G. I. L., YI
Ragonio Vincentio Celso v{iro) c{larissiino) \ a primo œtatis introitu in actu \ piiblico fideli exercitatione versato^ \ cujus primœvitas officio sedis urbanse \ advocationis excercito fidem juncxit ingénia, \ prudentise miscuit libertateni, ita ut nemo de \ ejiis industria nisi ille contra queni susceperat \ formidaret ; cujus accessus œtatis amplissimi \ honoris et qui solet seniorib[us) provenire orna\menta promeruit, nam rexit annonariam potes\tatem urbis œternœ ea œquitate ut inter omnes \ qui ad eum animo litigantis intrassent parentem se \ pleru7nq[iie) magis his quam judicem prœbuisset. \ Hinc etiam faction est ut mensores nos' Portuenses \ quib[ns) vêtus fuit cum caudicariis diuturnumq[ue) \ luctamen, voti compotes abiremus, ut utrmnq{iie) \ corpus et beneficio se et Victoria gratuletur \ adfectum ; nam ut hoc csset indicio jam posito I magistratu, statuam patrono prœstantis \ simo testimonium gratulationis exsolvimus, \ cum res non adulatione privato, set jndicio \ posito in otio et quiète reddatur.
On lit sur le côté :
Dedicatawiikaliendas) \ sept[embres) Fl[avio) \ Timasio et Fl[avio) Promoto \ v{iris) c[larissimis) cons[idibus).
(( A Ragonius Vincentius Celsus, clarissime. Dès sa jeunesse il s'est occupé avec dévouement de fonctions publiques ; avocat de la cité, il a joint la bonne foi au talent, l'indépendance à la prudence ; nul n'avait à redouter son zèle, si ce n'est celui contre lequel il devait s'élever. Avançant en âge. il a mérité les insignes d'une charge considérable, confiée d'habitude à des vieillards; en effet, il a dirigé l'annone de Rome, avec tant d'équité qu'il se montrait un père plutôt qu'un juge à tous ceux qui venaient devant lui pour plaider. C'est pourquoi nous, mensores Portuenses, qui avions un ancien et long i)rocès avec les caudicarii, sortis satisfaits du débat, à tel point que l'une et l'autre corporation se félicite d'avoir obtenu gain de cause, pour en rendre témoignage après sa sortie de magistrature, nous avons élevé à ce patron éminent une statue, en signe de reconnaissance ; notre acte n'est pas une flatterie à l'adresse d'un homme privé, c'est le résultat d'un jugement mûri dans le repos et le loisir. Cette statue a été dédiée le huitième jour avant les kalendes de septembre (25 août), sous le consulat de Flavius Trimasius et de Flavius Promotus, clarissimes (389 après J.-C.) »
Ce Ragonius Vincentius était un personnage considérable.
l'île TIBÉRLNE A l'ÉPOQUE IMPÉKLVLh] 63
Une ciLitro inscription de Rome, dont on ignore la provenance exacte, et qui a été découverte peut-être elle aussi dans l'ile, énuniëre tous ses titres ^ :
Vi[n]centi. \ JRaf/onio Vincentio v{iro) c[iai'hsimo) \ oratori fort urhani., prœ \fect[o) îi7\b[is)\^ quaeslori^ prœ \ ton triiimphali^ [con]siili^ prœ\ fecto annonœ ; qui iii primis \ annis a se petem omnia orna \ nienta vlrlutum^ nihil sibi de \ gcneris sni nobilitate blan \ ditus, quantum virtutis spei \ promittat proccdenth œlatk \ exccllentium factorum id)er \ tate perdocuit, hincdoiique \ factuni est ut ordo noster con\sensu totius [civi] latis, nt me\r[u]it, plat\ronum sibi pe/pc \ tuum libenter optaret.
« A Ragonius Vincentius, clarissime, orateur du Forum urbain, préfet delà ville, questeur, i)véie\\Y triuniphalis^cowèwX^ préfet de Tannone. Dans ses premières années il réunissait tous les mérites, sans tirer avantage de la noblesse de sa race ; il a réalisé par l'abondance de ses belles actions en avançant en âge les espérances de vertus qu'il donnait. C'est pourquoi enfin notre corporation, avec l'assentiment de la cité entière, l'a souhaité vivement, ainsi qu'il le méritait, pour patron à perpétuité. )>
Les înensores Portiienses et les caudicarii nommés dans la première inscription formaient deux collèges que les lois impériales citent assez souvent et qu'elles rapprochent l'une de l'autre 2. La nature même des occupations de leurs membres exigeait que ces deux collèges eussent des relations constantes et sans doute les procès entre eux n'étaient pas rares. On appelait mensores Portuenses les mesureurs des greniers de l'annone à Porto et à Ostie, et caudicarii les mariniers chargés de transporter les blés à Rome : ceux-ci recevaient do coux-là les marchandises auxquelles ils faisaient remonter le Tibre-'. Ragonius Vincentius Celsus, étant préfet de l'annone, eut à juger un procès qui divisait depuis longtemps ces corporations. Sa sentence contenta à la fois les deux parties, —
1. G. I. L., VI, 1760. Cette inscription est perdue et connue seulement par une ancienne copie.
2. Coi). TiiKooos., XIV, 4, 9 (date : 417) : Ad excludendas palrononim caudicariorunifraudesetPoi'luensiumfui'ta mensornm ; — ibid., Xl\',io, 1 (date : 364) : mensores et caudicarii.
