‹ L'ILÉO-COLO-RECTOPLASTIEChapitre 9 sur 24 · LE AI · texte numérisé non relu

LE AI

partie atteinte du côlon, l’anse à transplanter était isolée par une double section du grêle accompagnée d’une double entaïlle du mésentère adjacent ; l’anse pouvait être ainsi abaissée et placée dans le circuit colique par deux iléo-colostomies ; quant à l’iléon, il était reconstitué par suture bout à bout et le mésentère recousu.

Notons dès à présent un autre moyen de rétablir l'intégrité intestinale, indiqué par Nicoladoni dans le même article. Mais ce projet n'utilise pas l’entéroplastie, et d'autre part il suscite des difficultés fonctionnelles impossibles à surmonter, quoique paraissant au point de vue de la seule technique opératoire plus simple à réaliser que le précédent. Après la double colectomie qui isole le segment colique à exclure, ce plan consistait à pratiquer une seule section du grêle, et à aboucher respectivement l'extrémité amont de l’iléon au bout proximal du côlon, et l'extrémité aval de l’iléon au bout distal du côlon ou au rectum. Le bol intestinal serait donc passé de l’iléon dans le sigmoïde, aurait parcouru à contresens le cadre colique, puis, après qu'il eût franchi la valvule de Bauhin par un passage de vive force qu'on imagine mal, de nouveau l'iléon l'aurait conduit au rectum. Ce projet, séduisant en apparence puisqu'il supprima la transplantation en masse d’une anse iléale, révèle dès le premier examen des impossibilités flagrantes, et, de fait, il n'a jamais été réalisé. |

Ainsi, très tôt, puisque les expérimentateurs sur l'animal ne tentèrent que celle-ci, on retint seulement la première technique décrite par Nicoladoni, qui comportait une entéroplastie. Et pourtant, c'est un fait extrêmement curieux, cette conduite opératoire, avant même que fût réalisée sur l’homme la premièreiléo-colo-rectoplastie en 1910, dévia de son but initial et primordial, et on utilisa l'intestin grêle pour des fins assurément tout autres que ne l'avait prévu Nicoladoni, Car on alla jusqu’à lui faire oublier sa fonction habituelle et même le faire suppléer d’autres appareils, en laissant de côté pour longtemps encore l'aide à son proche parent, le côlon. C’est ainsi que dès 1905, Roux en fit un œsophage, et que deux ans plus tard pour Baldwin, puis en 1910 pour Mori, il parut capable de devenir un vagin suivant la technique décrite plus tard par E. Quenu et A. Schwartz en 1915, transformations qui, si elles remportaient des succès certains, puisque Rivière d'Alger compte actuellement une céntaine d'opérations de Baldwin-Mori, ne laissaient pas d'autre part contester une ingéniense habileté. Ces avatars successifs et inattendus de l'intention fondamentale du docteur autrichien ne seraient cités ici qu'à titre de curiosité, — étant donné l’illogisme d'utiliser le grêle à des fins si lointaines avant qu'on ait seulement tenté son emploi pour soigner l'appareil dont il constitue lui-même une partie, — si en réalité, ils n'avaient

RENE Fr ATAURE

apporté d’une manière imprévue, mais irréfutable, le plus solide appui, en même temps qu’une étonnante démonstration, à la théorie de la greffe possible du grêle intestinal, en prouvant sa facilité de transplantation et son euplasticité fonctionnelle.

Il ne faut pas déduire cependant de ces modifications apportées à la pensée de Nicoladoni que le but initial de son auteur était déjà perdu de vue. Bien au contraire, partie du Tvrol, cette idée, passant aussitôt les Alpes, fut accueillie avec grande faveur en Italie où, dès 1888 et pendant les huit années suivantes, cinq chirurgiens de ce pays allaient tenter de réaliser sur l'animal, avant qu’on ne les portât sur l’homme les plasties intestinales.

La première expérience sur l’animal fut réalisée en 1888 par un chirurgien de Rome, G. Crespi. Il opéra 4 chiens d’après les indications sommaires que Nicoladoni avaient données dans son article, et leur fit à tous une iléo-coloplastie. Les résultats furent très divers. Le premier mourut par shock pendant l'opération même. Quant au second, une désunion des sutures assurant l'iléoraphie provoqua au seixième jour une péritonite mortelle. Chez les deux survivants, les suites opératoires furent mal supportées : il se forma chez l’un une bride sténosante étranglant l'intestin au niveau de l’anastomose distale et amenant une cachexie, qui, après cinq mois obligea à sacrifier Panimal. Mais le fait remarquable des expériences de Crespi fut que son dernier chien ne tarda pas à recouvrer une vie absolument normale, et lorsqu'il fut sacrifié à fin d’autopsie au bout de quatre mois presque révolus, Crespi constata que l’anse transplantée avait fonctionné à merveille, subissant seulement une légère dilatation, et que les sutures avaient parfaitement tenu, ne laissant que des cicatrices à peine visibles.

Stimulés par ce succès qui montrait le bien-fondé de la théorie de l’entéroplastie et les possibilités de survie qui l'accompagnaient, deux chirurgiens italiens, C. Micheli et L. de Sanctis, commencèrent de leur côté des travaux expérimentaux également sur le chien, et le Bulletin de l'Académie Royale de Rome publia en 1891-1892, les résultats qu'ils avaient obtenus. Ces derniers furent très mauvais, puisque sur les 12 expériences tentées, toutes se soldèrent par un échec complet, à l'exception de l’une d’entre elles, où le chien réussit à survivre. Mais on avait pratiqué sur lui non pas une résection colique, mais une simple section. L'animal qui avait subi un certain amaigrissement, fut tué au bout de 56 jours, et son autopsie montra que la lumière intestinale au niveau de liléo-colostomie supérieure s'était légèrement resserrée provoquant en amont une certaine rétention des matières. Les autres résultats furent particulièrement décevants ; les violents shocks opératoires, le relâchement des sutures déterminant des péri-

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