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DEUXIÈME PARTIE

Commentaires sur la \ ie de Saint-Martin

Avant tout, il nous faut poser la vie de Saint-Marün sur son véritable terrain en déterminant de notre mieux le caractère de la voie mystique et de ses diverses modalités.

Nous comprendrons ainsi pourquoi Saint- Martin appelle Strasbourg son Paradis et quel est ic caractère réel de sa mission.

La Voie mystique

Il existe, dans la nature, une loi tion qu’ilestimpossible à Tobservateur un peu consciencieux de ne pas constater. Or cette loi gouverne tous les êtres naturels depuis le minéral jusqiLà la moindre cellule humaine. Son domaine s’étend meme à l’esprit dans tous les plans de ses manifestations.

On oublie trop cette loi dans l’iiistoire de

la Philosophie et l’œuvre si remarquable du maître etamiBarlet VM^^^olation de Vidée, l’a cependant mise au jour d’une façon très lumineuse.

Un esprit qui se concentre vers son Principe prend dabord conscience de ses moyens personnels d’action. Il abandonne toutes les idées qu’on a voulu lui imposer sans le contrôle de sa raison. Il prend enfin conscience de sa liberté. C’est un penseur libéré qui naît alors et cette phase d’évolution est souvent le terme ultime que peuvent atteindre les intelligences inférieures. Delà le sectarisme étroit de ces libres-penseurs qui considèrent la négation de tout ce qui leur est supérieur, comme un devoir et le positivisme athée comme un dogme. Il est évident que ces penseurs, libérés de tout ce qu’ils ne peuvent digérer intellectuellement, sont d’un cran supérieur aux etres sans personnalité qui acceptent tout cequ’onleur raconte sans le discuter. Mais le libre-penseur confond souvent la phase qui précède son état avec celle qui le suit. En, effet l’Esprit débarrassé des idées non digérées par lui peut être comparé à une belle pierre débarrassée des herbes et de la

mousse dont elle était couverte. Mais une telle pierre nue peut être décorée et sculptée et elle n’en sera que plus belle.

De même l’Esprit de l’homme, après la phase criticpie et négative de la reprise de sa personnalité, peut encore évoluer et, alors.

Use fait un système où, généralement le panthéisme lient la plus grande place, c’est-adire qu’après avoir pris conscience du plan physique par le naturalisme, il prend con science du plan de la vie universelle et du monde des Lois parle Panthéisme. A cet instant il est incompris par ceux qui sont demeures au plan inférieur et nous verrons Comte traite d’aliéné par ses disciples de la première heure parce qu’il aura évolué normalement jusqu’au Mysticisme.

Le Mysticisme est traité par les philosophes critiques qui ne peuvent aller jusque la, un peu comme le Panthéisme ‘ est traite par les matérialistes, comme une douce folie. Mais les mystiques seuls peuvent comprendre quelle est la grandeur de cette voie et nous allons essayer d’en indiquer, quoique bien imparfaitement, les sentiers d’approche.

Quand l’Esprit a atteint le développement

presque complet de ses organes ralionnels, localises dans le cerveau, il prend tout à coup conscience d’une autre série d’organes complémentaires des premiers, localisés dans les centres sympatliicpies et principalement dans le plexus cardiaque avec ramiücations dans les centres conscients du cerveau. Ces organes sont destinés à l’exercice de facidtés, toutes différentes des facultés cérébrales, et dont les effets sont connus sousle nom de vision directe, intuition, pressentiment, communications spirituelles, etc...

La voie mentale ou cérébrale a son point de déveloi)pement ultime dans l’exercice delà INIagie cérémonielle qui nécessite un entrainement et des connaissances loulcscérébrales, tandis (pie celle autre voie (juc nous appelleras la voie cardiaque concen tre et se résume dans la Tbéurgie. Autant la Magic développe la volonté personnelle et, souvent, l’orgueil, autant la Tliéurgie tue l’orgueil pour développer l’humilité et remplacer le commandement elles ordres donnés aux Esprits volontaires de l’Astral par la Prière et l’appel aux Anges du Plan divin.

Entre les deux voies, il en est une troisième.

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mixte et souvent ténébreuse, qui pousse l’Esprit vers l’orgueil de se croire Dieu lui-incine, qui apprend à mépriser la Prière et l’humble appel aux Ibrces supérieures et qui erre entre les exercices de gymnastique astrale considérés comme le maximum d’évolution possible et les croyances les plus naïves aux réincarnations personnelles et aux pouvoirs d’entités indéterminées autant qu’ineonnues. Cette voie a pris difl'érents noms suivant les époques et que ce soient les Pythagoriciens et les Philosophes des XVÏP et XVIIP siècles, les Adeptes de Cagliostro ou les anti-chrétiens modernes, onlesreconnaît toujours àleurespritde division et de dénigrement, à leur amour des racontars et des poiins personnels et à mille autres signes (jui n’onl pas plus lrom[)é Saint-Marlin quand on lui rapportait les prodiges de l’Ecole du Nord (pi’ils ne Irompeiont aucun Martiniste contemporain, non plus qu’aucun adepte d’une école vraie de Tliéurg'ie.

