‹ L'Ile viergeChapitre 20 sur 50 · LE JUGE TORTURE · texte numérisé non relu

LE JUGE TORTURE

mémoire qui vécus au tombeau de tes jours, pardonne, chère femme autant que moi martyre, je voudrais effacer de mes larmes les horribles mots, mais ils renaîtraient démon cœur, les larmes n'en viendraient pas à bout... Et toi, mon Eleuthère, bel adolescent aimé et détesté, toi qui sans doute te sentis attiré en même temps que repoussé vers un père qui te resta une énigme, ne te presse pas de me connaître si, pour me juger, tu dois avoir l'âme de celui dont tu as le visage ! Mais, hélas ! n'est-ce pas là une folie pire que les autres et ne fermé-je pas sur moi, pour concevoir une telle chose, à la fois les portes de la raison et de la vie ?

...Je me suis interrompu d'écrire ;je me suis levé, j'ai été embrasser mon fils. Il a vu que j'avais pleuré. Ses yeux sont devenus tout pâles ; il a ou- \ert sa bouche pour me parler et il n'a rien dit. J'ai pensé alors à le serrer si fort dans mes bras qu'il eût compris qu'à travers l'autre, c'était son âme que je cherchais et voulais fondre à la m ienne. Déjà l'élan était passé, mes bras retombèrent, et il s'en alla en baissant les yeux.

Je ne me relis pas, je n'oserais peut-être plus t 'envoyer cette lettre, mon frère. Mais, l'ayant écrite selon ma pensée, je suis étonné de vivre encore. O Sévère, une âme tourmentée cherche

dans des infortunes comparables aux siennes la preuve qu'elle n'est pas seule frappée et qu'il est d'autres malheureux à qui la lie la sympathie d'un sort mêmement immérité et pleuré. Élée te rappelle-t-elle les images parentales? Est -elle la sœur, est-elle le frère ou, chose plus terrible, estelle à la fois tous les deux? Et son âme, ô ami, sa petite âme enfant se souvient-elle ?

Que ceci reste entre tes mains comme le testament d'une douleur qui, en cette partie de mon être mortellement atteinte, déjà fait de moi un mort parmi les vivants. C'est bien la confession d'un homme trépassé à l'espérance et qui n'attend plus de la vie que l'usure lente de ses forces sous la meule des jours. Considère, m on frère, que Éleuthère est à peine un jeune homme et plains-moi.

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