L'ILE TIBÉRINE A L'ÉPOQUE RÉPUBLICAINE
Les temples. — L'histoire de Tile tibérine sous la République est assez mal comme. Les textes littéraires ne la mentiomient que rarement, et l'on n'a découvert sur son territoire qu'un très petit nombre d'inscriptions antérieures à l'établissement du régime impérial.
Après l'introduction du culte d'Esculape à Rome et la fon dation du premier sanctuaire du dieu médecin, cent ans se passent encore sans que les historiens prononcent jamais le nom de l'île. Puis, au commencement du ii^ siècle avant l'ère chrétienne, elle est citée deux fois coup sur coup. Deux temples nouveaux sont construits auprès de celui d'Esculape, l'un dédié à Faunus, commencé en 558/196 et inauguré en 560/194, l'autre dédié à Jupiter et inauguré aussi en 560/194 •.
Les soldats de Lépide. — Il faut attendre l'année 710/44 pour qu'il soit de nouveau question de l'île tibérine-. Appien raconte qu'à cette date elle était occupée par un détachement de sol-
1. Les textes relatifs aux temples de Faunus et de Jupiter dans l'île seront étudiés plus loin, p. 262 et 292.
2. En 633/121, Gains Gracchus, poursuivi par ses adversaires qui voulaient le massacrer, s'enfuit de l'Aventin, franchit le Tibre par le pont Sublicius et se réfugia sur la rive droite dans le bois des Furies (Plut., C. Gracch., 17 ; Appian., de Bell, civil., I, 26). D'après M. Mommsen, le pont Sublicius passait par l'île tibérine ; Gains Gracchus aurait donc traversé l'ile en fuyant (Mommsen, dans les Ber. d. Ges. d. Wiss., Leipzig, 1830, p. 324). Mais ni Appien ni Plutarque ne parlent de l'île à ce propos, et l'on verra plus loin que l'hypothèse de M. Mommsen sur l'emplacement du pont Sublicius est absolument Inacceptable. Gf. ci-dessous, p. 129.
dats : aussitôt après l'assassinat de Jules César, Lépide, son maître de la cavalerie, se rendit dans l'ile où il avait des troupes et fit passer de là ses soldats au Champ de Mars pour qu'il leur fût plus facile ensuite de porter secours à Antoine i. Par scrupule religieux et par précaution politique, la loi sur Vimperiiim interdisait aux citoyens en armes l'accès de la ville'. L'ile étant, comme le Champ de Mars, en dehors de la cité, que limitait la ligne ànpomermm, Lépide pouvait y loger des troupes. Le fait rapporté par Appien nous montre qu'au temps de César €lle renfermait, outre les temples et leurs dépendances, des édifices capables d'abriter un détachement de soldats et de lui servir, au moins provisoirement, de casernes. A mesure qu'augmentait le chiffre de la population romaine l'aspect des abords immédiats de la ville se modifiait et dans tous les quartiers suburbains s'élevaient des temples et des chapelles, des maisons et des villas.
Les inscriptions. — Les quelques inscriptions de l'époque républicaine trouvées dans l'ile tibérine sont toutes, sauf deux, des inscriptions religieuses ; elles se rapportent au culte des divinités adorées particulièrement sur son territoire ; ce sont des dédicaces à Esculape ^, auxquelles il faut joindre une dédicace à Jupiter Jurarius^. Les deux seules inscriptions qui ne soient pas religieuses sont une liste de magistri d'un collège et une épitaphe.
Liste de magistri d'un collège. — Dans les fouilles faites en l'année 1676 devant l'éghse Saint-Barthélémy on a découvert, en même temps que le grand soubassement en tuf regardé à tort par quelques archéologues comme la base de l'obélisque de l'île, trois inscriptions, gravées les deux premières sur
1. Appian., op. cit., II, H8: Kai AettiSo; 6 ïnapyoz àv àyopâ [aÈv wv in-j6txo toû ye^ovoTo; • è? Se tôv àv tm uoTapiM vr|(Tov 8ta8pa[xà)v, £v6a f,v aùxw xéXo; (irpaTtwTwv, ■èç TO tteSîov àuToù; (xsTEêt'êaî^ev wç ÈTOtjxoTÉpoy; e^wv Èç -rà TcapaYY£).),6[JL£va itn'
'AvTwvîo-j. Il n'est pas douteux que l'ile et la plaine nommées dans ces lignes soient l'île tibérine et le Champ de Mars.
2. LjEuvf, Feux, ad Q. Mucium, cité par Gell., XV, 27 : Centuriata aulem comitia int.ra pomerium fievi nefas esse, quia exercilum exlra iirbem imperari ■oporleal, inlra uvbem imperari jus non sit.
3. C. I. L., VI, 7; Notiz. d. Scavi, 1890, p. 33 ; 1892, p. 267 et p. 410. Cf. cijdessous, p. 189 et 209.