Il y a donc aussi des phases d évolution dans le myslicisme, comme il y en a dans toute voie philosophique et le tort des critiques a été de mettre tous les mystiques

' ia lê M .

dans la meme catégorie sans faire les distinctions absolument nécessaires.

Ainsi Marlines est surtout un Magicien, un magicien ayant conscience des grands problèmes divins et de la Prédominance du Christ dans rinvisible ; mais entin c’est un magicien avec ses cercles, ses lumières, ses noms divins et ses multiples cérémonies.

Claude de Saint-Martin est, par nature et par tempérament, un théurge. Il préfère le côté passif et contemplatif de la théurgie qui offre aussi d’autres aspects, mais enfin il demande à l’humilité et à la Prière ses plus grandes consolations. Pour le théurge, la Prière n’est pas seulement un exercice labial plus ou moins prolongé. La Prière est la mise en œuvre des puissances cérébrales vivantes qui doivent avoir été créées par l’exercice de la charité physique, morale ou intellectuelle et par la soumission aux épreuves. Toute peine, tout travail, toute souffrance est un acquit que la Prière va diriger sur le faible ou le désespéré. C’est alors que l’invisible fait alliance avec un représentant sur la Terre etle guide pas à pas. Il devient un illuminé.

Or, que cet illuminé soit un brahmine de

l’Inde, un moine de France ou un marabout d’Afrique, les facultés mises en jeu sont les mômes et tous se reconnaissent comme frères en Dieu par riiumilitc vraie et la charité. Il faut bien se garder de confondre rilluminé qui garde le contrôle entier de toutes ses facultés cérébrales et qui peut suivre ou ne pas suivre les incitations de Finvisible, avec le médium qui est l’instrument passif et le prisonnier de ces memes forces et qui est forcé d^obéir bon gré ou mal gré aux puissances qui le tiennent sous leurs coups. Socrate était un illuminé et aucun esprit sérieux ne s’aviserait de le confondre avec un Slade ou un Eglington.

On voit avec quelle prudence il faut se conduire dans le monde des mystiques et pourquoi les philosophes ont tant de peine a voir clair dans leurs critiques.

Les Communications actives L’Illuminisme

Après avoii* détermine 1 évolution de 1 Es-

prithumain jusqu’auMysticisme, il est utile de dire quelques mots des modes de communication entre le plan visible et le plan invisi-

ble, 2>ai‘ la i)ralique oonscienle et en dehors de toute perte de conscience qui serait du ressort de la médiumnité.

Ln illuminé est, en effet, poiiree/w/ qui sait et non plus pour celui qui critique, un être capable d’entrer en rapport conscient avec le plan invisible. Or ces rapports sont variés selon le tempérament psychologique du sujet et selon le développement plus ou moins intense de ses facultés transcendantes.

Le premier choc entre le plan astral de la créature et le plan mental du sujet se fera brusquement avec vision intense et directe comme dans le cas de Jacob Itœhm ou de S\\edenborg, ou lentement et progressivement a^ ce audition, vision et sensations cardiaques successives comme dans le cas deGichtel et de Claude de Saint-IMartin.

La première voie d’illumination est la plus rare, crest celle qui est suivie lorsque l’invisible agit directement sur l’ctre de son choix, sans que celui-ci le demande ou s’y attende. Le cas de Swedenborg et celui de Jeanne d Arc sont typiques à ce sujet. Après un premier clioc établissant les rapports entre les deux plans, la communication se fait

simplemenl ; mais toujours sous ladirectioii de rinvisible et sans que le sujet perde même une seconde le contrôle de ses facultés.

L’autre voie d’illumination est plus facile, d’autant plus qu’elle peut être suivie avec méthode, soit seul, soit sous la direction de maîtres vivants. Quand nous disons plus facile nous devrions ajouter « d’accès » car, comme toute voie mystique elle est remplie d’épreuves, (riiumiliations, desacritices constants qui découragent même les plus zélés au début. L’histoire des amis de ( nchtel est lumineuse à ce point de vue. Ils étaient vingt ayant décidé de tout faire pour suivre cette voie et, aux premières épreuves de ruine, d’argent, de santé et de pertes d’espérances, dix-neuf quittèrent ; Gichtel resta seul et parvint au but.

