Hypothèse indiquée par Mommsem, loc. cit
chant de l'inscription que porte le pavement en mosaïque, découvert en 1854, celle de Brescia — l'antique Brixia dans la Gaule Cisalpine 1 — publiée en 1888 '^. En 554/200, après la deuxième guerre punique, les Gaulois Cisalpins, Insubres, Cénomans, Boïens, se soulevèrent en masse contre Rome 3; ils prirent et saccagèrent la colonie de Placentia (Plaisance) ; ils mirent le siège devant celle de Cremona (Crémone). Le préteur L. Furius Purpureo, qui commandait la province, réunit une armée à Arretium (Arezzo) et marcha par Ariminhim (Rimini) contre les Gaulois. La bataille eut lieu sous les murs de Crémone. Le préteur, afin que Jupiter intervînt en sa faveur, fit vœu de lui consacrer un temple. Les Cénomans étaient les plus redoutables de ses adversaires; ils avaient pour capitale Brixia, voisine de Crémone. L'inscription de 1888 nous montre qu'ils honoraient encore, sous la domination romaine, Jupiter Jurarius. Mais ces deux mots obscurs ne seraient-ils pas la traduction latine des noms d'une vieille divinité gauloise plus ou moins analogue au Zeùç cpy.icç des Grecs? Au temps de l'indépendance, ce Jupiter gaulois passait pour le patron et le protecteur des Cénomans. Le préteur Purpureo, conformément aux idées antiques, s'adressa à lui dans la bataille pour le gagner à son parti et le rendre propice aux armes romaines. Il r « évoqua^ ». Jupiter Jurarius était donc rangé par les Romains au nombre des dieux étrangers. La règle religieuse qui défendait d'accueillir les dii pereg?nni à l'intérieur du pomeriiim avait été plusieurs fois transgressée pendant les guerres puniques ; la Vénus grecque du mont Eryx et l'asiatique Magna Mater du mont Ida s'étaient établies sur le Capitole et sur le Palatin ^''. Il n'est pas prouvé, toutefois, qu'au début du if siècle avant l'ère chrétienne aucune divinité barbare'' ait été admise encore dans l'enceinte sacrée de la cité. On ne fit pas fléchir pour le Jupiter Jurarius cénoman l'antique prohibition ".
1. Sur Brixia consulter C. I. L., V, p. 439; — et Holder, Alt-celtischer Sprachschatz, Leipzig, depuis 1891, t. I, p. 613, s. V Brixia.
2. Voir notre article dans les Mélanges de VEcole de Rome, cité plus haut.