LA PERTE D INNOCENCE
mort est bien la fin de toute vie et de tout espoir... Oh! je l'ai senti, pour la première fois j'ai connu la mort... Et aussi je sais à présent que tu es bien ma sœur, ô Elée ! »
Le sens revdent à l'enfant, les œillets de la vie. « Sylvan, dit-elle, j'étais très haut, je ne pensais plus... O si légère!... Pourquoi m'as-tu rappelée ? » La douleur née de la mort scelle en eux une fraternité plus forte que la chair. Ils ont communié dans l'agonie, dans un spasme mortel. Ils se sont évanouis dans la mort et y ont réappris la vie. Et pourtant ils s'aperçoivent changés : « Tu n'es plus la même » dit Sylvan. » — « Toi non plus... Je te regarde, tu es bien plus beau... Quelque chose est arrivé, Sylvan... » Ils se lèvent. Il la tient contre lui en marchant, noue son col d'un bras qui la défend... « O Elée! oui, quelque chose est arrivé... » A présent il croit sincèrement que sa volonté l'arracha aux ombres. Ainsi, après avoir été le vainqueur de la vie, il est devenu le vainqueur de la mort. Et elle ne sait pas pourquoi elle tremble quand il lui dit : « Tu ne serais pas ma sœur, ô Elée, qu'en te sauvant je méritai d'être appelé ton frère. »
Des jours s'étant écoulés, un matin elle le mena sous les arbres. Des os, des touffes rousses subsis-
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taient, mais la terre avait bu les viscères. L'être chimique, décomposé, liquéfié, était retourné aux artérioles, semblait volatilisé par l'air. Mais une herbe grasse et drue, toute jeune, maintenant repoussait de la bête décomposée, comme son à me Une odeur verte parfumait l'ancienne pestilence