Beaucoup de fraternités initiatiques conduisent leurs membres vers cette voie. On commence par la purilication corporelle aumoyen du régime, en général végétarien, et de l’entraînement mental. C’est là le tout petit début avec le danger d’égoïsme qui pousse le sujet à se croire plus pur que les autres hum|lain et à ne pas vouloir souiller sa pureté par des fréquentations astrales ou physiques

de mauvais aloi. Le mallieureux qui se lance dans ces idées se désorbite. Il quitte le plan cardiaque de cliaritc et d’amour pour le plan mental farci d’orgueil et il est amené dans le séjour astral ou le Serpent Pantliée l’illusionne à son aise. Pour un sujet ainsi sorti de la voie cardiac[iie,la gymnastique astrale, est tout, la Prière et le Plan de Personnalité divine n’existent pas ; car son orgueil le pousse à nier tout ce qu’il ne perçoit pas. C’est un débutant qu’il faut plaindre et aider si possible, sans le juger, car il est défendu de juger si l’on ne veut pas l’étre soi-méme.

Si l’on franclnt ce premier pas et si l’on triomphe des illusions du Serpent astral, ce ne peut être que par les secours d’une Puissance invisible du Plan Divin; appelons- 1 a: Ange gardien, Receveur de lumière, Envoyé de la Vierge céleste ou tout autrement, cela importe peu; le fait seul est intéressant. La notion de son humilité réelle, fortiliéc ])ar la notion exacte des autres êtres non démonialisés comme nous, pousse le sujet à se je ter la Prière ardente dans les bras du Réparateur qui est tout, alors que lui n’est rien, et à s’entraîner à ne plus médire de ses

pauvres frères, ni à les juger; eiieore moins à les condamner. Alors se développent soit l’audition directe par le Cœur, soit la vision directe par la Glande Pinéale et ses annexes, soit le toucher à distance par les centres du Plexus solaire ; toutes facultés inconnues de nos physiologistes dn torrent comme dirait Saint-Martin,

Dans cette phase de développement, le régime importe peu : les forces divines cpii naissent en l’étre pour constituer en lui le mariage mystique de l’Agneau, c’est-à-dire l’union de son Astral illuminé et de son Esprit illuminateur, sont assez fortes pour brûler toute impureté corporelle et la prière remplace tout régime — à condition, bien entendu, de ne pas ternir ses sens extra-physiques par les «Esprits» matériels comme l’Esprit de vin et ses annexes — cpii jettent encore le sujet dans l’astral inférieur. —Saint- Paul a, du reste, très bien remis à leur place les orgueilleux pour qui le régime était dogmatique.

L’etre ainsi développé ne craint j)as de perdre sa pureté, au milieu des impurs. De même que le Christ a montré la voie en vivant

parmi les soutirants et les humbles, de même rilluminé chrétien se mêle aux malades, aux désespérés et aux pauvres. Et c’est par Teffort constant vers le partage de ce qu’on lui a donné avec ceux qui n’ont rien, que se tbrtitient ses aspirations et ses mérites, eu même temps que ses facultés.

Alors la perception des personnalités divines devient plus aigüe, les avertissements sont constants et le sujet peut s’abandonner sans crainte à la direction du Père qui lui donne la vie, du Fils qui lui donne le Processus intellectuel par le Verbe et par l’Amour, et de l’Esprit qui l’illumine.

Voilà ce qu’il faut connaître pour comprendre Claude de Saint-Martin.

En dehors de ces voies générales,il y en a beaucoup d’autres, caractérisées par d’autres genres de communication, comme les avertissements symboliques en rêve corroborés par les visions conscientes.L’étude de lavie de Gazotte est très nette à ce point de vue. On trouvera dans les écrits et les traductions de Paiil^Sédir une foule d’indicationsprécieusesà ce sujet et auxquelles nous renvoyons les lecteurs désireux d’en apprendre davantage.

C’est eu eliet par l’élude de la vie de chaque mystique que se détermiue Savoie et il y a là un travail utile à faire. Nous u’avons voulu, dans ces courtes notes, qu’éclaier un coin du caractère de Saint-Martin, trop incompris, dans sa magnillque évolution spirituelle.

Vie patente et Vie cachée

11 faut bien comprendre que chaque illuminé, à moins d’ordres spéciaux, fait tous ses efforts pour jeter un voile profond sur ses relations avec l’invisible. Le philosophe a déjà assez de sarcasmes et d’outrages à subir en défendant ses idées sur l’existence d’un plan invisible d’êtres spirituels, sans aller bénévolement jeter ces perles en pâture aux pourceaux.

Quand on voit comment les clergés et les critiques bavent à l’envie sur les récits que Swedenborg, Jacob Bœhme et Gichtel font de leurs visions actives, comment ils se moquent de Lavater ou même du Comte de Saint-Germain et de l’inversif Cagliostro, on comprend la pudeur avec laquelle les initiés se taisent.

