du monde 4* ^9 renaissance
des vertus 2448. de TEre hébraïque du ch. stile vulg. 1771. Le4B^9.rs.
Je voudrais pour la première fois que j’ay le plaisir de m’entretenir avec vous pouvoir vous donner
toutes les satisfactions que vous demandez au M® par votre lettre de février dernier, mais ne pouvant vous répondre que d’après moi, je sais le peu que vous en devez attendre. Le M® est parti pour Paris il y a un mois. Ce sont des affaires de famille qui F y appellent ; nous espérons en voir bientôt la fin sans savoir au juste quand elle arrivera, en son absence nous avons l’ordre de décacheter ses lettres. Ce voyage vous affligera sans doute autant que nous par le peu d’espoir que vous avez d’obtenir delongtemps les explications que vous demandez sur le grade de G. A. Je n’ai point vu votre avant dernière lettre dans laquelle sont contenues les questions que vous aviez à faire sur ce grade, et quand je Faurois vue, je n’entreprendrois pas d’y rien répondre sans l’œil et l’approbation du M®, je ne peux que vous louer de votre prudence envers vos émules ; mais il faut malgré vous attendre encore pour récompenser leur zèle.
Je crois pouvoir sans indiscrétion vous parler plus positivement sur les deux objets que le maître vous avait annoncés savoir l’ouvrage important qu’il a commencé pour l’avancement de ses disciples et en second lieu la délibération qu’il vous a mandé avoir fait passer aux R. R.f f duRég^ de Foix. Cet ouvrage en question est en effet très important par les lumières qu’il peut répandre ; il embrasse un champ si vaste qu’il sera nécessairement très considérable ; et tous les disciples qui ne peuvent pas comme vous venir à la source ne peuvent rien faire de mieux que de chercher tous les moyens de se le procurer. Mais le Mtre résolu de ne l’accorder que sous des conditions qui font l’objet de la délibération, ces condi-
dons imposent chaque R.-f- à cinquante écus par an, tant pour le salaire des travaux du que pour Tentretien d'un secrétaire chargé de faire toutes les copies. La délibération laisse cependant chacun son propre juge dans cette affaire ; elle n’entend pas imposer à qui que ce soit une taxe onéreuse ; elle, ne demande de chacun que ce qu'il pourra donner. Les autres articles sont des règlements particuliers qui ne concernent que le temple de Bordeaux.
Quant au travail de l’équinoxe, si le iVL®® ne vous fait pas savoir ses intentions sous peu de temps c'est une preuve qu'il ne s’en propose pas. Et en effet je doute que les circonstances où il se trouve lui permettent de faire toutes les préparations nécessaires à ce sujet ; il est entièrement à ses affaires et il tâche de les accélérer le plus qu’il peut afin de revenir au plus tôt icy. Au reste T. P. c’est à luy seul à régler sa marche et la vôtre. Vous pouvez rester en paix tant que vous ne recevrez point d'ordres de sa part. C'est aussi sur ces seules considérations que vous vous déciderez pour ou contre le voyage que vous projetez.
Voilà, très puissant M^r® tout ce qu’il est en mon pouvoir de faire pour suppléer à l'absence du je crains de n’avoir fait en cela que vous jeter plus avant dans l’impatience et dans l’incertitude mais que ne m’est-il possible de vous en tirer ! je renvoyé par ce même courrier votre lettre auM^^" Ainsi si sous peu de temps vous ne recevez pas de ses nouvelles ce sera une marque que vous n’en n’aurez pas avant son retour mais sitôt qu’il sera ici je le presserai vivement de vous instruire ou je vous instruirai moi-même de son arrivée aün que vous puissiez luy
renoLiveller les demandes que vous aurez à lui faire.
Adieu T. P. M^re que rÉternel vous comble de ses plus saintes bénédictions. Tous nos frères vous ^saluent et en mon particulier je vous prie de recevoir toutes les assurances de la fidélité avec laquelle je suis votre frère.
DE Saint-Martin.
Comr d'Or.
Rue Sainte-Croix, près la Monnaie.
Quoyque je ne sois point connu de vous, j’ay souvent reçu des marques de votre amitié par le frère de Grainville mon ancien camarade, auxquelles j’ai été très sensible, je dis mon ancien camarade car je viens depuis peu d’abandonner le service afin de pouvoir mieux suivre la carrière que vous courez.
Au N. D. G. A. D. L. Amen.
paix, salut et bénédiction à celuy qui m’entend. Amen.
De l’orient de Bordeaux l’an M. 3 . 3 . 3 . du monde 45, de la renaissance des vertus 2448, de l’ère hébraïque 5 ^ 31 , du Ch. S. Vulg. 1771 le 26 mars delà susdite année.
T . P. Mtrc
Je ne peux ny condamner ny remédier aux plaintes répandues dans votre lettre du i5 mars sur les langueurs que doit éprouver votre Orient. Je me mets à la place de tous les frères qui le composent et leur situation me paroit d autant moins étrangère qu’étant à la source delà lumière j’en ressens quelquefois de plus rigoureuses. Je les exhorte et vous
aussi M. Ch. frère à ne point regarder ce temps là comme perdu tout à fait. C’est beaucoup avancer cpie de souffrir; il n’est point de tribulations dont la justice ne nous tienne compte si nous sommes assez fermes pour percer jusqu’à ce germe de bien qu’elles enveloppent toutes.
Cependant comme je voudrois qu’il fi\t en mon pouvoir d’adoucir votre tâche je vous envoyé l’aradresse du à Paris. Il loge aux Grands Augustins quai de la Vallée ou dans un hôtel voisin dont j’ignore le nom parce que nous lui adressons toutes nos lettres sous enveloppe au Père Fournie Augustin qui les lui fait passer. Je souhaite de tout mon cœur que vous tiriez de lui des éclaircissements satisfaisants sur tout ce que vous demandez tant pour votre instruction particulière que pour l’avancement de vos enfants et je crois en effet qu’une conversation avec luy vous sera plus avantageuse que ne pourroit l’être la plus longue correspondance. Si vous pouviez partir pour Paris avant le lo vous seriez plus sûr d’y trouver le W car les affaires qui i’y appelaient prennent une tournure favorable et peut-être le reverrons-nous plus tôt que nous ne l’avions pensé ; d’ailleurs ce sera vous donner à vous même plus de temps pour avancer vos affaires auprès de lui. Je crois très inutile que vous lui écriviez avant votre départ.
Quant à la confiance que vous daignez me témoigner en m’ouvrant sans scrupule votre pensée sur nos cérémonies, il ne m’appartiendrait pas vu votre dignité d’y faire aucune observation et devant mon juge je ne devrais qu’écouter et me taire. Cependant les dispositions pures que vous paraissez apporter
à la sagesse me font présumer que vous me pardonnerez d’avance si j’ose joindre quelques idées aux vôtres. Je ne cherche comme vous qu’à m’éclairer, j’aime comme vous^à faire connaître à ceux que je crois susceptibles de ma confiance ce qui se passe en moi, je leur demande, comme je vous le demande à vous-même, de me redresser si je m’égare, c’est dans la sincérité de ces vues que je prends la liberté de m’étendre sur le point en question.
Vous avez raison de croire que notre sort dépend de nos dispositions personnelles, vous avez raison encore de croire que le grade de R. f donne à l’initié un caractère, et rien n’est plus vrai que le parfait accord de ces deux choses ne doive avoir un elfet réel, qui s’augmente sans doute avec le temps par les instructions et par les soins que chacun y peut apporter. Ce qui vous tourmente et vous inquiète c’est que cet effet n’ait pas encore été sensible pour vous ; ce qui fait que votre persuasion ne se soutient encore que par l’espérance, sans que la conviction donne aucun appuy. Comment vous tranquilliser sans vous convaincre ? comment vous rassurer sans frapper vos yeux? Je vous avoue que l’entreprise me paraît pénible. Je ne trouverai desforces que dans ma propre conviction. Je crois M. G. F. que lors même que nous nous croyons dans les meilleures dispositions que lorsque toutes les cérémonies sont employées avec le plus de régularité, la chose peut encore garder son voile pour nous tant qu’il luy plait, elle est si peu à la disposition de l’homme qu’il ne peut jamais malgré tous ses efforts être certain de l’obtenir. Il doit toujours espérer, toujours prier, voila notre condition. L’esprit soufile où il
veut, quand il veut, sans que nous sachions d’où il vient ny où il va. Vous en auriez donc pris une idée contraire si vous aviez pensé que les ordinations et les cérémonies eussent un effet aussi infaillible et aussi prompt que celuy des lois de la nature corporelle; dans celle cy tout est passif dans l’autre tout est libre puisque tout dépend des faveurs de l’esprit Cependant la convention qu’il a bien voulu faire avec rhomme a, comme je l’ai dit, un pouvoir qu’on ne peut pas nier quand même on ne le sentirait I)as.
Si ce pouvoir ne se manifeste pas dans un teins c’est dans un autre ; et d’ailleurs s’il n’opère pas sensiblement par la vision, il opère néanmoins, infailliblement comme préservatif et prépare la forme de celui qui se tient pur à recevoir des impressions salutaires, lorsque l’esprit le juge à propos. N’attribuez donc point, je vous prie, la disette où vous vous trouvez ny au défaut de disposition de votre part, ny à rinvalidité des cérémonies jusqu’à ce que vous sachiez parfaitement que l’homme ne peut rien, absolument rien. Employez toujours tous vos efforts à persévérer dans la confiance, vous y avez plus de mérite que tout autre puisque vous croyez en aveugle mais vous serez aussi plus récompensé. Si je n’étais pas votre frère, mon témoignage pourrait vous être suspect, mais je crois devoir m’exposer même à vos soupçons pour affermir encore votre foi et pour vous prouver que l’esprit est absolument le Maître. J’ay été persuadé de la chose avant d’avoir eu les plus puissantes de nos ordinations et je m’aperçois que ces convictions se perpétuent et s’augmentent à proportion de mon zèle et de ma fermeté, sans que j’ay
encore le bonheur d'être revêtu du caractère sacré que vous portez.
Voila bien des mots, M. G. qui ne vous procureront pas sans doute toute la tranquillité que je désirerais. Si je ne vous connaissais pas autant de foi et de cornage, je réitérerais mes exhortations de vous maintemr dans l’amour de la sagesse et de la vérité ; vous savez que vous y trouverez au moins une paix intérieure qui doit sûrement à la fin vous faire obtenir de plus grandes félicités. Je peux d’ailleurs vous engager à observer très exactement tout ce qui vous environne et ce qui frappe vos sens de la vue et de l’ouïe, avec de l’attention vous ne vous trouverez peut-être pas si abandonné. Nous ne sommes souvent sourds et aveugles qu’autant que nous croyons l’être.
Jevous salue, T. P. M.,par tous les nombres qui vous sont connus et je prie l’Eternel qu’il veille continuellement sur vous.
DE Saint-Martin.
CorrV' eVOr,
De Bordeaux le 5 mai 17^1
Nous travaillons à force, pour vous T.C.M^"'®, nous nous employons tous pour vous faire passer les matériaux nécessaires pour l’avancement et l’instruction de vos limites. Mais comme le M^^’e ne sait point au juste le nombre des ouvrages que vous avez déjà en main, non plus que leurs titres et les sujets qu’ils renferment, je vous prie de me faire passer incessamment
la note de ce que vous possédez afin que nous ne fassions pas de double einploy.Vous aurez la bonté de détailler dans cette note les invocations qu’on a pu vous donner, et sur quel grade elles tombent; si vous avez quelque chose sur le cérémonial de vos assemblées et de tout ce qui s’y doit pratiquer pour la régularité de vos travaux avec vos frères car pour vos travaux particuliers je crois que M. de Grainville vous a donné par écrit les devoirs de votre grade et notre vous en a donné les instructions. D’ailleurs au cas que je me trompàsse ce ne serait point à moi à suppléer à ce qui pourrait vous manquer en ce genre. Je viens de copier pour vous le grade de G. A. Le M'‘“ va fairele tracé de la réception ou du tableau eü’onmetlra sur une feuille séparée tous les mots que vous aurez à employer dans cette opération, le tout avec des renvois aussi exacts que nous le pourrons.
J’espère que cet objet là sera assez en règle pour satisfaire à toutes les questions que vous aviez fait au jVL" antécédemment; nous apporterons le même soin en rédigeant les autres objets ; nous nous y portons avec d’autant plus de zèle que notre M*"* nous assure tous les jours ne pouvoir rien faire de trop pour vous, je souhaite de tout mon cœur que vous en retiriez le succès que vous méritez.
Adieu G. que l’Eternel nous comble tous de ses bénédictions ; ne m’oubliez pas je vous prie dans vos travaux,
DE Saint-Martin.
Tous nos frères vous saluent. Le change de logement et moi aussi, il va loger dans la rue Judaïque, vous m’adresserez vos lettres chez luy.
ir'i'i ' iinÉiÉ
De Bordeaux le 20 mai 1^71
Voicy, cher Maître, le commencement des envoys que nous avons à vous faire. Je fais partir par ce même courier aux adresses que vous m’avez données un paquet de six feuillets dont cinq contiennent le grand cérémonial des G.A. Et la sixième une prière en invocation pour votre travail journalier. Je vous envoyé directement le tableau du grade tout tracé. Vous n’aurez plusqu à y placer les étoiles oubougies selon l’instruction que vous trouverez dans le cérémonial ; je vous envoyé aussi tous les mots qui sont nécessaires dans la réception et ordination, le tout avec des renvoys correspondant qui vous seront faciles à trouver. Sur le revers de la feuille qui contient les mots du grade vous y trouverez ceux que vous aurez à employer dans votre invocation journalière et que vous reconnaîtrez également aux renvois. Les marques O V vous trouverez sur cette
feuille vous indiquent que c’est le même mot qu’il faut répéter, ce que j’ay fait
Quant à la manière d’user de cette invocation voicy ce que le me charge de vous mander, il vous permet de tracer un seul cercle ayant au centre le \y et une étoile ou B. Vous en aurez une autre à la main pour lire votre papier. Cette prière se peut faire tous les jours, dans tous les temps, à toutes les heures, si vous le voulez.
Vous pourriez demander s’il vous est permis de tracer en effet les signes arbitraires de convention dont il est parlé à la ün de la dite invocation. Le n’est point icy pour m’en instruire, mais je ne crois pas que cela vous fût delfendu pourvu que tous vos desseins ne tendent qu’au bien comme j’en suis con-
vaincu. Du reste, c’est une chose qui est remise à votre prudence jusqu’à ce que vous vous en soyiez éclairé plus particulièrement, je ne parle point du feu nouveau, vous savez que la loi de Moïse ordonnait de ne manger que du pain sans levain et que tout chez nous doit être neuf.
Si le était icy je vous eusse envoyé par le
même courier le cérémonial de la simple ordination de G. R. mais ce sera sans faute pour le prochain, ainsi que les conjurations que vous nous avez envoyées en latin par Fournié pour les traduire, ce dernier article vous servira encor de travail journalier, mais comme il demande plus de précaution que l’autre, le y joindra une instruction par lieu lière de la manière d’y procéder.
Je vois au moyen de cela avec plaisir tr. ch. que vous aurez au moins de quoi satisfaire en partie votre louable désir. Rien n’est petit dans le service du temple, les moindres fonctions y sont sublimes , quand nous les remplissons avec respect et avec humilité. Vous pourrez recevoir également pende temps après le grand et le petit cérémonial des trois grades bleus, de T Elu et des trois Gohëns ; choses qui ne demandent de notre part que de copier ; pour celles où le travail du est nécessaire, nous le prierons de ne point vous oublier. Eiihn, ch. nous mettrons tous nos soins pour remplir les vues de notre maître commun et les vôtres, je ne vous demande pour toute récompense que de vous souvenir de moi quand vous implorerez les grâces d’en haut.
