Liv., II, 10; — PoLYB., VI
abords de la porte Flumentaiic^ On s'est imaginé que c'étaient précisément ceux de l'île'-', parce que celle-ci est appelée quelquefois dans les documents anciens inter duos pontes K C'est beaucoup s'aventurer. Tite-Live raconte que deux ponts, sans les désigner plus clairement, furent emportés par l'inondation. D'une rencontre accidentelle d'expressions on ne peut tirer tant de conséquences. Mais tout au moins le fait que Rome en 562/192 possédait déjà plusieurs ponts sur le Tibre est attesté par ce texte même.
Les ponts de bois de l'île tibérine ne sont nulle part mentionnés. L'hypothèse que l'île était reliée anciennement aux deux rives du fleuve n'a rien néanmoins que de très plausible et de très vraisemblable.
Théorie de M. Mommsen et de' Jordan. — M. Mommsen et Jordan sont allés plus loin. Ils attribuent aux temps les })lus lointains de l'époque légendaire l'établissement de ces ponts primitifs, dont ils refont à leur façon toute l'histoire'*.
L'ile aurait existé dès l'origine de la cité romaine et la fable qui la fait naître accidentellement des moissons du Ciiamp de Mars jetées dans le fleuve après l'exil des Tarquins ne reposerait sur aucun fondement. Depuis le règne du quatrième des rois de Rome un double pont unissait l'île aux deux bords du Tibre ; il n'était autre que cette construction sur pilotis, appelée pons Siiblicius^ dont l'imagination populaire attribuait au roi Ancus Martius la première fondation''. A l'appui de son opinion M. Mommsen fait valoir un premier argument, tiré de la considération des lieux mêmes et des facilités exceptionnelles que présentait l'existence d'une île pour la création d'un pont sur le Tibre. En cet endroit, les eaux se divisant, le courant se brise, on a moins d'effort à faire pour le sur-
1. Liv., XXXV, 21 : Tiheris, infestiore qiiam priore impetu Hiatus Urbi, duo pontes, œdificia multa, maxime circa portam Flumentanam everlit.
2. JoHDAN, Topogr. d. St. Hom, t. I, p. 404; — 0. Gilbert, Gesch. und Topogr. d. St. Rom, t. III, p. 257.
3. Voir les textes d'.ETniciis, de la Forma Urbis Romse, de Plut., PopL, de Justin. Mahtyh, Apol. Pr., du Chronogr. Axx. 3o4, cités p. 3, ainsi que les textes de Machob. et d'IIoRAT., Sat., cités p. 60.
4. Mommsen-, Epigraphische Anulekten, dans les Ber. d. sûchs. Gés. d. Wiss., Leipzig, 1850, p. 320; — Jordan, op. cit., t. I, p. 399-403.
'6. Sur le pont Sublicius, voir les textes cités par Kiepert-IIuelsen, Nomencl. lopogr., p. 52, et par Homo, Lex. de topogr. rom., p. 412.
monter, l'espace à franchir en deux reprises est à chaque fois peu considérable. L'île tibérine formait comme une pile de pont gigantesque que la nature avait placée au milieu du fleuve pour servir d'étai et de support aux charpentes ^ Les auteurs du pont Sublicius n'ont pu négliger le secours qui leur était ainsi offert. S'ils avaient préféré, comme on le croit généralement, mettre cet édifice plus bas en aval, après que les deux bras du Tibre se sont réunis, ils auraient été d'eux-mêmes et gratuitement au-devant des obstacles. Pourquoi se seraientils imposé la tâche de lutter contre un courant impétueux et de traverser d'un seul trait le fleuve entier?
Le culte de Vejovis fournit à Jordan un second argument. On sait par le calendrier de Préneste qu'on adorait Vejovis dans l'île tibérine-. Ce dieu très ancien et mal connu avait à Rome, d'après Jordan, deux sanctuaires Tun au Capitole, l'autre dans l'île ; celui du Capitole datait dos premiers temps de la cité^; le second devait être à peu près contemporain. Vejovis en effet fut très vite négligé et oublié, on n'eût pas songé sous la République à lui consacrer un nouveau temple. Les Romains regardaient Vejovis comme un dieu funeste, dieu de la mort et de la guerre. Son culte était célébré particulièrement dans la citadelle, centre militaire do Rome. La présence d'un sanctuaire du même dieu in iiimla s'explique par l'importance militaire de l'île elle-même et par le rôle qu'elle jouait, dès l'époque dos rois, dans la défense de la ville : elle était reliée par le pont Sublicius d'une part à la Rome primitive toute située sur la rive gauche, d'autre part aux territoires extérieurs et souvent hostiles de la rive droite; elle formait vraiment un poste avancé, plus exposé qu'aucun autre point aux attaques de l'étranger, tout désigné pour être confié à la protection du dieu guerrier funeste aux ennemis.
Après avoir identifié le pont Sublicius au double pont primitif ■de l'île tibérine, M. Mommsen s'est demandé quand et comment des ponts de pierre se substituèrent à ce fragile édifice de bois. Le premier pont de pierre de Rome, le pons lapideus
1. Mommsen, op. cit., p. 323 : Naluvlich Hess mmi sich den natilrlichen Brûckenpfeilenclendie Tiherinsel darbol nicht enlgehen.