LA LEÇON DES AGES. I
laines, l'arabesque des reprises, les lianes des corbeilles. Et comme elles avaient appris à filer, les fuseaux sous leurs doigts aussi dévidèrent une neige d'hiver. Sylvan, lui, maniait la varlope et la scie, battait le fer sur l'enclume, aidait lesvarlets à réparer les outils.
Elles connurent Pénélope, la douce reine domestique. Il connut l'âme d'Hercule et ses travaux. Des monstres en fuite signifiaient la victoire de l'esprit sur les ténèbres primordiales. Les bornes du monde étaient reculées, parabole du permanent prodige par lequel le fort agrandit l'univers en soi. Et des mers se joignirent fraternelles et qui autrefois restaient séparées. L'homme se sentit plus près de l'homme et plus loin des dieux absolus. Le miracle d'un seul y suffit, la conscience héroïque en qui naissait à l'humanité une conscience. Toute force ainsi découle d'Hercule ; il enseigne la vie, la foi, le devoir. Il est la grande leçon, lui presque un dieu et qui meurt comme un homme, du remords de son unique défaillance, de la douleur de ne pas être plus qu'un homme. Les Furies, à la fin, se l'assignent ; son âme forcenée se résout au brasier d'Œta. Mais Œta, c'est encore son âme enflammée d'héroïsme, dévorée par ses propres feux. Il s'en va comme un soleil, tandis que de la
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splendeur et de la gloire d'Hercule mourant, pâlit le déclin consterné des dieux. Et Sylvan conjecture. Le mythe sublime le transporte. Il boit l'héroïsme à cette coupe fabuleuse. Il se sent de la lignée des fils qui recueillirent les tisons d'Œta. En elle revit Hercule vainqueur de la mort même, car Hercule ne peut mourir, l'humanité tout entière mourrait avec lui. Il s'éclipse seulement. Sa forme matérielle se volatilise aux fumées du bûcher, la forme par laquelle Hercule fut homme. Purifiée, retournée aux éléments, elle brille au firmament, parmi les constellations. Soudain Sylvan frappe son front et s'écrie :
— Hercule vit, ô père, puisque tous les monstres ne sont pas morts !
Ses sœurs l'admirent : il a la beauté d'un jeune héros. Cependant leur léger esprit de femme ne peut s'égaler au sens caché de ses paroles. — « Hercule expire sur le bûcher et n'est pas mort ! Quel serait ce prodige ? » Il explique : — « Les monstres toujours renaissent, comme de la mort sort la vie, comme d'une chair consumée s'engendrent les vers. » Toutes trois tressaillent ; il leur semble qu'elles vont comprendre enfin cette âme obscure de Sylvan. Toutes trois ont connu la mort, mais Elée seule a vu la vie renaître de la mort. L'osier échappe à