ESQUISSE HISTORIQUE
L'Illinois a été découvert et colonisé par des Français. Dans les premières années du dix-septième siècle, les colons français du Canada se sentirent attirés du côté de l'ouest, vers les régions des grands lacs. Jean Nicollet visita, en 1639, les Winnebagoes, qui vivaient vers le fond de la Baie Verte (Green Bay), dans ce qui est maintenant l'Etat du Wisconsin; puis traversant jusqu'à la rivière Wisconsin, il la descendit assez bas pour pouvoir dire à son retour que s'il eût continué trois jours de plus il aurait atteint la mer. Cette mer n'était probablement rien autre qu'une grande innondation du Mississipi, dont les Indiens lui avaient parlé. Bientôt après des établissements de commerce français et des missions commencèrent à fleurir autour des grands lacs. En 1641, deux missionnaires atteignirent la sortie du Lac Supérieur et y prêchèrent aux Indiens. Les hardis marchands et leurs non moins braves compagnons, les prêtres, pénétrèrent de plus en plus en avant dans le désert.
On ne sait pas au juste quand les premiers pionniers arrivèrent dans l'Illinois. Peu de temps après l'établissement des magasins français autour du Lac Supérieur, les Illinis, ou Indiens Illinois, vinrent, avec d'autres tribus, de leurs distantes demeures et de leurs territoires de chasse pour faire des échanges avec les blancs. Dans ce temps-là les Illinois demeuraient au-delà du Mississipi, car les vaillants Iroquois les avaient chassés de leurs domaines. Quelques années après ils revinrent cependant et s'établirent de nouveau sur les bords de la rivière qui porte encore leur nom. Un jeune missionnaire jésuite, Jacques Marquette, vint s'établir, en 1668, à La Pointe, à l'extrême ouest du lac Supérieur. Il était né en 1637, â Laon, d'une famille ancienne et honorable. Sa vocation le poussa à joindre les jésuites à l'âge de dix-sept ans, et il fut envoyé au Canada en 1666. Il avait une grande aptitude pour les langues, et il apprit à parler couramment six dialectes indiens. A La Pointe, Marquette apprit des Illinois l'existence de ce grand fleuve qu'ils avaient dû traverser pour venir le voir, et qu'il supposa devoir se
jeter dans le Golfe de Californie. Il en entendit parler aussi par les Sioux, qui demeuraient sur ses rives, et il fut pris d'un ardent désir d'en explorer le cours. A la fin, l'occasion tant désirée s'offrit à lui. En 1672, Frontenac, gouverneur du Canada, chargea Louis Joliet, le fils d'un charron de Québec, de faire une exploration en vue de découvrir ce grand fleuve dont on lui avait tant parlé. Le Père Marquette fut choisi pour l'accompagner. Ils s'embarquèrent au mois de mai 1573, dans deux canots de bouleau, avec cinq hommes, suivirent la côte septentrionale du lac Michigan, entrèrent dans la Green Baj, remontèrent le Fox Eiver, dans le Wisconsin, et le 7 juin ils arrivèrent au village des Mascoutins et des Miamis, à l'oust du lac Winnebago. Continuant leur route au milieu des marais et des champs de riz sauvage, ils atteignirent le Portage, où il leur fallut porter leurs canots un mille et demi à travers la prairie et les marécages, et ils les lancèrent dans la rivière Wisconsin, laissant alors derrière eux la grande vallée du St. Laurent et des lacs pour entrer dans celle encore plus grande du Mississipi.
Enfin, le 17 juin ils virent se dérouler sous leurs yeux les eaux larges et rapides du grand Père des Eaux, coulant au pied des falaises couronnées d'arbres qui bordent ses rives.
Les désirs du Père Marquette étaient satisfaits : le fleuve puissant et mystérieux était là devant ses yeux. Se confiant à ses flots et suivant son courant, nos explorateurs continuèrent leur voyage pendant deux semaines sans rencontrer un seul être humain. Ils voyageaient pendant le jour et débarquaient le soir pour préparer leurs repas. Le 25 juin ils découvrirent des empreintes de pas sur le sable, sur la rive occidentale; suivant un sentier bien battu ils arrivèrent à un village indien, au bord d'une rivière. Les habitants quittèrent en foule leurs huttes pour voir les étrangers, et Marquette se sentit rassuré en voyant qu'ils étaient vêtus d'étofies françaises, car il comprit qu'ils étaient des amis et alliés. En réponse à ses questions ils lui répondirent qu'ils étaient Illinois et lui ojïrirent le calumet de paix.
