Gilbert, op. cit., t. III, p. 72, note
4. JoHDAN, de Msculapii, Fauni, Vejovis Jovisque sacris urbanis, toc. cit.., p. 3o8 ; — PnELLER-JoHDAN, Rœm. Mythol., t. II, p. 241, note 1.
5. Bkunn, Bullelt. delVlnstit. archeol., 186i, p. 24; — Ritsciil, Priscse latinitalis monumHnta, Supplem., Bonn, 18H2-lSf)5, V, p. IX, pi. V, A; — Ephemeris Epigraphica, t. I, n° 5 ; — Jordax, il Vaso di Esculapio, dans les Ann. deirinstit. archeol., 1884, p. 357 et planche R (reproduction du vase, qui est maintenant au musée de Berlin).
de la médecine est appelé AiT/Xa-iôz, A'.axXaKisjç ^ Le mot Aisclapius, Msclapiiis-^ est devenu Mscolapiiis^ J^scu/apiiis, comme Hercles a donné Hercles, Hercules, par l'intercalation d'une voyelle. Ritschl estime que l'inscription du vase étrusque date de' la fin du v" siècle de Rome ou du début du vi^. Elle serait donc postérieure d'une cinquantaine d'années à la fondation du temple de l'de tibérine ; mais la présence d'objets dédiés à Esculape en Etrurie dès cette époque est l'indice d'une très ancienne expansion de son culte et nous explique qu'un monument ait pu lui être consacré à Rome avant même qu'on eût fait venir d'Epidaure le serpent sacré.
Critique de cette théorie. — La conclusion que Jordan et M. 0. Gilbert tirent de ces diverses considérations est certainement excessive. L'inscription du vase de Chiusi nous montre qu'au temps des guerres puniques Esculape avait des fidèles en Italie, hors de Rome; elle ne témoigne nullement qu'avant la troisième gnerre samnite il ait possédé à Rome uii temple. L'existence de celui-ci n'était pas nécessaire i)our qu'on procédât en 463/291 à la supplicatio. Il est vraisemblable en effet que cette cérémonie eut lieu à ÏApoiiinar, comme toutes celles qui intéressaient les dieux helléniques. Mais il aura suffi, pour la célébrer, d'élever au moment même un autel à Asklépios, auprès du temple et des autels d'Apollon, et d'y exposer aux regards et aux prières quelque image ou quelque emblème du dieu médecin. En somme, l'hypothèse émise par Jordan et reprise après lui par M. 0. Gilbert ne repose que sur le texte unique de Pline l'Ancien. Mais ce texte n'est pas sûr; la construction de la phrase est loin d'être satisfaisante. Un éditeur de Pline a proposé une correction qui paraît tout à fait nécessaire. Elle change entièrement le sens, et enlève à Jordan et à M. 0. Gilbert leur meilleur ou, pour mieux dire, leur seul argument.
Il importe d'examiner mot par mot le passage de Pline : teniplimi yEscidapii... extra urbem fecisse iteriimque in insula traduntur. Pline ne semble parler que d'un seul temple.
1. Cavvadias, les Fouilles d'Epidaure, I, n° 8, cité dans la Real Encyclopûdie de Pauly-Wissowa, article Asklépios.
2. D'après Phiscian., Institut, grammalic, I, 51, l'a? d' Aiscu lapins représente Va long d"A<r/CAr,7riôî, transformé en at par les Eoliens : Ji pro e lo?i(/a, ut scœna pro axTiv/,, et pro a, ut yEsculapius pro 'Ao-x/r|7itô;, in quo Aiolis sequimur; illi enim ^-j^l^ohç pro vjjjiçaî et çaïo-iv pro çaat'v dicunt.
temphim yEsculapii; mais, si celui-ci avait été construit d'abord en dehors de la ville et ensuite in insiila, en réalité il y en aurait eu deux, et dans la première partie de la phrase c'est le pluriel templa qu'il faudrait. L'opposition qu'établit la seconde partie entre l'extérieur de la ville et l'île n'est pas fondée ; l'île était elle-même extra iirbem^ en dehors du mur dQ Servius, en dehors àw pomerium. On ne désignait pas d'ordinaire l'île tibérine par le simple mot insuia, qui pouvait prêter à l'équivoque : dans la nomenclature topographique de Rome le terme insuia avait plusieurs sens ; quand il s'agit de l'île tibérine, elle est appelée dans les textes insuia tiberina, hisula inter duos pontes. Enfin l'emploi de l'adverbe itenim^ de nouveau, avec le sens d'ensuite, est insolite, — Sillig, dans son édition de Pline l'Ancien, a recours à un heureux expédient qui supprime toutes ces difficultés : il remplace le mot iterumque, que donnent cependant les manuscrits, par le mot Tiberinaque^. Paléographiquement la confusion qu'ont faite les scribes s'explique sans peine ; les deux mots se ressemblent ; le T mis à part — on aura pu le sauter par négligence,— le nombre des jambages dans l'un et dans l'autre est le même. Au point de vue du sens il n'y a plus rien d'embarrassant : l'île reprend son nom ordinaire, tiberina insuia; elle n'est plus opposée, contre toute raison, à l'extérieur de la ville; le singulier templum est bien à sa place. Pline n'a voulu parler que d'un seul temple, le premier que les Romains aient bâti en l'honneur d'Esculape, celui de l'île tibérine.
La correction de Sillig mérite qu'on l'adopte. Il faut rejeter l'hypothèse injustifiée de Jordan et de M. 0. Gilbert. L'histoire du culte d'Esculape à Rome ne commence qu'avec l'épidémie de 461/293 et l'arrivée du serpent d'Epidaure.
1. Sillig, éd. de Plix., Hist. nat., Gotha, 1835, t. IV, p. 338-339.