Adieu, ch. je vous salue par tous les nombres qui vous sont connus.
DE S^-M
Accusez nous exactement les réceptions de tous nos paquets.
J’ai reçu une lettre du W de Grainville, le Régiment vient de quitter Lille pour se rendre à Aires. Tout notre Orient vous salue.
De Bordeaux, le 24 mai 1771
Voicy G. les objets que je vous ay annoncés par ma dernière lettre. Je voudrois pouvoir ménager votre bourse, mais la nature des choses que le vous envoyé ne permet pas qu’on courre les risques des adresses indirectes. Il vient d’arriver de la campagne et me donne dans le moment une instruction plus exacte que celle que je viens de vous donner sur A^otre travail journalier, aussi vous pourrez vous en tenir là, la voicy: a Le travail journalier, ne « peut se faire que depuis le renouveau de la lune « jusqu’à la fin du premier quartier et jamais depuis « le commencement de la pleine jusqu’au renouveau c(de la lune suivante, parce qu alors cette planette venant à décliner, sa vertu bonne décline également de sorte que sa puissance bonne de même que ses agents bons supérieurs qui la gouvernent ayant opéré en elle pendant deux fois sept jours conformément à leurs lois et ordres, ils la laissent à la direction et puissance des Esprits ternaires inférieurs parmy lesquels il se trouve le plus souvent de mauvais Esprits élémentaires qui induiroient sans doute l’opérant en grande erreur. On peut lixer soi-même le jour dans l’intervalle prescrit entre le renouveau de la lune jusqu’à son plein, c’est-à-dire depuis le je 26 3'^ des jours de la lune jusque vers le i3® et 14 Cela n’a rien de fixe. L’on peut répéter trois fois de
suite dans un jour de travail la première conjuration, et ainsi les deux jours suivants les deux autres conjurations ce qui fera dans les trois jours neuf répétitions de conjuration. Vous tracerez un seul cercle avec le W et une étoile, l’autre étoile à votre main pour lire votre travail. Vous parfumerez avec les ingrédients que vous avez le cercle pendant trois tours en partant devers Ouest et allant vers Nord. La circonférence avec un pied et demy d’elle à son centre ».
Cette instruction concerne uniquement les opérations en trois jours de suite que vous avez envoyées icy par le F. ; Fournié pour les faire traduire de la tin en français et dont la traduction est cy-jointe en trois feuillets de six pages et sur lesquelles les jours sont désignés ainsi que les mots et toutes les autres parties tant de l’opération que du cérémonial, au moyen de quoy je crois cet article en règle.
Pour l’invocation que je vous ay envoyée par le dernier courrier vous pouvez suivre exactement toute l’instructionqui la concerne, c’est-à-dire que vous pouvez l’opérer tous les jours sans avoir égard à la Lune, en traçant toutefois votre cercle avec le W, l’étoile au centre et celle qui vous sert à lire, mais sans parfums. Vous pouvez également tracer dans votre cercle votre convention quelconque pour cette dite invocation.
La simple ordination de G. A. se donne dans un seul cercle comme vous le voyez dans la figure. (Voir fin vol.,fig‘. 4 ) y aura une seule étoile entre les deux mots qui y sont tracés. Vous ferez mettre le candidat dans votre cercle, la face à l’est, la tête basse, les deux genoux par terre et les deux main»
en croix sur la poitrine. Dans cette attitude, vous tracerez sur sa tête le triangle désigné dans le grand cérémonial; après l’avoir tracé des deux mains, l’ime après l’autre, vous désignerez par un autre triangle la plaque triangulaire qu’il doit porter sur le front et imposerez sur son front votre main droite en équerre en prononçant les prières et mots qui sont déjà en votre possession.
Après cette cérémonie, vous ferez laver les pieds et les mains au candidat et luy ferez parfumer les quatre angles avec les parfums que vous savez et en commençant par le côté prescrit etc.
Ensuite vous ferez remettre de nouveau le candidat dans votre cercle, dans la même posture qu’en commençant et finirez là son ordination qui commence par les mots : je t’ordonne el t’institue grand arch. de l’ordre, etc, avec les mots et prière qui y sont attachés.
Puis vous communiquerez au candidat les mots, signes, attouchements, marches et cordons de son grade et le faites reconnoitre à l’assemblée qui suit sa réception.
Voicy rExconjuration du midy pour les équinoxes.
Je te conjure Satan, Belzébuth, Baran Lenatham 5 5 5 5 II
à vous tous, êtres formidables êtres d’iniquité, de confusion et d’abomination, à vous tous alerte, terreur et frémissement, prompts à ma voix et commandement, à vous tous Grands et Puissans Démons des quatre régions universelles, et à vous tous légions démoniaques,esprits subtils de confusion,d’horreur et de persécution, écoutez ma voix, frémissez lorsqu’elle se fera entendre chez vous tous en géné-
ral, sans clesliiialion et en particulier dans chacune de vos opérations maudites, je vous commande par celuy qui a prononcé peine de mort éternelle contre vous tous chefs des Démons régionnaires ainsi que contre vos adhérents séducteiirs des mineurs spirituels Divins. A toi directement, Satan, je t’exconjure, te lie et te borne dans ta région formidable par le nom du Très Haut Dieu Eternel Vengeur et rémunérateur Vaiir, 10° nom que le créateur amis réversible à la puissance de son Etre mineur pour avoir puissance et autorité sur toi et sur tous ceux qui sont à ta Domination Diabolique que par ce même nom trois fois Saint t’arrête éternellement et t’anéantis dans tes abîmes de ténèbres et de privation spirituelle, supérieure lo, majeure 7, inférieure 3 et mineure spirituelle Divine 4 que ma pensée s’opère sur toi, Satan, par ma toute puissance, et par celle de ceux qui m’environnent, que le Créateur a assujetti spirituellement pour être mon appuy, mon guide et mon bouclier invincible par toi et par aucun de tes adhérents contre lesquels je proteste pour une éternité et que j’abjure et maudis pour un teins immémorial. Je te commande, Satan, par les quatre puissances Divines, Vabaham 10, Vakiel 10, Diamel 10, Araï 10 et par celle des quatre chefs spirituels Divins régionnaires Diaphas 8 Darmaïn 7 Memaiaï 3 Heli 4 que tu sois par l’éternel contenu dans les bornes que je te fixe, que tu sois dépourvu à jamais de toute puissance et correspondance avec moi que toute action d’opération de ta part ne puisse parvenir chez moi que pour y être confondue et anéantie par moi selon mon pouvoir sur toi et sur tous les tiens, tes semblables et
égaux comme toi en vertu et puissance Démoniaque, que je borne et lie dans la région méridionale pour ta plus grande honte et pour celle de toute ta cour impie, qu’il soit fait ainsi que je l’ay conçu et que la puissance de riiomine Dieu de la terre l’a prononcé.
Amen.
L’on fera la même exconjuration pour Belzebuth Bar an et Léviathan immédiatement après celle de Sathan, en plaçant le nom de chacun au commencement de chaque exconjuration.
L’on présente le talisman dans l’angle du inidy lorsque Ton fait les quatre exconjurations.
Voilà, très cher maître, tout ce que nous pouvons vous faire passer pour le présent, Le va continuer de travailler à tout ce qu’il vous a promis. Les premiers grades sont fort avancés, quant à leurs simples ordinations, il vous sera aussi facile de les tirer du grand cérémonial qu’il vous le sera pour i’arch. c’est le même plan pour tous.
Mme pasqually vous laisse absolument le maître de choisir la couleur, le dessin, et le goût du gros de Tours broché que vous vous êtes chargé de luy faire faire. Elle vous fait mille compliments ainsique tous les frères de notre Orient ; elle est brune claire.
De Bordeaux le 8 juin 17^1
J’apprends avec bien du plaisir, T. P. IVP® l’heureuse arrivée de tous les paquets que nous vous avons envoyés.
Aussitôt votre lettre reçue j’ay fait part au de vos observations. Ce que vous dites avoir entendu de luy verbalement à Paris Ta fait appercevoir en
effet qu’il avoit fait une erreur dans l’instruction des différents travaux que nous venons de vous faire passer. Voicy le résultat de ma conversation avec luy à laquelle vous pouvez vous en tenir d’autant plus sûrement que cela s’accorde assez avec vos remarques.
Au lieu de deux travaux journaliers vous n en employerez qu’un qui sera l’invocation du premier paquet et qui commence par le mot ô Kador etc. 'Vous pouvez faire cette invocation tous les jours sans avoir égard ny aux mois ny aux jours de lune, ny même aux heures ; en observant toutefois de tracer le cercle et le W ainsi qu’il vous est permis et enseigné précédemment.
L’invoc. et exconj. de trois jours que vous avez n’est plus pour un travail journalier comme je vous l’avois annoncé ; ce sera réellement votre travail d’Equinoxe et je joins icy la manière d’y procéder.
Ce travail sera de trois jours en commençant du jour que le vous indiquera dans le tems par sa lettre d’avis.
Le premier, vous commencerez par l’exconjuration du midy que vous avez vue toute écrite dans ma dernière lettre ; cela fait, vous proférerez toute l’invocation de G. architecte que le M'" dit que vous devez avoir et en troisième lieu l'invocation du premier jour, du grand travail de trois jours que je comptais comme vous pouvoir servir au travail journalier.
Voilà le travail du premier jour.
Pour le second, vous répéterez comme au premier, l’exconjuration du midy, l’invocation de G. arch. et vouspasserez à la seconde invocation du grand tra\ ail.
Voilà pour le second jour.
Au 3 “ vous répéterez encore rexconj, du midy, Finvoc. de G. arcli. et de là passerez tout de suite à la grande exconj. du serpent sans répéter les deux invoc. attachées à ce travail.
Si dans le premier jour ou dans le second il se présente quelque chose, vous avez votre bouclier avec lequel vous pouvez être en sûreté.
Pour la grande invoc. de minuit précis et les petites invoc. particulières que vous demandez, le à, propos avant de vous les envoyer que ■V ous vous exerciez au travail que vous avez et que vous vous en teniez là pour FEquinoxe prochain.
Je me hâte de vous faire passer la nouvelle résolution du M dans la crainte que la lune devant bientôtrenouveler vous ne lissiez mal à propos usag'e des grandes invoc. que vous avez et qui ne sont pas faîtes pour le temps présent.
Nous avons des paquets assez considérables à vous faire passer, mais on attend la lin des copies des catéchismes et instructions relatives que vous demandez et sans lesquelles les grades vous seraient inutiles. D ailleurs je ne vous cacherai point que le M est un peu détourné tant pat* ses affaires personnelles que par l’assiduité qu’il doit avoir auprès du Prince de Rohan, notre archevêque qui le comble de bontés. Mais nous espérons dans quelques jours retrouver le calme. Ce qui nous retarde encor c’est la tonsure de G. F. Fournié, il y a eu des anicroches dans son affaire et il ne sera entièrement à nous que lorsqu’il sera satisfait de ce côté-là. de 1 cisqually vient d augmenter sa famille d’un gros garçon à la satisfaction générale de tous ceux qui
tiennent à la maison. Elle se porte à merveille ainsi que le nouveau né. Recevez les amitiés de tous nos frères et les assurances de la mienne en particulier.
Je vous salue par tous les nombres qui vous sont connus etc.
DE S*-M
S’il se présentait quelqu’un de confiance qui fit le voyage de Lyon à Bordeaux et de Bordeaux à Lyon, instruisez-nous-en afin que nous puissions profiter de l’occasion pour vous faire passer les plus gros paquets.
De Bordeaux le 7 juillet 1771
J’ay attendu pour répondre à votre lettre du i8 juin dernier T. P. M. que je puisse vous donner quelques nouvelles sur tous les objets qu’elle contient.
Je commencerai par vous dire que M. J. David à qui vous nous engagiez de nous adresser, se prête de la meilleure grâce à nos désirs ; il part du i8 au 23 de ce mois pour Lyon. Nous lui donnerons un paquet considérable pour vous. Le cérémonial qui doit s’observer dans la tenue des assemblées, pour l’ouverture, la fermeture, les illuminations, les consignes etc., ce cérémonial est suivi des trois grades bleus que vous savez devoir être donnés dans une seule réception, plus des grades d’Elu et des trois Coëns. Nous y joignons un catéchisme des trois grades bleus avec une explication commencée des difterentes questions de ce catéchisme. Cette explication est bien loin d’être achevée, par le peu que vous recevrez vous pourrez juger quelle en doit être la longueur. D'ailleurs puisque vous avez déjà quelques connaissances du traité, vous devez voir que Ton
/ peut suppléer à l’autre en grande partie. Aussi
quand ce traité sera fini et que nous pourrons vous l’envoyer vous pourrez vous passer du reste. Peutêtre même avec ce que nous vous envoyons, vos lumières naturelles et vos travaux serez-vous en état de faire face atout. Vous recevrez de plus par le même paquet le recueil alphabétique des noms que vous avez demandé dans une de vos lettres. Le y joint des hyérogliphes de prophètes et apôtres pour que vous sachiez où les trouver quand il vous dira de vous en servir. Quoique tous ces articles soientprécieux, nous ne croyons pas faire d’imprudence en les confiant à M. J. David. Ils ne luy seront donnés que sous le titre de papiers d’afiaires et de famille ; d’ailleurs celuy des FF qui luy en a fait la proposition est de sa connaissance M. David luy a fait là-dessus toutes les politesses qu’on peut désirer.
Quant à l’Exconj. et aux inv. de trois jours que le M'"® vous a prescrit pour votre travail d’équi. prochain, j’ignorois que vous en eussiez reçu un autre à Paris qu’il vous est recommandé d’employer de préférence à toute autre. Votre lettre le luy a rappelé malgré cela il persiste dans sa dernière décision dont je vous ay fait part,sçavoir que pour l’équi. prochain vous employerez l’invoc. de G. ar. que vous avez; vous y joindrez la première partie du travail de trois jours que l’on vous a renvoyé traduit en français pour le premier jour. Le second jour vous y joindrez la seconde partie ; et, pour le troisième jour, la troisième partie ne jugeant pas à propos que vous vous serviez encore pour cette année du du travail que vous avez reçu de M. de Grain-
villô à Paris et réservant le travail pour une autre année.
Je suis étonné que T article qu’on vous a envoyé pour votre travail journalier et qui est intitulé tra* çail journalier de R, ne commence pas par les mots O Kadoz, etc; autant que je peux me rappeler il n’est pas copié par moi et, peut-être a-t-on oublié de mettre ce mot au commencement pour que vous puissiez mieux vous assurer si l’on ne vous auroit pas envoyé une chose pour l’autre. Voicy mot pour mot comment le dit travail commence.
O Kadoz, O Kadoz, o Kadoz. « Qui m’accordera d’être comme j’ai été dans mon premier principe de création Divine? qui m’accordera encore d’être remis en vertu et puissance spirituelle éternelle etc. »
Gecy suftira pour savoir à quoy vous en tenir ; si l’on n’avoit oublié que les mots o Kadoz il vous seroit facile de les ajouter. Si l’on a au contraire, envoyé une chose pour l’autre, ayez la bonté de me faire passer une ligne ou deux du commencement et nous rectifierons l’erreur.
J’ay fait part au combien vous désireriez l’instruction pour les femmes ; il vous prie de ne pas vous impatienter sur ce point, il vous tiendra sa parole mais il est si peu disposé à présent à ces sortes de travaux qu’il ne croit pas devoir encore 1 entreprendre. Je vous dirai de plus que pour la grande invoc. de minuit qu’il vous a promise à Paris, il la juge inutile pour le travail qu’il vous prescrit cette année à votre équinoxe ; il vous enverra seulement les petites inv. particulières au moyen de quoy tout votre travail de cette année sera en règle.
