‹ L'île tibérine dans l'antiquitéChapitre 174 sur 237 · Sopii., Phil., 1324 : — Kuuip., Hippol · texte numérisé non relu

Sopii., Phil., 1324 : — Kuuip., Hippol

'■'). Sopii., Œd. Col., 1167 : 'O iravr 'aîwv Atbç opxoç.

6. Pausax, V, 24, 2 : 'O 5ï èv roi po'jAeyTr,pû;) irivTiov ônôaùL i'{i\\i.x-:et Atb; (Aà),t(TTa à; sxu>,Y)?iv à8txwv àvSpwv 7r£7tot'r,Tat, ènUlr^mi [j.Èv "Op-/.i6i àiriv a-jrw, ïyj.1 Se £v è/aTÉpa xîpa-jvbv /cipi.

7. Dans la dissertation de Carter, de Deorum romanoruin cor/nominibus

Orioli a contesté la lecture Jovi Jurario^. Sur le fac-similé, entre 11 et l'V de Jurario un petit trait vertical apparaît nettement. Dans un texte d'une aussi belle graphie, où les lettres, très grandes, ne sont pas dessinées ni gravées, mais construites minutieusement point par point, ce trait devait avoir un sens. La première lettre du mot serait un L, gauchement tracé, il est vrai, dont la ligne inférieure ferait avec la haste droite un angle très aigu. L'inscription était dédiée Jovi Lurario, à Jupiter Lurarius^ le dieu qui soignait les maladies de la lura^ c'est-à-dire les maux d'estomac. Il n'est pas étonnant que cette divinité guérisseuse ait eu dans l'île tibérine un temple auprès du sanctuaire du dieu médecin Esculape. Les fidèles rappelés par elle à la santé lui avaient offert, selon l'usage, des ex-voto en terre cuite; la présence de ces objets sous le pavage en mosaïque, inexplicable dans l'hypothèse qu'adopte Visconti, se trouve ainsi parfaitement justifiée.

L'argumentation d'Orioli ne saurait être acceptée. Le mot Lirrarius est aussi nouveau et inconnu que le mot Jurariiis; il n'a pas d'analogue en Grèce. La première lettre qu'Orioli prend pour un L ne ressemble en rien à l'L incontestable du mot Volcaci ; celui-ci est régulier, à angle droit, selon la mode observée à partir de la fin du vi" siècle de Rome ; l'autre, au contraire, serait étroit et aigu, ainsi que les L des temps plus anciens. Le trait qu'on distingue devant l'V n'a même pas l'aspect des petits cubes qui entrent dans la composition des lettres ; il est allongé et recourbé comme une virgule ; il ne peut former la branche inférieure de l'L; on aurait tort d'attacher tant d'importance à ce point mal fait, inséré à cette place par négligence. On doit s'en tenir à la première lecture : Jurario. Ce mot se retrouve écrit en abrégé, sur une inscription de Brescia, publiée en 1888 ; il n'est plus permis de le tenir pour un à'^a; ÀeYÔ[j-£vcv et de suspecter sa latinité ^ : J[ovi) 0[ptimo) M[aximo) \ Jiii^ario) \ d[e) c[onscriptorum)

s{e?itentia) .

« A Jupiter très bon, très grand, Jurarkis, sur l'avis

des conscripti (c'est-à-dire des sénateurs du municipe). »

(jiiaestiones selectae, Leipzig, 1898, p. 8 et 62, Tépithète Jurarius est rangée parmi les cognomina purement et simplement traduits du grec en latin.

1. Orioli, Letteraalprof. Ilenzen sull'iscrizioiie scoperta alVisola tiberina, àansle Bidletl. delVInstil. archeoL, d8'3o, p. v.

2. Pais, G. I. L. Supplementa ikdica, I, Addilamenla al G. 1. L. V, dans les Atti dei Lincei, Memoine, t. V, 1888, n° 1272.

JUPITER JURARIUS ET VEJOVIS 261

Les lettres • IVR sont certainement une abréviation de Jurarms. MM. Mommsen et Pais, qui ont relevé l'inscription, leur donnent avec raison ce sens, en se référant à la mosaïque de l'île tibérine. Les deux documents s'éclairent réciproquement : sans la découverte de 1854, on n'aurait pu comprendre un mot important du texte publié en 1888, et celui-ci, à son tour, atteste que les premiers éditeurs de la mosaïque l'avaient exactement déchiffrée ^

