Verg., ^n., VII, 45 : Saturnus, Ficus, Faunus, Latinus
phase du développement de la race latine, une période de son histoire. Mais une pareille conception, imitée des systèmes mythologiques qui avaient cours en Grèce, était étrangère évidemment à l'esprit dos Romains. Pour bien connaître les cultes primitifs, il convient de les examiner en eux-mêmes, abstraction faite de toute influence hellénique et de toute intrusion de légendes généalogiques.
Faunus était le dieu de la campagne et des pâturages ^ Son nom dérivait, disait-on, de favere ou de fari; il signifiait ou bien celui qui favorise et qui protège-, ou bien celui qui parle et qui prédit -^ — étymologies fantaisistes, mais qui nous montrent quelle idée se faisaient do lui les Romains. Il favorisait l'agriculture, il protégeait les troupeaux''. Il rendait ses oracles dans les bois; ceux qui venaient le consulter devaient se couronner do feuillage de hêtre, lui sacrifier des brebis, s'étendre sur une toison en attendant ses révélations''. Sons l'Empire, il n'était plus, comme Pan lui-même, qu'une divinité secondaire et subalterne; éliminé presque complètement de la religion officielle, il se survivait à peine dans la piété superstitieuse des paysans et dans les fictions des poètes •"'. Il avait eu cependant, à l'origine, une importance considérable. Le dieu dos champs et des prés ne pouvait manquer d'être honoré tout particnhèrement par les Latins, qui vivaient de la culture (le la terre et de l'élevage du bétail. Virgile et Ovide en témoignent. Ils se piquaient d'être exact(îment informés du passé de Rome et de ses vieilles traditions religieuses. Ils ont fait
\. Servius, ad ^En., VIII, 343 : Deus pastoralis est.
2. Sekvius, ad Georg.^ I, 10 : Quidam Faunos pufant dictas ab eo quod fruçiihus faveant. — Schweglek, Rœm. Gesch.^ Tubingen, 1861-1872, t. I, p. 351, en ronclut que le nom d'Evandre est la traduction du mot Faunus et veut dire comme lui le favorable, le bienveillant (Servius, ad A^.n., VIII, ol4 : Quidam Faunum appellatum volunt eum quem nos propiliinn diciiniis) ; de là viendrait la légende d'après laquelle Faunus aurait reçu au pied du Palatin, sur l'emplacement de la future Rome, l'arcadien Evandre et ses compagnons.
3. Varro, de Ling. lat., VU, 3(5 (sur les Faunes) : Hos versibus quos vacant salurnios in silveslribus lacis traditum est solilos fari, a quo fando Faunos dictas; — Servius, ad .En., VII, 81 : Faunus àTrb ir,; cpM^r^i dictas quod voce non siqnis ostendit futura.
'*. HoRAT., Carmin., I, 17, 2 :
Défendit ig-oeam xstatem cnpellis Usque meis, pluviosque ventes.
">. Sur les oracles de Faunus, voir les textes réunis par Deubxer, de Inculalione, p. 8. note 1, p. 10, 16, 17, 18, 19, 23, 26, 27, 41. 6. Cf. HiLD, op. cit., p. 1021-1023.
une place dans leurs poèmes à Faunus, qu'ils représentent comme un génie tutélaire et prophétique de la race latine. Au livre YII de. V Enéide, c'est lui qui annonce au roi Latinus les illustres destinées futures de son pays^ Au livre III des Fastes, c'est lui encore que Numa va consulter, en même temps que Picus, sur le conseil d'Egérie : ils sont l'un et l'autre les dieux du sol romain, romani mimen uterque soli~.
L'Aventin, les Lupercales, le Septimontium. — Faunus cependant, si important qu'ait été son culte, ne possédait aucun temple à Rome avant l'année 560/194''.
Preller a cru qu'un sanctuaire lui était consacré très anciennement sur l'Aventin, en dehors du j^omenwm*. Ovide raconte en effet dans les F«.9^es que Numa vint à cet endroit s'emparer par surprise de Faunus et de Picus pour les obliger à lui révéler l'avenir^. Mais les conséquences que Preller tire de ce texte sont à coup sûr excessives ; il n'implique nullement l'existence sur la colline aventine d'un édifice totalement inconnu par ailleurs. On sait qu'au pied de l'Aventin s'élevait un temple de Bona Dea ou Fauna^'\ la colline était située dans la campagne, tout auprès de la Rome primitive où régnait Numa ; ces raisons suffisent à nous faire comprendre qu'Ovide ait assigné ce lieu de rencontre au dieu et au roi.
Si les Lupercales étaient vraiment, comme le disent les écrivains de l'époque impériale, une fête de Faunus, et la grotte du Lupercale au Palatin un de ses sanctuaires, il faudrait avouer que dès les temps les plus reculés de l'histoire