Après avoir quitté leurs nouvelles connaissances nos voyageurs continuèrent leur route jusqu'à l'embouchure de l'Arkansas, vers la mi-juillet. Ainsi après un voyage plein d'aventures et de surprises, ils avaient été assez loin pour reconnaître que le Mississipi se jette non pas dans le Golfe de Californie, mais dans celui du Mexique, dont ils étaient d'ailleurs encore éloignés de 700 milles, quoiqu'ils s'en crussent plus rapprochés. Les Indiens commencèrent adonner des marques d'hostilités, et Marquette résolut de retourner
au Canada pour y faire un rapport de ce qu'ils avaiet vu. Pendant des semaines ils remontèrent lentement et péniblement le fleuve jusqu'à l'embouchure de l'Illinois dans lequel il s'engagèrent et dont il suivirent le cours, charmés par la vue de ses eaux tranquilles, de ses forêts ombreuses et de ses riches plaines où paissaient le bison et le daim. Ils s'arrêtèrent dans un village d'Illinois, appelé Kaskaskia, à sept mille plus bas que l'emplacement actuel d'Ottawa. Le nom de Kaskaskia a ensuite été donné à une autre localité, et est porté aujoui'd'hui par une autre rivière. Un chef de ce village avec une bande de jeunes guerriers guida Marquette et ses compagnons jusqu'au lac des Illinois, maintenant le lac Michigan, dans lequel ils entrèrent là où Chicago est bâti à présent. Celle-là est la première visite certaine de l'État de l'Illinois par des blancs.
Vers la fin de l'automne, 1674, Marquette revint à Chicago pour y établir une mission. Il remonta la rivière environ deux lieues et bâtit près de là une hutte de troncs d'arbres, dans laquelle il passa l'hiver. Deux marchands français avaient leur camp à dix-huit lieues de là. Quand le printemps fut revenu, il visita de nouveau le village indien de Kaskaskia, où cinq cents chefs et vieillards et quinze cents guerriers et jeunes hommes avec leurs femmes et leurs enfants étaient rassemblés pour écouter sa prédication. Ils le prièrent de rester parmi eux, mais la maladie avait déjà ruiné sa constitution, et avant qu'il eût pu revoir ses amis dans la mission du nord la mort l'emporta dans les forets de l'ouest du Michigan.
Mais c'est Robert Cavelier, sieur de La Salle, qui fut le héros de la découverte et de la colonisation de l'Illinois. Il naquit à Rouen, en 1643, de parents appartenant à une famille riche et ancienne. Il joignit les jésuites de bonne heure et fut un de leurs élevés distingués mais il avait un amour irrésistible pour les aventures, ce qui l'empêchait de se plier aux exigences de la vie religieuse. Il se sépara donc de l'ordre, et comme il avait un frère aux Canada, il résolut de tenter fortune dams le Nouveau-Monde. Il y arriva en 1666. Ayant acquis un grand domaine près de Montréal, il se mit à l'œuvre pour l'améliorer. Dans ses rapports avec les Indiens du voisinage il entendit parler d'une rivière appelée l'Ohio, qui coulait à l'ouest dans la mer, et dont l'embouchure, disait-on, était à une distance de neuf lunes. Il résolut d'explorer le cours de ce fleuve, et il vendit ses terres afin de se procurer les moyens nécessaires; les Sulpiciens se joignirent à lui et une expédition fut organisée, avec sept canots et vingt-quatre hommes. Après avoir passé le long du bord du lac Ontario, au-delà du Niagara, les Sulpiciens, qui avaient entendu parler
des grand lacs de l'ouest, se déterminèrent à changer de direction et à. aller du côté du nord, tandis que La Salle restait en arrière. Ce dernier revenant sur ses pas, se lança dans la solitude déserte au sud du lac Ontario, et après avoir atteint une des branches de l'Ohio, il en suivit le courant grossissant jusqu'au chûtes près de Louisville, eu Kentucky. Là ses hommes l'abandonnèrent et il fut obligé de revenir. Mais on a lieu de croire que notre voyageur pénétra cette année ou la suivante dans le nord de l'Illinois et qu'il vit la rivière qui porte ce nom. On a conservé une vieille carte géographique