Et cependant la vie d’un mystique de la

tciillc (le Gltiiule de Sciiiit est iiicoinpr(>-

hensible si Fou ne perçoit jias ses deux activités vitales. La communication constante avec le plan invisible permet seule d’expliquer comment les ennemis contemporains ou futurs d’un tel Esprit ont vu et verront leurs procédés mesquins de dénigrement échouer piteusement etcomment ils se retrouveront un beau jour devant l’iiistoire colorés, dans leur rage impuissante, de cette belle couleur vert de raisins célébré par le renard de La Fontaine.

L’homme qui s’appuie sur l’invisible, sans avoir besoin de médiums ni de sujets devenus inutiles, est bien tranquille ^ car il a le temps avec lui, le temps qui se charge de tout mettre à sa place: les ûdèles soldats et les traîtres impuissants et vils. Qu’importe à 1 initié les petites coteries et les (Buvres de haine, il agit par ordre avec toute la chaîne des maîtres derrière lui, il n’a rien à. craindre que son Dieu, le Christ, dont il désire devenir un simple soldat. Dans cette lutte il ne faut plaindre C[ue les malheureux qui osent s’attaquer à ces maîtres vénérables. Ils affirment leur petitesse en s’efforçant d’atteindre

leurs Supérieurs. Ils niérilejit plus de pitié que de mépris. Paix à leurs eendres.

Saixt-Maktin et les Infll’exces féminines.

Une (piestion mérite aussi de nous arrêter spécialement : c’est celle des relations d’amitié qu’a entretenues Claude de Saint Martin avec plusieurs femmes de grande intelligence. Le volume de INI. Matter, à côté d’admirables qualités, contient à notre avis un défaut très grave, c’est de donner au lecteur une idée bien mesquine des fréquentations féminines du Philosophe Inconnu.

La Femme est la gardienne sur Terre du Principe plastique universel dénommé par Moïse \ onah (et dont les traducteurs ignares ont fait une colombe). La femme est capable de donner forme vivante à toute création humaine, soit un enfant soit une idée, que le cerveau de l’homme ne peut que créer brutalement et sans art. Or la femme, en tant que Principe de la Nature, existe, non seulement dans les êtres revêtus de jupons, mais encore dans l’organisme de tout être, mâle ou femelle, vivant ici bas. Toutes les facultés sentimentales et intuitives, entre autres.

sont du domaine féminin; el Stanislas de Guaita a parfaitement raison quand il atïirme qu’en l’homme le cerveau est masculin et le cœur féminin, tandis qu’en la femme le cœur est masculin et le cerveau féminin. En effet le cœur et le cerveau sont complémentaires dans les deux pôles de la Nature humaine.

11 suit de là qu’une pensée ébauchée brutalement par la force de projection mâle du cerveau,ne prend corps et forme que grâce à l’imagination et aux autres facultés cérébrales dépendant de la Nature féminine universelle.

Aussi l’amitié d’une femme intelligente est-elle précieuse, pour un mystique, car c’est là qu’il fait l’épreuve réelle de ses idées et c’est en les discutant et en les développant dans ces discussions amicales qu’il mettra ses pensées au point pour toucher,non pas tant le cerveau, que fe cœur de scs lecteurs.

Si les préjugés sociaux,si la crainte de calomnies bêtes et la recherche de mobiles sensuels dans des actes tout spirituels, empêchent certains hommes de former ces cliaînesjde camaraderie cordiale avec des femmes dignes de cet honneur et capables d’illuminer de tels cœurs, il faut plaindre et ces préjugés et ces sociétés.

Saint Martin vivait trop en dehors des liomnies du torrent pour s’occuper de leurs jugements, aussi met-il en pratique cette cordialité de cœur à cerveau et de cerveau à cœur, et l’excellente inllüence de M"'® de Bœcklin à cet égard fait plus d’honneur encore à la « Ghérissisme B » qu’au Philosophe qui lui doit ses plus nobles inspirations.

Aussi est-ce avec peine qu’on voit un critique de la valeur de M. Matter se demander comment un homme comme Saint-Martin pouvait avoir une si grande alfection pour une femme « déjà Grand Mère ».

Mais l’amitié des âmes n’àque faire descon tingences de l’àge, car l’àme, comme la Science, est,'toujours jeune quand elle participe de l’Immortalité de rEsprit,et les petites cuisines corporelles n’ont rien à voir là-dedans.

Celui qui n’aime une femme que pour son corps pourra lui faire procréer de beaux enfants ; mais son amour sera fragile comme la beauté du corps matériel, tandis que celui qui aime la femme dans son âme et dans son intelligence l>lus encore que dans son corps prépare à l’amour ce char d’éternité que tant de créatures

féminines recherchent dans une succession d’amants, en fuyant ainsi sa véritable et durable source.