Voilà, très G. i\r^ tout ce que je suis chargé de
vous annoncer de la part du W^\ Permettez qu’en mon particulier, je vous assure du désir sincère que j’aurois de pouvoir nous rapprocher l’un de l’autre et du véritable regret que j’ay de ne vous connoître que par lettres; j’espère que le tems achèvera une connoissance si heureusement commencép et de lacpielle j’attends toutes sortes de satisfactions.
Le de Graiville a reçu des non scelles du et nous a donne des siennes. V ous avez comme moi qu’il n’est pas aussi content qu’il voudroit l’être mais je ne peux luy offrir que le tems pour remède. Ce n’est que comme cela que je me traite.
Madame ainsi que tous nos frères sont fort sensibles à votre souvenir, ils me chargent de vous saluer de leur part.
Adieu, T. P. priez l’Eternel qu’il m’accorde ses bénédictions, je vous payerai de retour. C’est un service que nous nous devons les uns aux autres.
DE Saint-Martin.
Le 14 Juillet 1771
Nous avons remis hier, M et ch. M*^“ à la personne dont nous sommes convenus tous les objets dont vous avez dû trouver la note dans ma dernière lettre Cette personne doit être dans votre ville dans les premiers jours du mois prochain. Août ; et vous remettre le paquet en question aussitôt son arrivée. D’après les indices marqués sur le cahier des G. il vous sera facile de trouver dans le cahier des noms ceux qui conviennent à chaque endroit; la lettre et le nombre'sont tout ce qu’il faut en fait de renseignement. Vous trouverez dans le cahier des noms
quelques lacunes; le n’a pu encore les remplir et ne peut savoir même quand il le pourra, mais elles sont en très petite quantité et ce que vous recevrez est plus que suffisant pour ce que vous aurez à faire. Je ne vous cache pas ch.M. que les travaux que nous faisons pour vous et pour les autres chefs sont dans le cas d’éprouver quelque inlerruption. Le se dispose à faire incessamment un voyage à Paris pour des afï'aires d’intérêt très importantes; nous ignorons combien de temps il sera absent et nous ignorons si en son absence il nous sera libre de disposer des matériaux, c’est ce qui fait que je me lélicite d’avoir pu avant son départ vous donner au moins de quoy attendre. Je ne sais point au juste quand il nous quitte mais j’imagine que nous pouvons encore recevoir de vos nouvelles avant son départ, ainsi je.vous prie de nous accuser la réception de Tenvoy dont il s’agit.
Adieu, Monsieur, Recevez les salutations de tous nos amis.
Du août 17^1 samedy.
J’écris au S" M® lui demande des instructions pour le travail qu’il m’a prescrit pour l’Equinoxe de 7 e.
Je luy fais part des motifs de la retraite du P® Sellonf et lui demande son avis pour la suite.
Du 3 aoust 1771 .
Je propose à M. de Saint-Martin 8 questions qui m’ont embarrassé pour conférer le grade de G. A. et luy demande quelques instructions pr conférer les 3 grades simboliques réunis en un seul et les 3 grades Goëns réunis de môme
(Note de Willermoz)
Bordeaux le la aoust
Je suis fort satisfait, T. P. cpie notre envoy soit arrivé à bon port, je voudrois qu’il fut en mon pouvoir de vous faire passer aussitôt que vous le désireriez les autres objets. Mais le qui est parti pour Paris le 5 de ce mois ne nous a laissé aucun ordre là-dessus. Son absence vous met également dans le cas d’être retardé dans les réponses aux questions que vous luy faites sur votre prochain travail d’E. Nous luy ferons passer votre lettre au premier jour, mais je crains que pour cette année cela n’aille pas encore selon vos désirs. Le Maître est tellement occupé d’affaires temporelles qu’il m’a fait entendre qu’il n’y auroit aucun travail cet équi Mais il vous fera sçavoir plus particulièrement sa volonté nous luy demanderons aussi par le premier courrier la permission de travailler à vos affaires et nous nous y mettrons aussitôt que nous en aurons reçu l’ordre. Nous observerons à l’avenir tout ce que vous me faites remarquer sur l’ordre dont nous aurions pu accompagner votre dernier envoy. Si l’on a écrit dans toute l’étendue des pages c’est pour diminuer les volumes autant qu’il est possible, le principal est que vous ayiez les choses sauf à vous s’il vous reste du loisir de les rédiger ensuite selon votre commodité mais nous vous épargnerons autant de peines que nous pourrons.
Quand aux éclaircissements que vous daignez me demander directement, je crains de ne pouvoir vous satisfaire parfaitement sur ce point mais comme le M^**" est absent je suis forcé de vous dire ce que je pourrai.
Vous me demandez premièrement les tableaux de
chaque grade, je n’en ay aucun, je n’en ay même jamais vu qu’entre les mains deM. de la Chevalerie mais je crois qu ils sont plus nécessaires pour votre instruction particulière que pour conférer les grades ; puisqu’il vous a été dit de n’en conférer jamais en entier cérémonial tant que vous n aurez pas un monde suffisant et que vous devez vous en tenir à la pure et simple ordination pour laquelle vous n’avez ebsoin que d’un seul cercle selon l’instruction que vous avez reçue sur le grade de G. A. je vais suivre toutes les questions que vous me faites en dernier lieu sur ce d. grade.
1“ Vous pouvez seul faire les ouver. clôtures, consignes, donner les mots et les batteries parce que les officiers que vous pourriez avoir en personne ne seroient que des ligures des sujets spirit. que vous faites mouvoir à votre gré.
20 pour la conse. des céré. je crois qu’il est mieux de dire le psaume entier quam dilecta etc. 83 . qu’un seul verset, au moins dans 1 incertitude je vous con** seille de prendre le parti le plus sûr.
3o Pour la conse. et exor. des 4 angles, je crois qu’ils ne consistent qu’à conjurer et molester vivement le mauvais et à le contenir par quelques mots puissants que vous attachez à chaque angle. Cette molestation est arbitraire et tire sa plus grande force de l’intention qui donne vertu aux paroles que vous prononcez. J’ay toujours vu faire au cette cérém. debout, je ne peux vous fixer les mots pour cet article.
4“ De toutes les batteries qui appartiennent aux grades qu’on vous a envoyés, je ne^connois que celle de loi du G. R. qu’il soit permis d’abréger en décri-
vaut un carré et un coup au centre. 11 n’est rien dit sur les autres batteries, je pense même que celle de^ 8 i ne doit souffrir aucun changement parce qu elle contient en elle une double puissance qui n est point à la disposition de riiomme.
5 Pendant que le candidat fait la purification votre prière dans l’angle d’est doit se faire à basse voix et prosterné. Cette prière, je crois, n’est appelée sûreté qu’en ce qu’elle est remise au choix de lopérant. C’est vous meme qui devez la produire selon voire désir et vos besoins ou ceux de vos sem blables, je crois que c’est là le vrai moment de demander des grâces.
Pour les mots et paroles qu’il faut communiquer au cand. je trouve ceux-cy dans le registre original des grades: ïmn, ïwa, moseph, aaron, ur betsaleaU heibli, laiiagdU harmon, zezbaoth, abigdi.
e crois pas cependant quïl faille les donner tous, cela est remis à votre prudence ainsi que le choix de ceux que vous voudrez communiquer.
Dans la réduction des 98 boiig. à i;? il n’est question que de boug. des cercles et nullement des correspond, ny vautours. Je ne sais pas même si • dans la simple ordination il ne vous est pas dit de supprimer les vautours et les angles et de vous en tenir a un seul cercle, mais en tout cas que vous les employiez il leur faut leur lumière.
8 « Pour l’encouragement des angles et des vautours je crois qu il se fait tout simplement sans invocation et vous contentant de prier sans cesse à votre gré pendant cette cérémonie ainsi que dans tous les aures iiUerta es où votre parole n’est pas occupée par ^ loi du travad. Je le crois ainsi parce qu’avant cet
encensement tous les angles sont consacrés et vous n’avez pu y attacher aucun mot sans invocation de même que pour les efïacer ou les relever soit dans les cercles du centre, soit dans les correspondances vous ne pouvez vous dispenser de l’invocation si c’est sur le bon et de 1 exconjuration si c’est sur le mauvais, je regarde cecy comme une règle générale.
Quant aux trois grades symboliques réunis en un vous pouvez en commençant le trav. donner tout de suite la batterie de M. vous ne ferez non plus sur votre cand. que ce que vous trouverez de plus essentiel dans chacun des trois grades. Sans cela la cérémonie serait très longue.
Vous me dites que vous suivrez la même règle pour les 3 grades de coën.
Je vous observerai que l’on n’est pas dans l’usage de les donner tous trois à la fois comme les 3 symboliques, il laisse même d’assez longs intervalles entre chacun selon toutefois les dispositions du sujet, il est vrai que je les ay reçu tous trois à la fois, mais je ne sais pas si cela vaut mieux. C’est le M‘'° de Balzac qui me les conféra.
Voilà, très G. tout ce que je suis dans le cas de vous dire ; vous voyez par mes doutes àmoi-mème combien vous devez peu compter sur les éclaircissements que j’entreprends devons donner. Je ne doute point que vos lumières n’y suppléent. Si cependant vous étiez dans l’incertitude je ne vois d’autre ressource que de vous adresser directement à notre général. Je ne sais point encore son adresse, sitôt que je l’aurai je vous la ferai passer ou plutôt je laisserai ce soin à M. l’abbé Fournié. Je luy réserve cette occasion pour vous remercier de l’intérêt que vous prenez à ses af^
faires. Il est enfin tonsuré depuis le mois dernier, il ne luy faut plus cpi’une abbaye pour être tout à fait tranquille, en attendant il sue sang et eau après son latin, car il n’en sait pas un mot, et il voudrait bien ne pas exposer l’honneur de sa robe.
Madame me charge de mille compliments pour vous, elle est fort contente de réchantillon, elle vous prie d’envoyer la pièce par l’occasion la plus favorable et la moins coûteuse, elle vous demande en même temps d’envoyer le prix.
Adieu T. Ch. M*'® je me recommande toujours à vos bonnes prières et suis avec tout l’attachement que je vous dois etc.
DE S^-M
Tous nos frères vous saluent.
Bordeaux le 18 janvier 1772
Au nom de l’Eternel, amen, joye paix salut et bénédiction à celui qui m’entend.
T. P. Mt-
Nous sommes tous très sensibles aux vœux que vous voulez bien faire pour nous au renouvellement de cette année. Les nôtres ne sont pas moins sincèrespour votre satisfaction.
Vous devez avoir reçu dernièrement une lettre qui Vous donne avis du jour où vous commencerez vos travaux et qui contient aussi la petite invocation qui vous manquoit, mais puisqu’il vous reste encore quelque incertitude sur l’espèce de tracé qu’il vous faudra employer, le vous enverra incessamment un plan complet de trois cercles qui lèvera toutes ,es difficultés. Il ne peut guère vous envoyer encore
maintenant T instruction que vous a promise X pour la réception des femmes; il vient de se remettre à son traité qui l’occupe tout entier. Les voyages continuels qu’il a faits l’année dernière J’onl empêché de vous tenir sa promesse au sujet de cet ouvrage, mais il ne l’a point oublié pour cela ; il va faire copier ce qu’il y a de fait de ce traiié et vous le fera passer par la premièce occasion favorable ou par l’adresse que vous voudrez bien nous indiquer car nous avons eu l’étourderie de perdre celle que vous nous aviez donnée à Paris. J’espère enlin, très cher maître, que rEternel exaucera la persévérance^ de vos désirs et que vous jouirez un jour des convictions que vous méritez au moins par votre contiance mais quand cela ne serait pas ou que cela fut ditléré, il ne faudrait pas vous en alarmer. Si vous avez la conviction du cœur, elle est au dessus de toutes les autres,
Permettez qu’en particulier, je vous fasse mes remerciements de toutes les honnêtetés que vous avez la bonté de m’adresser; coque j’ay fait pour vous n’est rien auprès de ce que je voudrois faire et, d’ailleurs, sans avoir l’honneur de vous connaître particulièrement, je sais tpi’en travaillant pour vous, on est complètement payé de ses peines.
Adieu R. Ch. M*"** que l’Eternel veille sur vous, sur moi et sur tous les hommes. Amen.
DE Saint-Martix.
Ce 27 janvier 1772
Voicy, monsieur et Ch. iVr'“ le plan qui vous a été annoncé dernièrement. Je crois que vous avez été prévenu dans l’avis qu’on vous a donné qu’il seroit de quatre cercles. Mais depuis, le maître a jugé à
propos de n’en mettre cpie trois pour ne pas trop nous surcharger. Ce plan est tiré de celui du G. A. qui vous a été envoyé l’année dernière. Vous voyez que la partie du Sud est séparée de tout le reste par des lignes ponctuées qui vont depuis le centre jusqu’à l’extrémité du dernier cercle c’est pour vous iiidicpier qu’il n’y a rien à ajouter ny à diminuer dans la partie qui se trouve renfer’niée entre ces deux lignes et que vous ayicz à tracer lidôlement tout ce qui appartient à cette partie du sud. Quant aux autres parties, vous observerez qu’elles sont composées dans chacun de vos trois cercles de quatre noms, ce qui fait douze. Vous tracerez également ces memes noms avec les hiéroglyphes et les caractères auxquels vous les voyez attachés; mais la petite ligne ponctuée que j’ay mise au dessus de chacun de ces douze mots est pour vous marquer la place où vous placerez vous même dans le plan ou le tracé douze autres mots qui se joindront chacun aux douze premiers en cet ordre, Vous clioisirez soit parmi tous les noms de votre invocation de G. A. que vous avez, soit dans le cahier des 2400 noms que vous avez aussi: trois Dénaires, trois huiténaires et vous distribuerez ces douze noms dans vos trois cercles selon votre gré, mais de manière que dans chacun de vos cercles vous ajoutiez quatre des noms que vous aurez choisis en observant que ces quatre noms portent chacun l’un des quatre nombres indiqués, savoir un dénaire, un huiténâire, un septénaire et un ternaire. Vous prononcerez dans votre travail chacun de ces douze mots par jonction avec chacun des douze premiers mots auxquels vous les aurez attachés.
Le mot (lu cciilre reste seul et u’est j)oiiit compris dans la présente instruction.
Vous j)Ouvez remarquez qu’au dessous de chacune des petites lignes ponctuées dont je vous ay parlé, il y a un caractère ou un hiéroglyphe qui est seul et sans aucun mot. Vous les tracerez tels qu’ils sont sans y rien ajouter, ce sont des caractères ou liiéroglyphes de Patriarches,de Prophètes et d’Apôtres que le joint à votre travail pour en augmenter la force et contenir d’autant plus le mauvais. Vous aurez néanmoins la plus grande attention (rol)servcr si (|uclqu’une de ces ligures ou des autres quelcompies vous est rendue et de l’envoyer au Maître qui en fera Tusage (pi'il jugera à propos pour votre avantange et jmur votre instruction. 11 me reste à vous parler des quatre petits cercles de correspondance. La lettre qui est marquée dans chacun de ces quatre cercles vous indi(pie que vous ayiez à prendre dans votre cahier de 2500 noms (jiiatre mots cpii commencent chacun par F une des quatre lettres marcpiées et qui portent chacun le nombre écrit auprès de la lettre. Ce seront ces quatre mots (jui garniront vos quatre cercles de corresi)ondance dans votre travail. Le nombre et la place des bougies sont désignés. Vous en avez 7 au cercle du centre y compris celle du double V.,'troisau cercle du milieu,trois au cercle extérieur et ({uatre dans les correspondances ce qui fait en tout 17. Vous savôz cpie ce sera parmi les noms de votre invocation de G. A. et parmi ceux du travail ({lie vous aurez à choisir les sept mots que vous em- {^loicrez dans votre invocation {larticulière et que parmi ces sept vous {irendrez pour chef celui qui vous agréa le plus, avec la liberté de prendre parmi ces
sept un autre chef si celui que vous aurez choisi d’abord ne vous convient pas. Vous sçavez de plus tout ce qui est relatif àrilluinination,aux parfums,aux conjurations et autres préparations,ainsi Tr. Ch. je n’ay plus qu’à former des vœux pour votre satisfaction, je ne vous demande pour toute récompense que de me mettre au nombre de ceux pour qui vous demanderez des grâces ; je suis encore trop jeune pour pouvoir porter la main à l’encensoir et tout ce qnil m’est permis c’est de solliciter les bénédictions des prêtres du Très Haut. Adieu, T. Ch. que T Eternel vous lienne i)Our un temps immémorial à sa sainte garde Amen.