La présence d'offrandes médicales sous le pavage du temple de Jupiter s'explique fort bien, quoi qu'en pense Orioli, sans qu'il soit nécessaire d'imaginer un dieu de la lura. Remarquons d'ailleurs que, parmi les objets recueillis à cet endroit, se trouvaient des mains, des pieds, des têtes, mais pas d'estomacs. Visconti croyait que ces ex-voto avaient été consacrés à Esculape; le puits qui les renfermait était, d'après lui, l'une des favissœ de l'Asklépieion voisin 2. 11 serait bien étrange cependant qu'on eût placé ces favissœ sous le temple d'un autre dieu. Mieux vaut supposer que les ex-voto étaient offerts à Jupiter même. Il était, disait-on, l'aïeul d'Esculape; cette parenté mythique et la proximité du principal sanctuaire élevé par les Romains à son petit-fils ont peut-être influé sur le culte qu'on lui rendait. On l'adorait, sous le nom spécial de Jurarius, comme le dieu des serments et de la bonne foi. Mais il avait bien d'autres attributions, et très diverses ; maître tout-puissant de l'air et du ciel, principe de toute force, il était imploré souvent à ce titre comme bienfaisant et guérisseur. Les malades qui venaient chercher dans l'île le soulagement de leurs souffrances prirent l'habitude de s'adresser à lui, aussi bien qu'à Esculape, et pour lui manifester leur gratitude ils lui firent hommage également d'ex-voto de terre cuite •'^. Qui sait même s'il n'y avait pas entre Jupiter Jurarius et Esculape une relation plus étroite encore et plus directe? N'était-ce pas au premier de surveiller et de garantir l'exécution des promesses faites au second ? Ne semblait-il pas naturel

1. AusT, dans l'article Jupiter du Lexicon de Roschek (t. 11, 1, p. 750-754), donne la liste des épithètes décernées par les Romains à Jupiter; au mot Juraviwsles seuls exemples cités sont les deux textes de l'île tibérine et de Brescia.

2. Giornale di Roma, année 1854, n° 82. Canina en tirait argument pour soutenir que le temple d'Esculape était situé au centre de l'île. Cf. ci-dessus, p. 186.

3. Gamna, Bullet. delVInslit. arc/ieol., 1854, p. xxxviii; — Preller-Jordan, Rœm. Mythol., t. I, p. 267.

qu'on témoignât souvent sa dévotion à l'un et à l'autre en même temps?

Date de la construction du temple. — L'histoire du monument n'est pas connue. On sait seulement par Tite-Live à quelles dates il fut promis au dieu, construit, inauguré. Dans son récit, aussi bien dans le de Architectura de Vitruve que dans les Fastes d'Ovide et sur l'inscription du pavage en mosaïque, il est appelé temple de Jupiter. Le texte de l'historien, à vrai dire, a paru fautif et l'on a voulu y rétablir, par voie de conjecture, le nom de Vejovis. Mais cette correction ne s'impose nullement et fait naître plus de difficultés qu'elle n'en résout.

Tite-Live rapporte au livre XXXI que le préteur L. Furius Purpureo, livrant bataille, en l'année 554/200 avant l'ère chrétienne, aux Gaulois cisalpins révoltés, s'engagea, s'il était vainqueur, à élever un temple au dieu Jupiter, ledemque deo Jovi vovit si eo die hostes fudisset^. 11 dit au livre XXXIV que Purpureo fit bâtir lui-môme ce monument dans l'île tibérine pendant son consulat, en 558/196, et que le duumvir C. Servilius le dédia deux ans plus tard, tandis que le préteur Cn. Domitius dédiait un temple à Faunus au même endroit : et in insula Jovis œdem C. Servilius duumvir dedicavit. Vota erat sex annis ante gallico bello a L. Furio Purpureone jjrœtore, ah eodem consiile locata'^. On voit au livre XXXV qu'en 562/192 le duumvir Q. Marcius Ralla inaugura sur le Capitole deux temples de Jupiter qu'avait voués à ce dieu L. Furius Purpureo, l'un pendant la guerre contre les Gaulois, l'autre pendant son consulat : œdes duœ Jovi eo anno in Capitolio dedicatœ sunt. Voverat L. Furius Purpureo prœtor gallico hello unam, alteram consul^ dedicavit Q. Marcius Ralla duumvir 3. L'expression deo Jovi, qu'aurait employée Tite-Live au premier passage, est tout à fait inusitée. On s'est étonné, d'autre part, que le même personnage ait présidé à la construction de trois édifices en l'honneur de Jupiter, deux au Capitole et le troisième dans l'île, et que celui-ci et l'un des deux autres aient été offerts au même dieu en mémoire du même événement, la victoire de Crémone. Le texte ne serait-

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