‹ L'Ile viergeChapitre 28 sur 50 · LA LEÇON DES AGES · texte numérisé non relu

LA LEÇON DES AGES

Il lui sembla avoir été le Voyageur des âges. Il subissait la tristesse d'une grande durée de temps à errer chez les hommes. Il était parti d'Eden au matin, il avait marché devant lui. Les pasteurs ainsi désertèrent la blonde savane, regardant au loin des tours grandir, des eaux tristes rouler ; ils cessèrent d'apercevoir la majesté des grands fleuves heureux. Et ils entraient ensuite dans la Ville. Us se mêlaient aux femmes gémissantes, ils adoraient les messies, les faux dieux, Adonaï au flanc déchiré, le lacrymal Sabbas-Attis, le doucereux Zagreus. Autour brûlaient les aromates, sanglotait l'aigre flûte de Syrie. Puis la Croix grandit, resta seule éclairée dans l'ombre démesurée projetée par ses bras. Et il était lui-même chez Côme. Un souffle balayait les âmes, un ouragan de larmes et de soupirs, venu des confins de la vie. L'humanité sembla clouée avec l'Elu sur le patibulaire ; la Mort, debout sur le Calvaire, ouvrait les bras, étouffait les races comme Baal. Ensuite toute lueur fut éteinte ; il tournoyait làbas chez les ombres. Cordalie apparut la vieillesse d'un monde, la grande hystérie de la douleur et

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du péché. Il crut être descendu aux limbes avec le dur et trouble moyen âge. Mais à peine eut-il abordé à Éolie, il ressuscita de la mort, et l'humanité et les dieux vierges amis de l'homme. L'hiver, par-dessus l'île, filait une neige fine. Une ténèbre blanche ouatait les champs. Toute musique ailée repartie vers d'autres étés, il n'y avait plus que le cri raboteux des corbeaux, l'aigre lime des mésanges, comme les menuisiers de la mort. Cependant le cœur de la terre, l'Etna intérieur ne s'éteignait pas, continuait à brûler sous l'os nu des glèbes. Et dans les demeures, la lampe des races était alimentée par les huiles éternelles.

La maison redevint l'arche aux vives essences. Les oiseaux dans le rire des petites Karites essorèrent, d'un long émoi joyeux. Et une forêt se consumait aux àtres, les sèves contemporaine? des anciens hommes. Barba se mit à leur conter les belles légendes, le conte divin des âges. Tandis qu'il parlait, les mains actives tiraient l'aiguillée ou tressaient les délicats osiers. Nulle des trois ne restait inoccupée, elles étaient ensemble comme les abeilles du printemps. C'était le temps où la maison panse ses plaies, où la ménagère utilise les heures brèves à réparer l'usure des choses. Un art charmant naissait, le fin maillage des

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