Aussi trouvons-nous inutile de charger la biographie de notre philosophe de tous les noms féminins cpie les curieux trouveront énumérés avec recherche par M. Matter. Pour jeter quelques lumières sur les écrits de Saint-Martin sur la Révolution française, il est indispensable de résoudre la ([uestion de la conduite de l’initié vis-à-vis des lois sociales et celle de la génération des éA enements par les clichés astraux.

L’Initié et les Lois sociales

La loi sociale et religieuse de la contrée où la vie physique de l’initié a été placée, devient une règle qui ne peut être trangressée que dans des circonstances bien exceptionnelles Aussi voyons-nous Saint-Martin agir en conformité avec cette règle dans toutes les circonstances de sa vie. Soit que, comme noble, il se soumette sans murmurer à toutes les enquêtes imposées par le gouvernement, soit que, comme citoyen, il monte la garde, à titre de simple soldat lui rancien officier, à la porte du

Temple, oii est enfermé Louis XYII, toujours nous le verrons suivre (loeilement la loi sociale. Cette conduite dérive de la certitude que rien n'arrive sans la permission d’En Haut.

Les événements qui doivent se reproduire sont d’abord visibles dans le plan astral sous forme Aq clichés-, plus ou moins fugaces, plus ou moins lumineux selon le cas. Or les clichés les plus terribles, comme ceux de la Révolution, ne se matérialisent, n’arrivent à consommation ([ue par suite de vues providentielles bien déterminées.

Beaucoup d’entre ces clichés peuvent être soit réformés, soit modifiés, soit meme annihilés avant d’arriver à naître sur le plan des évènements physiques. Aussi certains voyants et certains prophètes sont étonnés de ne pas A'oir arriver les évènements (ju’ils ont vu inscrits dans le plan invisible. Cela tient à l’action soit de collectivités humaines dirigées par des invisibles, comme les Illuminés, soit de Personnalités involuées ayant le droit cVécrire sur le liK^re de de c’est-à-dire de modifier les évènements, soit meme de puissances célestes.

Mais quand un cliché est manifesté, quand la loi sociale parle, du moment que c’est la

Loi, l’iiiitié doit obéir, sans discuter son opportunité vis-à-vis de ses opinions personnelles ou de son intérêt.

Plus tard il se rendra compte,comme le montre Saint-Martin dans ses études sur la Révolution française,que lesépreuves les plus terribles ontleurraisond’ctrcetque les Nations comme lesindividus doiventconnaitre les humiliations, les calomnies et les oppressions despotiques.

L’initié ctsurtoutrilluminésontgardés dans l’invisible assez jalousementpourn’avoir rienà craindre. La mort pour eux ne peut être qu’une délivrance qu’il sont toujours i)rèts à recevoir avec reconnaisance. Car la mort d’un homme n’arrête pas son œuvre, si cette nuivre est voulue d’autre part et les persécutions ne Ibnt Jamais de mal qu’aux persécuteurs.

De 1795 à 1797 nous A oyons Saint-Marlin traiter, entr'autres questions importantes, celte ûesNonibj‘cs.

Comme c’est une des plus obscures de la Mystique, nous prendrons la liberté d’insister quelque peu sur ce sujet.

Les Nombues

Les nombres considérés dans leur exprès-

— fis ¬

sion totale occupèrent beaucoup Saint-Martin.

Depuis la scission opérée à l’époque de la renaissance entre la partie physique de chaque science portée au pinacle et devenue Physique, Astronomie,Chimie,etc. et la partie philosophique jetée aux oubliettes et dénommée Magie,Astrologie,Alchimie,etc., la Mathématique est devenue aussi morte que ses sœurs — Allez donc faire croire au héron prétentieux qui, souvent, synthétise un mathématicien contemporain, que le nombre estime des expressions du Verbe créateur ayant, non seulement une forme et des rapports physiques, mais encore un fond çt une vie métaphysiques si intenses qu’ils évoquent de suite les mystères les plus actifs du plan invisible. Chaque nombre synthétise une idée,et opérer sur des nombres, c’est opérer sur des idées, des formes et des couleurs — Voilà ce qu’enseignent les mathématiques vivantes et voilà ce que jamais ne voudront admettre les délenseurs des cadavres chilfrés.

Ce n’est pas ici le cas de détailler toutes les idées de Saint-Martin sur les Nombres, idées exposées en son volume posthume paru sous ce titre. Signalons cependant la mise au

joui* deldi Bac'uie essentielle venant s’ajouter à la Racine carrée et à la Racine cubique et indiquons en rapidement la genèee.