sur laquelle est marqué son voyage dans l'Ohio, et l'on y voit une partie de la rivière Illinois, Ce voyage se fit en 1669 ; en 1673 nous le trouvons en train de construire le fort Frontenac, sur le lac Ontario, sur l'emplacement de ce qui est maintenant Kingston. En 1674, La Salle retourna en France et adressa au roi Louis XIV une requête pour des lettres-patentes de noblesse en récompense de ses découvertes, et l'érection en seigneurie pour lui-même du fort de Frontenac avec les terres environnantes. La requête lui fut accordée, et il retourna au Canada avec des titres de possession sur des domaines qui aurait suffi à satisfaire l'ambition d'un esprit moins aventureux. L'Océan occidental et une route pour la Chine étaient l'objet de ses rêves. Il fit donc encore un autre voyage en France, où il obtint la permission du roi Louis et de Colbert de continuer ses explorations, de bâtir des forts et de faire le commerce des peaux de bisons. Ses riches parents l'aidèrent de leur bourse; il fit voile de nouveau pour l'Amérique avec trente hommes (matelots, charpentiers et ouvriers), et des provisions de toutes sortes. Il était accompagné aussi de Henri de Tonti, un brave officier italien qui avait déjà perdu un bras dans une bataille,, mais dont le courage et la fidélité en firent un précieux appui pour La Salle, son chef bien-aimé.
La carrière de La Salle sera désormais romanesque et périlleuse. Sa première occupation fut de faire construire un vaisseau pour naviguer sur les grands lacs à l'ouest du Niagara. Le Griffon, bâtiment de quarante-cinq tonnes, fut lancé à l'eau au mois d'août 1679, et La Salle mit à la voile le 7 avec trente-trois hommes et des provisions pour un long voyage. L'expédition atteignit Green Bay en septembre, et après avoir débarqué les provisions l'on renvoya Le Griffon avec une cargaison de fourrures ; le vaisseau reçut l'ordre de rejoindre l'exploration à l'autre extrémité du lac Michigan. Quant à La Salle, il se mit à côtoyer le lac, près de la rivière Wisconsin, avec quatre canots et quatorze hommes, passa devant l'embouchure de la rivière de Chicago, suivit le contour du fond du lac et s'arrêta à la
rivière St. Joseph qu'il appela le Miami. C'est là que Tonti le rejoignit. Le 3 décembre ih commencèrent A, remonter le St. Joseph jusqu'à ce qu'ils arrivèrent à un "portage,", â travers lequel ils portèrent leurs canots jusqu'à la rivière Kankakee, l'un des affluents de l'Illinois. L'expédition arriva enfin à ce grand village des Indiens Illinois où Marquette avait prêché, cinq ans auparavant, devant les chefs et leurs guerriers assemblés. La place était entièrement déserte. Les Indiens étaient partis pour leur territoires de chasse d'hiver. Les terrains d'alentours étaient cultivés sur une large échelle, et produisaient en abondance de riches récoltes, du maïs principalement. La Salle trouva un grand nombre de cachettes, ou fossés recouverts, rempli de grains que les Indiens y avaient entassés, et il en approvisionna ses hommes, déjà à demi-morts de faim. Le 3 janvier 1680, nos intrépides voyageurs atteignirent l'élargissement de la rivière connu à présent sous le nom de Lac de Peoria, et près du site de cette ville ils trouvèrent un village de quatre-vingt wigwams remplis de guerrriers avec leurs familles. La Salle sauta à terre suivi de ses hommes; la petite troupe de français se tint les armes à la mains, prête au combat. Les Indiens qui avaient d'abord fui avec terreur, recouvrèrent de leur frayeur et deux chefs s'avancèrent avec le calumet de paix, tandis qu'un autre se mit à crier quelque mots aux jeunes guerriers pour les calmer, car ils commençaient à diriger leurs flèches contre les étrangers depuis l'autre rive.
La Salle répondit à ces avances en montrant un autre calumet, et bientôt les nouveaux venus se trouvèrent assis au milieu du camp indien, entourés par une foule de visages sauvages et basanés.