DE Saixï-Maiitin.
Tenez vous toujours prêt pour le 5 du mois de mars prochain.
Réponse s’il vous plaît à lettre vue.
Au nom de l’Eternel Amen.
Bordeaux le 14 Février I7T2,
Je réponds à vue à votre lettre du 5 de ce mois, très P. selon vos désirs ; il n’est pas possible au M‘™ de remettre au 9 mars le travail qu’il vous a près crit, tous ses arrangements et tous ses ordres sont donnés pour le cinq. 11 ne pourroit les changer sans un embarras considérable et sans exposer peut-être des R. éloignés qui sont déjà avertis à manquer l’époque lixée pour les travaux qui doivent se faire de concert. Tâchez donc de surmonter de votre mieux les inconvénients du carnaval ; si sans nuire à votre préparation vous pouviez vous prêter aux réjouissances en usage dans les familles, cela n’en seroit
que mieux pour sauver la singularité ; le pré¬
tend même que votre travail pour cette année n étant point encore de la première force, il n’exige pas des préparations aussi rigoureuses, cependant comme il n’a rien déterminé de fixe sur ce point, je vous exhorte toujours à observer exactement tout ce qui vous aura été enseigné et si vous croyez même que la présence du monde y soit un obstacle, livrez-vous à tout le recueillement que vous croirez nécessaire, dans ce cas vous pourriez feindre quelque indisposition pour colorer votre retraite ou votre jeûne, enlin employez toute votre prudence pour concilier vos devoirs avec les complaisances mondaines dont vous ne pourrez absolument vous dispenser. Voicy ce que le maître me charge de vous dire sur les quatre autres questions relatives à votre travail.
le Vous ferez en tout quatre prosternations en commençant par l’ouest, de la a l’est puis au nord et en lin au sud. Vous n’en ferez point au centre, cela demandant plus d’usage et de force que vous n’en pouvez avoir encore.
oc Vous prendrez les consécrations des 4 angles ou cercles de coiTespondance dans le travail des 4 c. remis par M. de Grainville. 3® Vous placerez les bougies des absents sur la circonférence du cercle de correspondance de l’Est et cela sur la partie de cette circonférence qui regarde les cercles. Vous placerez dans celte partie cinq bougies pour les personnes suivantes, M. de Luzignan, M. de Grainville, M. de Ghampoléon, M. de Balzac et le 4" Pour la contemplation des passes, vous vous placerez dans le cercle d’ouest.
G ’est là, je crois, très P. M., tout ce que vous dési-
riez pour le moiuent présent, si, d’apres rexaiiien que vous avez dû faire du travail en question il vous est survenu quelques autres difficultés, je me ferai un x^laisir de vous faire passer toutes les solutions que le en donnera.
Je n’ayplus qu’une chose à ajouter et qui me regarde personnellement, c’est de vous rei)résenter qu’il est inutile que vous me qualifiiez sur mes adresses d’ancien officier au Régt de Foix. Je me suis retiré trop jeune du service pour en avoir pu nu'riter les réconmpenses et encore moins les grâces.
Aussi je n’ay plus d’autre titre vis-à-vis des hommes que mon nom. Je suis néanmoins sensible à vo tre politesse, mais comme elle me donne une qualité qui ne m’est pas due, vous me ferez plaisir de la supprimer.
Adieu T. P. AP' que FEternel veille éternellement sur vous, je me recommande toujours à vos bonnes prières. Tout notre Orient vous salue.
Le de Grainville m’a fait part de ses adlictions.
Au N. D. G. A. D. L.
J. P. S. et B. à Celui qui m’entend. De l’or, de Tours. Style V. le i5 mai
T. H. et T. P.
J’ayeu, en effet, le plaisir de recevoir de vos nouvelles par les f; ; de Bordeaux que j’ay prié également de vous assurer combien j’étois sensible à votre souvenir et à votre amitié, mais je suis infiniment plus flatté d’en recevoir de vous directement les témoignages. Je désirerais de tout mon cœur
pouvoir satisfaire vos désii's sur le sujet de votre lettre mais je n’ay, ni iiay jamais vu aucune pièce relative à cet objet. Cependant il ne faut pas que cette disette prive Madame votre sœur de la faveur que vous lui voulez faire, il faut suppléer à ce qui vous manque et je n’y vois pour moi aucune difficulté. L’àme féminine ne sort-elle pas de la même source que celle qui est revêtue d’un corps masculin ? nat-elle pas le même œuvre à faire, le même ennemi à combattre et les mêmes fruits à espérer ? Ne doitelle donc pas par conséquent avoir les mêmes armes? Je ne verrois donc nul inconvénient à employer les mêmes emblèmes de puissances sçavoir le triangle, le réceptacle et la circonférence que vous traceriez sur les différentes parties du corps selon qu’il est indiqué dans les grades que vous avez pour les réceptions des hommes. Vous allumeriez le feu nouveau comme pour eux, traceriez le cei\ simple ou avec le triangle soit simple, soit double en raison de ce que vous voudriez figurer dans la réception. Enlin vous observeriez les mêmes préparatifs et les mêmes cérémonials qui vous sont indiqués dans tout ce que vous avez d’écrit sur ces matières et j’ose répéter avec assurance que je n’y vois nul inconvénient. Comme il y a néanmoins une dilYérence dans les privilèges qui sont accordés aux hommes en ce qu’ils sont les aînés je n’emploierois à votre place pour toutes les femmes que des mots de simple puissance mineure quaternaire pour constituer leur infériorité à l’égard de riiomme à qui la double puissance est réservée ; en usant de cette prudence T. Ch, je ne crois pas que vous puissiez errer, d’ailleurs ce ne peut être dans les premiers pas que l’on fait dans
Tordre que les extensions en tout genre soient si à craindre ; il faudra du teins sans doute avant que Ton prenne les dernières précautions avec Madame votre sœur et que les erreurs qu’elle ou vous pourriez commettre sur elle soient dangereuses. Tout votre objet actuel doit être de la mettre dans le cas d’entendre les instructions (jue vous aurez à lui donner et je présume que tout ce que je vous indique est suflisant. Le temps nous indiipiera davantage ; à mesure que les besoins naîtront, il faut espérer que les lumières vous viendront aussi. Je souhaite que ce petit exposé vous tranquillise assez pour vous engager à nous donner une sœur qui nous sera chère à toute sorte de titres.
Je loue votre constance, T. Ch. M‘" et ne cesserai de vous exhorter à y persévérer. Ce n’est point sur nos succès que nous devons nous mesurer, c’est sur Tétat de paix, de confiance, d’humilité et de courage où nous nous trouvons. Le reste est entre les mains de Celui qui nous conduit et si nous pouvions ne jamais oublier qu’il ne nous doit rien, la patience nous soutiendroit toujours et fermeroit la bouche aux murmures. Je ne pourrois guères à la lettre me féliciter plus que vous des résultats de mes travaux mais j’espère, Dieu aidant, n’en jamais attribuer la cause qu’à moi même, d’autant que j’ay eu d’ailleurs assez de satisfactions pour me faire Sentir qu’il y en a bien d’autres à avoir et que le seul secret est de travailler à se rendre digne de les mériter.
Je reçois dans ce moment une lettre du f “ Jance qui m’indique les mômes adresses que vous me donnez, je vais lui récrire pour le prévenir que je n’en ferai point usage pour ce moment.
Adieu T. Ch. M‘'' conservez moi toujours T attachement dont vous voulez Ijien me donner des assurances aujourd’huy. Si de teins en teins il vous prend envie de m’en ratraîchir la mémoire, soyez sûr que rien ne sera jilus agréable pour moi que d’entretenir un pareil commerce avec vous, ils devroieiit tous être de cette espèce et n’avoir pour base que l’amitié et la vertu. Tant que vous n’aurez que des lettres simples à m adresser, dispensez-vous, je vous en prie, de les alTranchir ; comme je dois partager les plaisirs de notre liaison, il n’est pas juste que je vous en laisse porter toutes les charges. Adieu, que l’Eternel veille sans cesse sur vous, c’est le plus bel adieu que je puisse vous faire.
DE S^-Martin R.
Si vous me faites l’amitié de m’écrire avant votre départ de Paris, ayez soin que votre lettre parte ou un lundi ou un jeudi, parce que sans cela il y auroit beaucoup de retard vu que n’ayant pas de chez moi je suis obligé de suivre les miens à la campagne pour tout l’été.
Au N. du G.A.d.L.Amen J.P.S. et B à celui et ceux qui m’entendent. Amen.
De l’o. de Tours. Stile vulgaire
Le 16 Août 1773.
T. h. et. t. p.
Le d’Hauterive me fait beaucoup de grâce de me juger digne de vous être utile et à votre temple. Si le désir et la bonne volonté se comptent pour quelque chose je pourrois espérer de répondre à ses vues ; quant aux lumières, il sait qu’habitant une
forme de matière les ténèbres sont mon partage. N’importe, mon zèle pour la vérité et l’espérance d’en jouir un jour me donnent de l’ardeur pour tout ce qui peut m’y conduiré et je ne négligerai jamais, Dieu aidant, l’occasion d’y travailler. Je suis donc tout prêt de me rendre auprès de vous, je n’ay point d’affaires majeures qui me retiennent icy ; Je suis libre de vous donner le teins que vous voudrez et de partir au premier jour, je serais même charmé de pouvoir vous joindre avant le prochain Eq, afin de joindre mes travaux aux vôtres et de pouvoir nous soutenir mutuellement. Je ne vous demande que de me donner quelques renseignements sur ma route. Si vous le pouvez selon la carte, le court me paroit être par le Berry et par le Bourbonnois; alors je serais oliligé de faire la route à cheval n’y ayant point de voitures publiques dans les traverses. Si par vos connaissances à Paris vos pouviez me fournir quelques occasions j yrois les prendre dans la capitale, mais sans cela je n’y passerai point, ce seroit le plus long et le plus dispendieux. Je vous demanderois aussi de me retenir un logement pour moi, le plus à portée de vous qu’il seroit possible, je ne connois point du tout votre ville et n’ay de préférence pour aucun quartier si ce n’est le vôtre. Si vous pouviez m’y trouver une pension honnête, sans luxe, je laprendrois volontiers plutôt que de vivre à l’auberge ; outre la tranquillité, j’y trouverois de l’économie et ma fortune quoi que devant être considérable un jour, demande cependant que j’y regarde encore aujourd’huy. Adieu, Monsieur et T.Ch. Saluez de ma part tous les membres de votre Orient et particulièrement Madame votre sœur que je félicite de tout mon cœur de son
admission dans l’O. Je nie fais une fêle de les saluer tous en personne, je n’attendrai que votre réponse pour me mettre en route . Adieu, priez pour inoi comme je le fais pour vous afin que rEternel veille sur nous tous, ce n’est que là que nous trouverons la science et la paix.
DE S*-Marïin R.
AiiN. D.L>I<. amen De Tours le 3 o aoust 1773
Depuis ma dernière, T. ch. M'"'* j’^^y trouvé un moyen de faire ma route qui rend inutiles tous les soins que vous vous ôtes donnés pour moi : on me prête une chaise de poste que l’on m’engage même à veiidre à Lyon si je le puis ; j’ai fait mon calcul et je trouve qu’il ne m’en coûtera pas plus en poste que par toutes les autres voitures auxquelles j’avois pensé vu la célérité et que je porte avec moi tous mes équipages, ainsi telle est la manière dont je voyagerai. Si yr® Razuret m’écrivent, je leur ferai cette réponse. Je voulois même leur écrire sur le champ pour les prévenir de cesser leurs recherches mais j’ay rélléchi que c’étoit fait à présent ou le seroit avant qu’ils eussent ma lettre. Il faut donc les voir venir. Quant aux frais de ma route, je vous prie, ainsi que les membres de votre F. de ne pas songer à m’en tenir compte; je suis décidé à ne vous être à charge en aucune manière. L’argent n’est rien en comparaison des profils que je compte faire avec vous et j’espère bien que les sommes que je vais dépenser me rendront plus que leurs intérêts par les travaux et les fruits que je serai à portée de cueillir chez vous. Pour la pension que je vous ay
engagé de me trouver s’il ctoit possible, pourquoy l’aller chercher si loin et seroil-il si diOîcile de nous arranger ensemble. Si cela se pouvait, je vous avoue que je le préfererois à tout ; je suis persuadé que personne ne pourroit être dilïicile avec raison chezvous, mais pour vous mettre plus à votre aise, je vous préviens que je le suis moins que qui que ce soit et que ma vie animale n’est presque rien. D’ailleurs ce seroitune occasion journalière de nous voir et vos affaires sont si multipliées que nous ferions bien l’un et l’autre de proliter de tous les moments. En mon particulier, je le souhaite beaucoup, vos lettres m’intéressent, j’ay la plus grande envie de vous connoître et je ne doute point du plaisir que j’en retirerai, enfin c’est une proposition que je vous fais et que vous pèserez à votre loisir.
Il ne reste plus qu’à vous parler du teins où je pourrais me rendre à Lyon; ce sera toujours, comme je vous l’ay promis, je compte même avoir le plaisir de vous embrasser avant le lo du mois prochain, ainsi nous aurons le teins de nous disposer à l’ouvrage.
L’état de Mme votre sœur me fait beaucoup de peine. Dieu est bon. Dieu est puissant et avec lui le courage et la conliance mènent bien loin. Il ne défend pas cependant les secours naturels qu’il a remis à nôtre disposition, au contraire il les ordonne, ainsi je vous exhorte de tout mon cœur àôn faire usage, je vous exhorte encore plus à en accélérer la vertu par la prière. Adieu, T. ch. que le S. M. veille sans cesse sur vous et sur moi ^ amen. Adieu, vous me verrez problablement peu de tems a près ma lettre.
Au N. de L. A.
De Gênes 2 8 bre 1774
Nous soiiiiues arrivés icy T. ch. M'" en fort bonne santé avant hier et apres une assez heureuse traversée, respirant fun et l’autre après le inonient désiré de recevoir de vos nouvelles, mais quel rabatjoye pour nous quand on nous dit que le courrier de France a déjà retardé de deux jours, nous attendons le troisième, rien. Entin, il arrive le quatrième, mais ce n’est que pour nous faire encore plus enrag‘er puisqu’il n apporte rien de votre part, ni de celle de la mère.Je vous avoue que j’ay été vivement contrarié. Cependant, mon compagnon de voyage me fait faire une réflexion tpii vous décharge pleinement et qui par conséquent retombe sur luy ; il m’ta dit vous avoir donné jusqu’au 25 pour nous écrire icy, mais il n’a pas fait attention que le 25 n’était pas un jour de courrier et que les lettres que vous écriviez ce jour là qui étoit un Dimanche ne pourroient partir que le vendredy suivant. Je ne doute donc pas que le courrier prochain ne nous fasse voir de votre écriture, mais nous ne pourrons la recevoir qu’à Alexandrie où nous nous rendons demain et où l’on nous enverra d’icy nos lettres si nous en avons. Je n’ay rien répondu, T. ch. Ar'* aux choses obligeantes que vous voulez l)ien me dire dans votre lettre que j’ay reçue à Marseille ensemble avec celle de la mère, vous devez être sûr de ma reconnoissance et de mon amitié et ma lettre d’Aix peut vous en servir de témoignage.