L’unité étant le soleil vivant des nombres, s’en éloigner c’est s’enfoncer vers les téné bres, s’en rapprocher c’est accourir vers la lumière du Verbe numéral. On peut s’éloigner de l’imité doucement en suivant une seule ligne dans un seul plan; c’est Vaddition où des unités s’ajoutent paisiblement à d’autre. On peut s’éloigner plus vite en parcourant deux lignes dans le même plan grâce à la iniiltiplication qui constitue Véloignement triangulaire si l’on se reporte à la table de Pythagore.

En effet, dans cette table, le produit de^x ou 4 se trouve occuper un des angles du triangle ainsi formé.

On peut s’éloigner encore plus vite de l’imité; toujours sur le même plan, par le en multipliant le nombre par lui même.

Enfin on peut aller au maximim de vitesse en s’éloignant de l’imité sur plusieurs plans à la fois par le cube

Pour revenir à l’unité il y a aussi plusieurs vitesses.

La plus lente manière de ramener les nombres vers l’imité c’est la aouslraction ou opération linéaire. Retour de la ligne à son point initial.

La division ou opération triangulaire va déjà plus vite, c’est l’analogie contraire de la Multiplication. Retour du triangle au point initial.

L'Extraction de la Racine carrée ramène brusquement tous les nombres du carré au nombre central.

L'Extraction de la Racine cubique étend cette opération jusqu’au Cube dont tous les points se concentrent brusquement vers rUnité.

Mais quelles sont donc les opérations agissant non plus sur des lignes, des triangles, ou des carrés, ou des cubes; mais bien sur des circonférences, ou sur des sphères.

Sans rechercher les rapports des nombres sphériques avec ceux dont nous avons parlé, disons simplement que ces opérations ont été appelées théosophiques par Claude de Saint-Martin.

Ainsi l'addition théosophique prend un nombre quelconque et détermine tous ses reflets, en additionnant tous les nombres de-

puis rimito juscpi’aii nombre considéré. Ainsi 2 a trois points réflecteurs i -f 2 — 3 c’est-àdire que le duel se reflète dans le triangle.

Trois a six points réflecteurs c’est-à-dire que le ternaire génère en réflexion le sexenaire i -f-2 -}-3 — 6 ou l’Hexagone.

Quatre a dix points de réflexion et, comme dans l’Arithmélique sacrée, le Dénaire était la correspondance numérale du cube, nous pourrons dire i 2 -f- 3 -f- 4 =

Image de cette mystique circulature du Quadrant qui formera dans son analogue contraire la Quadrature du cercle.

Voilà pour ce ([ui a rapport à l’éloignement de rUnité vers la Diversité, ou delà Lumière centrale vers les Reflets exiérieurs.

L’opération contraire, qui ramène mystiquement de TExtérieur vers le Centre et des Reflets vers TUnité sera dénommée la Rédaciion théosophiqiic. Elle consiste à réduire à un seul chiflre par addition directe tous les nombres de plusieurs chiflres.

Ainsi 28 r=r 10— I ; 36zrr 9 ; i 83 r= 14 = 5 .

Saint-Martin appelle racine essentielle le

nombre obtenu par Taddilioii de tous les nombres depuis runité jusqu’au nombre considéré (addition théosophiqiie).

Ainsi soit le nombre 4 - Sa racine est constituée parle nombre obtenu en additionnant I | 2 -f- 3 -{- 4 ce qui donne lo.

Dix est racine de 4 -

Soit le nombre 7. Sa racine est constituée par I +2 5 + 6 + 7=: 28,

28 est racine de 7, et en réduisant encore on obtient 2 -f- 8 = 10. Dix est aussi racine essentielle seconde de 7.

Saint-Martin donne le nom de Puissance à un nombre obtenu par multiplication du nombre lui même par lui même :

Ainsi soit 4.

Sa puissance est 4 X 4 = (carré).

Une autre puissance est 4 x 4 x 4=^^4 (cube).

Ceci bien établi et, quand on se rend compte de la différence d’une racine qui ramène le nombre vers l’unité et d’une Puissance qui éloigne le nombre de FUnité, voyons les différents genres.

Il y a TROIS RACINES de tout être ou de tout nombre.

Soit lo.

lo est racine carrée ilo, loo.

lo est racine cubique de looo.

lo est racine essentielle de 4-

LA RACINE ESSENTIELLE (loniie à cliaque être-nombre la de on Vexistence \ c’est son Principe.

LA RACINE CARRÉE liii (loiine Ic jiroffrès, le processus, la laculté de s’étendre loin de rUnitê dans le Plan.

LA RACINE CUBIQUE lui doiine le terme on le complément de son évolution dans tous les plans.

On trouvera dans l’ouvrag:® de Saint-^Iarlin JJes Nombres formé par un recueil de notes publiées après la mort de rautcur une foule de détails sur les nombres considérés sous le point de vue théurgicpie. Il y a deux autres façons de les étudier, moins élevées et (pae Saint-Martin n’a pas aliordées dans son livre. De là quelques contradictions avec les auteurs mystiques, contradictions faciles à détruire quand on a la clef générale.

