‹ L'île tibérine dans l'antiquitéChapitre 175 sur 237 · Liv.. XXXIV. .=i · texte numérisé non relu

Liv.. XXXIV. .=i

:t. Liv., XXXV. ii>

JUPITKR JIIUAKILS ET VEJOVIS 263

il pas altéré cb no faudrait-il pas recourir à quelque correction ?

Jordan, dans son article des Conwientatioaes in honorem Mommseiii, s'est posé la question et la résout par l'affirmative ^ Il remplace partout le nom de Jupiter par celui de Vejovis. Un copiste aura lu abusivement, au livre XXXI, AEDEMQVE DEO lOVI au lieu de AEDEMQVE VEDIOVI ; paléographiquement, la confusion se comprend sans peine. Au livre XXXIV il faut écrire de même Vediovis œdem^ à la place de Jouis œdein-. Au livre XXXV ne devrait-on pas lire xdeaque dîne Vediovi eo anno dcdicat<v ? Titc-Live a commis une erreur, ou plutôt il n'a pas su faire un choix raisonné parmi les documents qu'il avait à sa disposition ; il a recueilli et transcrit deux versions différentes d'un seul fait. D'après la première, L. Furius Purpureo aurait promis à Vejovis un temple, qu'on plaça dans l'île tibérine; d'après la seconde, deux temples, que l'on mit au Capitole. La seconde version paraît préférable : Pline l'Ancien déclare, en effet, que l'on conservait sur le mont Capitolin la statue de Vejovis^; c'est donc là que ce dieu avait son temple ou ses temples, et les passages discutés de Tite-Live n'intéressent en rien Fîle ni le sanctuaire de Jupiter in insula cité par Ovide.

Mais Jordan, après mûre réflexion, ne s'en est pas tenu à ce premier changement qu'il apportait au texte controversé du livre XXXV; il y introduit une modification beaucoup plus grave. Les calendriers attestent que Vejovis était adoré à la fois dans l'île tibérine et sur le Capitole et qu'il possédait des sanctuaires en ces deux quartiers'*. Nous n'avons donc aucune raison de révoquer en doute l'assertion de Tite-Live : le temple

1. JoitDAN, de Aisculapii, Faunl, Vejovis Jovisque sacvis urbanis, op. cit., p. 361 et suiv.

2. Peut-être, d'après Johdan [op. cit., p. 366), Tite-Live avait-il écrit Vediovi au livre XXXI et Jovis au livre XXXIV ; distin^ruant mal Vejovis de Jupiter, il aura gardé au premier passage le nom ancien cité dans les Annales, et employé dans le second le nom sous lequel de son temps le temple de l'île était connu (.lordan croit en effet comme on l'a vu plus haut, qu'au siècle d'Auguste, Jupiter avait pris dans l'île la place de Vejovis oublié).

3. Plin., Hist. nat., XVl, 40 (19) : Non et simulacrum Vejovis in arce in ai'ce e cupresso durât.

4. Voir les deux passages des calendriers cités ci-dessus, p. 251 [Vediovi in insula, à la date du premier janvier), et p. 233 {Vediuvis inler duos lucos, à la date du 7 mars).

26 i LES CULTES SECONDAIRES

de Vejovis in insula dut être voué et dédié dans les circonstances qu'il relate' et aux dates qu'il indique. Il est nécessaire de substituer au livre XXXV œdes Vediovi à œdes diiœ Joui ou dîiœ Vediovi^, et de remanier toute la phrase. Peu importe que la responsabilité de la faute incombe à Tite-Live ou au copiste. Soit dans le manuscrit original de l'historien, soit dans les Atmales dont il s'inspirait, il n'était question que d'un seul monument de Vejovis au Capitole, dédié en 562/192 par le duumvir Q. Marcius Ralla, sans qu'il fût dit en quelles années ni par quel personnage il avait été promis et construit : âsdes Vediovi in Capitolio dedicata; dedicavit Q. Marciiis Ralla. Le nom de Vejovis fit songer à L. Furius Purpureo et à l'édifice voué solennellement le jour de la bataille de Crémone ; on oublia que celui-ci était situé dans l'île et mentionné déjà deux fois antérieurement; on crut qu'il n'était autre que le sanctuaire même du Capitole : voverat L. Furius Purjmreo prœtor gallico hello ; première intercalation illégitime de mots nouveaux, première méprise. Puis les mots AEDES VEDIOVI devinrent AEDES DVE lOVI; seconde méprise. Enfin la promesse de l'un de ces deux monuments du Capitole étant attribuée à L. Furius Purpureo pendant sa préture, quatre ans avant la dédicace, on lui attribua également pendant son consulat, deux ans plus tard, la promesse de l'autre : voverat... prœtor... unam, alteram consul. A.m'&i le texte primitif se trouva amplifié et transformé entièrement.

En somme, le premier et le second passages de Tite-Live s'appliquent à un temple de Vejovis dans l'île tibérine, bâti par les soins de L. Furius Purpureo, le troisième, débarrassé do toute addition parasite et mensongère, à un temple do Vejovis au Capitole, dont nous connaissons seulement la date d'inauguration, en 562/192.

On peut se demander si Jordan ne s'est pas donné beaucoup de mal inutilement. M. Mommsen avoue qu'il emploie, pour améliorer le texte, des « remèdes trop violents ^ » : au livre XXXI, œdes Vediovi pour œdes deo Jovi; au livre XXXIV, Vediovis œdem pour Jovis œdem; au livre XXXV œdes Vediovi pour œdes duœ Jovi^ dedicata est pour dedicatœ

1. Jordan lui-même proposait œc/es Vejovi. Aust {de Aidibus sacris populi romani^ p. 42) croit avec raison que la confusion faite par le copiste ou par Tite-Live, s'expliquerait mieux s'il y avait eu dans le texte sedes Vediovi.

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