Après avoir échappé à plusieurs dangers causés par l'hostilité des Indiens, dont la jalousie avait été éveillée par des émissaires envoyés par d'autres tribus, et après avoir été déserté par six de ses hommes, La Salle prit possession d'une colline un peu au-dessus de Peoria et sur l'autre rive ; il y bâtit un fort qu'il appela le fort Crève-Cœur, à cause des maux qu'il avait eus à endurer, puis il fit commencer la construction d'un autre vaisseau destiné à explorer le Mississipi. Le Griffon s'était perdu au retour de son second voyage, et l'on n'en entendit jamais plus parler depuis; il coula à fond avec ses approvisionnements, et laissa nos voyageurs dans une solitude éloignée, presque sans autre ressources que celle du génie et de l'énergie de leur chef.
Après avoir exploré les environs et admiré leur beauté et leur fertilité, et voyant ses préparatifs pour des expéditions futures en bonne voie d'exécution, La Salle laissa ïonti dans son fort de Crève-
Cœur avec une garnison de quatorze ou quinze hommes, tandis qu'il reprenait, avec deux de ses français et un guide Mohican, la route des Colonies du Canada, où il espérait se procurer du renfort, des provisions et des munitions pour sa nouvelle entreprise. Personne ne peut se faire une idée des dangers et des difficultés de cette longue marche à travers une solitude vierge, dans la prairie ou par les marais, au milieu des sauvages hostiles, et avec des provisions à peine suffisantes pour empêcher de mourir de faim ; il y en avait assez pour abattre un homme moins courageux que notre héros, et pour ruiner des constitutions moins capables de privations que la sienne. Pendant soixante jours notre brave petite troupe lutta à travers tous les obstacles pour franchir une route de près de mille milles. Enfin le but fut atteint; mais il ne devait y avoir ni paix ni repos pour La Salle. Les hommes et la nature semblaient se donner la main pour conspirer contre lui. Le Griffon était perdu ; un navire venu de France rempli de ses marchandises, estimées à plus de 22,000 livres, avait fait naufrage à l'embouchure du St. Laurent, et était complètement perdu avec sa cargaison. Ses agents au fort Frontenac l'avaient pillé et ses créanciers s'étaient rendus maîtres de ses biens ; plusieurs de ses canots richement chargés s'étaient perdus dans les rapides du St. Laurent.
Cependant La Salle ne perdit pas courage ; il se rendit en hâte à Montréal et réussit à se procurer le nécessaire pour la petite troupe qu'il avait laissée sur les bords de la rivière Illinois. Il était sur le point de partir pour la rejoindre quand deux messagers lui apportèrent une lettre de Tonti qui écrivait qu'après le départ de La Salle presque tous ses hommes avaient déserté après avoir détruit le fort de Crève- Cœur, pillé les magasins, et jeté dans l'eau tout ce qu'ils ne pouvaient emporter en fait de munitions, marchandises et provisions. Tonti était en tournée d'exploration quand cet acte de destruction eut lieu. A son retour il ne retrouva que des ruines. Ramassant le peu d'outils et de provisions qu'il put recouvrer, il alla s'établir sur la falaise élevée connue aujourd'hui sous le nom de Starved Rock (Rocher des Affamés), qui dominait le village des Illinois; il restait avec lui juste six hommes, dont trois religieux, et ils espéraient maintenir leur position jusqu'au retour de La Salle. Le printemps et l'été, passèrent et alors éclata sur le pays un orage furieux qui détruisit les villages et chassa les Indiens de leurs territoires de chasse. Le 10 septembre, cinq cents Iroquois, les plus braves et les plus guerriers de tous les indies, marchèrent sur la retraite de Tonti. Ce dernier réussit pendant quelque temps à parer leurs attaques, jusqu'à ce que les Illinois
brûlèrent leurs wigwams et s'en allèrent par la rivièi'e. Tonti fut alors chassé par les Iroquois, et se dirigea du côté de la rivière de Chicago ; de là il se rendit à Green Bay. Les Iroquois assouvirent leur vengeance sur ce qu'il restait du village brûlé, dont ils complétèrent la destruction, désenterrant les morts et plantant leurs crânes au bout de perches. Puis ils se mirent à la poursuite des Illinois et massacrèrent un grand nombre de fugitifs.