La Mort de Finitié

Sa carrière pouvait se clore. Il avait vu les

plus grandes clioses qu’on puisse voir en aucun temps ; il avait passé, aine forte et sereine, par (le rudes épreuves et avait accompli de notables travaux. Ni la gloire du monde, ni la forl une n’avaient salué sa vie; mais il avait goûté les plus douces et les plus profondes de toutes les jouissances : aimé de Dieu et des hommes, il avait lieaiicoup aimé lui-méme et beaucoup plus espéré de l’avenir (|ue du présent.

Les diverses manières de concevoir la ]Mort et ses conséquences dérivent directement de la solution (tue cha(tue être humain donne au problème suivant : Pourquoi est-on venu vivre sur terre ?

La terre est, en eiTet, un des centres physiques ou, par suite de la grande scission adamicpie, les forces égoïstes et niatérialisanles équilibrent l’action des forces altruistes et spiritualisantes (i).

(i)C’est ce problème qui a été posé par les (^iüiiois dans la numération du triangle rcclan«le par 3, 4? » oii

trois représente les forces de l’Esprit divin, 4 I homme, et 5 des forces matérielles. Le carré, c’est-a-uire la plus grande activité dans le plan de chacun des trois Principes nécessite l’union des carrés des deux cotés du triangle (3 X 3 ou 9 } et (4 X 4 ou lO) pour équilibrer le

carré de Phypothenuse matérialisante ou (5X5 — ao) car i6-p 9 = 20.

Si,riioimne a consacré tous ses efforts terrestres à l’acquisition des biens qui sont des domaines du Prince de ce Monde ou du Mammon terrestre, la mort est pour lui un affreux décliirement cl le malheureux est semblable au riche financier obligé de troquer son palais et ses vêtements magnifiques contre une cellule de prison et un uniforme de forçat.

Si, au contraire, riiomme a consacré tous ses eflorts à l’acc^uisition des biens spirituels qui sont du domaine du Seigneur de notre monde, de Notre Seigneur, sentinelle vigilante du Christ éternel, alors la Mort est le couronnement désiré d’un effort constant et, loin d’être douloureuse, elle est un bonheur et une joie.

Quelques considérations sur le mécanisme de ces deux tendances, entre lesquelles il y a beaucoup d’intermédiaire, vont éclairer quelques points qui pourraient rester obscurs sur cet important sujet.

Ce que les mystiques ont appelé la chute n’est pas un évènement si éloigné deia Nature humaine qu’il ne soit donné à chaque Esprit la possibilité de fournir son avis per-

sonnel et expérimental sur ce problème.

En effet, il y a deux lois de Progression réalisant exactement Fanalogie des contraires. L'une est celle de la Matière qui croît par l’obscurcissement progressif de l’Esprit et l’autre est celle de l’Esprit qui croît par l’illumination progressive de la Matière et son élévation au degré de force active.

La voie d’aveuglement a pour moyen la recherche des joies matérialisantes et la culture de l’orgueil, de la richesse pour soi et de l’égoïsme sous toutes ses formes.

La voie d’illumination a pour moyen la recherche des douleurs spiritualisantes, la culture des ennuis, des épreuves, de la pauvreté et des charges sociales et du dévouement sous toutes ses formes.

La faute adamique ayant consisté à croire qu’en donnant la vie au germe de la matière l’homme trouverait un point d'appui solide qyie l’Esprit pur semblait ne pouvoir fournir, chaque Esprit repasse par les phases qu’a connues l’Esprit universel humain ou l’Adam- Kadmon.

C’est ainsi que l’image de la Grande Chute est strictement reproduite par l’incarnation

ou le revêtement de l’Esprit par un corps de chair .(i)

Mais cet Esprit, une fois incarné, est mis à même de juger par sa propre expérience l’acte d’Adam-Kadmon.

En eflet, l’àge de raison lui permet de prendre conscience des deux ordres de forces bien distinctes qui agissent en lui. D’abord les forces égoïstes qui le poussent à se considérer comme centre de l’univers et à tout rapporter à lui avec le droit d’user de la fortune pour ses seuls plaisirs et ses seules satisfactions d’amour propre, en payant, au besoin, quelques messes ou quelques prières à des valets spirituels chargés de le débarrasser des ennuis posthumes; ensuite les forces brûlantes de l’amour et de la charité qui le poussent à ne se considérer comme rien dans l’Univers qu’unpauvre délégué d’un autre pays, à n’user de la fortune qu’il peut avoir que pour les infortunés et à titre de caissier plus qu’à celui de possesseur exclusif, et enfin à prendre contact avec les êtres

(i)Ce que la Bible appelle les Peaux de Bêtes qui recouvrent Adam et Eve et ce que représente vraiment le tablier de Tapp.*. Mac.*,

du plan invisible supérieur qui sont les vrais intermédiaires entre cette vie et l’état suivant.

