Cf. plus haut, p
LE SACELLUM DE TIBERTNUS 3 H
situé au-dessous de l'île, à quelque distance en aval, assez loin du pont Fabricius. Il faut chercher sur l'une des rives du fleuve remplacement du sanctuaire de Portunus où l'on fêtait les Portimalia du mois d'août. D'après M. Huelsen, ce Portuniiim — c'est le nom que lui donnent Fronton ' et peut-être aussi la Notitia regionurii'- — existerait encore : ce serait le petit temple rond et périptère qui se dresse sur la rive gauche, à l'extrémité du Vélabre et du Forum hoarium^ en face de l'église de Sainte-Marie in Cosmedin^ .
La cérémonie du 17 août n'intéressait en rien Tiberinus. M. Mommsen exagère la valeur des Fastes de Philocalus ; ils ont été rédigés beaucoup plus tard que les autres calendriers qui nous sont parvenus ; ceux-ci datent de la fin de l'époque républicaine ou du début de l'époque impériale ; la compilation de Philocalus est du milieu du iv" siècle après l'ère chrétienne. L'accord de tous les anciens témoignages suffit à prouver que le véritable nom de la fête du 17 août était celui dePortimalia. La substitution du mot Tiherinalia au mot Portunalia est une erreur évidente. Peut-être l'auteur desP^astesou lelapicidea-t-il écrit par négligence un nom pour un autre. Peut-être an iv" siècle le culte de Portunus était-il tombé en désuétude, mal connu et mal compris, abusivement rapproché du culte de Tiberinus.
Portunus et Tiberinus sont deux dieux très diff'érents ; ce que l'on sait de chacun d'eux empêche d'accorder à M. Mommsen qu'ils ne faisaient qu'un seul et même personnage, désigné successivement ou simultanément sous ces deux vocables. L'étymologie nous renseigne. Tiberinus, c'est le génie protecteur du fleuve qui traverse Rome. Portunus, s'il faut en croire Varron, c'est le dieu des ports, portus, et des portes, portas'*^^ — deux aspects en somme assez voisins : un port n'est
1. Fboxto, Epist., I, 7, p. 19 (éd. Naber, Leipzig, 1867) : Idem evenil floribus et coronis : alla dignilale sunt in Portunio cuin a corônariis veniunl, alla cum a sacerdotibus in templo porriguntur. Il y avait donc auprès du Portuniutn un marché de fleurs et de couronnes.
2. La Notitia mentionne dans la XI" région, n° 12, un édifice appelé Forfiiniiun. M. [luelsen propose de corriger le texte et de remplacer ce terme inconnu et barbare par le nom de Portuniutn.
.3. Huelsen, il Foro boario e le sue adiacenze neWantichità, dans les Dissert, délia pontif. Accad. di archeol., série II, t. VI, 1890, p. 262.
4. Schol. Veron. ad Mn., V, 241 : Portunus, ut Varro ait, deus portuum portarutnque presses. Quare Imjus dies festus Portunalia, qua apud veteres dates in focuin add... mare institutum. La seconde phrase, qui pourrait nous renseigner sur les rites et cérémonies des Portunalia, est malheureusement trop
autre chose qu'une porte ouverte de la côte sur la mer. Portuuus serait donc un Janus particulier ^ Les Romains l'adoraient comme le protecteur du commerce de la ville et de la navigation fluviale. M. Mommsen a raison de soutenir que les ports fluviaux s'appelaient emporia; le nom de portas ne pouvait convenir strictement qu'à ceux des bords de la mer; les Anciens l'appliquaient cependant par extension et improprement à Vemporiiwi de Rome-.
Il n'est pas impossible qu'une procession en l'honneur de Portunus allât, le 17 août, comme le suppose M. Mommsen, de Rome à Ostie, mais aucun texte ne l'indique. Quant aux mots atria Tiberina dans les Fastes d'Ovide, ils ne désignent nullement un sanctuaire de Portunus sur les bords du Tibre, ni môme un sanctuaire de Tiberinus. On doit les traduire simplement par les mots « entrée du Tibre ». h' atrium était la première pièce de la maison romaine. De même et par analogie on appelait atria Tiberina l'endroit oîi le navigateur, remontant le courant, perdait de vue la mer, que lui cachaient les détours de la vallée, et entrait définitivement dans les eaux fluviales. Il ne faut donc pas confondre, ainsi que le faisait M. Mommsen, le pont ^milius et le pont Fabricius, les Tiberinalia et les Portunalia^ Tiberinus et Portunus. Rien n'oblige à situer le sacelhim Tiberini au centre de l'île, près du pont Fabricius. A défaut de textes et de monuments, la simple convenance des lieux invite à croire bien plutôt qu'il s'élevait à la pointe méridionale.
Tiberinalia et Volturnalia. — Si les Portimalia ne concernaient ni Tiberinus, ni l'île tibérine, il n'en était peut-être pas de même d'une autre solennité religieuse de Rome. Les calen-
mutilée. — Cf. Festus, p. 56 : {Portunus) clavim manu lenere pngebalur et deus putahatur esse portarum. — Consulter sur Portunus et son culte : Phelleu- JoHDAN, Rœm. Mi/thoL, t. I, p. 323, et t. II, p. 133; — article Porlninnus par Pfau dans la Real Encyclopàdie de Pauly.
1. FowLER, the Roman festivals, p. 202, serait disposé à croire que Portunus était primitivement le dieu des entrepôts, des magasins où l'on ramassait les blés. D'après Festus, p. 233, dans la loi des XII tables, le mot porlus se trouvait employé avec le sens de domus, maison ; on entendait peut-être à l'origine par portas un lieu de sûreté, de quelque nature qu'il fût. Portunus devint ensuite et tout naturellement le dieu des portes et des ports.
2. Voir les observations de Johdan, zur Rœmiscfien 2'opo(iraphie, dans Y Hermès, 1870, t. IV, p. 237, et les exemples qu'il cite.
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driers nous apprenneni qu'il y avait, lo 27 août, sixième jour avant les kalendes de septembre, une fête des Volturnalia ou un sacrifice au fleuve Volturnus^ :
[G VI] Vult[mmo) NP Voitnrno flwnini sacrificium
Varron et Festus y font allusion, et l'on sait par eux qu'un flamine mineur portait le nom de flamcn Volturnalis-. L'endroit où se cëlél)r;dt la cérémonie est inconnu.
Un fleuve de Campanie s'appelait Volturnus ; les habitants de Capoue et des environs Ini rendaient un culte, comme les Romains à Tiberinus. Serait-ce donc lui qu'on adorait aussi à Rome? Preller le croyait. Son culte n'aurait été adopté par les Romains qu'après la prise de Capoue en 548/211^. M. Mommsen a contesté très justement cette opinion'*. Volturnus n'était pas un dieu étranger, tardivement introduit dans le Latium, mais au contraire une ancienne divinité nationale, de tout temps connue et fêtée à Rome; l'existence d'un flamen particulier attaché à son service en témoigne. D'autre part, il avait sa place dans les vieilles légendes mythologiques et généalogiques. Arnobe raconte qu'on faisait de Janus le père de Fons, le gendre de Volturnus, le mari de Juturna''. Ce Volturnus romain ne peut être qu'un autre nom de Tiberinus. Le Tibre est le seul fleuve auquel les Romains aient eu besoin d'adresser leurs prières. Le mot Volturnus, qui se rattache à la même racine que volvere, rouler, est une épithète qu'on lui décernait ou l'un de ses vocables primitifs, dérivé de sa nature physique, aussi bien que ceux A'Albvla ou de Serra. Les augures dans leurs invocations l'appelaient Coiuber, à cause du tracé capricieux de son cours, qui ressemblait aux sinuosités d'un serpent. On le surnommait Volturnus à cause de son débit irrégulier et des masses d'eau qu'il
1. C. 1. L., 1, 2« éd., p. 240 {Fasli Vallenses). — Cf. aussi p. 214, p. 217, p. 225.
2. Vakko, de Ling. lat., VI, 21 : Vorlunalia a deo Vortimo, cujus feriae tiun. — Cf. du même auteur, op. cit., VII, 45 : Sunt in quibiis flaininum cof/nominibus latent origines, ut in his qui sunt versibus plurique :
Volturnalem, Palatualem, etc.
P'estus, p. 379 : Volturnalia Volturno sua deo sacra faciebant, cujus sacerdoteni Volturnaleni vocant.