Attendons patiemment les envoys que d’Hauterive nous annonce de la part du M'" quant a sa personne je n’ay jamais compté siu' la promesse qu’il
nous faisait de repasser en France cette année. Je désire sûrement de le revoir, mais ce sont des désirs qu’il nous apprendra je crois longtemps à dévorer, La volonté de Dieu soit faite ; remerciez, je vous prie le T. ch. Orsel des marques d’amitié qu’il veut bien me donner en son nom et en celui de tous les nôtres, assurez les tous de la mienne et qu’aucun de vous ne m’oublie dans ses parfums. Adieu, j’attendrai avec impatience notre sort que le courrier prochain vous apprendra. Adieu, que l’Eternel veille sur vous
De Goni le 11 1774
11 va deux jours. T. Ch. . que nous sommes arrivés icy Mon compagnon de voyage y a apporté un petit mouvement de lièvre occasionné par une constipation laquelle provient d’une mauvoise nourriture dans l’auberge d’Alexandrie et de la fatigue du voyage. Nous espérons que cela ne sera rien. En arrivant on l’a fait évacuer par des lavements en un vomitif ; on comptait le purger aujourd’hui mais la fièvre s y est opposée. On lui a tiré un peu de sang ce qui a déchargé la tête et demain si la' lièvre tombe on le purgera. Je ne vous donne cet avis que pour que vous ne soyez pas inquiet de ne pas recevoir de nos lettres de Turin aussitôt que vous l’auriez compté Nous ne nous y rendrons qu’après le rétablissement de votre cher frère et je ne soulfrirai pas qu’il se mette en route imprudemment, quelque plaisir que j’eusse a accélérer le moment de vous embrasser. Son état n’est nullement inquiétant, si la fièvre ne s’était pas montrée dès le premier jour, j’aurais fait usage de mon sel qui aurait dégagé toutes les voies et rétabli
la coinmuiiicalion niais j’aurais craint de trop irriter et d’occasionner peut-être de riiiQannnation.
Je l’ai remis entre les mains du médecin, chirurgien et apothicaire, je me borne à être le garçon de la chambre. Vous aurez très exactement des-nouvelles de votre malade sur le compte diupielje vous exhorte à être fort tranquille ; il est en bonnes mains. Le médecin qui le voit me paraissant sage et instruit. Vous pourrez nous écrire à Turin jusqu’au 21 du courant, il me charge de tous ses compliments pour ses frères, sœurs, neveux et nièces etc. et pour preuve que je ne l’ai pas encore vendu pour lioirc, il va luimême signer ma lettre.
A. VilleRMOZ.
En mon particulier, T. Ch. ]\T‘® je me recommande à votre souvenir, à vos bonnes prières et à celles de tous les nôtres; je me faisais une fête d’arriver à Turin, ne doutant pas que je n’y trouvasse un courrier intéressant. Mon étoile en dispose autrement et veut absolument diiférer mon plaisir, sa volonté soit faite. Tout ce que je souhaiterais, c’est que ce ne fût aux dépens de mon compagnon de voyage dont la santé se serait très bien passée de cette aventure; nous avions été trop heureux juscjue là, on a voulu nous apprendre que nous ne pouvons compter ici bas sur deux pas assurés. Je vous prie d’embrasser de tout votre cœur la petite Mère —; moi jene lui écris pas aujourd’iiui par l’occupation que me donne notre malade et parce que j’ay plusieurs lettres à faire pour Paris et pour Bordeaux. Je m’en dédommagerai le plutôt que je pourrai, elle peut compter ainsique vous que malgré notre séparation je trouve moyen de
me rapprocher souvent de la maison paternelle. Adieu, T. et digne ami, Adieu l)onne petite mère, je vous embrasse tous aussi tendrement que Gli.
je vous chéris. Adieu, Adieu, Adieu.
De Coni le 21 8’**'o 1774
Le cher frère est entièrement hors d’affaire, T. Ch.
Voilà sept jours qu’il est sans fièvre, il a pris l’air ces deux derniers jours et ayant lini hier toutes ses affaires, il a résolu de partir aujourd’hui plutôt que de rester un jour de plus comme on le lui conseillait, il donne pour ses raisons qu’il se trouve bien et qu’il s’ennuirait de passer icy une grande et belle journée à ne rien faire. Moi je ne m’y oppose pas, d’autant plus que nous ne ferons aujourd'hui que deux postes i/ 2 , n’allant qu’à Saluce et que le chemin est comme le plancher d’une chambre, notre voiture est Imnne, je ne vois donc à cela pas la moindre imprudence, je cède et me laisse entraîner; de vous dire qu’il m’en coûte je mentirais. Je trouve mon séjour icy bien long, nmii compagnon doit encore le trouver beaucoup plus long puisqu’il était le patient et que je n’étais que le spectateur. Enfin de son côté comme du mien, vous pouvez être sûr qu’il y a un vrai désir de se rapprocher de nos foyers.
Je ne peux vous en dire bien long cette fois attendu que nous avons une malle et tous les paquets à faire, tous les mémoires d’apothicaires à payer et que nous voulons partir dans deux heures afin de marcher par la chaleur du jour. Je vous quitte donc en vous souhaitant bien de la santé et de succès dans tout ce que vous désirez mais principalement dans l’objet qui vous est essentiellement utile comme à tous les
homines. J’ay eu la nuit d’avant celle-cy quelques légères indications dans les({uelles Grainville jouait le princi})al rôle, mais je m’y reposerais peu si le soir qui a précédé cette même nuit je n’eusse eu tout éveillé et me tenant au pied du lit de votre frère plusieurs traits, globules et sensations qui m’annonçaient qu’alors je n’étais pas seul. Quant aux interprétations j’y suis tout aussi neufcpi’à l’ordinaire et je ne crois pas y acquérir jamais de grandes satisfactions tant que je ne jouirai pas des circonstances propres à y travailler à loisir, ce n’est que la réj^étition et la persévérance dans le travail qui peuvent mener au but ; je me propose sans doute de profiter de mon loisir chez vous, pour réparer ma négligence sur ce point. Dieu veuille me seconder. Je me recommande à- vos prières et à celles de tous les nôtres.
Embrassez bien tendrement la petite mère pour moi, mes compliments à son cher lils et à toute la famille etc.
Je ne vous promets pas de lettres par le premier courrier mais aussi je ne jure jias de ne point écrire; ce sera la disposition de notre marche qui en décidera car nous ne savons au juste (piand nous arriverons à Turin, prenant le plus long pour nous y rendre.
Paris le dimanche au soir 3o juillet
Depuis venilredi, T. Ch. M' ° ipie j’ay reçu votre lettre du 21, je me recueille, je prie, je lis l’Evangile pour obtenir des lumières plus sûres touchant les objets qui nous occupent actuellement et surtout pour ne jamais perdre de vue les traces de la charité et de la douceur. J’espère que mes vœux ne seront pas rejetés et par conséquent que l’ennemi commun
ne retirera de ses entreprises contre nous que de la confusion.
J’ay bien du inallieur ou de la maladresse, T. Ch M““ si je vous ai donné à croire que je voulusse absolument vous faire penser comme moi, je rétracte hautement tout ce qui, dans mes lettres, ou mes conversations peut avoir ressemblé à l’exigence, à robstination et je demande à Dieu de ne me laisser jamais oublier que la vérité se persuade mais ne se commande pas.J’ay encore eu plus grand tort si j’ay osé juger des préjudices que Vajfaire en question pouvolt vous faire, n’imputez ce jugement qu’à mes craintes que cela ne soit et n’imputez la manière dont je les ai exprimées qu’à la précipitation dont ma lettre a été écrite. Non T. ch. je ne vous juge point et ne veux j iger que moi-même, je vous crois les vues les plus pures, je vous crois l’ànie en paix et Dieu me garde de jamais la troubler; le reproche que vous me faites à ce sujet est une leçon trop pénible et trop douloureuse pour que je me mette dans le cas de m’exposer à de pareils chagrins, je ferai plutôt tous les sacrilices qui seront en mon pouvoir. Aussi je contemple sans aigreur ralternative que vous m'offrez ; j’en cherehe le motif, je le trouve juste et louable, cela me sufïit pour me faire iàire plus de réllexions et j)Our tâcher d’écouter un meilleur maître que l’amour propre. Par cette même raison, je ferme les yeux sur quelques autres passages qui m’auroient allumé peut-être en d’autres teins mais qui aujourd’huy et venant de vous ne feront que me rendre [)his humble sur moi-même, plus attentif et plus sage. Je le répète donc, je chérirai à jamais votre tranquillité et s’il m’est encore imjios-
sible (l’avoir sur l'objet dont il s’agit des vues aussi paisibles que les vôtres, je les renferinerai eu moimême et j’attendrai que le temps vienne ^ secours. D’ailleurs cette discussion se trouve liée à des circonstances ejui me sont si contraires, \ous avez si beau jeu contre moi que je ne l'erois (pte vous tourmenter et me nuire d’autant dans votre esprit puistpie les erreurs où je suis sur ce point, vous êtes par devoir obligé de m’y laisser toute ma vie, ainsi le silence est, à tous égards, le seul et vrai parti qui me convienne, je m’y condamne sur cet article, je me suis vu forcé par vous de le rompre.
Mais T. Ch. M're si voire paix m’est chère, il est bien naturel que la mienne me le soit aussi et que je cherche tous les moyens de conserver celle qui m’est donnée et dont je suis sûr de jouir quand j’y pense procéder en liberté. C’est un point sur lequel ma faiblesse est si grande qu’il n’y a pas la plus petite prcîcaution ipü ne me soit nécessaire par la raison qu’il n’v a pas une négligence que je ne paye. Mille expériences cruelles m’ont appris combien je m’abusois (juandje comptoisun instant .sur mes forces, et combien j’avois encore besoin d’être hiin des obstacles avant d’être au poiut d’oser les braver. Cette vérité m’a été conlirmée principalement par l’objet qui nous dh-ise. J’ay fait cent fois des ellbrts pour 1(3 concilier avec mes idées et cent fois il a été pour moi commeiin foudre qui les renversoit toutes. Si à force de prières et de soins j’amassois quelque repos ,au premier mot, au premier geste il me l’enlevoit» Voilà au vrai, mon Ch. M‘'” la situation par où j’ay passé, je voudrois de toute mon âme qu’il en fût autrement mais je n’ose croire que l’heure en soit encore arrivée
Je sens quelle imprudence ce seroit pour moi de m’exposer encore à un pareil danp^er, j’y perdrois peut-être le reste de mes forces, vous de votre côté, votre charité vous engageroit sans doute à vous gêner encore plus pour m’épargner des soudrances, c’est-à-dire que, vivant tous deux dans la contrainte, nous ne jouirions ni l’un ni T autre et nous viendrons mutuellement au point de nous nuire au lieu de nous servir. C’est une vérité dont nous avons malheureusement trop de preuves et il nous suffit de jeter les yeux sur le passé et le présent pour prévoir ce que nous aurions à attendre de l’avenir si nous n’y mettions pas ordre. Je vous l’avoue donc T. ch. M*"'® pour notre bien commun, il faut malgré moi que je fasse le sacrifice de votre maison, de tous les agréments de la société la plus douce qu’aucune famille puisse procurer et de tous les avan tages que v^otre ingénieuse générosité m’a fait trouver chez vous avec abondance. Quand je dis pour notre bien commun, c’est que j’ay la croyance que le vôtre s’y trouvera et pour le mien je n’en fais nul doute, car je ne crains point de vous avouer que l’ordre de faire ces sacrifices m’a été donné spirituellement et que les fruits m’en ont été promis par la même voie et cela non seulement pour moi, mais encore pour bien d’autres. Cependant cela ne suffiroit point encore et en cherchant à faire notre bien il faut soigneusement éviter le mal de nos frères ce qui nemanqueroit pas d’arrier si nous faisions à leurs yeux une entière séparation et si nous n’avions aucun motif apparent pour servir de prétexte au plan que je vais vous présenter.
Je croirais exposer nos frères à des remarques
très préjudiciables au bien de l’ordre si je quittois Lyon dans ce moment et surtout s’ils soupçonnoient quelle seroit la cause de ma fuite. Je peux leur épargner cet écueil en passant dans leur ville le reste du tenis convenu, peut-être plus mais en vivant chez moi et dans l’entière liberté dont j’ay besoin pour ne rien perdre de moi-inème. Quant au prétexte, la chymie nous en sert à merveille. Je paraîtrai y avoir pris un goût inlini, désirer vivement d’ètre plus à portée de suivre M. Privât dans ses opérations et pour cet elfet avoir jugé nécessaire de prendre un logement dans ses cantons. J’en ay même lorgné un d’icy et si ma j)roposition ne vousparoit pas insensée c’est à vous même à qui je m’adresserai pour le visiter et l’arrêter si vous le trouvez convenable, rien ne couvriroit mieux ma marche qu’en daignant vous même y participer. La maison où je désirerois pouvoir me caserner est un bâtiment neuf placé au haut du chemin neuf à main gauche avant d’ê tre à la pente qui mène au gourguillon, j’y ai vu souvent un écriteau de logements à louer. S’il y en avait encore je vous prierois de les examiner. Je souhaiterais pour tout une chambre â coucher et un local de Physique, S’il se trouvoit de plus un cabinet cela ne feroit pourtant qu’améliorer la chose. Vous savez les conditions requises pour le local de Physique. Mdls comme ceux qui bâtissent ne lès connoissent pas, je ne prétends pas les trouver toutes et je me contenterai de ce que je trouverai. La vie animale ne me seroit point un obstacle, il y a un traiteur dans le canton, je verrois â m’arranger avec luy, cela me coûteroit moins qu’un ménage et seroit beaucoup moins embarrassant. Enfin, il me semble que c’est une chose
faisable et pour quelques anicroches nécessairement attachées aux choses de la vie je crois que le bien que j’attends de ce projet me leroit facilement les oublier. Le premier de ces biens seroit la paix dont nous jouirions l’im et l’autre en pouvant nous livrer sans gêne à ce que nous sentons nous être propre. Nous serions libres quoique rapprochés, nous serions seuls quoique non séparés. Je descendrois fréquemment à la ville, j’y porterois une humeur gaye parce que j’aurois joui à ma manière. Nous nous verrions peut-être autant qu’en vivant chez vous et ce seroit sûrement avec plus de fruits pour tous les deux, je volerois de cœur près de ma bonne mère qui, malgré tout l’ennui que je dois lui causer, auroit encore assez d’amitié pour moi pour ne pas me fermer ses bras. Les assemblées iroient leur train autant que vous le jugeriez nécessaire.
En un mot je ferois en sorte que tout le monde fut content sans que rien x^arût et j’ay la persuasion que j’y parviendrais en me rendant content moi-même. Faute de cette précaution vous avez vu en moi un tout autre être que je ne suis ; j’ay couru les risques de x^erdre votre amitié et il faut une âme aussi belle que la vôtre pour en avoir conservé encoreq)our moi après ne m’avoir vu que sou^ des faces si désavantageuses. Je dois en outre avoir sûrement perdu votre confiance ayant aussi lait pour la mériter; si je continuois, je viendrais peut-être au point de perdre votre estime et tous ces malheurs viencÿ^oient que de ne nous être pas en tendus. Oh ! jugez quelle victoire X^our notre ennemi ! non, ne la laissons pas remporter, coupons le mal pendant qu’il en est encore teins. Peut-être que quand vous m’aurez vu tout entier
me rendrez vous tous les sentiments que vous pourriez me retirer aujoiird’lmy sans que j’eusse droit de me plaindre.
