‹ L'Ile viergeChapitre 46 sur 50 · SYI.VAN VAINQUEUR DE LA MORT · texte numérisé non relu

SYI.VAN VAINQUEUR DE LA MORT

— Quoi, Élée ! tu voulus mourir pour S5'lvan !

— Plains-moi, dit-elle, de n'être morte alors qu'à moitié.

Elle parle de la mort tranquillement en souriant, comme d'un songe enviable. Elle est la petite enfant innocente qui gentiment joua avec le mystère. Et Sylvan l'admire, il se voit sans héroïsme à côté de cette âme qu'il crut frêle et qui but volontairement la mort.

— O Élée charmante et trop méconnue!

Un nuage passe sur Élée ; il la sent toute froide entre ses bras et elle lui dit :

— Vois-tu, vois-tu, Sylvan, la mort seule lie éternellement! En mourant, je n'aurais plus cessé d'être toi !

Sylvan tremble pour cette parole qui assimile la fragile humanité à l'éternité des sphères. Par la mort être le vainqueur de la mort ! A peine il ose encore toucher Élée, il l'effleure d'un geste religieux.

— Où appris-tu ces choses merveilleuses ? Notre père ne nous enseigna que la vie, dit-il enfin.

Elle lève les épaules et secoue la tête. Dans ce mouvement, sa chevelure se déroule et lui fait un sombre manteau : elle apparaît mystérieuse comme un symbole, recouverte par les ombres. — • « Vois,

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dit-elle, je ne sais que te répondre. Je suis pour moi-même une petite image voilée et qui marche devant moi. ■» Cependant elle demeure inquiète. Elle voudrait se comprendre et ensuite elle pousse un cri ; elle porte la main à son cœur. — « Ah!., là, là, Sylvan! c'est peut-être là que je sais, puisque c'est là que j'ai mal ! » Tous deux se sont tus, troublés de peine et de volupté. Mais le mot vibre en Sylvan, la flèche faite d'une larme cristallisée. Une sensibilité plus fine déhe ses esprits. Il se souvient, sent tressaillir des fibres autrefois blessées. L'être qu'il fut, jouet d'une étrange erreur, aussi aspira au sacrifice, à la mort. — « Celle que tu évoques autrefois m'effleura de son aile, dit-il. Mais l'aile était noire, Élée ! Elle ne se déployait pas vers les plages de vie éternelle où la précéda ton espoir... Ce fut toutefois une volupté surnaturelle. »

Ainsi se parlant, à pas lents ils ont gagné le soir des eaux. Alors elle se penche par-dessus les roses à la dérive reflétées du couchant, elle lui montre son visage mollement emporté parle courant.— « Vois, Sylvan, je t'appelle... » Elle descend la berge et il descend avec elle. Déjà le flot se froisse à leurs chevilles. Il ferme les yeux, tout pâle, gagné du goût de la sensation sublime.

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Ensuite ils s'arrêtent, troublés d'inconnu, regardent au loin la mort charmante des campagnes. Et tous deux se taisent, serrés l'un contre l'autre, innocents et fraternels dans l'abandon de leur vie. Une brise délicieusement les cajole et les adjuve, une haleine venue d'une avitre rive. Elle abaisse la main vers la rivière ; toutes les roses se sont fanées, il n'y a plus aux eaux froides que le tremblement clair d'une étoile. « Vois, dit-elle, l'heureux présage. Notre âme, en remontant son sillage d'argent, aussi deviendra étoile. »

Lentement ils avancent en se tenant par les mains. Une ceinture de mailles vives ondule à leurs hanches. « Plus loin, frère désirable, s'exalte Elée, jusqu'à ce qu'au-dessus de nous seule soit encore visible l'étoile ! » Elle attire la fleur des nymphées et comme d'un symbole chaste d'hymen et de mort s'en noue le col au sien. Alors l'âme personnelle de Sylvan tressaille de ne point connaître la crainte. Nul vertige quand la mort est là, vertige ultime ! Un air sonore, la vie même de l'espace souffle en ses narines. Un sang d'éternité bat en son cœur. Il sait à cette heure qu'il est son maître, qu'il peut à son gré vivre ou mourir. « Je suis ma propre durée consciente, » pense-t-il. Et la mort, dans son âge d'humanité, n'est plus pour

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lui désormais que l'attrait épuisé d'une tentation que maîtrisa sa volonté. Il s'écrie :

— «Mourir ! maiscomme Hercule sur le bûcher, exténué d'héroïsme et de beauté ! Chère Elée, laissons cet enfantillage. Ma destinée, je le sens, est de vivre. » Elle lui échappe et coule aux eaux profondes. Et sous l'étoile, son âme crie : « Adieu, Sylvan ! La mienne est de mourir ! » Par trois fois il plonge, et seulement à la troisième il sent onduler son corps léger et l'emporte vers la rive. Et enfin elle ou\'re les ytux et regrette la mort.

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