UNE VOIX CRIE DANS EOLIE. 23I
ger se parle à lui-même. Et il n'a plus ensuite que des sanglots.
— O jeune homme, divin jeune homme... pardonne à ma démence ! Souffre que je te presse en mes bras, toi qui vis aux côtés d'Elée... Un malheureux ici t'implore. Dis-lui, dis àcetteElée... » Il ne peut achever, râle, puis se dérobe en criant un effrayant adieu. Alors Sylvan se souvient. Cette voix, l'autre année, retentit dans la maison, la voix du Taureau furieux. Ah ! savoir enfin la chose obscure ! Il poursuit l'inconnu, mais les bois se sont refermés, là-bas s'étouffe un soudain bruit d'eaux. Et il revient triste vers les demeures* « Elée! ô chère Elée! celle qui n'est pas ma sœur, c'était donc... » Ses larmes jaillissent. Elle n'est plus sa chair et il ne sait quelle chair d'autrui la fit moins sienne. Oh ! le doute valait bien mieux. Osera-t-il seulement encore lui parler et de quel nom la nommer ? Ainsi gémissant, 'voici qu'Élée lui apparaît; elle courut chercher ses sœurs et les entraîne ; ensemble, dans cette nuit mortelle, elles volent à son secours.
— Sylvan, est-ce toi, Sylvan ?
Elle le baise aux joues et il tressaille. Ce n'est plus le baiser de l'innocente Elée ; une autre en ce baiser d'Elée le tourmente et lui reste in-
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connue. Et toutes crient comme des mouettes pendant la tempête. « Dis-nous si rien de mal ne t'est survenu. Vois nos transes, ô Sylvan ! »
— Mes sœurs, ô Elée !
Il pleure, son secret va lui échapper. Mais d'un effort se faisant violence: « J'ai couru, répond- il. L'homme avait déjà quitté l'île. »
Alors elles se réjouissent.
— C'est que, vois-tu, il se passe ici d'étranges choses... Dans l'après-midi des voix furent entendues... Les femmes, en s'en allant retirer la lessive sous les pommiers, furent effrayées. Puis notre père a fait fermer les portes... Et vois, nous nous sommes échappées pour te porter secours... Maintenant rentrons en retenant notre souffle.
A la file elles se glissent sous les saules. Elles ont l'air de petites ombres voltigeant aux voûte s noires de l'Hadès. Et une s'arrête, noue ses lèvres au col musculeux du bel enfant Sylvan : « O héros qui ne connus pas la peur 1 » soupire-t-elle , son cœur élancé sous ses jeunes mamelles. De nouveau il se sent brûlé par l'acide et tendre baiser, et il ne reconnaît plus Elée.
Ensuite le bruit de leurs pas s'éteint dans les silences de la haute maison « Bonne nuit, Sylvan ! Adieu, ami ! » dit la petite voixd'Elée der-