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122 LES PONTS DE l'iLE TIBÉRINE
qu'il en était de même dans l'antiquité devant le temple d'Esculape. La petite place centrale entourée de portiques — c'est peut-être l'un d'eux que l'on voit figuré au bas des fragments déjà cités de la Forma Urbis Romœ — communiquait par la via inter duos j)ontes à l'est avec le pont Fabricius, à l'ouest avec le pont Cestius.
Différences de niveau. — La rue entre les deux ponts devait être construite en partie sur remblais. Il y a encore de nos jours une différence de niveau assez considérable, d'environ 2 mètres, entre les points où se terminent les deux ponts et le centre de l'Ile ; elle était certainement plus forte dans l'antiquité : le sol n'a pu, comme on l'a constaté maintes fois à Rome en d'autres endroits, que s'exhausser à travers les siècles, à mesure que les civilisations se succédaient et que s'accumulaient les décombres. Les récents travaux ont permis de vérifier qu'en effet la chaussée de la via inter diios pontes était surélevée aux abords des ponts. En démolissant les maisons du bord occidental de l'ile, vers l'amont, on a reconnu que la voie qui se dirigeait de l'extrémité du pont de Gratien vers le centre de l'ile descendait en pente rapide sur une longueur d'environ 20 mètres ; elle était supportée par de petits arcs de soutènement et des murs de travertin très soUdes ^ ; l'appareil de la construction indiquait une restauration du v" siècle de notre ère. Ainsi, depuis la tête du pont Fabricius jusqu'aux approches de la place centrale, la rue entre les deux ponts allait en s'abaissant et dominait les terrains voisins.
Ces considérations purement topographiques, qui se dégagent de l'étude même des ponts, ont leur intérêt; elles permettent de mieux comprendre la répartition et l'agencement des rues, des places et des édifices dans l'île tibérine.
i. Notiz. cl. Scavi, 1885, p. 188. — Cf. R. Lanciani, the Ruins and Excavations, p. 18 (à propos du pont Fabricius) : « 11 faut se rappeler que les voies de l'ancienne Rome étaient de 2 à 3 mètres au-dessous des voies actuelles, tandis que les ponts sont demeurés les mêmes ; les rampes qui donnaient accès à ceux-ci étaient donc beaucoup plus longues et escarpées que maintenant et laissaient la place de plusieurs arcades qui ont été comblées peu à peu. Ces pentes s'appelaient pedes pontis ou cosciae au moyen âge. »