‹ L'Ile viergeChapitre 35 sur 50 · T-.VE VOIX CRIE DAXS EOLIE · texte numérisé non relu

T-.VE VOIX CRIE DAXS EOLIE

s'écrie Elée, car qui peut douter que ce ne soit là la fureur d'un être surhumain ! » Alors la sympathie s'éveille en Sylvan. « Fuir, non pas ! Mais lui venir en aide s'il se peut. Seul un homme est capable d'une telle douleur. » Et il appelle : « Homme ! ô homme ! » Un cri plus déchirant lui répond des limites de l'Ile. Tous deux ont cru entendre appeler Elée. Et ensuite il n'y a plus que le grand silence immobile des espaces.

— « Maintenant, dit Sylvan, j'ai peur à mon tour. Hercule ainsi dut rugir au bûcher d'Œta. Et les cieux sans doute, pour avoir ouï ce cri fabuleux, restèrent sourds comme à présent. Viens, petite Elée ! » Ils fuient ensemble vers les demeures ; ils courent dans la nuit écartelée d'éclairs. Comme aux âges, des météores, sous le ciel aimanté, d'un pôle à l'autre grondent, flamboient. Aux terres bat, fiévreux, électrique, un pouls d'agonie.

Et toute la nature est malade de lourdement tressaillir sous les présages. « Serre-moi contre toi, cher Sylvan, dit-elle ; quelqu'un sûrement m'appela de l'autre rive d'où l'on ne revient pas. » Comme elle dit, pour la troisième fois le cri sanglote terrible, immense.' Alors le cœur du fils d'Éolie s'exalte : « Sylvan n'est pas un lâche,

s'écrie-t-il. Un homme est là qui souffre d'une douleur mortelle. Va seule, Elée. Rejoins tes sœurs tandis que je vole ! » Elle l'appelle en vain ; S3'lvan n'est plus là. Par bonds rapides il s'élance, se guide aux feux célestes. « Homme ! ô homme ! » Une forme, une ombre vivante parmi les ombres livides surgit, surnaturelle. Elle se meut et parle : « O toi qui viens à mes gémissements, quel est ton nom? » — « Je suis Sylvan, fils de Barba. » — « Sylvan ! ô douleur ! S3'lvan, frère d'Elée ! » Des mains l'attirent, le roulent sur une poitrine gonflée de soupirs. Et tout à coup 1 ether se fend, une éternité pantelledans la durée d'un éclair. Le jeune héros aperçoit un visage dévasté par les larmes et les fureurs. « A ton tour, me diras-tu ton nom, toi qui semblés fléchir sous une grande affliction ?» — « Je suis l'Exilé, je n'ai point d'autre nom pour les gens de cette île. »

Cette voix ! Une autre comme aux échos se mémore en Sylvan où ? en quelle période entendue ? Mais déjà l'inconnu le repousse.

— Va-t'en, toi qui naquis d'une mère heureuse. Redoute tout de ma colère, même la mort !

— Je ne la crains pas.

— Oh ! deux fois, deux fois déjà... Et nulle pitié ! Ainsi maintenant, en paroles confuses, l'étran-

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