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CHAPITRE II

LE PONT GESTIUS

Les noms. — Le second pont de Fîle tibérine est appelé par le Cîrriosiim Urbis et la Descriptio Regionum, an iy" siècle de l'ère chrétienne, puns Cestius ; les descriptions de Rome d'une époque plus basse, comme les Mirabilia Romx et la Graphia aureœ Urbis (xif-xiii' siècles), le nomment pans Gratiani^ ; cette dernière désignation, à coup sûr plus récente, a prévalu au moyen âge 2, Il est certain, d'ailleurs, que le pons Gratiani n'est autre que le p)ons Cestius : les textes qui viennent d'être énumérés citent celui-ci ou celui-là au même rang parmi les ponts de Rome, immédiatement après le pont Fabricius ; et dans la liste, dressée par Polemius Silvius, qui écrivait en 448, un siècle après les auteurs du Ciiriosum et de la Notitia^ plusieurs siècles avant ceux des Mirabilia et de

1. Voir ces différents textes dans Urliciis, Cod. topogr., et dans Jokdan, Topogr. d. SI. Rom, t. 11, p. 541. — On lit dans la Graphia : Felicis Gratiani pons.

2. Le pont s'appelle maintenant ponte San Bartolomeo, parce qu'il aboutit dans l'île, sur la place et devant l'église Saint-Barthélémy. On rencontre très souvent au moyen âge et dans les temps modernes le nom de ponte ferrato. NiBBY {Rome antica, t. I, p. 160) en donne l'explication : il serait dû à la présence dans le Tibre, à cet endroit, de nombreuses chaînes de moulins. Phocop. (1, 15), rapporte qu'en 537, Vitigès ayant coupé les aqueducs qui faisaient marcher les moulins de la ville, Bélisaire imagina d'en installer de nouveaux dans le fleuve en profitant du courant. L'ingénieur Chiesa, dans un rapport rédigé en 1744 {Navigazione del Tevere dentro Roma), et publié dans la Nuova raccolta idraulica (X, 261), cité par Ronna [le Tibre et les travaux du Tibre, p. 88 du tirage à part), se plaignait que les palissades des moulins rendissent impossible toute navigation ; entre l'ile et le Transtévère il y avait cinq estacades, barrant le passage, et plusieurs sur l'autre bras (entre autres, le molino del Ghetto, ainsi désigné à cause du voisinage du quartier juif).

la Graphia, les deux noms, l'ancien et le nouveau, Ccstius et Gratiani, sont donnés à la fois^

Première construction : le pont Cestius. — Comme le pont Fabricius, c'est sans doute à son fondateur que le pont Cestius doit sa première appellation''. Mais à quelle époque vivait le Cestius qui l'a bâti, et quelle magistrature exerçait-il? Aucun auteur, aucune inscription ne nous l'apprennent. La construction du second pont de l'île tibérine fut sans doute à peu près contemporaine de celle du premier ; en reliant l'île à l'une des rives par un pont de pierre, on aura songé tout naturellement à la relier aussi à l'autre. Les relations avec la rive gauche, où se trouvait toute la Rome ancienne, étaient de beaucoup les plus importantes : le pont Fabricius dut être fait le premier, et c'est seulement après 692/62, selon toute vraisemblance, que l'on édifia le pont Cestius -^ Mais celui-ci, d'autre part, n'a pas été construit sous l'Empire : Auguste n'en parle pas dans son testament (inscription d'Ancjre), oii il énumère toutes les œuvres de son règne ; les ponts élevés par les empereurs suivants portèrent toujours les noms des princes qui les firent bâtir, comme le pont ^Elius, par exemple, et le pont Aurelius. Ainsi le pont Cestius, postérieur à l'année 692/62, est antérieur à l'établissement du principat; il date des derniers temps de la République.

On connaît plusieurs Cestii qui ont vécu précisément à cette époque^. Cicéron parle d'un Caius Cestius, fermier des impôts en

1. Si l'on admet, du moins, la correction que propose Jokda\ {op. cit., p. 192). La liste des ponts dans Polemius Silvius est ainsi conçue (Mo- NUM. Gehm., Aiict. anliq., t. IX, 1, p. 545) : Pontes octo, JElius, Aurelius, JEmilius, Miloius, Staricius (pour Fatjricius), Ercius, Gratiani, Probi et Uadriani. L'intitulé annonce huit ponts, et neuf sont indiqués, dont le pont Ercius complètement inconnu. Il y a donc erreur, et il faut lire Cestius Gratiani, au lieu de : Ercius, Gratiani (Dans cette liste, en outre, le pont Sublicius est omis, et le pont .^îlius deux fois cité : .^^lius, Hadrianus).

2. Voir les textes sur le pont Cestius dans Kiepert-Huklsex {Nomencl. topogr., p. 51) et Homo [Lex. de lopogr. rom., p. 408).

3. Dion Cassius, qui parle de la construction du pont Fabricius, ne dit rien de celle du pont Cestius; on ne peut en conclure, avec Venuti, qu'elle serait antérieure à l'année 682/63, où commence le récit de l'historien; il n'y a là probablement qu'une omission fortuite.

4. Sur la famille plébéienne de Cestii, peut-être originaire de Préneste, (C. L L., XIV, 2891, 3091-3095 : plusieurs inscriptions très anciennes de cette ville mentionnent des Cestii), voir : Pauly-Wissowa, Real Encyclopâdie, s. v Cestius; — Klebs-Rouden-Dessau, Prosopographia imperii romani, t. I, p. 339-341.

108 LES PONTS DE l'iLE TIBÉRINE

Asie en 692/62'; une lettre à Atticus signale la présence du même personnage à Ephèse en 703/512. Un second Caius Cestius était préteur en 710/44^ et fut mis à mort pondant les guerres civiles en 711/43^. Un troisième Caius Cestius, le plus célèbre, préteur, tribun de la plèbe, septemvir epulonwn, se fit faire à Rome un tombeau en forme de pyramide, qui existe encore, enclavé dans la muraille d'Aurélien, près de la porta Ostiense'\ Un Lucius Cestius, frère du précédent, est nommé dans «ne inscription trouvée au pied de la pyramide** ; Marcus Agrippa, mort en 742/12, figure parmi ses héritiers; on peut donc fixer approximativement l'âge de ce texte. Le L. Cestius qu'une inscription relative aux jeux séculaires cite comme témoin d'un sénatus-consulte du 23 mars 737/17 avant Jésus-Christ^, serait, d'après M. Mommsen, le fils du précédent^; mais, en réalité, rien n'empêche que ce soit ce personnage lui-même. Enfin, au revers d'une monnaie d'or de l'époque républicaine est représentée une chaise curule avec un casque et deux colombes, les mots L. CESTIVS en haut et C. NORBA à l'exergue, dans le champ les lettres PR adroite et SC à gauche'-^. On identifie en général ce L. Cestius avec le frère du septemvir epulonum, et c'est à lui qu'on attribue la fondation du pont de l'Ile tibérine'*^. Havercamp prétend qu'il en aurait été chargé comme préfet de la ville en 708/46 ''; il explique les lettres PR T^iir pr/efecti Urbis; il rappelle que César, partant en 708/46 pour l'Espagne, où il allait combattre Pompée, ■confia l'administration de Rome en son absence à Lépidus et à huit ou six préfets urbains ^-^ Lucius Cestius, frère de Caius, serait, comme Caius Norbanus, l'un de ces préfets; ses collègues et lui se seront partagé les tâches ; on lui aura attribué

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