Pendant ce temps-lA, La Salle s'étant procuré des vivres et des munitions, comme nous l'avons dit plus haut, s'embarqua de nouveau pour rillinois, avec un chirurgien, des charpentiers, menuisiers, maçons ouvriers, vingt-cinq hommes en tout, et tout ce qu'il fallait pour construire et . gréer un vaisseau. Une fois encore il remonta le St. Joseph, traversa le "portage" jusqu'au Kankakee, et descendit le cours de ce dernier jusqu'à la rivière Illinois. Il examina minutieusement le Rocher des Affamés, mais ce fut en vain ; il n'y avait plus ni cabines ni traces de la présence de l'homme. La prairie sur laquelle s'élevait le grand village des Illinois était déserte et noircie par le feu. Il n'y avait cependant que quinze jours que Tonti en avait été chassé. Enfin La Salle arriva sur l'emplacement de son fort Crève-Cœur, et au milieu de cette désolation et de ce silence il n'y avait rien qui lui dît le sort de son fidèle lieutenant. Il continua sa route, passa devant le camp des sauvages de l'autre côté do la rivière, et navigua jusqu'à son embouchure dans le Mississipi. Ses recherches étant vaines, force lui fut de revenir sur ses pas. Il passa l'hiver au fort Miami, près du lac Michigan. Vers la fin de mai l'expédition remonta dans ses canots, et à son arrivée à Michilli-Mackinac, notre héros eut la joie extrême de trouver Tonti qui venait d'arriver de Green Bay. Ils se rembarquèrent tous ensemble pour le fort de Frontenac, et après avoir ramé une distance de mille milles ils se trouvèrent de nouveau à leur point de départ. La Salle avait des embarras jusque par dessus la tête, et les frais de sa première entreprise le gênaient considérablement, sans compter les dettes contractées pour bâtir et maintenir le fort Frontenac. Ses terres étaient fortement hypothéquées. Il trouva moyen, pourtant, d'apaiser ses créanciers, et même de faire de nouveaux emprunts, et avant que l'été de 1G81 fût écoulé il était de nouveau en route avec son brave Tonti et la ferme résolution de mener à bien la grande entreprise de sa vie. Cette fois ils débarquèrent vers la petite rivière de Chicago, et se dirigèrent sur l'Illinois dont ils descendirent le courant sans s'arrêter sur le théâtre de leui's malheurs précédents; le 16 février 1682, leurs canots glissèrent sur la surface du mystérieux Père des Eaux. L'histois-e de leur voyage sur ce fleuve
est trop longue pour que nous la racontions ici. Dépassant le point le plus bas atteint par Marquette, La Salle continua sa route jusqu'au Oolfe du Mexique, et planta sur ses bords marécageux une colonne portant les armes de France et l'inscription : " Louis le Grand, roy de France et de Navarre, règne ; le neuvième d'avril 1682." La Salle donna le nom de Louisiane au nouveau domaine qu'il venait de découvrir pour la couronne de France. Ce nom est employé aujourd'hui pour désigner l'un des États de l'Union, mais il couvrait alors toutes les régions qui s'étendent des Alleghanies jusqu'aux Montagnes Kocheuses, et depuis les Grands Lacs jusqu'au Golfe.
Revenant sur leurs pas, nos aventuriers rassemblèrent des hommes autour d'eux, arrachèrent la forêt qui couronnait le Rocher des Affamés, en entourèrent le sommet d'une palissade et y bâtirent des magasins et des habitations; La Salle appela cette nouvelle colonie le Fort St. Louis. Les Indiens revinrent s'établir sur le site de leur ancien village, et La Salle en évaluait le nombre à quatre mille guerriers, ou vingt mille âmes. D'autres établissements furent fondés ailleurs par les marchands et les missionnaires qui le suivirent, à l'embouchure du Kaskaskia et du Caliokia et à Peoria, et le pays d'Illinois devint la demeure permanente des blancs.
La fin personnelle de La Salle fut triste. Il se rendit en France, d'où il conduisit, en 1684, une expédition nombreuse et bien équipée pour établir une colonie à l'embouchure du Mississipi. Par la maladresse du commandant de la flotte le débarquement se fit au Texas, où par suite d'une série de malheurs ses magasins furent détruits, ses forces diminuées, et presque tous ses hommes souffrirent des effets du climat. Après deux ou trois années de fatigues et de privations intolérables, La Salle essaya de regagner ses anciens établissements en Illinois avec un petit nombre des survivants, mais il fut tué d'un coup de fusil par un de ses hommes, dans les solitudes de l'Arkansas. Sa mort eu lieu le 19 mars 1687. Ce n'est que le printemps suivant que Tonti apprit son sort, quand il descendit le fleuve avec un seul vaisseau au secours de la petite colonie sur la côte du Texas; mais tous ses hommes l'abandonnèrent, à l'exception de deux, et il fut obligé, quoique bien à contre-cœur, de retourner sur ses pas dans le pays d'Illinois.
