus, bâti et inauguré en même temps, construit par conséquent, selon toute apparence, dans le même style, sinon par les mêmes architectes. Au lieu de citer un type d'édifice prostyle, Vitruve s'est trouvé tout naturellement amené à en citer deux et à ajouter les mots et Fauni après in œde Jovis. Il no s'est pas donné la peine de mettre œde et exemplar au pluriel. Il n'était pas écrivain de métier. L'incorrection d'une