La décision que prendra l’Esprit entre ce deux voies sera soit la seconde chute, soit la première réintégration. Pour l’éclairer en ses devoirs, il aura les révélations religieuses (quelles qu’elles soient, elles tendent toutes au même but) et surtout les révélations pratiques de la Mère céleste par l’Amour.

L’Amour qui sépare et détruit toutes les barrières élevées par les coteries et par les grandes civilisations voilà le grand appel du Créateur vers ses créatures. Et Platon a fait une révélation bien profonde en montrant que l’amour de l’homme pour la femme qui éveille à la vie universelle les cœurs les plus endurcis, n’est que le premier balbutiement de l’Amour de l’homme pour son Dieu.

Aussi tout être qui a aimé a participé à la vie Supérieure et le Christ s’écrie « Il lui sera beaucoup pardonné car elle a beaucoup aimé». Pour le plus affreux des égoïstes, l’amour est déjà l’appel à une vie à deux et il montre la voie qui conduit à sacrifier sa vie à celle des autres, voie couronnée par la charité.

Si l’Esprit choisit cette seconde voie, toutes les soi-disant réalités matérielles dispa raissent pour lui .

L’Argent, les places, les honneurs ne sont plus considérés que comme de faibles attractions pour une àme qui aspire aux perceptions des forces supérieures, à l’union avec son Réparateur et à la vision de la Sophia céleste.

L’Homme prend de plus en plus conscience de la vie de l’invisible par la Prière, son Esprit quitte souvent ce monde pour être enlevé par les Guides lumineux dans l’autre «appariement» et quand il revient ici-bas c’est seulement comme un acteur qui joue un rôle pour une galerie, alors que sa vie réelle est ailleurs. A mesure que les rapports entre les deux plans deviennent plus fréquents l’Esprit se sent davantage près du but et la Mort est la chose la plus simple du monde et aussi la jilus heureuse, c’est le retour définitif dans cette vraie patrie qu’on venait visiter à la dérobée. Et ce retour s’efl'ectue par des chemins déjà souvent parcourus. L’Initié qui meurt à la terre a, pendant quelques instants, la sensation d’un délicieux enlèvement, il vogue sur un beau

fleuve, emporté par une gracieuse nacelle, où il vole doucement dans l’immensité céleste.

Telle est la récompense de ceux qui, même une seule fois, ont été en rapports avec Notre Seigneur. La Mort c’est la rentrée à la Maison.

Telle fut la mort de Claude de Saint-Martin.

Faut-il maintenant décrire les angoisses de ceux qui ont bâti leur maison seulement dans le pays du Prince de ce Monde? Faut-il rappeler les déchirements de l’Esprit qui s’éveille sans autre demeure qu’un coffre de bois ou qu’un cimetière et qui pleure ses richesses terrestres qui sont devenus de vains fantômes. Faut-il évoquer l’intense douleur produite par la vue de la décomposition de ce corps de chair dont on avait fait le seul vrai temple et le seul centre d’adoration? A quoi bon. Il vaut mieux rappeler l’infinie bonté du Père qui n’a jamais jugé personne et .qui envoiC' ses «Receveurs pacifiques» pour plonger cet Esprit dans le sommeil, pour l’arracher à cet état de trouble jusqu’au moment où la Vierge céleste étendra sur lui la pitié dont son cœur est plein pour tous les aveugles et les pécheurs.

La Mort n’est terrible que pour ceux qui ne la connaissent pas et, de tous les involués, tous ceux qui sont venus du plan divin jusqu’au plan terrestre, nul ni le Bouddha, ni Moïse, ni Krishna, ni iNIahoinet n’a repassé la porte de la vie, après avoir franchi la porte de la Mort; car ils avaient peutêtre tous manifesté Dieu en créant en leur cœur un autel digne de lui ; ils é taient des hommes-divins, mais des hommes. Dieu seul, Notre Seigneur Jésus Christ, après avoir tué les voies terrestres, a repassé la porte d’ivoire, a repris ce corps sur lequel les lois de destruction s’étaient vainement exercées et s’est écrié; «O Mort où est la victoire, o Mort où est ton aiguillon. »

Et cela n’est pas seulement écrit dans le livre terrestre des Évangiles ; cela est écrit en images ineffaçables dans le livre éternel et vivant où mon maître, que son nom soit béni, m’a fait épeler les visions que je suis trop indigne pour lire; car je ne sais qu’épeler et je ne sais pas encore lire. Et là, voyant comment il suffit à Claude de Saint-Martin, de lever un rideau pour passer d’un monde dans l’autre, grâce aux guides que lui four-

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