OviD., Fast
Jupiter est juvenis, juvéniles ad'îpice vultus ;
Adspice deinde manum ; fulmioa nulla tenet. Fulmina posl ausos crelum alTectare g'igantes
Suinpta Jovi : primo lempore inermis crat... Nuncvocor ad nomen : veg:iandia farrii coloni
Quae maie creverunl vescaque parvaputant. Vis ea si verbi est, cur non ego Vejovis œdera
Jîdera non magni suspiccr esse Jovis.
Cf. Festus, p. 378 : Vediovem parvum Jovem et vegrandem fabam mintdam dicehant.
4. Gell., V, 12 : Est autem etiam sedes Vejovis Romœ inter arcem et Capi-
foliuin Jovem Lalini veteres a juvando appellavere Cum Jovem igitur et
Dijovem a juvando nominassent, eum quoque contra deum qui non juvandi polestatem, sed vim nocendi haberet (nam deos quosdam ut prodessent celé-
25i LES CULTES SECONDAIRES
l'une à l'autre ces deux étymologies et de les corriger *. En soi la particule ve n'exprime pas l'idée de petitesse ; elle est péjorative bien plutôt que diniinutive. Vegrande veut dire proprement niale grande. Ovide le reconnaît :
Vegrandia farra coloni Quœ maie creverunt vescaque parva putant.
« Dans le langage des paysans les épis mal venus sont nommés vegrandia ferra. » Festus remarque pareillement que vecors veut dire ?7îali cordis et vesanns maie mnus. On est passé sans peine de ce premier sens à celui qu'Ovide indique; ■des récoltes qui ont mal poussé sont misérables et médiocres, une plante qui n'a pu se développer est petite. On vit donc en Vejovis un petit Jupiter ; mais à l'origine il n'était qu'un Jupiter mauvais, mal disposé, défavorable.
Si Aulu-Gelle a tort de faire intervenir le verbe jiivare., l'interprétation qu'il donne du nom de Vejovis n'a rien, par ailleurs, que de très plausible. Les Romains, comme il le remarque justement, élevaient des autels à certains dieux pour se les rendre propices, à certains autres pour empêcher qu'ils leur fissent du mal, qiiosdam ne obessent placabant. Ils rendirent un culte à Yejovis, comme à Pavor par exemple ou à Febris; ils avaient intérêt à prévenir ses colères et à détourner ses coups. Les
hrabant, quosclam ne obessent placabant) Vejovem appellaverunt, dempla atque <letracla juvandi facultate. Ve enim particula quœ in aliis atque alils vocaàulis varia, tum per lias iluas litteras, tum a lit ter a média immissa dicitur, duplicem significatntn eumdemque inler sese diversum capit. Nam et aur/endœ rei et ininuendae valet, sicut uliae parliculœ plurimae ; propter quod accidit ut quaedam vocabula quibus particula ista prœponitur, ambir/ua sint et utro- ■queversum dicantur : vescum, vehemens et vegrande; de quibus alio in loco uberiore traclu fado admonuimus ; vesani autem et vecordes ex una lantum parle, quœ privativa est, quam Graeci o-t£pr;Tf/.ov |xôptov dicunt. Simulacrum igitur dei Vejovis, quod est in sede de qua supra dixi, sagittas tenet quœ sunt videlicet paratœ ad nocendum : quapropter eum deum plerique Apollinem esse dixerunt. — Sur une monnaie de la,7ens Cœsia on voit un personnage dé(iOchant un triple trait, et dans le champ le monogramme X? fine Mommsen (Hist. de la Monnaie romaine, trad. franc., t. II. p. 370) traduit par Apollon Vejovis (Babelon, les Monnaies de la République romaine, t. 1, p. 280). Surune monnaiede la gens Fonteia au-dessus de la tête d'Apollon est figurée la foudre de Jupiter : Vejovis réunissait les attributs de ces deux dieux (Babelon, op. cit., t. I, p. 504).
1. Festus, p. ;<'Î2 : Vegrande significare alii aiunt maie grande, ut vecors, vesanus, mali cordis maleque sanus ; alii parvum, minutum, ut cum dicimus vegrande frumentum, et Plautus in Cistellaria : qui 7iisi itures nimium is vegrandi gradu. Vecors est lurbati et mali cordis. Pacuvius in Iliona : Pœlici ■superstitiosœ cum vecordi conjuge. El Novius in Hercule coactore : Tristimoniam ex anima deturbat et vecordiam.