Si ce tempérament vous agrée, T.Ch. Vous me ferez plaisir cf annoncer â tous les nôtres ([ue je désire remplir mon loisir par les occupations chimiques et surtout suivre quelques grandes opérations en ce genre avec M. Privât, que cela m’oblige à me loger près de lui et que comme il ne sort point, c’est vous que j’ay prié de me faire la découverte d'un local dans vos moments perdus ou un jour de fête. Vous pourrez vous concerter avec ma mère auparavant et si vous ôtes d’accord tous deux vous rendrez la chose beaucoup plus simple et plus naturelle à leurs yeux. Quaift aux meubles il m’en faudra si peu que je n’aurai pas grands soins à prendre ni grand argent à dôj^enser pour me les procurer, d’ailleurs je ne rougirai point de recevoir en forme d’emprunt, de l’im une chaise, de l’autre une table, une pelle etc. quand ils pourront s’en priver pour un teins sansgcne^ J’ay déjà préparé Périsse à ce projet chymique, j’y préparerai Bruyset quand il sera à Paris; il vous sera facile d'y préparer les autres et tout se pourra arranger pour le mieux . Je ne parle point à d’PIauterive de voir Privât c’est un homme avec qui il faut le langage des sciences humaines ; cependant s’il veut y aller dans liuit à dix jours je l’y annoncerai et je crois qu’il le trouvera assez préparé sur nos matières pour pouvoir s’en faire entendre. Je ne suis point surpris, T.Gh.M*‘’e que vous trouviez dans d’IIàuterive tout ce que vous en attendiez, je ne suis auprès de lui que comme l’ombre d’un tableau pour en faire mieux ressortir la lumière ; c’est sans contredit le
plus fort sujet de Tordre et auprès duquel il y ait le plus à gagner. Je sais pour moi combien il me seroit utile et combien je suis puni de mon escapade à Paris puisque j’y consomme inutilement mon teins et mon argent, et que je me suis privé d’une occasion si favorable d’être encouragé par l’exemple d'un homme que j’aime et éclairé par ses instructions, me voilà pourtant collé icy pour au moins cinq semaines encore. Mon compagnon ne sera à Lyon que pour le payement du lo Si toutefois des raisons plus fortes que celle qu’il prévoit ne Ty retiennent pas plus longtems. En attendant, je passe les trois quarts et demi de ma vie dans ma chambre qui, par parenthèse, est tournée de manière que je n’y peux pour ainsi dire rien faire étant à décomtîrt de par tout, mais les inconvénients ne sont rien quand nous le voulons et celui qui n’a pas les moyens de faire n’en est pas dispensé pour cela car alors il faut qu’il les crée. Je vais tous les deux ou trois jours au Luxembourg, je vois T abbé à peu près aussi souvent ; pour Savalette c’est un peu plus rarement mais il y a discrétion de sa part, car si nous le voulions croire nous l’aurions toute la journée sur les bras étant désœuvré et curieux ; avec tout cela je crois que son chemin sera long. Nous l’avons traité une fois à souper chez nous, il y prend goût mais nous ne pouvons répéter la fête aussi souvent que nous le voudrions. ^
Vous voyez à quoi s’emploie mon tems, car tout celui que je ne donne point aux autres, je l’occupe avec moi-même et j’aurois besoin d’en employer tant, j’aurois besoin de me sevrer de tant d’obstacles j’aurois tant besoin enfin d’un local et d’un genre de
vie à mon gré (|iie c’est ce qui me fait soupirer après l’accomplissement du projet dont je vous ay fait part et que je désire bien sincèrement qu’il ait votre approbation. Vous sa\ez par vous- môme qu’on peut avoir des motifs purs, les miens le sont, je vous jure et j’espère, Dieu aidant, que la suite des teins vous en convaincra de manière à n’en pas douter ; j’espère enfin, qu’après n’avoir pu vous empêcher de me blâmer vous viendrez au point de ne plus faire que me jilaindre, ce sera une grande consolation pour moi car je serai sûr alors d’être bientôt trampiille sur votre amitié quand elle n’aura en moi que des faiblesses à excuser et qu’elle sera fermement persuadée que je ne cherche que le bien de tous en cherchant le mien, car il n’y a qu’un seul point de réunion pour tous les hommes.
Le de Sere m’a écrit pour m’engager d’aller constituer un temple à Meaux ; c’est le Gorby (jui lui a écrit à ce sujet et de Sere me mande lui avoir envoyé mon adresse pour qu’il me fasse luimême sa convocation. J’ay répondu au de
Sere que cette fonction seroit lieaiicoup mieux entre les mains de d’Hauterive (pii doit être plus longtemps que moi à Paris. Je lui mande en outre mon peu de goût pour tout ce qui peut donner à notre afiaire l’air juridique et humain mais (jue, malgré cela, je suis prêt à me rendre à ses ordres et à ses désirs, qu’en conséquence il ait la bonté de régler ma marche dans tous les points, ne sachant pas le premier mot de ce qu’il y a à faire en pareil cas. J’attends sa réponse et la lettre de Gorby qui n’a point encore paru. Nous ne nous connaissons l’un et l’autre ni d’Eve ni d’Adam et je crois qu’il eut
mieux aimé (]iic le de Sere Teiit adressé à
tout autre qu’à moi surtout au d’IIauterive
qui sûrement l’aura au moins connu par sa correspondance à Versailles. Faites lui part, je vous prie de cette allaire et dites lui (pie pour le bien de la chose je le croirois mieux entre ses mains ; ainsi pour peu (]u’il en ait d’envie, je lui remets d’avance tous mes futurs pouvoirs. J’ay vu ce matin chez moi Alonsieur son frère le Ch^^i’ cpie m’a fait f honneur de me visiter; c’est un jeune homme fort doux et que je trouve très louable de n avoir pas voulu entrer encore dans notre alfaire sur ce cpi'il ne s’en croit pas digne, vu sa jeunesse, sa dissipation et l'empire (jne les goûts mondains ont encore sur lui.
Il est plus que probalile que je n’irai point en Touraine. Je n’entends plus parler de mon père; mes autres parents m'écrivent comme s’il n’y avait rien de commun entre nous. Je réglerai d’icy mes affaires avec eux et j’économiserai au moins l’argent du voyage. Dans le règlement de mes aÜàires, j’aurai peut-être recours à vos bontés et soins olïicieux pour moi ; il s’agit d’une somme de mille écus dont je dois recevoir le remboursement à la lin d’Aout à Paris. Je ne voudrais pas la manger mais la i)lacer puisque mon beau-frère ne veut pas s’en charger, je vous demanderai vos conseils pour la placera Lyon. Vous ne doutez pas que je ne préférasse votre créance à toute autre, mais je ne sais si vos affaires sont montées sur le pied de prendre de l’argent étranger, ainsi je ne vous propose que ce qui sera proposable. Adieu. T. Cil. AT". Fiat Fax.
DE Saint-AIartix.
De ro. de Tours le 9 Juin
Je crois que vous serez bien aise d’apprendre où j’en suis avec l’abbé Fournier.il m’a écrit une seconde lettre si pressante que je 11’ay pas pu résister. J’ay fait retenir une place à la diligence de Paris à Bordeaux qui part aujourd’hui de Paris ; en consé- ([uence, j’ay quitté hier la maison de iV/eM/? pour venir passer au moins quelques heures avec ma famille avant de parth\ J’ay vu mon père hier et ce matin ; de là je suis venu chez ma sœur où je resterai encore la journée de demain puis je pars le mardi ii à 4 heures du matin. J’ai trouvé les miens ou au moins partie des miens changés à leur avantage ;.soit que je le sois moi-môme au mien et je n’en doute pas après les leçons de prudence et de conduite que j’ay prises près de vous soit que les liens du sang se fassent sentir, je trouve que nous nous entendons mieux et que ma marche n’est plus ce qu’elle étoitil ya 3 ans.
Recevez mes remerciements, T. P. d’un pareil service c’est un bien que je n’oublierai jamais. Je ne me propose pas d’être plus de quinze jours ou trois semaines à Bordeaux pour bien des raisons. Je crois ce temps là suffisant pour ce que je suis en état de faire car, en vérité, j’y vais moins par confiance dans mon crédit que par des scrupules inséparables de la charité et je voudrais si peu mériter de reproches de cette vertu que je me rends sans peiue aux mouvements qu’elle m’a inspirés dans la circonstance présente. 2° ma sœur devient intéressante pour moi et si cela se soutient, j’aurai peut-être quelques con-
solations auprès d’elle. 3^ on m’attend de nouveau à Meun, l’Evêque m’a fait amitié il est un peu secoué ainsi qu’un de ses parents avec qui j’ay eu des conférences, qui lit le livre et qui me paraît très chaud par dessus le marché, M*" de la Croix désire aussi que je retourne et tout cela va devenir comme autant de crochets qui me mèneront Jene saisoù. Dieu lesçait. U Haut vous aura sûrement fait les détails de son entrevue avec Desanges ; il n’y a lAns rien à faire à Paris.
L’ouvrage n’est assez favorable à aucun des deux partis ennemis sçavoir les théologiens et les matérialistes, malgré cela on ne doute pas que l’édition ne se consomme. J’ay appris par ma mère la réception du général, je crois que vous aurez en lui une bonne acquisition. Je vous prie de me rappeler au souvenir de tous les vôtres, engagez-les à me tenir présent parmi eux dans leur pensée comme je le suis continuellement par la mienne. Sur toutes choses qu’ils me secondent par leurs prières dans la tâche immense que j’entreprends et dans laquelle tous les secours possibles ne seroient pas de trop. Adieu, T. P. je prie l’Eternel qu’il veille sur vous et sur nous pour un tems immémorial. Amen.
Je vous prie de faire faire par M. Lambert des compliments de ma part nomément à M. Privât, je ne lui écris point dans la crainte qu’il ne se croye obligé à des réponses et en effet je serois enchanté d’en recevoir de lui, mais je sçais qu’il aime peu à écrire. Malgré cela je ne renonce pas à me rappeler incessamment par écrit à son souvenir.
Mon adresse à Bordeaux est chez M*’^* Pasqually, rue Saintonge, près la porte S^e-Eulalie.
Do rO. de Bordeaux Le 6 Juillet 1776.
Je vous remercie très sincèrement des renseignements que vous me donnez sur la personne. J en sçavois une partie par elle et une partie par d autres Sa vanité m’a été connue dès les premiers jours et d’après cela son indiscrétion est facile à supposer. Je ray vue de plus près dans la résidence que nous avons fait ensemble et j’ay aperçu qu’elle avoit encore du travail à faire pour se défendre entièreinent de ces deux défauts. Je la crois revenue aujourd’huy des écarts que la renommée lui reproche et son âme me paroît pénétrée d’un vrai désir. Le même enthousiasme qu’on lui a reconnu dans d’autres teins et pour d’autres objets m’a été avoué par elle-même. Elle a été jusqu’à se jeter dans un couvent d’un ordre fort austère, mais elle m’a ajouté que c’était pour se soustraire à un mariage sur lequel on la pressoit et qui ne luiconvenoit pas. Au reste, quelles qu’ayent été quelles que soient aujourd’hui ses vues ou ses vertus je m’applaudis de la marche que j ay tenue à son sujet et le chef seul décidera de son soit. Je me félicite bien davantage de pouvoir éviter un genre de vie auquel j’étois sur le point de ne plus ê tre libre de me refuser, c’étoit de la suivre à où elle doit être à présent. Sçachant la modicité de mon sort actuel, son cœur généreux l’entraînoit à me combler de secours temporels si j’avois voulu les accepter. Je m’en défendais par toutes sortes de motifs ; dans le nombre il y en avoit d humains, c’est cette répugnance insensée en moi de faire porter
à d’autres le poids de mou existence, maisily en avait aussi de spirituels et c’étoient sûrement les plus vifs. J’aurois eu la perspective d’être toujours à combattre contre mes propres indiscrétions envers elle ou contre le chagrin de la voir souffrir en m’occupant sous ses yeux de ce qu’elle désire et de ce que je ne pourrois lui communiquer ce qui auroit mis une telle gêne dans ma marche que jen’aurois été utile ni aux aspirants ni aux admis, ni à elle ni à moi. Enfin j’aurois eu à combattre encore les réflexions du vulgaire qui ne jugeant que sur les apparences m’aurait regardé comme un homme que le personnage s’étoit approprié. Jugez si c’est à nous qu’il est permis de donner seulement le moindre sujet à de pareils soupçons. Cependant je voyais aussi quelques avantages pour moi c’étoit d’être à portée de nos connaissances et de nouvaux sujets qu’elle et moi avons raccrochés dans nos courses mais les inconvénients l’emportoient. Mon trouble, mes craintes ont été connues de celui qui connoit tout et comme tous ces sentiments l’avoient uniquement pour objet, il est venu à mon secours au moment que je m’y attendois le moins et d’une manière qui concilie tout. Voicy comment.
Le (VHaut me sçachant icy m’a engagé de
profiter du voisinage de Toulouse pour y accompagner l’abbé qui y est annoncé et attendu depuis longtems. L’abbé ne peut pas quitter la ville pour des raisons que vous verrez plus bas. Alors j’ay pris le parti d’écrire à M. de Percin et de lui faire jjart de l’invitation que me faisoit des entraves qui
retenoient l’abbé sans cependant le mettre au fait. Je lui mande de me faire savoir s’il est à Toulouse et que s’il y est je me propose de l’aller visiter ; il
m’a répondu une lettre très instante et très chaude. En conséquence je pars demain et serai rendu près de lui le 12 courant c’est-à-dire un jour avant que vous receviez cette lettre, de façon que j’y serai quand vous l'aurez. J’ay préparé depuis deux courriers la Dame à cet événement et j’espère d’après les raisons que je lui donne ([u’elle ne m’en voudra pas. En tout cas, je n’y pourrois que faire, je préfère sûrement la vie que je vais mener quekiue gênée qu’elle doive être à toutes les belles choses qu’on m’olfroit : appartement, bonne table, domestique à moi, carrosse les trois quarts, du jour etc. Dieu m’a fait la grâce de me faire connoître des choses meilleures que les richesses et les grandeurs ; je préfère les frères avec qui je vais vivre aux Ducs que je devois voir a Paris parce qu’au moins les premiers seront abordables dans uneville qui n’est pas immense et où l’agitation pour le temporel n’est pas à son comble comme dans la capitale. Enhn je regarde cecy comme une faveur d’en haut ; Percin m’a prévenu pour Lui partout ce (pi’on m’en a dit.Je connois moins le f.Marié,non plus que plusieurs aspirants dont Percin me parle mais à qui je lui ay recommandé de ne point m’annoncer jusqu’à ce que nous ayions conféré ensemble. Ce nouveau projet m’engageant à des dépenses inattendues j’écrivis dernièrement à eVHant de ramasser le peu de récolte qu’il pouvoit y avoir à Paris et de me la faire passer à Toulouse, attendu que par des arrangements pris à Lyon avec la masse on m’abandonnait la rentrée de ce (pii étoit dû au dehors ; j’en ay écrit autant à Granville et j’ay })ris ici 21‘e (pu est toute la récolte de l’abbé.^Mais votre lettre m’apprenant envoi de Lavallettc'm’apprend en même temps (pie
d'Haut n’aura rien à me faire passer. Sur ce, T. P. M*"* je me remets entre vos mains, je ne réclame point devant vous les arrangements pris, ils me sont trop avantageux pour être entièrement conformes à mon goût et trop gratuits de votre part à tous pour avoir seulement l’apparence d’un titre. Je sçais combien celui qui donne gagne sur celui qui reçoit ; mais si sans blesser les intérêts de nos amis et frères, vous aviez à m’envoyer quelque chose sur les sommes qui viennent de rentrer, ma délicatesse seroit forcée de l’accepter car en passant chez moi, j’ay été obligé de rembourser à ma belle-mère une dette de 3oo sur les 480 que j’avois pris sur maison neuve je n’ay pris en retour chez mon beau-frère que le prix des commissions que je lui avois faites, là-dessus j’ay fait ma route, j’en vais faire une autre, de façon que j’arriverai à Toulouse avec six louis, peut-être moins.
