CHAPITRE IV
Les ponts de bois. — La fondation des ponts Fabricius et Cestius remonte au f ' siècle avant Jésus-Christ. Mais il n'est guère à présumer que Tile tibérine soit restée jusqu'à cette époque sans communications régulières avec les deux rives du fleuve. Avant qu'on eût construit les deux ponts de pierre, des^ ponts de bois devaient exister aux mêmes places, unissant déjà l'île à la ville et au Transtévère. Le temple d'Esculapefut fondé au début du iir siècle avant l'ère chrétienne ; d'autrestemples s'élevèrent ensuite dans son voisinage ; les fêtes religieuses amenaient aux sanctuaires un grand nombre de prêtres^ de dévots, de malades; pour venir soit du Palatin ou du Champ de Mars, soit du Transtévère même où de nouveaux quartiers se développaient au pied et sur les pentes du Janicule, des ponts étaient nécessaires. Si les Romains ne commencèrent qu'en 575/179 à bâtir de pareils édifices en pierre — le pont ^milius remonte à cette époque — ils savaient depuis, longtemps les construire en bois. Le pons Sublicius serait^ d'après la tradition, une création des rois. On a tout lieu decroire que d'autres ponts de bois avaient été jetés de- bonn& heure entre la rive gauche du Tibre et l'ile, entre l'île et la rive droite ^ .
1. Voici comment 0. Riciiter, Topoçiv., d. St. Rom, 2° éd., 1901, p. 51, résumant les théories actuellement en faveur, expose la chronologie des ponts del'ile tibérine : dès 4G2/292, au moment de la construction du temple d'Esculape, un pont de bois est établi entre lîle et la rive gauche; vers 604/130, on met une garnison au Janicule : second pont de bois, entre l'ile et le Transtévère (Cf. 0. RiGUTEK, die Befestigung des Janiculum, Berlin, 1882); en 692/62^
Examen des textes. — A vrai dire, si aucun texte ne s'y oppose ^ aucun texte non plus ne le prouve explicitement. Deux passages de Tite-Live ont été quelquefois invoqués en ce sens, mais sans raisons suffisantes.
Quand les trois cents Fabii, en 275/479, quittèrent Rome pour marcher contre les Véiens, ils sortirent par la porte Carmentale, franchirent le Tibre, et campèrent sur les bords du Crémère-. On s'est demandé s'ils n'avaient pas traversé le fleuve à la hauteur de l'île tibérine, située tout auprès de la porte Carmentale, et en se servant de ses ponts ^. Mais Tite- Live ne dit pas que les Fabii passèrent sur la rive droite aussitôt après être sortis des murs de Rome ; ils ont pu remonter quelque temps le long du Tibre, en suivant la rive gauche, avant d'entrer en Etrurie. D'ailleurs, à supposer que les ponts de l'île existassent à cette époque, on avait dû les rompre au début des hostilités ; le caractère précaire et provisoire des constructions de bois était justement un de leurs' grands avantages ; en temps de guerre on les coupait pour empêcher l'ennemi d'avancer'^; c'est ainsi qu'Horatius Codés fît couper le pont Sublicius derrière lui, pour sauver la ville''. Est-il vraisemblable enfin que dès l'année 275/479, deux cents ans avant l'introduction du culte d'Esculape, l'île fût reliée à la terre ferme et mêlée à la vie de Rome? entre la chute des Tarquins en 245/509 et la peste de 461/293 il n'est jamais question d'elle.
En 562/192 une crue du Tibre détruisit deux ponts aux
est bâti le pont Fabricius, en pierre ; un peu plus tard, le pont Cestius, en pierre également.
1. Le passage de Cass. Dio, XXXVII, 45, cité plus haut à propos du pont Fabricius, a paru cependant prêter à cette interprétation. L'ancienne leçon TÔ vr,a-t'Siov totî èv tw TiêéptSc ov laisserait entendre qu'avant la construction du pont Fabricius l'île tibérine était vraiment une île ; rattachée à la terre, elle ne méritait plus ce nom ; donc il n'y aurait pas eu de pont dans l'île avant le pont Fabricius (Nibby, Roma antica, t. I, p. 174). Cette explication un peu tourmentée est superflue : la correction de Leunclavius, que nous adoptons à la suite des éditeurs modernes, lève toutes les difficultés.
2. Liv., II, 49 : Infelicl via dexlro Juno portée Cannenlali profecti ad Cremeram fluvium perveniunt.
3. Voir, entre autres, la Beschr. d. St. Rom, t. III, 3, p. 361.
4. Pendant la seconde guerre punique, après la bataille du lac de Trasimène, les Romains rompirent tous les ponts devant Hannibal : pontesque rescindèrent fluminuin, Liv., XXII, 8. Cf. Zonaras, VIII, 23 : Ta; xe Y^ÇJpa; toj TiêÉptSo; TrXTjv [xtàç xa9£D,ov. A cette époque les ponts étaient encore construits en bois.