JUPITER JURARIUS ET VEJOVIS 255
calendriers signalent trois sacrifices annuels en riionneur de Vejovis à Rome : aux nones de mars, septième jour du mois, sur le Capitol.e, inter duos lucos^ :
Vediovis inter duos \ h/cos; le 21 mai, sans indication de lieu 2 :
A7/ kai. iun. N \ agonia \ Vejovi; enfin le l*"" janvier dans l'ilo tibérine. Les Fastes d'Ovide viennent heureusement compléter cette dernière indication : le sacrifice des kalendes de janvier était fait dans le temple de Jupiter in insnla.
L'inscription dédiée à Jupiter Jurarius. — Une inscription qui provient de ce sanctuaire a été découverte au xix" siècle. Elle confirme le témoignage d'Ovide : elle n'est pas dédiée à Vejovis, mais à Ju})iter. Une épithète jusqu'alors inconnue s'y trouve accolée au nom du dieu : Jupiter Jurarius 3.
Au mois de mars de l'année 1854 des ouvriers qui travaillaient dans les sous-sols de l'église Saint-Jean-Calybite et des édifices attenant rencontrèrent, à plusieurs mètres de profondeur, un fragment de pavage en mosaïque, de couleur rouge sombre ; des petits cubes blancs de jmlombino encastrés dans le ciment coloré du fond, dessinaient une inscription. Ce pavage recouvrait lui-même un puits profondément creusé, qui renfermait un grand nombre de terres cuites, off'ertes sans doute comme ex-voto : mains, pieds, visages vus de profil; on devait recueillir, cinquante ans plus tard, une quantité considérable d'objets analogues aux abords de l'île et dans le lit du Tibre; c'était la première fois en 1854 qu'on faisait une pareille trouvaille à Rome même ; les terres cuites furent dispersées et l'on ne sait ce qu'elles sont devenues. Le Giornale di Roma signala aussitôt la découverte'*. P. E. Yisconti en rendit
1. Calendrier de Préncste : C. I. L., I, 2° éd., p. 233. -Cf. Oviu., Fust. 111,429.
2. Calendrier de Venousé : C. I. L., I, 2' éd., p. 221. — Alst {op. cit.,\). 41), s'inspirant de Jokdan {loc. cit., p. 361) rapporte la fête du 21 mai à un second temple de Vejovis sur le Capitole,m arce.
3. M. Bks.mek, Jiipilev Jurarius, dans les Mélanges (Varchéol. et d'hisf. de VEcole de Rome., 1898, p. 231 (depuis la publication de cet article il nous a paru nécessaire de modifier nos premières conclusions).
4. Giornale di Roma, année 18."i4, n° 80 : découverte du pavage en mosaïque; n* 82 : découverte dun puits contenant des e.\-voto, sous la mosaïque; tous ces objets, sauf un seul, étaient en terre cuite (le dernier sans doute en pierre). — Ces articles ne sont pas signés, mais ils ont été écrits ou, tout au moins, inspirés par Yisconti.
compte à rAcadémie pontificale romaine (rarclioologie ; son rapport manuscrit, très, détaillé, daté du 30 mars 1854, est maintenant en la possession de M. Lancianii. Canina publia l'inscription, avec un commentaire, dans l'année même ~ ; elle fut reproduite par Ritschl d'après le fac-similé lithographie qu'avait soumis Visconti à l'Académie pontificale-^. Il résulte des renseignements donnés par ces divers auteurs que la mosaïque était située à plus de 25 palmes sous le niveau actuel de l'île, soit environ 5", 60 ; elle était recouverte presque tout entière par la salle capitulaire du couvent des Frères de Saint-Jean-de- Dieu qui touche à l'église Saint-Jean- Calybite, et en petite partie seulement par l'église même. On ne peut plus voir maintenant l'inscription ; le terrain a été remblayé, et l'on a construit un mur nouveau au-dessus du pavage antique. Les mots suivants avaient été déchiffrés en mars 1854^ :