‹ L'île tibérine dans l'antiquitéChapitre 76 sur 237 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

LE SANCTUAIRE D'ESGULAPE

Le temple d'Esculape dans l'île tibérine était à la fois le plus ancien, le plus important des édifices qu'elle renfermât, et le principal lieu de culte que possédât à Rome le dieu grec de la médecine. L'île doit son nom moderne à l'église Saint- Bartliélemy, le plus remarquable de ses monuments. De même dans rantiquité elle était appelée assez souvent l'île d'Esculape ou du serpent d'Epidaure^ Esculape y avait été installé cent ans avant Jupiter et Faunus ; pendant un siècle elle apparut aux Romains comme sa propriété exclusive. Quand d'autres divinités eurent pris place auprès du dieu médecin, celui-ci resta cependant en possession de la majeure partie du sol et il eut toujours le pas sur ses voisins^'. Son sanctuaire, avec toutes ses dépendances, occupait un plus vaste espace que leurs temples. Ses fêtes attiraient un plus grand concours de fidèles. 11 rendait de plus signalés services à la foule superstitieuse qui venait l'invoquer, et qui attendait de lui la révélation de remèdes salutaires et la guérison miraculeuse de ses maux. Aussi n'est-il pas surprenant que nous soyons mieux renseignés sur le culte d'Esculape que sur les cultes secondaires qui lui étaient associés en cet endroit. C'est à lui surtout que les Romains se sont intéressés. C'est à lui que se rapportent la

1. Voir les textes de Sueton. {Claud., 25) et de Sidox. Apoll. {Epist., 1, 7, 12), cités plus haut, p. 3.

2. DiosYS., V, 13 : Nf,CTo; e-JtievéOYjç 'A(Tx>>Ti7no-j îepâ.

plupart des documents qui nous ont été conservés, textes littéraires, inscriptions, monuments figurés. Ils nous font connaître les circonstances légendaires de l'arrivée d'Esculape, l'histoire de son sanctuaire, les cérémonies qu'on y célébrait. Ils ne nous éclairent pas seulement sur l'un des points essentiels de la topographie antique de l'île; les indications qu'ils nous donnent ont une portée plus générale et une valeur unique ; elles nous permettent d'étudier sur ce point du territoire de Rome, avec plus de détails et de précision que nulle part ailleurs, la religion d'Asklépios latinisé et l'exercice de la médecine sacerdotale chez les Romains.

Le culte d'Esculape était à Rome une importation étrangère :

Hic tamen accessit delubris advena nostris*.

Les Romains l'avaient emprunté tardivement et de toutes pièces aux Grecs. Dans le sanctuaire de l'île tibérine tout rappelait la Grèce. On l'avait fondé pour abriter le serpent sacré ramené d'Epidaure. Par son aspect, par la disposition des portiques encadrant le temple, il ressemblait trait pour trait aux Asklepieia grecs. C'est à la mode grecque que l'on implorait le dieu et qu'il rendait ses oracles. Il semblait qu'on eût transporté entre les doux bras du Tibre un coin do terre hellénique. Singulier et frappant exemple de la tolérance accueillante du peuple romain.

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