scnYL., Eumen
7. Bouché-Lecleucq, op. cit., t. III, p. 296. — Voir aussi les textes réunis par Saalfeli), der llellenismus in Latium, p. 11.
8. Mackob., I, 17 : Eadem opinio sospitalis et medici dei in nostris quoque sacris faoeluv. Numque virgines Vestales ila, indigitanl : Apollo medice, Apollo Pasan.
y. 0. Gilbert, Gesch. und Topogr. d. St. Rom., t. III, p. 71.
LES OHKilNES DU CL'LTE D ESCLLAPE iil
geait la vie liiiinaine et détournait les épidémies, ce n'était pas sa seule ni môme sa principale fonction. Il avait à remplir bien d'autres tâches; dieu du jour, des arts, de la poésie, de la divination, les Grecs lui prêtaient des attributions multiples et très diverses. Ne devait-on pas penser qu'il serait plus simple (^t plus sûr de confier le soin de la santé des Romains au dieu médecin par excellence, au père et au patron de l'art médical? Ni l'abstraite Mcditrina, ni les grandes divinités latines, ni le grec Apollon lui-même ne rendaient Asklépios inutile. Ils le faisaient désirer. Cent cinquante ans après la construction du premier temple d'Apollon dans le Champ de Mars, Asklépios a son tour eut un temple aux portes de Rome, dans l'île tibérine. Pendant ce siècle et demi la peste reparut plusieurs fois ; à chaque épidémie on offrit aux dieux un repas sacré, un lectisternium'^. Le lectisterne était une cérémonie imitée des Grecs, un rite hellénique"; les decemvirisacris faciimdis Vorganisaient. Apollon y avait une place d'honneur. Tite-Live le nomme le premier parmi les dieux étrangers qui figuraient en 355/399 au premier lectisterne -^ Cependant, la peste ne cessait point d'exercer périodiquement ses ravages. On jugea nécessaire d'implorer une intercession nouvelle, qui serait peut-être plus puissante. En 461/293 les Livres Sibyllins ordonnèrent de faire appel à Asklépios, de même qu'ils avaient ordonné jadis de faire appel à Apollon. Les Romains le reçurent donc au nombre de leurs dieux, comme ils avaient reçu son père. Les événements des années 461/293 et 463/291 ne furent que l'exacte répétition de ceux de 321/433. Les faits analogues qui les ont précédés nous aident à les mieux comprendre.
Résumé. — L'établissement du culte d'Asklépios à Rome
1. 0. GiLBEiiT, op. cit., t. III, p. 71-72, note; d'après Tite-Live, la peste éclata huit fois à Rome entre les années 318/43G et 4(H/293. En 318/436, les (Imunviri sacris faciundis firent une ohsecratio (Liv., IV, 21); en 321/433, on bâtit un temple à Apollon (IV, 23); en 342/412, Tite-Live ne parle point, par exception, de cérémonies religieuses : ce doit être un pur oubli de sa part (IV, 32); en 336/399, en 388, 366, en 411/343, en 426/328, il y eut des lectisternes (V, 13; Vil, 1 et 2; VII, 37; VIII, 22); en 461/293, on fit appel à Esculape (X, 47).
2. Cf. article Leclisternium, par Bouché-Leclercq, dans le DicLionn. des Anliq., de Daukmberg et Saglio.
3. Liv., V, 13 : Dimmviri sacris faciundis lectislernio tune pritman in url)e romana facto pev dies octo Apnllinem Latonamque et Dianam, Herciilem, MercAirium alqiie Neptunum Irifjus quam awplissime lum apparavi poterat stratis lectis placavere.
marque rachèvement naturel d'une longue évolution. L'idée que les Romains se faisaient des relations qu'entretenaient les dieux avec les hommes s'est lentement transformée sous l'influence de la Grèce. Ils ne croyaient pas tout d'abord à leur intervention dans la vie humaine; Meditrina n'était qu'une vague personnification de la guérison. 11 leur parut plus tard que leurs dieux devaient, comme ceux des Grecs, s'intéresser et se mêler aux affaires terrestres; iJs donnèrent aux principaux d'entre eux certains surnoms qui nous prouvent qu'on les regardait effectivement comme les protecteurs de la santé. Le retour trop fréquent de graves et désastreuses épidémies leur fit prendre le parti de demander l'assistance même des divinités guérisseuses qu'adoraient les Grecs ; Apollon fut le premier qu'ils invoquèrent. Mais un dieu spécial avait pour mission chez les Grecs de détourner et de vaincre les maladies. Il fallait s'adresser à lui. Les Romains firent venir enfin Asklépios.
Le temple de l'île tibérine ne serait pas le premier temple d'Esculape à Rome. — On a cru quelquefois que le temple de l'île tibérine n'était pas le premier que les Romains eussent dédié à Esculape. A l'appui de cette opinion, Jordan et M. G. Gilbert allèguent trois arguments d'inégale valeur.
Ils invoquent d'abord un texte de Pline l'Ancien ^ . Les Romains, nous dit Pline, condamnaient l'art médical; aussi, lorsqu'ils admirent Esculape au nombre de leurs dieux, ils tinrent cependant à élever son temple hors de la ville et ensuite dans l'île 2. Ainsi donc, avant la construction du sanctuaire de l'île tibérine, il y aurait eu ailleurs, tout auprès de Rome, un premier temple du dieu médecin des Grecs. Il était situé, d'après Jordan, au Champ de Mars, dans V Ajmllinar ; le quartier où fut bâti en 321/433 le temple d'Apollon 3, portait ce nom, s'il faut en croire Tite-Live, dès le miheu du v" siècle
1. Jordan, de ^sculapii, Fauni, Vejovis Jovisque sacris m-banis, dans les Commentaliones in honoretn Mommsen?, Berlin, 1877, p. 357; — Phellkr-JoubAN, Rœm. MylhoL, t. II, p. 241, n. 1; — 0. Gilbert, op. cit., t. III, p. 72, n. 1.
2. Plix., Ilist. nat., XXIX, 1 (8) : Non rem anfiqui damnahant, sed artem, maxime vero quœstum esse manipretio vitie recusahant. Ideo lemplum AUsculapii, eliam curn reciperetar is deus, extra urhem fecisse itetiimque in itisula Iraduntur.