‹ L'île tibérine dans l'antiquitéChapitre 67 sur 237 · DE L'ILE TIBÉRINE ENTRE LES DEUX PONTS · texte numérisé non relu

DE L'ILE TIBÉRINE ENTRE LES DEUX PONTS

Rôle et importance des deux ponts. — Après avoir décrit le pont Fabricius et le pont Cestius et raconté leur histoire, il n'est pas inutile de rechercher quelle influence les conditions nécessaires de leur établissement, par exemple la place et la forme qui leur ont été assignées, ou la hauteur de leurs parapets au-dessus des eaux, ont exercée dans l'antiquité sur la topographie de l'île. Les ponts sont encore à l'heure présente et ont toujours été pour l'Ile tibérine un élément essentiel de vie et de prospérité ; c'est d'eux, c'est des facilités d'accès ou de passage qu'ils procurent qu'elle tient de nos jours comme autrefois toute son activité; le cosmographe ^Ethicus l'appelle simplement insiila inter duos -pontes^ et cela suffit à la caractériser : les deux ponts qui la rattachent aux rives du Tibre sont comme le symbole de ses relations constantes avec tout le reste de Rome et du rapport étroit de ses destinées avec les destins de la ville même.

La construction des ponts et les règles que se sont prescrites les architectes romains chargés de les bâtir ont eu d'importantes conséquences : la disposition des édifices qu'on éleva par la suite et l'aspect que présenta dès lors toute la partie centrale de l'ile en dépendirent.

La rue inter duos pontes. — Une première remarque s'impose : l'ile tibérine est un lieu de passage ; elle est située à égale distance des vieux quartiers de Rome et du Transtévère; ses ponts la relient pareillement à ceux-là et à celui-ci ; pour

REMARQUES SUR LA TOPOGRAPHIE DE l'iLE TIBÉRINE 12i

aller du Capitule ou du Forum à la rive droite du fleuve, aucune voie n'est plus directe, aucun trajet plus rapide. La commodité des communications exigeait qu'entre la tête du pont Fabricius et la tête du pont Cestius le terrain fût laissé libre et dégagé; aucun monument ne devait s'interposer, barrant le chemin. Sur la droite et sur la gauche s'alignaient les temples, les portiques, les maisons particulières, mais entre les deux ponts, il n'y avait, il ne pouvait y avoir qu'une rue ou une place par où l'on se rendait de l'un à l'autre aisément et sans détour.

Les travaux de ces dernières années ont confirmé ces suppositions logiques et permis môme do fixer le tracé de la rue qui traversait l'île de part en part. Il faut observer que le pont Cestius-S«?2 Bartolomeo et le pont Fabricius-Qî/aZ/ro Capi ne sont pas dans le prolongement l'un de l'autre; un regard jeté sur le plan de l'île montre que leurs directions se coupent obliquement. En effet, lorsqu'on les a construits, on a voulu avant tout les établir très solidement, les mettre en état de résister aussi bien que possible à la poussée des eaux; chacun d'eux, dans le bras du fleuve qu'il franchit, a été placé perpendiculairement au courant. Ils étaient reliés cependant par une voie toute droite. En démohssant la tète du pont San Bartolomeo, on a constaté qu'elle débouchait dans l'île par une rampe en pente formant coude et s'abaissant dans la direction du pont Quattro CaplK La rue entre les deux ponts commençait à cette rampe oblique et gagnait directement le bord opposé de l'île. Ne serait-ce pas à elle que s'appliqueraient particulièrement les mots inter duos pontes du plan de Septime Sévère ? Sur les fragments de la Forma Urbis Rom.v heureusement rapprochés et complétés par Jordan ces trois mots sont inscrits dans un espace vide bordé de constructions- : c'est ainsi que l'auteur du plan représente ordinairement les rues et les places. Il se pourrait que nous ayons là, sous les yeux, avec une partie de la via inter duos pontes, l'indication de son nom officiel, bien justifié par sa situation et son parcours.

Au centre de l'île tibérine, devant l'église Saint-Barthélémy, existe maintenant une petite place. Rien n'empêche de croire

1. Renseifinemcnt communiqué par M. Lanciani, qui a vu cette rampe et qui en a relevé les dimensions et la direction.

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