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LE JUGE INTERCESSEUR

notre frère et notre sœur misérables. Ceux-là sont restés. marqués du sceau de la réprobation divine. Voilà bien rôt seize ans, mon frère, depuis cette chose mauvaise et la tentation trop bien obéie. Alors tu te révélas vraiment le chef de notre maison ; tu assumas l'enfant née de l'âme forcenée des ancêtres. Ainsi tu fus grand et purifias le péché. Alors aussi tu décidas de reléguer en un cabanon notre sœur tourmentée par les furies ; et je me soumis, nous échangeâmes le serment de ne plus la revoir. Elle entra donc en ce lieu de déréliction ; elle y vécut, vêtue de bure, les cheveux ras, comme en un cloître, Madeleine de la caverne de ses remords. Seize ans, ô Sévère ! Et la mort n'est pas venue, les Saintes-Huiles, ce baptême des affres, tardent toujours. Elle git, martyre, sur sDn fumier de pénitence et baise les plaies du Christ, d'une bouche où il n'y a plus que les cris de la douleur et de la démence. Ah ! Cordalie aura mérité de voir s'ouvrir les seuils d'or, les tabernacles de lumière. Des anges procession neront audevant d'elle qui fut la suppliciée et la mèneront par des chemins de cierges vers la paix des rédemptions. Dieu, moins cruel que les hommes, lui accordera le pardon qui, jusqu'à ce jour, n'est pas entré dans nos cœurs.

Or moi, le Juge, je sens aujourd'hui ma justice trembler et fléchir les genoux comme si,, dans cette faute aux expiations éternisées, j'avais outrepassé les limites de l'ingérence concédée à la créature toujours sujette à errer. Dieu ne veut pas que l'homme se substitue à ses jugements ; il nous délègue le pouvoir d'amender, non d'opprimer; les charbons ardents nous furent remis pour cautériser, non pour consumer. C'est pourquoi mon remords tardif s'est éveillé avec ma pitié. Je te demande, mon frère, de me délier du serment comme ici je t'en délie. Il faut qu'un lambeau de cette chair qu'elle déchire de ses doigts furieux soit épargné, afin que le cercueil ne s'en aille pas vide à la terre.

Ensuite, si tu consens, nous penserons à Rupert, Je l'ai revu comme il te visita toi-même à Eolie. Du temps aussi s'était passé, le même temps qui pour Cordalie fut l'avant-goùt du tombeau. J'ai reconnu à travers le ravage des ans le front foudroyé et superbe, l'homme captif de sa force et de sa destinée. Il m 'apparut comme tous les Barba ensemble déchaînés, comme Hercule brûlé par la robe de Déjanire et flambant sur l'Œta. Et cependant il pleura comme un simple homme malheureux « Notre frère, me dit-il, m'a durement re-

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