Les établissements français continuèrent à augmenter et à, grandir; en 1720 il y avait déjà une chaîne de forts s'étendant depuis le Canada jusqu'aux bouches du Mississipi. Les Français ne cherchèrent pas à défricher le pays et à le cultiver. Séparés du reste du monde, ils menèrent une existence aisée et nonchalante.
À la fin de la guerre de 1754, la dernière des grandes luttes entre la France et l'Angleterre pour la possession de l'Amérique du Nord les colonies françaises depuis le St. Laurent jusqu'à l'embouchure du Mississipi, tombèrent entre les mains de la Grande Bretagne. En 1765, le capitaine Stirling, de l'armée anglaise, fut envoyé pour prendre possession du pays et exiger le serment de fidélité de la part des habitants. L'occupation de l'Illinois par les Français dura quatrevingts ans, et l'on trouve encore bien des traces de leur présence le long du grand fleuve que leurs romanesques explorateurs ont rendu fameux,
L'Angleterre continua à posséder le pays jusqu'à la déclaration d'indépendance des États-Unis, en 1776. Dans l'été de 1778, le colonel George Rogers Clark, un homme des bois du Kentucky fut envoyé avec deux cents soldats pour faire reconnaître l'autorité du Congrès. Traversant le pays jusqu'à Kaskaskia, il prit les habitants par surprise et ils se rendirent sans difl&culté. Au mois d'octobre de la même année, la Virginie, qui réclamait le pays comme sien, érigea toute la contrée au nord de l'Ohio en un comté, celui d'Illinois. Ce territoire fut cédé aux États-Unis en 1783, et quatre ans après le Congrès l'organisa sous le nom de Territoire du Nord-Ouest. Quelques américains épars étaient venus s'établir dans les villages français de la rivière Illinois et sur le Mississipi. Le nombre total des Américains capables de porter les armes dans cette région ne s'élevait qu'à soixante-cinq en 1791. Le 7 mai 1800, le congrès passa un acte pour diviser le Territoire en deux gouvernements séparés; à cette époque la population de l'Illinois était de 2,458 âmes, presque toutée d'origine française, et résidant dans la partie sud de l'État. En 1809, le pays devint un Territoire distinct. Sa première chambre législative s'assembla à Kaskaskia en 1812, et le premier délégué au Congrès fut élu par elle. En 1818, l'Illinois devint le vingt-deuxième État de l'Union, avec une population de 50,000 habitants environ.
Le Fort Dearborn fut bâti déjà en 1804 sur l'emplacement actuel de Chicago. Dans ce temps-là, le nord de l'État était habité principalement par les Indiens, car les terres n'en avaient pas encore été entamées par les blancs. Pendant la guerre de 1812, la garnison du Fort Dearborn, composée de quatre-vingt-dix hommes environ, voyant que les Indiens étaient hostiles, décida de quitter le fort pour aller à Détroit. A peine avaient-ils marché deux milles que ces soldats tombèrent dans une embuscade indienne et furent tous massacrés, à l'exception de deux ou trois qui réussirent à s'échapper. Le fort fut rebâti quatre ans
après, et les ossements des massacrés soigneusement recueillis reçurent une sépulture décente.
L'année 1832 est marquée par une lutte sévère contre les Indiens ; cette lutte est connue sous le nom de guerre du Faucon Noir {Black Hawk War), et elle s'étendit sur toute la partie nord du pays. Elle résulta en la défaite des Indiens et en mettant le pays en état d'être défriché et colonisé. Depuis ce moment-là les progrés de rillinois en richesse et en population ont été rapides, presque au-delà de ce qu'on peut imaginer, et maintenant c'est la quatrième État de l'Union. La population, d'après les différents recensements faits par les États-Unis, s'est accrue comme suit :
L'augmentation relative de la population, comparée avec celles des États qui sont plus peuplés, montre que l'Illinois est encore en progression ascendante, et qu'en 1880 ce sera le troisième État sous ce rapport.
Gain Etats. Population, 18Î0. pour cent.
New York 4,382,759 12.94
Pensylvanie 3,521,951 21.19
Ohio 2,665,260 13.92
Illinois 2,539,891 48.36
* Recensement des Écoles.