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ne suis plus que la taupe dans son œuvre de nuit. Je suis la taupe blessée par le regard terrible de Dieu. Mes yeux étaient ceux de la taupe à force de n'avoir regardé qu'en mes ténèbres. Les voilà transpercés de rayons, tous les clous de la croix ont rayonné dans mes yeux, mon Dieu m'a crucifié sur un calvaire de lumière... Je vois, j'entends, la croix de mon Dieu m'a illuminé. Le pardon ! Le pardon ! Et être très humble, soi-même la tentation et la faute et tout le pardon qu'on peut être ! Et pas seulement le pardon, mais le sacrifice plutôt, et s'offrir soi-même en holocauste à sa justice! Il me semble que je ressuscite d'une longue mort sous les pieds de mon Dieu, à genoux dans mon infirmité infinie, à deux genoux très bas devant les hommes, devant tout mon prochain... Si ce n'est là qu'un court suspens, s'il me faut ensuite retomber en mes puits, mon Dieu ! faites votre volonté... J'aurai goûté en roulant de plus haut le délice d'expier par de plus lancinantes contritions un espoir vain de délivrance, si ce n'est là encore blasphémer, mon Dieu !
« Maintenant, mon frère, écoute. Godelieve et Eleuthère furent mes châtiments dans ma longue démence. Elle se meurt, et ce fils charmant, hélas ! n'est plus qu'une ombre ! Tu n'eus que trop raison.
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Ma chair fut aveugle comme ma justice. Godelieve se meurt d'Éleuthère et Eleuthère se meurt de moi, le mauvais juge et le mauvais père. Emporte celui qui fut à mon flanc la lance et toutes les blessures. Qu'il soit défendu par moi contre moi-même! Arrive pendant qu'il en est temps encore, pendant que mes yeux sont dessillés ! Ou'Éolie entre sa jeune âme et le retour de mes ténèbres s'interpose ! Que, tourné vers l'orient au sortir de cette longue nuit, il soit l'àme renée de la mort! Je t'en conjure^ sauve Eleuthère... »
Et un vent passa ; ce fut de nouveau le printemps et Eden. Dans le matin rose un enfant apparut en qui recommencèrent les âges. Il était beau, timide, ingénu, il avait le visage triste des hommes qui virent le déluge. Il semblait venu d'antiques pays aux cultes oubliés, de lointaines cités perdues derrière le nuage des siècles. Il ne connaissait pas le frisson des feuillages et il ignorait la sympathie. Mais Sylvan, accourant, lui tendit les bras. « Viens, toi que j'espérais, pareil à moi ! » Barba seulement lui avait dit : « Voici ta chair et ton sang, car Eleuthère naquit de mon frère Côme, et ensemble vous êtes notre race dans le passé et l'avenir. » Or, Eleuthère fut transporté