La proposition de Savalette me paroit si honnête que jamais je n’aurois pris sur moi de l’accepter. Pourquoi charger un autre de mes inürmités ? ne me demandez pas ma voix, je ne la donner ois jamais. Mais comme la réponse est probablement faite à présent, je ferme les yeux là-dessus et je vous laisse faire. '
Le générala été trop poussé, j’en conviens, et vous savez parfaitement que ce n’est pas par moi, à peine l’ay-je vu; encore, ç’a toujours été devant la Dame dont la présence m’arrêtoit plus qu’elle ne me poussait à m’ouvrir trop. Je le juge instruit par la Dame même qui, en effet, a été fort loin quoique seule ; il l’a été aussi sans doute beaucoup par d'Haut qui est encore dans son premier feu et ne croit pas encore
devoir mâcher ses paroles ; mais j’espère cpie votre prudence ramènera tout à son point d’équilibre. Ce que vous me dites de M. Revoire me fait plaisir^ j’ignorois à la vérité voti'e correspondance avec lui sur cette partie et dès qu’elle rouloit aussi sur d’autres objets, je vous remercie de me l’avoir cachée. Je respecte votre marche, T. P. M‘"®je ne la juge point, ni ne la condamne, je ne troublerai jamais votre paix s’il plait à Dieu mais je défendrai la mienne. Or, j’ay si bien appris à connaître où elle est et où elle ne peut pas être que je serois très coupable d’en douter. Vous désirez des preuves pour vous convaincre sur cet article, pour moi j’ay le bonheur de croire à celles qui existent depuis le commencement du monde et si j’en demandois d’autres, je mériterois qu’il ne m’en fut point donné. Voilà pourquoi. Très P. ]Vr'° je suis sensible à votre attention de m’avoir tant ménagé sur ce point c’est vraiment me rendre service que de m’en épargner jusqu’au nom. Venons à l’histoire de notre cher abbé.
C’est un ange pour la pureté du cœur et pour la charité, c’est un élu pour l’intelligence ; quant aux faveurs physiques je ne sçais si notre défunt I\P'® en a jamais eq en aussi grand nombre et d’aussi directes. Je le regarde comme étant à un point d’élévation dans cecy que tous les R. de France et peut-être le Souverain à leur tête n’atteindroientpas. Ce qu’il a eu est suivi, conséquent, et beaucoup plus intelligible en discours que dans ses lettres où vraiment on ne sçait les trois quarts du tems ce qu’il veut dire. Sa mort lui a été figurée dans toutes les règles, ceux qui ne l’ont pas quitté pendant plusieurs semaines
l’y ont préparé. Tout le cérémonial funèbre s’est opéré sous ses yeux si bien (ju’il a cru pendant 24 heures être réellement dans l’autre monde et jamais a-t-il dit il n’a connu de semblable félicité. 11 a été ordonné pendant sept heures de suite j>ar nombre d’agents spirituels dont plusieurs avoient eu des liens très puissants avec lui pendant leur vie corporelle, tels que le son père et sa mère etc. Après avoir subi plusieurs autres épreuves en tout genre et qu’une lettre nepourroit pas contenir on l’a condamné à toutes les observances de l’Eglise sans exception; on lui a même prescrit d’entendre la messe tous les jours à six heures du matin et en outre de ne point boire de vin, si bien qu’il fut tancé l’autre jour delà bonne manière pour avoir mangé de la salade où il ne lit pa?^ attention qu’il y avoit du vinaigre qui vient du vin. Cette multitude d’attractions et de faits physiques m’a fait croire que le sujet étoit plus digne qu’aucun d’ètre admis au travail ; en conséquence, j’ay écrit à son insu au Caignet et, sur le compte que je lui rends, je l’engage à faire pour lui tout ce qu'il croira convenable et tout ce qu’il pourra. Ce n’est point un travail anticipé qui a prouvé au sujet tant de choses, ce sont •de simples prières et le désir ardent de sortir de dessus luy quelques taches, qu’il y avoit laissé entrer. Ce n’est point dans sa quarantaine que le tout est venu, ce n’est que depuis et quoiqu’il soit beaucoup plus tramjuille aujourd’hiiy il n’y a point de jours qu’on ne le dirige comme un enfant dans toutes les actions. L’ordonnance de la messe à six heures du matin est ce qui l’empêche de sortir du pays, parce que n’ayant pas de voiture à luy, il ne pour-
roit disposer de son temps dans les routes de manière à exécuter les ordres qu’il a reçus. Enfin il faudroit des livres pour contenir tout ce qu'il a vu, entendu, senti depuis six semaines et vous sçavez que les livres sont peu propres à contenir de pareilles matières. Ainsi je mebornerai àl’extrait que je viens d’en faire.
Mme yQiis remercie beaucoup de vos soins
pour elle, la lettre de 216 fr. a été présentée et acceptée pour être payée dans 10 jours. On n’a pas insisté sur ce que la sonune étoit échue depuis trois mois parce que a encore quelques sols pour attendre jusqu’au terme de l’acceptation. J'écrirai par le même courrier à d’Hauterive et lui parlerai de sa lettre de 57 fr. qu'on vous a renvoyée protestée. J’éclaircirai en outre les choses moi-même sur les lieux et je vous rendrai compte fidèlement des piotifs qui ont empêché la lettre d’être acquitée.
Adieu T. P. je me recommande à votre souvenir et à vos prières pour la nouvelle carrière que je vais courir, demandez aussi les secours de tous les vôtres pour moi, on n'en peut avoir trop pour se soutenir dans de semblables entreprises A. A. A. A.
J’ay à ajouter au sujet de la Dame que je ne crois rien de ce que les bruits rapportent de sa liaison scandaleuse avec son oncle, mais bien avec un certain nonce aqua viva. Cela a été comme public; je crois enfin que tant pour les aveux de la Dame, que pour les accusations publiques, il y a un terme moyen à prendre, parce que d’un côté le décorum personnel, de l’autre la malignité nuisent étrangement à la juste mesure du vrai. — J’aurois aussi une attention à vous faire faire au sujet de Revoire, c’est
de savoir si l’homme est bègue de naissance ou par accident car vous n’ignorez pas nos lois sur la lettre B. mais il est vrai que quand il le serait de naissance, vous auriez beau jeu pour vous justifier puisqu’il paroit qu’il n’est pas bègue dans la chose. — Je vous réitère mes adieux, T. ch. & P. et me recom¬
mande de nouveau à votre amitié et à vos prières.
Avez-vous des nouvelles du Baron delà Valdizère ? — d'Haut me manda il y a quelque temps que Desanges ne pouvoit prendre aucun de nos livres pour son compte parce que cet ouvrage n’étoit favorable ni aux théologiens ni aux matérialistes,qu’ainsi il n’y avoit pas d’espoir de le pousser davantage à Paris. Voilà tout ce que j’en sais.
De l’or, de Paris le 23 Mars 1777
J'ay attendu, T. P. M*'® pour vous faire réponse sur ce qui concerne ma i)arente que j’eus pu la voir ellemême ; j’ay couru après inutilement pendant plusieurs jours. Enfin je l’ay jointe aujourd’hui. Elle désire sa robe aussi-tôt qu’il sera possible de l’avoir. Elle compte partir pour sa terre à la ün de mai ; croyez vous qu’en ne perdant point de tems, elle puisse être satisfaite avant son départ ? Je recommande cette alfahe à vos soins; quand même la chose ne seroit pas possible pour le moment désiré cela ne doit point empêcher de la commencer, ainsi je vous prie de vouloir bien solliciter sitôt ma lettre reçue.
Je n’ay rien à blâmer ni à approuver dans votre conduite par rapport à de Brancas. L’exemple que Caignet vient de nous donner relativement à jJ|m® Croix peut vous laisser connoître la réponse que vous avez à en attendre. Je persiste dans
l’opinion que les femmes doivent être en petit nombre chez nous et surtout très scrupuleusement examinées. Voilà pourquoi je donne la plénitude de mon suffrage à l’article de nos statuts qui nous défend de les recevoir sans une preuve directe et i)hysique de la chose même. J’ai demandé les preuves dans mon dernier travail pour de la Croix et comme je n’ai pas le bonheur de les obtenir à mon commandement, je suis déterminé à ne rien laire pour elle, que la chose n’ait parlé affirmativement soit à moi, soit à ceux de mes frères qui ont plus de puissance que moi. D’après cela, je crois que telle doit être 'notre règle à tous et que quand même vous receviez du Caignet une réponse favorable cela ne devroit pas vous rassurer davantage à moins qu’il ne vous mandât la tenir lui-même de la bonne main.
Quant à L’abbé de Grillon j’attendrai pourprendi'e un parti que vous ayiez acquis sur son compte quelques lumières de plus. Je vois quelcpiefois sa famille chez les Luzignan, mais je ne pourrois prudemment prendre là des informations d’autant que les indiscrétions de de la Croix ont répandu sur moi certain vernis de singularité qui m’oblige à plus de précaution qu’un autre. Enfin la robe du dit Seigneur sera toujours un épouvantail pour moi et je crois que nous devrions traiter les prêtres comme les femmes.
Je vous apprendrai T. P. M‘^® que l’abbé qui a pris notre livre avec passion vient d’être nommé curé de St-Sulpice où il étoit vicaire ; cette nouvelle place le mettra à portée d’étendre encore son zèle pour notre ouvrage.
Dites, je vous prie, au de Granville que j'ai vu dernièrement M. de Nieul qui revenoit de Versailles et qu'il a beaucoup d'espoir pour le succès de son aflaire.
Adieu, T. P. je me recommande à votre souvenir, à vos prières et à celle de tous vos amis, embrassez s’il vous plait ma mère et son fils pour moi.
Ce dimanche 28 mars
C’est au sortir de table T. Ch. et P. IVP^® que je prends la plume pour vous écrire. Le repas a été frugal mais cependant il y avait de quoi vivre, il est ATai qu’il falloit un peu crier pour se faire entendre et mon pauvre ventre percé ne s’en trouve pas mieux de cette affaire là. TfHaut.», qui me cherche pour manger avec lui à cette table là et qui me fuit quand il faut manger à d’autres m’a promis la connoissance d’un homme qui a un remède souverain. Je verrai peut-être à en faire usage car c’est une chose très gênante qui de^dent même douloureuse et qui me tient toujours sur le bord de la fosse.
On a reçu au bureau de la Marine un avis certain de la mort du souverain Caignet et sa place de Commissaire Général de Marine est donnée à un homme que j’ay yh à Bordeaux ; quant à son autre place j’ignore absolument quelles dispositions il en a fait nous en désirons fort les détails et si sous peu nous ne les recevons pas, nous nous proposons d’écrire à son frère qui a été mon camarade au Régt. de Foix et qui est R .Je vous dirai aussi T. P. M^^® que nous avons enfin reçu de Bordeaux trois plans relatifs à l’instruction contenue dans les statuts secrets. L’un à Moïse, l’autre à losué, l’autre à ZorobabeL II nous
en manque encore un 4 ® que Ton est après copier à Bordeaux. J’ay fait pour vous une copie de ces trois plans qui paroissent beaux, s’il suflît pour l’être d’être fort abondants en broderies. Vous m’indiquerez un moyen de vous les faire passer en sûreté .D'Haut. ravaille à les copier pour le de Grainville.
Voila T.P. toutes les nouvelles que j’ay à vous apprendre. Je souhaite que vous soyez satisfait de la besogne où par votre lettre je vois que vous êtes occupé jusqu’à demain au soir. Je souhaite que la mère se trouve bien de sa lessive,que vous ne vous ressentiez plus de votre vilaine goutte. Quant à moi si Dieu n’y met ordre ma santé n’ira plus qu’en dégringolant j’en vois la preuve tous les jours mais tout est pour le mieux quand ce n’est pas la main de l’homme qui conduit la barque. Que Dieu me fasse la grâce de ne jamais oublier combien je suis loin de lui ici-bas, qu’ il me soutienne au dessus des vices de ma nature faible et corrompue et quand il lui plaira de m’appeler* j’espère moyennant lui que je ne regretterai pas la terre.
J’ay vu avant de m’enfermer le cher fr. Bruyset, il me flatte qu’il passera à Paris 6 semaines, il m’a promis de venir dé jeûner avec moi mardi prochain, je m’en fais une fête car à peine ay-je pu jouir de lui, je nel’ay vu qu’avec une compagnie qui était chez lui et qui sembloit avoir à lui parler alfaires.
Mille choses, je vous prie, à tous les vôtres. J’oublie peut-être quelques articles de votre dernière je ne l’ay point sous les yeux mais j’y regarderai avant de fermer la mienne.
Je confie mon état corporel à Privât; peut-être me fournira-t-il de son côté quelques bonnes idées. J’en
— ISO —
attends bien plus sûrement cependant de mon con frère
Je viens de relire votre lettre, et jevoisque jen’ay rien oublié dans la mienne qui soit essentiel.