3. Sur ces collèges, consulter Walïzing, Elude histor. sur les corpor. profess. chez les Hotiinins, notamment au t. I, p. 191 et 439, au t. Il, p. 63 (en note, l)ibliof^i-apliie des inensores Portuenses), et p. 69 (bibliographie des caudicarii).
64 l'île ïibérine dans l'antiquité
c'est du moins ce qu'affirme l'une d'elles, peut-être un peu suspecte.
La présence dans l'île tibérine d'un document concernant les mensores Portiie/ises et les caudicarii nous autorise à supposer qu'il y avait sur son territoire, au bord du fleuve, des magasins oii les mariniers de l'annone venaient décharger leurs navires. La position qu'elle occupait au milieu du Tibre et la proximité des quartiers les plus peuplés de Rome expliqueraient aisément qu'on eût songé à établir en ce point un entrepôt de blés.
La domus Aniciorum. — L'ilc renfermait certainement à l'époque impériale plusieurs propriétés particulières. Nous ne connaissons le nom d'aucune d'entre elles i. On a cru cependant, sur la foi d'un passage de Claudien mal compris, que les Anicii habitaient ce quartier au iv" siècle-. La gens Ânicia était à cette époque l'une des principales de Rome, très souvent mentionnée dans l'histoire du christianisme. Originaire de Préneste, elle avait donné dès l'époque républicaine des magistrats à la cité ; sous l'Empire, plusieurs de ses membres parvinrent au sommet de la hiérarchie administrative'^. Sextus Aiiicius Petronius Probus, consul en 371, eut trois fils : Anicius Hermogenianus Oljbrius, Anicius Probinus, Anicius Petronius Probus. Le troisième fut consul en 406 et cornes sacrarum largitionum de 412 à 414. Les deux autres reçurent ensemble les insignes du consulat dès l'année 395; cette haute magistrature leur avait été conférée, malgré leur jeune âge, sur l'invitation de Théodose et pour honorer leur père. Anicius Probinus mourut très tôt. Son frère ini proconsul Africœ
1. Peut-être y avait-il dans l'île des thermes apparlenant à la famille des Juin Akarii. Ces thermes sont nommés dans une inscription de Rome connue seulement par l'Itinéraire (VEinsiedeln (publié par Uulichs, Cod. topogr., p. 62), et dont la provenance exacte n'est pas indiquée. — C. I. L., VI, 29.764: Balineum \ Juliorum \ Alcariorum. L'auteur de lllinéraire la cite immédiatement après Tinscription de Valentinien, Valens et Gratien sur le pont Cestius et avant une inscription de Sainte-Anastasie, sur la rive gauche du Tibre ; il dit qu'elle se trouve prope ponton, sans ajouter si c'est dans l'île, au Transtévère ou au Forum boarium.
2. Voir, par exemple: Nardim, lioma velus, VII, 12, dans le Thesaur. Antiquil. roman, de Gr.evius, t. IV, p. 1430; — Cashuho, Memorie Isloriche, p. 328 ; — Ghegokoyil'S, Gesch. d. St. Rom im Mittelalter, éd. de 1869-1872, t. I, p. 54, etc.
3. Voir l'article Anicii dans la Real Jïnci/clopcidie de Pai;ly-Wisso\va. t. 1, p. 2196-2207.
L ILK TlIîÉULNt; A L ÉPOQLl': IMPÉRIALE 65
on 397 et préfet de Rome en 416. A l'occasion du consulat (rOlybrius et de Probinus, Claudien composa un poème où il célébrait leurs louanges. On v lit, au vers 226 :
« Dans le Tibre, au milieu de Rome, s'étend une ile, à l'endroit où le fleuve coule entre deux villes que séparent ses oaux, et où ses deux rives couronnées de tours se drossent également à pic et menaçantes. Là le dieu s'arrêta (// s'agit (lu dieu Tiberiims^ venu à Rome en descendant le Tibre), et soudain il vit du quai le spectacle qu'il avait souhaité contem- })lor [allusion à la protection du dieu, gui avait permis aux deux jeunes Anicii de devenir consnls) : les frères s'avancent étroitement unis, entourés de sénateurs ; les haches nues ])rillent, et c'est d'un même seuil que sortent les faisceaux jumeaux •. »
Le mot agger désigne certainement le mur du quai qui entourait l'ile ; le dieu Tiborinus s'arrête donc en celle-ci, où les païens lui avaient élevé très anciennement un petit sanctuaire, et voit s'avancer devant lui les deux frères. 11 ne résulte nullement du texte obscur de Claudien que la demeure familiale (le la gens Anicia fût située à l'intérieur même de l'ile. Le cortège consulaire se déroule sous les yeux de Tiborinus, mais à quoique distance, sur la rive droite ou sur la rive gauche du Tibre ; il faut chercher la domiis Aniciorum au Transtévère ou du côté du Champ de Mars et des collines voisines'^.
La description sommaire que fait Claudien des bords du Tibre est intéressante :-des tours flanquaient les deux rives, à pic et escarpées; l'aspect de la ville au iv" siècle annonçait déjà le moyen âge ; ces tours font penser à celles que devaient élever plus tard les barons féodaux dans leurs demeures fortifiées '-K