Paris le II Avril
Je reçois avec le plus grand plaisir,T. Gli. de
vos nouvelles et de celles de ma chère bonne petite mère. J’y réponds sur le champ ayant dans ce moment du tems à moi et n’étant pas sûr d’en avoir demain, devant me rendre à Versailles dans la matinée. Vos réflexions sur mon aveu à l’abbé de Sim, ne sont pas sans fondement ; il est certain que la discordance est un très grand vice dans ces objets mais 1° il n’est pas si grand que celui de l’opposition directe, ou sur le point plaidé pour la négative, j’ai seulement dit que j’en attendais levidence 2° le danger auquel je me suis exposé par là me paroit infiniment moindre que celui d’enseigner alfirmativementune chose dont on n’est pas sûr et qui vous met dans le cas de passer pour un imbécile ou pour un Charlatan si la chose venait à s’éclaircir dilféramment de ce qu’on l’aurait annoncée. Franchise et droiture sur tout ce que je communique aux autres voilà ma méthode; Si tous mes confrères la suivaient il est certain que quelque chose que nous disions pourvu que ce soit avec prudence et sincérité, nous serons toujours à l’abri des reproches de contradiction par ce que nous savons tous ce qui est démontré dans notre affaire et ce qui ne l’est pas. Du reste la blessure de l’abbé est inguérissable sur cet article et je ne crois pas l’avoir aggravée par là . Peutêtre môme que quand j’aurois l’évidence sur cet ar-
ticle je ne la lui confierais pas parce que sa tête ne me paroit pas assez fine pour supporter de pareilles vérités. J’attendrais de pied ierme le nouveau système de M. de Grainville, j’y répondrai de mon mieux, mais j’ay peur pour lui qu’il n’en soit pas pour cela plus satisfait que de sa première tentative. Je crois comme vous ne pas devoir rejeter en total l’examen des points proposés de sa part, je ne rejetterai point sa nouvelle requête; je ferai là-dessus tout ce qu’il désirera et néanmoins j’insiste à dire qu’il n’en sera pas ou qu’il ne s’en trouvera pas plus avancé. J’ajoute encore que peut-être de la part des autres ne trouvera-t-il pas plus de complaisance que par le passé mais je vous assure d’avance qu’on me fera une grande injustice si on m’accuse encore de gêner leur suffrage car mon projet est même de ne pas leur en parler. A vue de pays le ]Vr^®de Grainville finira en effet par se jeter entre les mains de Ghampoléon et je crois en outre qu’il finira par en sortir. Son embarras est moins à mon avis de rencontrer des hommes en état de lui être utiles que de scavoir en profiter. Puis il auroit je crois, un travail essentiel à faire avec lui-même, ce seroit de ne p as rejeter sur la mauvaise volonté des autres ce qui tient aux broussailles qui embarrassent le chemin de son intelligence. C’est un si digne homme, d’ailleurs que je ne l’estime ni ne Taime pas moins sincèrement malgré cette réflexion. Je ne sçais encore aucun détail sur le de Balzac, je presserai Jance pour aller aux informations par rapport à sa femme, à ses papiers etc.., Je vous assisterai sûrement le 6, 7 et 8, je resterai même à Versailles tout le mois d’Avril, sauf quelques courses que je pourrai faire à
Paris, principalement pour vous y voir, je vous prie, en conséquence, de me donner avis de votre arrivée, quand vous aurez fixé votre marche. Vous pouvez m’écrire d’avance à Versailles chez M. Galon ou remettre à votre arrivée si vous n’avez pas le temps d’écrire une lettre avant votre départ, mais alors vous prendriez la précaution d’envoyer sçavoir à mon logement de Paris si je n’y serais pas, car il se pourrait que je m’y trouve, ayant comme je vous le dis quelques courses à faire à Paris. Je viens d’écrire un mot à de Langes j)our le prévenir de la botte que vous allez lui porter ; il m’a dit l’autre jour que la vente alloit mal. Adieu,T. Ch. je me recommande à votre bon souvenir et à celui de la mère. J’ai écrit il y a trois jours à son üls et à M. de Grainville, j’espère que quand sa lessive sera faite, elle dira bien quelque chose à son enfant. Je vous prie de ne pas m’oublier auprès de M. de Borry, je crains de n’avoir pas été honnête de ne pas lui écrire directement, mais vous raccommoderez cela merveilleusement. J’ai presque toujours été en l’air depuis mon arrivée, dites-lui donc s’il vous plaît de ma part tout ce que vous croirez de plus honnête et de plus tendre et soyez sûr que je ne vous désavouerai point. J’ay vu la marquise, elle va toujours au grand trot, mais aussi il lui arrive de culbuter quelquefois dans les ornières. On va mieux au Luxembourg ; j’y vais porter vos politesses, car je n’y ai point été depuis que j’ai votre lettre entre les mains. Vous voudrez bien faire mes amitiés à mon confrère ; j’ai vu hier Orsel, il expédie ses affaires tant qu’il peut, il ne sait pas que je vous écris, car sûrement il me chargerait de quelque chose pour vous et pour la mère.
Je fais réflexion que le silence que je projeté de garder auprès de nos collègues par rapport aux questions de Grainville n’est point conforme à vos vues qui sont plutôt pour la conciliation générale,^ j’y ferai donc de mon mieux, mais tout ce que j’espère pouvoir obtenir c’est de les engager à communiquer leurs idées, encore n’en dois-je pas jurer pour tous.
Paris le 24 Août 1778
J’ay à vous apprendre. T. Ch. qu enfin le pa-
quet fameux est entre nos mains. D’Hauterive s’est chargé d’en faire une copie pour vous et de vous 1 envoyer incessamment. Je me suis chargé de celle de M Grainville. Vous aurez l’un et l’autre à peu près dans le même temps. Je ne veux point diminuer vos plaisirs, si vous vous êtes promis beaucoup de cet ouvrage mais je ne voudrais pas non plus trop abuser vos espérances; il renferme plusieurs choses que nous connaissions déjà et peu de celles que nous ignorions. 11 est vrai qu’il est tronqué en plusieurs endroits et que sûrement le M“^ Caignet a fait les lacunes exprès ensuprimant ce qui les remplissoit et sans doute destinant le reste à un autre envoi. Vous y verrez aussi des transpositions de numéros dans les articles, quelques répétitions et le style ordinaire de notre défunt ]VF= cependant il ne faut pas nier que ce soit une excellente chose à avoir surtout si nous avons un jour ce qui y manque. Il faut au moins vous dire de quoi cela traite, c’est une instruction en forme de statuts sur le cérémonial des travaux et sur la préparation, invoc... conjur... sur les noms des planètes et les jours correspondants etc: vous voyez que le champ est vaste.
Je ne puis vous dire que ce peu de mots pour aujourd'huy étant pressé par le courrier et par un petit voyage à la campagne dont je reviendrai ce soir. Je vous prie de dire à ma mère que ma santé se rétablira j’espère ; on me fait faire usage des eaux de Sedlitz et je m’en suis déjà assez bien trouvé.
La mqse est toujours la même, toujours vertueuse et toujours ardente; le moment de la crise approche, celui du déménagement. Mille choses s’il vous plait à tous les nôtres et ne manquez pas d’en prendre une bonne part pour vous.
Paris le i8 X*’” i^go
Je me hâte de vous donner avis T. Ch. que Mme la Maréchale deNoailles est comme un furet après l’auteur du premier enfant. Elle m’a poursuivi dans deux ou trois maisons mais comme on m’avoit averti etque d’ailleurs je connoissais la manière d’être du personnage, j’ay tant fait la bête en sa présence qu’elle est bien loin de mesoupçonnor aujourd’hui et même on lui montrerait toutes les preuves de ma paternité qn’elle n’y croirait plus. Ce n’est donc pas pour moi que je vous écris, c’est pour nos amis de Lyon. Elle a sçu (je crois par Monory) que l’enfant avoit été élevé à Lyon, elle a questionné votre archevêque un comte de Lyon parent de Luzignan etc, mais peu satisfaite de leurs réponses, je ne doute pas qu’elle m’écrive, qu’elle ne fasse écrire dans votre ville pour y faille toutes les informations qu’on pourra. J’exorte donc votre prudence et celle de tous les nôtres à prévenir les éclaircissements qu’elle pourroit attendre et à faire en sorte que ses découvertes ne soient pas telles qu’elle les désire. Faites part de ceci su-
tout à l’ami Perrisse qui t)Ourra l'aire la leçon à M. de la Tourelle etc. Mon seul désir est de inénager votre tranquillité à tous caria mienne est solidement établie par l’idée qu’on a près de moi comme d un homme léger, d’un agréable, ayant peu d étoile, attendu que je joue du violon.
Voilà, mon cher maître, l’objet de cette missive, j’y joins les vœux de la nouvelle année pour vous et pour tout les vôtres. Je ne vous parle pas du second enfant, je suis persuadé que vous partagez le dégoût des lenteurs qu’on vous fait éprouver ainsi que les embarras de la nourrice, mille choses tendres, je vous prie, à la mère, à Docteur et à toute la famille.
Paris le 8 mal 1781
Le frère de Tavannes que vous connaissez, T. P. M*™ est affecté depuis quelque temps d’une maladie de nerfs qui non seulement le fait soulTrir mais encore lui ôte ses facultés morales et répand sur sa vie un ennui,une variété d’idées et de goûts qui le rendent assez à plaindre. Cet état lui est venu i* de la perte qu’il a faite de sa femme il y a six mois et auprès delaquelle il a fait pendant sa maladie le métier pénible d’ami, de garde, de prêtre, de consolateur, soit pour elle, soit pour les personnes de sa famille ; il a vraiment excédé ses forces en cette circonstance car il a un physique qui ne répond pas a ses vertus ; 2 ” un changement extraordinaire de^ son intérieur domestique qui de charmant qu’il était auparavant est devenu une entière solitude et ne lui produit plus que des idées noires; 3° du conflit qu’ont fait dans sa tête déjà trop occupée les diverses personnes qu’il a approchées et dont les systèmes opposés
l’ont plongé dans une fâcheuse incertitude en lui ôtant réciproquement le peu d’appui qu’il eût pu rencontrer dans chacun d’eux.
VU son état tout le monde Pa engagé de se distraire et de faire un léger exercice, on n’en a pas imaginé de meilleur que celui de voyager. En conséquence, il part ce matin 8 mai pour arriver à Lyon vendredi dans la journée, il y passera à peu près une huitaine de jours et de là reviendra à Paris pour se rendre ensuite à son régiment. M. Court de Gébelin que bien connaissez aussi l’accompagne dans son voyage et prendra soin de lui ; il m’a fort engagé d’en être, mais vous savez les raisons qui me retiennent. Je me suis borné à présenter des affaires indispensables et je nelui ay pas dit lesquelles. Je regrette beaucoup de le laisser partir pour vous aller voir et que je n’en sois pas, mais je n’eusse osé violer le traité pour plus de 24 heures et j’aurais craint de faire de la peine à la nourrice, j’avais cependant bien des choses à traiter avec le petit comité.
Pour vous dire mon sentmient sur le malade (mais que ce soit pour vous seul) je ne lui crois pas une tête assez vaste pour contenir notre ensemble qui me paraît trop grand pour lui ; il se plaint de Delange, de Duchanteau, de d’Hauterive, de moi peut-être mais à mon insçu et dans le vrai je ne sais pas sur quoi poseroient ses plaintes car depuis le départ de son maître, le d’Hauterive je ne me suis pas permis de l’appliquer à rien de nos afïaires ne l’en jugeant pas réellement susceptible, ainsi ce que j’ay fait n’a pas pu lui nuire, ce seroit plutôt ce que je n’aypas fait. Mais indépendamment de ce que je
le jugeais petit dans sa mesure, je sçavois qu’après s’être nourri un moment à mes conversations il retournoit en d’autres mains qui lui faisaient rendre tout ce que son estomac avait pris dans les miennes. 11 le remplissait de choses indigestes que je lui faisait rendre à mon tour et c’est cette alternative destructive qui lui a fait tort et qui m’a engagé à en rayer.
J’espère que vous daignerez l’un et l’autre lui accorder quelques moments pendant son séjour, il ne peut que se trouver bien de vos soins charitables pour lui. Vous serez secondés sans doute par M. Tieman qui doit arriver un jour ou deux avant lui. Je vous prie même aussitôt la lettre reçue d envo^ er a riiôtel d’Artois chez M. Tiemanpour le prévenir que M. le vicomte de Tavannes et M. Court de Gébelin arriveront à son hôtel vendredi jour où ma lettre doit vous être remise. Ils prendront des noms supposés, ainsi priez M. Tieman de ne les'pas nommer jusqu’à ce qu’ils se soient vus et qu’ils soient convenus de leurs faits.
Vous voilà instruit du sujet de cette lettre. Je n’ay à y ajouter que mes regrets de manquer une si belle occasion de vous embrasser et causer avec vous. J’ay aussi à vous prier de profiter de leur retour pour me faire parvenir les paquets que j’ay demandés par ma dernière. Concertez-vous avez la nourrice pour cela et comme c’est de votre main que ces messieurs recevront les papiers d'affaires ils ne se douteront sûrement de rien.
Je m’étois toujours dit que l’aîné viendrait à Paris, j’ay envoyé chez ses correspondants, point de nouvelles, il faut que j’en fasse le sacrifice. Adieu, T.
P. jVP’’® Adieu petite mèrej car je ne sais lequel des deux ouvrira la lettre. Mille amitiés à tous les vôtres y compris M, de Tieman.
Paris le 10 May 1782
Je vous rermercie de votre attention mon cher de ne m’avoir appris votre maladie qu’avec votre rétablissement mais mon amitié vous reproche néantmoins de m’avoir privé du plaisir de vous soigner au moins de prières et d’intention ne le pouvant faire en réalité
J’attendrai le reste de vos entrevues avec la nourrice. Je n’ayrien à luy apprendre pour le moment, les malheureux paquets partis le n Avril n’arrivent point. Notre libraire est comme un cerbère après nous. Mon Dieu qu’il y a eu de mal entendus dans toute notre besogne !
Je garderai le produit de la vente jusqu’à la somme de 620 fr. et je ferai passer le reste à la nourrice par les voies qu’elle m’ indiquera.
Quanta la question pécuniaire que je vous ay faite, je trouve votre réponse fort sage. Je ne veux pas même me permettre de conjecture quoi qu’il fut assez facile d’en faire sur votre exposé, mais pour vous mettre tout à fait à votre aise je vous dirai que la personne qui m’a fait agir n’est pas capable de commettre une indiscrétion semblable à celle que vous paraissez craindre et si vous voulez me promettre à votre tour de taire son nom à Tunivers je vous la nommerai. Alors vous pèserez la chose et vous verrez s’il y a quelque danger à faire à cette personne la confidence que je vous ai demandée. J’attendrai de vos nouvelles sur ce point.
Tout le bien que vous me dites de M. de Virieu, T.Ch.M^'* ne fait ({u'augmenter mes regrets d’avoir vécu si près de luy sans qu’il me fut permis de le connoîlre.Jesens en moi tout ce qu’il fallait pour remplir vos vues : désir de ne point contrarier votre marche, attention la plus scrupuleuse à me montrer autant qu’il est en moi à votre ton, justice de vous laisser la gloire de l’avoir formé et pour mon compte proüt à faire par l’exemple de ses vertus et de sa manière d’être. Malgré tous ces motifs et quoiqu’il soit admis parmy nous,quoique môme mon dessein subsiste d’établir à Paris une petite école , je vous préviens d’avance que je ne l’y laisserai pas venir sans votre aveu.
Une nouvelle à laquelle vous ne vous attendez pas ou peut-être à laquelle vous vous attendez est que d’Hauterive n’est plus à Toulouse. Il s’y est trouvé si en paix qu’il en est parti il y a trois semaines. Il est actuellement chez son frère à la campagne près d’Orléans où il parait occupé de rétablir sa santé qui, m’écrit-il, a beaucoup souffert de toutes ces contrariétés et notamment de mon second enfant qu’il n’a pas encore vu. 11 restera là je ne sais combien, ni pour aller où. Pour moi je présume q.u’il ne résistera pas au désir de revenir faire une tentative à Paris quand il croira les bruits publics apaisés. Ci’est en partie ce qui m’empêche de répondre à l’invitation qu’il me fait d’aller passer une huitaine avec luy, ayant,dit-il, beaucoup de choses à me communiquer. Gomme je ne doute pas que ces choses ne m’arrivent sans me déplacer je ne bougerai pas d’autant que cela m’avoisine trop de mon pays où je ne me propose d’aller cette année. Sa rentrée dans Paris ne me fera que plaisir s’il veut y être sage. EUe ne me
fera rien changer à mon plan auquel il prendra part s’il le juge à propos mais que je me garderai bien de luy laisser gouverner sachant par expérience que le but auquel il dirige la barque est mixte tandis que le mienest simple comme la vérité et le sera toujours s’il plait à Dieu de me conserver les intentions qu’il m’a données.Aussi l’ami d’Hauterive me donnera des coups de rame s’il le veut et j’en serai bien aîse.Mais je ne luy confierai jamais la barre du gouvernail.
Adieu mon cher embrassez tous les nôtres pour moi, dites à la mère et au marquis que je leur écrirai incessamment. J’en ay un peu long à leur dire pour répondre à tout le contenu de leurs lettres mais je leur donnerai mon temps bien volontiers.Dites cependant à la mère que j’ai vu Gébelin au sujet des remarques envoyées par M.Gh.de Monspey, il les trouve intéressantes et curieuses et ayant des rapports instructifs avec notre affaire.Pour moi qui ne les ay point vues, je prétends néanmoins que dès qu’ily est question de rapports de nombre, vous, la mère et tous les vôtres en pourriez juger mièux encore que Gébelin.
Paris le 2 Juillet 1782
J’ay reçu une lettre de Lyon T Ch par laquelle on me mande que le duc de Wurtemberg sollicitoit pour vous ce que vous savez et qu’il désirait connaître ceux des fermiers généraux auxquels il faudroit qu’ilécrivit. J’ay consulté le F. Savalette de l’Ange et voicy ceux qu’il m’a nommés: