‹ L'illuminisme en FranceChapitre 11 sur 31 · MM · texte numérisé non relu

MM

Couturier, rue Tison.

D’Arlincourt, rue S^-H-onoré.

De Laage, rue Neuve-des-Petits-Ghamps.

S'-Ainand,piace-de-Louis-le-Grand.

Mazière,rue des Vieilles-Audriettes.

Puissant, rue des Capucines.

Rollin, rue Basse-du-Rempart.

En voilà plus qu’il n’en faut pour votre affaire. Je souhaite de tout mon cœur qu’elle reusisse. J ay écrit à la mère en dernier lieu et luy ay envoyé un petit mot pour vous qu’eUe vous fera passer attendu que je ne sçavois où vous l’adresser. On m annonce aussi que je n’aurai guère de vos lettres pendant votre voyage, je vous avoue que je ne me suis pas flatte que cela pût être autrement mais on me promet de me faire savoir de vos nouvelles quand vous en enverrez à Lyon et je désire qu’on ne me manque pas parole.

Adieu T. Ch. Mire souvenez-vous de moi dans vos

prières. A A A A . s

Tout le monde parle icy de la maladie qui régné à Londres sous lenoni d’influenza. On disoitqiie tout Paris étoit malade et j’e n’ay encore vu personne qui en soit attaqué.

Paris le lo Février i:83

Lne demi heure après avoir fait partir ma dernière lettre T. Ch. j’ay reçu la vôtre et j’ay été étonné de ne recevoir que le 8 février une lettre datée du 3 i janvier. Si je l’eus reçue plus tôt je serais entré dans de plus grands détails; il faut reparer

cela aujourd’huy. ,

Quoique je vous aye peu parlé de ma conduite a votre sujet dans l’affaire en question, elle a ete

moins froide que vous ne le croyez et si Ton vous a lait des récits fidèles on aura dû vous dire que j’ay défendu hautement votre honnêteté, vos vertus et la droiture de vos intentions, que j’ay déclaré formellement que j etois bien loin de trouver assez purs les motifs qui dirigeaient les postulants pour que je dusse me prêter à leurs vues et que ce n’étoit point en déclamant contre les chefs d’un ordre qu’on se disposoit ordinairement à y entrer et ce serait Delanges lui-meme que j’interpellerois sur tous ces points. Malgré ces sentiments qui sont très sincères je crus sentir en moi que s’il y avoit de l’inconvénient à me mêler de ces réceptions il y en avait da- \antage à ne m en point mêler et pour éviter un schisme qui pouvait refluer sur la chose je fis le sacriiice de mon goût véritable et je promis de faire les réceptions. Je ne fus pas longtems à reconnoître que le premier parti que j’avois pris était le meilleur. De nouvelles lumières vinrent fortifier ma première idée et ae.coutumé dès longtemps à sacrifier jusqu’à ma réputation à ce qui me paroit être la vérité et mon devoir j’allay le lendemain retirer ma parole, quelque idée qu’on pût jDrendre de ma légèreté et finalement je ne me suis mêlé de rien et je n’av voulu assister à rien.

Jusque là si vous êtes juste j’espère que vous ne me condamnerez pas. Mais vous me reprochez de ne vous avoir pas averti plus tôt de tout ce qui se tramait: 1° Quant aux réceptions elles se sont trafiquées si promptement que malgré mes avis vous n’auriez pas eu le teins d’y parer. 20 Quant à l’affaire maçonnique de Delanges n’étant point de sa loge je ne fay sçue que quand tout a été fait et que les coups

étaient déjà portés. 3° Enfin et je vous l’ay déjà dit je sçavois qu’une autre main, témoin de tout, vous en instruisoit fldèlement, il étoit donc inutile que je m’en mêlas et Ténigme prétendue que je vous envoyais n’a pas dû rester longtemps obscure pour vous, voilà, mon cher ■Vb^’^l’exposé vrai de tout ce que j’ay fait et dans tout cela ni vous ni aucun autre ne m’accusera de n’avoir pas pris le parti de votre personne qui dans tous les tems me sera toujours infiniment chère.

Je vous tromperais si je vous disois qu’il en est de même de votre cause et j’en suis incapable. Je vous ay peint partout comme un homme vertueux par excellence et dont le cœur était fait pour intéresser ceux qui avaient le bonheur de vous connaître, mais je n’ay point caché que je ne crovois pas votre manière de voir nos objets aussiheureuse. En fait d’amitié, je serai toujours prêt à m’immoler pour vous. En fait de vérité, après Dieu, je me croirais coupable d’avoir des considérations pour personne. J’ay donc dit tout haut et je vous le répète que j’étois bien loin de louer le peu que je connoissais de vos entreprises. Que j’estimais vos désirs d’avancer et de découvrir des sages mais que j’aurois désiré que vous l’eussiez fait avec moins d’appareil et moins d’éclat, que je craignois même que le fardeau énorme que vous avez pris ne vous écrasât à la fin et ne vous laissât bien loin derrière ce que vous cherchez. Dans mon intérieur j’enpensois encore plus que je n’en disois et que je n’ay pas pu dire à d’autres qui ne m’auroient pas entendu je vous le dis à vous mon cher J’aurois désiré qu’avant de lever l’étendart d’Israël vous v^ous fussiez longtemps stylé au métier des ar-

mes, j’aurois désiré que rempli de cette foi que vous sçavez si bien exprimer vous l’eussiez employée à votre propre avantage et qu’au lieu de vous lancer dans le tourbillon des nations, vous vous fussiez lancé dans Dieu qui peut-être vous auroit déjà rendu un homme et cela à beaucoup moins de frais et avec moins de fatigues et de tribulations que vous n’en éprouvez de la part des mortels.il est beau d’avoir du zèle pour la maison du Seigneur mais il fut recommandé aux apôtres même d’être prudents comme des serpents et le premier degré de cette prudence est à mon avis la science d’attendre. J’y ay beaucoup manqué moi-même, soit en parole, soit en écrits et je me le reproche. J’implore l’indulgence d’en haut sur les erreurs de ma jeunesse; je remercie Dieu de m’avoir laisser arriver à un âge assez avancé pour que la raison m’ouvre les yeux et me fasse sentir qu’à quarante ans je ne me devrois plus croire excusable s’il se trouvoit dans ma conduite spirituelle la moindre inconsidération. C’est là tout ce dont nous sommes comptables, le reste est entre les mains de Dieu. Vous pouvez maintenant, mon cher composer le tableau de ma manière d’être à votre égard, je \ous en envoyé toutes les couleurs. Vous l’auriez môme dès longtemps car, au milieu de tous les reproches que vous avez cru avoir à me faire dans bien des occasions. Dieu sait combien vous m’auriez chéri si vous aviez voulu m’entendre. Il sçait ce Dieu qui par sa grâce est mon tout sur la terre, il sçait que j’ay été quelquefois dans le cas de faire le petit St-Paul et de demander pardon lorsqu’on me faisait des injures, il le sçait, dis-je, et c’est une de mes joyes les plus vives car je suis plein

d’espérance que cela se trouvera sur mon livre de compte au dernier jour et que cela pourra balancer une grande partie de mes péchés.

Malgré tout cela mon cher je ne me flatte pas de vous persuader ni de rien changer à votre marche, vous y avez des succès qui vous attachent, vous y avez une bonne foi qui vous sera, j’espère, imputée à justice, mais cependant évaluez ces succès, balancez les circonstances et prononcez dans votre for intérieur. J’ay peu, dites vous, approfondi votre objet, il y auroit pour vous autant de choses que je veux bien le croire, il y en auroit toujours d évidemment vicieuses, S(,*avoir l’éclat d’un côté et de 1 autre l’espoir de concentrer l’Esprit dans des codes et dans des écoles. Il a été le défaut de notre défunt M , tel a été celuy de nous autres tous ses disciples. J’en suis tellement revenu que j’abjure aujourd’hui toutes ces ordonnances où l’homme se montre et dont Dieu l’éloigne. Quant à votre bonne foi, elle pourra sans doute vous préserver de bien des précipices s’il s’en trouvoit sur votre chemin mais j aurois regret que votre bonheur fût borné à cela et je sens qu’un homme vertueux comme vous est fait pour les récompenses. En voila assez, mon cher et même j’aurais voulu en dire moins. Voyez donc ce que vos pas dans cecy ont engendré, combien d’explications, de justifications, d’accusations, dé condamnations, tout est en feu et je ne vois pas encore une goutte d’eau pour le calmer, et vous même, quelle énormité d’écritures ! quelles sollicitudes ! tandis que vous avez laissé là tant\ d’objets dont la culture paisible eut rempli vos jours de délices et ne vous eut exposé à aucune espèce de tribulation. Mais hélas î qui est-

ce qui est en mesure sur la terre ! mon Dieu, veillez sur moi, éclairez moi sur mes propres fautes et soutenez mes frères dans la route qui mène à vous.

Ce n’est pas d’aujourd’huy que je connois les inconséquences de la personne en question dont vous avez à vous plaindre. Je vous avoue que je me félicite de n’avoir rien à traiter avec elle car il en est peu de ceux qui l’approchent avec qui cela ne finisse mal.

Vous me ravissez de me parler de mon cher confrère, de ma tante et surtout de m’apprendre que la mère éprouve du mieux de tems en teins. Vous ne me dites jamais rien du Grainville, au moins

dites-luy quelque chose pour moi.

Le Ribas part au jiremier moment. Vous aurez sans doute de ses nouvelles ainsi je ne vous en parle point.

Paris le lo mars i :;83

Plus nous nous occupons de nos discussions T. Ch.M‘®® plus nous embrouillons la matière. Vous m’accusez de faire chorus avec vos adversaires pendant que j’ay défendu ouvertement votre personne et qu’ils l’accusent. C’est même là le seul objet de leurs déclamations car, quant à notre cause c’est peutêtre plus par jalousie que par persuasion qu’ils y paroissent opposés. Pour moi qui grâce à Dieu, porte mes vues plus loin qu’eux sur cette partie c’est un autre mouvement qui m’anime et c’est là où je trouverais fort sages vos conseils sur le silence que je devrois garder à leur égard, mes motifs sont trop purs pour eux, ils ne peuvent que difficilement les entendre, raison de plus pour ne leur en pas parler. Au

demeurant j’en ay parlé si rarement et à si peu de gens que les suites n’en peuvent pas être très importantes et je dois répéter icy que tout était fait parmy ces tripoteurs avant que je le susse et que je pûs vous en instruire. 11 n’est plus question de tout cela, je vis dans ma retraite où je m’enfonce plus que jamais ; j’ai rompu toute association et presque toute communication avec des êtres dont je n’attends rien et auxquels il ne m’est pas donné d’être utile.

Vous présumez sans doute que malgré cette conduite, je n’en garde pas moins mon opinion et vous avez raison de le croire. La conclusion que vous tirez de mon exposé ne me pénètre point. Il ne prouve, dites vous, autre chose sinon que je me crois toujours dans la lumière et vous toujours dans les ténèbres. Ce seroit là le comble de l’orgueil, mais, mon cher M^re eussè-je ce vilain vice, eussè-je la vertu opposée, il me semble que ni l’un ni l’autre ne ferait Tien sur la question qui nous occupe. L’idée d’un honneur peut être vraie et son moral faux comme son idée peut être fausse et son moral vrai. Je pense donc qu’il faut toujours distinguer un point de discussion d’avec la personne et c’est ce que j’ay fait à votre égard dans les événements qui se sont passés. Vous avez une manière d’argumenter, mon cher M*'* qui empêclie bien quelquefois qu’on ne vous donne de nouvelles raisons mais qui ne détruit pas celles qui sont venues. C’est le cas où vous êtes encore tombé en récriminant sur ce que vous n’aviez pas trouvé un homme dans notre alfaire depuis 17 ans. Quel est celuy de nous qui a suivi cette marche .simple et divine dont je vous parle? aucun, pas même moi qui en suis si profondément persuadé.

Mais je n’ensuis que plus affligé que vous ne l’ayez pas suivie parce que comme vous êtes beaucoup plus vertueux que nous tous, vous auriez été beaucoup plus loin. Vous auriez fait ce que nos faiblesses et notre négligence nous ont empêché de faire, enfin vous eussiez bâti en profondeur et en élévation ce que vous avez répandu en surface. Voilà mon cher M^rela sincérité de ma manière d’être et de voir; elle ne peut vous oftènser quand même elle ne s’accorderoit point avec la vôtre. De quelle illusion puis-je jamais être tiré par cela ? Serait-ce sur l’histoire de sages élus sur la terre pour y manifester les vertus Divines? Hélas, cette conviction est au fond de mon âme, je l’ay écrite, imprimée, prêchée. Seroit-ce sur les moyens d’approcher d’eux ? ou la parole de Dieu est fausse ou il faut croire que quand on le cherche avec cette vertueuse activité dont je vous crois susceptible il feroit plutôt naître un prophète d’une pierre que de nous laisser â l’abandon. Ainsi donc, mon cher quand même tous les sages que vous poursuivez viendraient à ma connaissance (ce dont je suis bien loin de me flatter) je persisterais encore dans ma persuasion qu’il vous étoit possible de les trouver à moins de frais. Voilà toute ma thèse. Vous me dites que je tourne le dos à tous les moyens. En vérité c’est de bien bonne foi et sans le savoir. Je n’ay de rapports avec aucun autre de ces moyens qu’avec vous seul. Vous êtes le seul telescope par lequel tous vos entours prochains ou éloignés m’aperçoivent^ et je ne les aperçois jamais. Il est bien sûr que ne me voyant que par vos yeux, ils doivent être peu empressés de courir après quelquun qu doit leur paraître si opposé. Quant â moi, je ne peux

leur tourner le dos puisque je n’en connois pas la moindre trace, mais je ne le tourne pas plus à vous qui êtes leur organe au contraire je vous tourne la face la plus gracieuse qu’il me soit possible de vous faire. J attendrais dans le calme l’accomplissement de ce que vous m’avez fait espérer jadis et de ce qui semblerait selon vos lettres s’approcher de vous de plus en plus si j’en dois jouir j’en remercierai Dieu et je l’en remercie d’avance ; si je n’en dois pas jouir, je le remercierai encore au nom de ceux qu’il aura jugé à propos de mieux traiter que moi, parce qu ils en auront été plus dignes. Vous voyez, mon cher iVr^’^que de toutes façons je retomberai,j’espère, sur mes pieds. Si je connoissais même des obstacles qui dussent nuire en quelque chose à mon avancement, je me croirais coupable de ne pas les combattre comme vous le seriez de ne pas me les faire connoitre. Mais, en attendant, je me porte de toutes mes forces vers le grand consolateur et plus je marche par là, moins je me trouve dans la dépendance des événements.

Je vous avouerai que si c'est de vos maîtres que vous tenez l’instruction que vous m’envoyez sur J. G. ils auroicnt par là un faible titre à ma confiance. Je trouve que soit eux, soit vous, on tranche bien hardiment dans une question qui a divisé le monde chrétien tout entier dans les premiers siècles de 1 Eglise et qui a occupé les meilleures têtes.Je ne parle point de la condamnation authentique que cette docrine a reçue dans les conciles. Je parle des conséquences importantes qui doivent en résulter et qui seules auroient dû au moins faire suspendre la décision. Je sçais qu’il y a une partie de nous-mème qui

s’accomode mieux de ce point tel que vous le présentez mais je sçais aussi que ce n’est pas la meilleure ou plutôt la plus vaste et j^aurois souhaité (lu’avant de prononcer on eut attendu qu’on les eût parcouru toutes. Le teins nous en apprendra sans doute davantage. Quant à moi je ne me sens point en état de l'entreprendre. La seule chose que j’implore de \nus, mais comme en me mettant à genoux à vos pieds, c’est de n’enseigner sur ce point votre doctrine à personne jusqu’à ce que vous ayez parcouru un plus grand cercle. Je ferai tous les sacrifices que vous exigerez de moi, faites-moi celuy-là, je vous en supplie, et bornez-vous à enseigner la Divinité de J. C. sa toute puissance et éloignez autant que vous pourrez l’idée de vos disciples de la recherche de la composition de J. G- qui a été une pierre d’achoppement pour un si grand nombre.

Mes hommages et amitiés s’il vous plaît à tous les vôtres. Je n’ose écrire à la mère dans la crainte de fatiguer ses yeux ; je crains aussi qu’elle ne soit aüligée de mon silence.Di tes moi ce que je dois faire et ce qui lui plaira le plus.

Pai'is le 3 Février ij 84

Par ma dernière, je vous ay promis T. Ch. une autre épître et la voicy. J’irai par ordre de matières, comme vous et loin de vouloir continuer à approfondir je me bornerai à vous exposer sur quoy reposoient mes observations antérieures relativement à votre manière de voir ainsi que les nouvelles observations que vous me suggérez.

J’a vois cru votre opinion sur J. G. èjfi'e le fruit de quelque enseignement d’après un passage de vos

anciennes lettres où vous me marquiez formellement: on m'a expliqué tout cela. J’avois cru que vous aviez communiqué cette opinion à vos disciples en trouvant M. de Ribas imbu et voyant par la réponse que vous me fîtes alors qu’il ne l’avoient pas inventée. Quant aux deux portes,le Cœur et l’Esprit, je crois comme vous mon cher que la première est de beaucoup préférable à l’autre surtout quand on a le bonheur d’être par tagé comme vous dans cette par tie, mais elle ne doit point être exclusive principalement quand on a à parler à des gens qui n’ont à peine que la porte de l’Esprit d’ouverte et, comme vous dites très bien, il faut être très scrupuleux sur cet enseignement jusqu’à ce que la lumière vienne. Aussi me suis-je moins occupé de vouloir rien enseigner sur cela que de peser l’enseignement pour lequel je vous voyais pencher et je vous réitère que le point où vous sçavez qu’en est mon idée sur cela remplit mieux tout mon être que celuy où vous tenez encore, mais c’est au teins et à Dieu à ramener l’unité d’intelligence entre nous comme il a ramené l’unité d’intention et de désir pour le bien.

à VEmauation^

Il me semble que vous laissez subsister la difficulté en son entier quoique vous donniez aux mineurs le complément des facultés necessaires pour la contemplation Divine car dès que vous les laissez dans la suspension de l’action spirituelle temporelle, cela me suffît pour rendre à mon objection toute la force et m’empêcher d’être de votre côté. Vadjmamentum même ne change rien à la thèse parce que pris comme général,pris comme particulier,

il luy auroit toujours fallu un concours pour justifier les suites que vous voulez expliquer par là et ce concours ne se trouve plus dès que l’action qui le devoit produire est suspendue.

Au Secret qui court les raes. Je suis bien loin de vous taxer d’etre l’auteur de cette fâcheuse indiscrétion et je vous assure que je me mets très sincèrement au rang des coupables en ce genre. Je ne sçais même comment vous êtes surpris de ce que je vous dis sur cela. L’éclat de Martinez, de tout ceux qui ont fait du bruit en Allemagne de mes écrits et ne favorise-t-il pas assez l’opinion publique pour faire croire que c’est aussi là le but de votre association quand même vous ne le diriez à personne. Quant à moipourrois-jeen douter en voyant dans vos anciennes lettres ce qui est promis à certains grades et dans celles de dernier que l’on devient chef et maître visible en cpialité, de disciple immédiat et éprouvé G. Je vais plus loin, mon cher si les sciences religieuses ne se terminent pas par ces preuves évidentes elles laissent l’homme loin du but et de la lumière quoique par ses vertus et Timitation de notre divin il puisse* arriver au salut ;

mais voilà précisémentà quoydoit tendre cette vraie science dans la main de ceux qui la possèdent c’est à veiller secrètement sur les aveugles humains et à écarter d’eux les obstacles invisibles qui les environnent. Or pour cela il faut que le les connoisse et de même ceux qui aspirent à l’Etre. Ne vous défendez donc point de ce but ce seroit en vain que vous voudriez l’effacer de ma pensée mais redoublez d’efforts pour concentrer dans le secret car ce n’est que sa publicité qui m’en paroit répréhensible! En

un mot c’est manquer à la prudence et à la sagesse que de la faire connaître aux esprits que ne sont pas propres à la voir sous son vrai jour. Mais prétendre mener les hommes à une vérité complète où ce point ne soit pas compris, je persiste à regarder cela comme impossible. Les sciences religieuses sont une grande chaîne où tout est lié. Si l’on n’a pour but que la partie morale et vertueuse, la partie scientifique est inutile souvent même dangereuse par les abus qu’on en peut faire mais dès le moment qu’on touche à l’arbre de la science on tromperoit l’homme si l’on voulait l’empêcher de croire qu’il peut en manger les fruits. Je vous vois les mêmes idées, mon et sûrement je ne suis pas votre ennemi. Je suis de votre avis sur la réserve que j’ay à garder envers votre régime tant qu’il n’en sortira pas des étincelles qui me soient analogues. Je suis fâché que les tracasseries qu’on vous a faites paroissent éloigner le moment; mais la providence par dessus tout.

aux engagements^

Ce n’est point de l’homme en question que je tiens J’idée que vous combattez, elle vient de la persuasion où je sais que nous ignorons si parfaitement la marche de l’Esprit qu’il nous est impossible de répondre de ce que nous devenons quand il nous prend. 11 se peut qu’il ne nous interdise pas de suivre un ^entier dans lequel nous sommes entrés comme il se peut qu’il nous l’interdise et s’il le faisait, il n’y a point d’engagement humain qui dût arrêter. Votre objection des charlatans et des gens de mauvaise foi n’est pas de mise dans cet ordre de choses.

Les chefs les connoitroient, les pimiroient et empêcheroient les faibles d’en être la victime. Voyez comment Jérémie traita Hananias qui abusoit le peuple ; comment Elie traita les prophètes de Samarie etc. Ces exemples doivent servir à ma cause car en pareilles matières et pour gouverner les humains dans les régions spirituelles il faut être à l’instar de ces grands modèles ou bien cela rentre dans la classe commune dans laquelle il n’y a plus que des moyens humains de se prémunir contre les surprises.

aux nombres,

L’intention est une bonne chose mais elle ne suffît pas. Voyez Oza. Mais sans aller jusques là je sçais ce qui m’est arrivé pour avoir employé un nom qu’on m’avait donné comme merveilleux. Je ne l’écrirai pas mais j’en ai eu assez pour n’y pas revenir. Je croirais donc que nous devrions nous borner à ceux qui sont parfaitement connus : anges, archanges etc. Je suis bien loin de regarder comme vous le 666 de la bête plutôt comme mystérieux que comme numérique. Le règne absolu de la matière ne serait pas le règne absolu de l’iniquité que vous sçavez devoir exister un jour. Puis il est dit formellement que c’est le nombre d’un homme,puis détourner ainsi des expressions positives dans des sentiers compliqués me paroît sortir de l’esprit de s’impiicité qui a gouverné les écrivains sacrés. J’ay sur cet article trois ou quatre explications dans ce genre qui me sont venues mais il n’y en a aucune qui me satisfasse et à laquelle je m’arrête.

Voilà, mon chez l’esquisse de ce que je vous ay annoncé. Vous ne m’y voyez point endoctriner ni

approfondir mais vous m’y voyez la sonde à la main et ne faire autre chose cpi’engager mon frère et mon ami à en faire autant. Je vous réitère les assurances de ma sincère amitié pour la vie. Puisque vous en avez pour moi, ne soyez pas si longtemps sans me donner de vos nouvelles quand môme ce seroit plus en abrégé.

Je vous remercie de tous les détails du ballon ; 3 ay mandé Pannée dernière mon avis à la mère sur cette découverte, je crois que la société peut y perdre autant qu^y gagner mais pour l’homme moral je regarde cela comme un piège de plus pour lui.

Je ne vous ai dit qu’un mot de Mesmer par ma dernière. Je vous en dirai davantage aujourd’hui mais c’est sous la condition expresse que ce sera pour vous seul exclusivement à tout autre. Je dois ce retour à votre confiance mais si vvous ne vous promettez pas à vous-même de garder ce que je vais vous confier, je vous supplie de ne pas aller plus loin.

Il y a une école,informe encore mais qui prendra plus de consistance. On y est sous le serment d’honneur de n’en rien divulguer et je l’ai fait, je le tiendrai ; mais 011 ne m’a pas fait jurer de ne pas convenir de mon admission quoiqu’on m’ait engagé au silence même sur ce point. C’est donc ce point que je vous confie. Quand je serai plus avancé, je vous dirai si je suis content ou non car je n’en suis encore qu’à la formalité de mon admission et n’ai pas même reçu la première leçon. J’ai des devanciers qui sont fort satisfaits ce qui me fait croire que je le serai de même. Adieu, T. CH. brûlez cette

lettre. Je soupire pour vous voir tout à fait en équilibre sur tous les points ci-dessus.

Paris le 29 Septembre i ;84

Quoique j’aye chargé le Mtfe Pagamini, T. Gîl. M'", de vous souhaiter de ma part une bonne année, à vous et à tous les vôtres, je me fais un plaisir de vous renouveler moi-même l’assurance des sentiments que je vous ai promis solennellement de garder pour vous toute ma vie. Ce n’est pas que vous me gâtiez par de trop fréquents signes de souvenirs. J’espérois qu’étant plus libre depuis que vous avez laissé le commerce, vous pourriez plus souvent que par le passé me donner de petits rafraîchissements d’amitié mais mon marché est fait avec vous sans réserve et sans restriction et je vous aimerai jusqu’au tombeau de quelque manière que vous me traitiez.

Je voudrois être moins paresseux, je vous faisois un long détail de ce que j’ai vu à Buzancy et dont je n’ai parlé à la mère qu’en courant. En somme, un jeune homme sourd depuis quinze ans mais complètement guéri en huit jours à entendre comme vous. Ce même homme guérissant ensuite en quatre jours une femme rongée d’une sciatique épouvantable depuis nombre d’années et la mettant en état de marcher et de se servir de tous ses membres ; ce même homme attaqué le lendemain de cette cure, d’une maladie de nerfs mêlée de paralysie universelle et de catalepsie et guéri en huit jours au point d’avoir une force double de celle antérieure, un usage plus parfait de tous ses organes qui tous avoient été altérés dès sa jeunesse et entin d’avoir crii de près d’un pouce dans ce court intervalle. Tout son pays est dans l’admiration, je ne vous parle point de mille autres petits faits dont j’ay été

également témoin mais je dois ajouter que toutes ces cures avec tous leurs symptômes sont annoncées par les malades eux-mêmes plusieurs jours d'avance et jen’ay vu aucune de ces annonces qui ne soit arrivée à l’heure dite et avec toutes les circonstances indiquées. Je ne me suis mêlé en rien de tous ces traitements. J’assistois, j’aidois seulement à prêter les secours ordinaires qu’on donne à tous les malades mais je ne magnélisois point, mon physique ne me paroissant pas assez robuste pour cela. En revanche j’ay beaucoup observé et je me suis rendu de tous ces phénomènes un compte suffisant pour croire que la raison n’ait pointa s’en plaindre. Rien de cela ne paroitra dans le public. Ce n’est pas dans l’état de combustion où sont les choses que les idées froides comme les miennes peuvent trouver place et cela restera dans le portefeuille avec beaucoup d’autres choses. Si quelque jour nous ne faisons pas comme les montagnes qui ne se rencontrent point, je vous communiquerai ces observations magnétiques.

De votre côté si vous jugez à propos de me mettre au fait de l’état des choses en votre ville je suis prêt à vous entendre. Fait-on des cures par les procédés admis dans votre école ? êtes vous content des succès ? voilà des choses que vous pouvez me dire. Quant à ce que le Giraud a bien voulu me confier d’après l’aveu de votre société, je vous avoue que j’en crains les suites ou plutôt je vois que la chose ne peut pas rester au point où elle me paraît être d’après l’exposé qu’on m’a fait. Elle montera ou elle descendra. C’est à l’évènement à m’instruire. Vous ne doutez pas que j’aimasse mieux la voir monter, alors elle seroit tout à fait spiritua-

Üsme et il n’y auroit plus besoin d’image, chose dont je souhaiterois que l’on pût se passer. Je pense tout haut avec vous, mon cher Mais je ne tiens

pointâmes idées et j’attendrai tranquillement les vôtres.

Quant à l’objet principal, je jpersévère plus que jamais dans mon goût pour la retraite et Tobscurité. Je trouve que c’est là où je me parfume le mieux de cette huile de joye dont parlent Isaïe et Paul s’il plaitun jourà la sagesse suprême de m’employer à autre chose, je ferai en sorte qu’elle me trouve prêt. Si elle ne le juge pas à propos. Sa volonté soit faite ! cela ne m’empêche pas chemin faisant de donner la main à mes seml)lables quand j’en trouve d’enfoncés dans le bom'bier, et tous les prodiges magnétiques que j’ay vus ne m’ont pas peu servi à faire ouvrir les yeux à quelques aveugles. Cela ne m’empêche pas non plus de causer avec eux quand il y a lieu. Mais cela ne va pas plus loin. Je ne compte pas mon apparition il y a six mois à la loge de la bienfaisance. J’y aurois même été encore hier à la fête de Jean où l’on m’a fait la faveur de m’inviter si j‘eusse été libre. Je n‘y peux voir que les grades inférieurs et je n’y suis que fauteuil : ainsi cela ne discorde point avec mon goût et mon titre d’indépendant. Enfin cela ne m’empêche pas de prendre communication de toutes les idées et écrits que l’on veut bien me communiquer et j’attends en conséquence que vous autorisiez vos lieutenants à me confier la lecture de la rédaction des grades dont vous m’avez parlé cet été et dont je vous dis que je ne me permettrois pas la demande. En effet si vous ne in’appla-

nissez les voies sur cela, je verrois cent ans tous les membres de la bienfaisance que je ne leur en ouvrirois pas la bouche. Bien entendu que cela m'empêche moins encore de me mettre aux pieds d’un Gamaliel s’il s’en rencontroit sur mon chemin. Personne n’en sent plus que moi le besoin, et j ai eu dans ma cellule des mouvements assez positifs pour me convaincre combien il me seroit utile d en rencontrer, Vous m’avez promis aussi dans le tenis de vous souvenir de moi, s’il y avoit du bonbon. Je compte toujours sur votre amitié pour cela si le cas y échoit. Vous savez que je suis un enfant gâté et que c’est vraiment du bonbon qu’il me faut ce qui me rend tiède sur tout le reste.

Vous jugez bien que d’après tout cela je cours peu la cohue de chercheurs que l’ami Delanges va rassembler des quatre coins du monde le i5 février prochain. J’ay reçu une belle circulaire à cet effet dont problablement vous aurez connoissance. Mais ma réponse est toute faite, je n’y mettrai pas les pieds. Ce sera le festin de l’Evangile à cela près que le principal hôte n’y sera pas le plus honoré. Car si on croyait en luy on ne se rassembleroit pas pour chercher à qui l’on doit croire. Que ferai-je là mon Dieu ! Je regarde cet homme comme le tourment de la vérité.

Adieu, mon cher je me recommande toujours à vos bonnes prières et à celles de tous les nôtres. J’avais prié la mère de deux petites commissions. L’une étoit bien pressée. C’était du sel pour mon malade. N’entendant parler de rien j’ay écrit directement à Pay et j’attends chaque jour de ses nouvelles. L’autre étoit pour l’ami Pernon : il s’est chargé de me faire reteindre un habit de velours de coton bleu.

Voila trois mois qu’il l’a ; j’avois pourtant bien compté m’en servir cet hiver. Adieu encore une fois, mon cher ora pro nobis.

Mettez sur mon adresse rue de Seine faubourg St- Germainn® 72, il y a deux rues de Seine.

Le 29 Avril ijSS

Quoique mon bonheur ne soit qu’en espérance, mon cher je ne puis vous peindre les ravissements que goûte mon cœur de. sçavoir que le soleil s’est levé sur Israël. L’homme choisi n’est plus pour moi que l’homme de DieUj je me dévoue à lui payer chaque jour de ma vie le tribut de vénération et de prières qui est dû à l’oint du Seigneur. Je le supplie d’oublioc-ious les torts qu’il peut avoir à me reprocher dans ma conduite à son égard. Ils ont eu pour source mon ignorance, les difficultés que j’ay senties insurmontables de nous entendre alors et l’idée trop vive qui fermentait en moi sur la simplicité de la marche de l’esprit de Dieu. Geluy qui juge le fond des cœurs sçait qu’il n’y a eu dans le mien sur ces objets aucun autre motif qui méritât sa réprobation et si dans ces tems malheureux, si même aujourd’hui l’illusion me cachait encore en moi desplantes vénéneuses qui eussent germé à mon insçu, je le prie par l’auteur de notre salut, par celuy auquel il ne refuse rien de vouloir bien les déraciner luy-même car je peux bien les ignorer, mais ce que je ne puis ignorer c’est l’horreur que j’ay pour elles et l’abjuration authentique que j’en fais en sa présence, et dans la sincérité de mon cœur.

Quant aux torts que j'ay eus contre la chose, je voudrois en vain me les dissimuler, je sçais que dans

mon for intérieur la publication de mes écrits n'a jamais eu mon assentiment complet, que j’ay toujours senti un choc secret qui même au milieu des suffrages de mes f. f. me laissoit voir combien mon œuvre étoit loin des œuvres actives pour lesquelles l’homme a reçu l’existence et si je ne regardois pas ces entreprises comme des œuvres mortelles, je les regardois presque toujours comme des œuvres mortes. Jepourrois même sur cela vous faire un jour des aveux qui vous montreront combien je crois mes torts réels en ce genre mais je ne puis me confier au papier. Intercédez pour moi, je vous regarde comme libérateur, je m’unirai à vous mais c’est vous qui seul pouvez obtenir d’en haut Tabolition de mon péché. Les torts que j’ay eus de me laisser connoître ne me paraissent pas comparables à ceux d’avoir écrit. Ces derniers offénsoient la chose môme en me mettant à sa place sans son ordre. Les autres n’exposaient que ma personne si ce n’est que cela m’ait mis dans le cas peut-être d’être recherché de trop près des curieux et curieuses et de me laisser aller à des admissions que je me reproche d’autant plus que je les ay faites presque toutes par faiblesse et contre mon goût. Je ne vous parle point de mes péchés de matière; j’en ay commis dont je rougis de honte et qui me font verser des larmes de sang sur le peu de fîmit que j’ay tiré des grâces que Dieu m’avoit faites de me laisser connoître de toutes les manières possibles, que la matière étoit le royaume de notre ennemi. Voilà, mon maître, mon saint ami, mon père en Dieu et en J. G. l’état fidèle et malheureux de celuy qui auroit pu ne passer sur ia terre que des jours de sagesse et de vérité et qui a laissé

accumuler sur luy un tas énorme d’immondices qui le resserrent et l’ensevelissent dans les ténèbres de la privation,

Dieu cependant ne veut pas que je me croie mort, il permet que je pleure, abondamment dans ce moment même sur mon état et sur mes fautes. Offrez luy mes pleurs, il les recevra de votre main, la mienne est encore trop indigne, il n’y a point d’explication à laquelle je neme résigne avec autant de joye qu’aux faveurs les plus douces puisque cela doit me conduire à rentrer en grâce avec luy. Soyez mon ange médiateur, je m’arrête, les pleurs et les sanglots me suffoquent.

Tieman n’a pu vous écrire jusqu’à ce moment.

Son œil l’en a empêché, il a eu une rechute pour avoir voulu écrire quelques mots à M. Milanois. Cependant il feia des efforts pour vous faire part de ses résolutions. Le V*e est dans l’admiration et dans la joye que donne la récompense de la vertu. Je vois leur sort avec une douce satisfaction ; j’ay même actuellement en moi quelques mouvements consolateurs qui me persuadent que Dieu ne veut pas m’abandonner non plus et qu’en persévérant dans l’activité des œuvres et de la prière, je peux trouver icymême quelques moments de calme et de paix Divine, quand même je serois condamné par la justice suprême à ne point partager les hautes fonctions de ses élus privilégiés. Cette paix que St Paul met au dessus de tout entendement est le but essentiel de mes désirs ; je vous renouvelle mes supplications pour que vous m’aidiez à chasser de moi ce qui peut y nuire. Eclairez moi sur les défauts de mon cœur, sur les errem^s de mon es rit et de mes ouvrages. J’aime

le bien, j’aime le vrai, Dieu le sçait et pour mon propre intérêt je n’hésiterai jamais une minute à laisser de côté tout ce que l’on m’indiquera de nuisible à l’attrait que je me sens pour la lumière et pour la vertu. Recommandez-moi au Grainville. 11 sçait que je suis son enfant. Il m’a comblé lui-même des soins paternels dans un teins où je ne pouvois y prétendre. Il ne m’abandonnera pas, je l’espère, dans un tems où j’ai si grand besoin de ses faveurs. Recommandez-moi à tous ceux des vôtres qui voudront bien me regarder en piété et comme un objet de leur charité. Priez tous pour moi, tracez-moi ma route, prononcez-moi ma sentence, je subirai mon jugement sans murmure. Il est plus doux de tenir à Dieu par les effets de sa miséricorde mais c’est toujours luy appartenir que d’éprouver les effets de la justice et pourvu que je tienne à luy je ne connoîtrai plus de maux sur la terre.

J’ai obtenu de M. de Puységur l’ouvrage qu’il a fait sur le magnétisme et que Tieman enverra à la société de la concorde par une Dame qui partira incessamment pour Lyon. Quant à moi j’avois des projets de voyage que je suspens tous depuis la lettre que j’ay vue hier. Vous me direz si je peux es faire, je n’y tiens point du tout. Je ne veux plus bouger que par vos ordres. Adieu, mon mille

choses à la mère pour moi, je luy ay écrit il y a douze jours, je ne sçais si elle a reçu ma lettre. Je n’avais point alors votre nouvelle adresse.

ilf

Paris le i3 Mal i:i85

Vous pouvez vous peindre ma joie, mon cher ami, par celle que vous avez éprouvée vous même. Dieu

soit loué î et sa volonté soit faite î je tâcherai de me tenir prêt à tout ce qu’il pourra ordonner de moi. Je vous dirai, mon cher f. ([ue le lundi 3 Mai, jour auquel je jugeois que ma lettre vous arriveroit j’eus dans ma prière un mouvement intérieur bien délicieux et que l’idée me vint que ma lettre avait produit un heu. reux effet dans votre région. J’en ^jarlai auxff. Tav.,, et Tiem... j’en apprends la conürmation avec grand plaisir et surtout que vous ayez la preuve de la sincérité de mes sentiments pour Dieu et pour vous.

Quant au teins qu’il me faut encore attendre je serai soumis à tout ce qu’on m’imposera. J e ne vous demande point d’enfreindre ce qui vous sera enjoint,ni de mar- cher par vous. Je vousdemande de faire ce que vous avez faitpar le passé, de vous souvenir de moi aux pieds de yotre cruciffx et de consulter s’il y aurait de l’inconvénient d’aller attendre mon teins auprès de vous, au lieu de l’attendre ailleurs. Je vous avoue que depuis la nouvelle que vous m’apprenez, je ne sais plus où aller tant j’ai peur de commettre quelque indiscrétion ou de laisser croire par mes réserves que je cache quelque chose tandis que juqu’à iirésent j’ai été si ouvert avec despersonnes qui me doivent devenir étrangères aujourd’huy. Une fois le f. Tav... parti pour son Rgt. et ce sera dans quinze jours je n’aurai pas icy une âme avec qui je puisse ni’entretenir,sans être fort dansla contrainte puisque personne n’y est au fait de ce qui se passe. Mes connoissances de campagne avec qui j’avois quelque rapport, je ne sçaiirois plus querôle y jouer et je les éviterai au lieu de les chercher.

Si la chose n’était pas trop contrariée de me voir anticiper mon arrivée^ je me ferois un autre tableau de mon existence. Vivant au milieu de vous tous, vos

exemples me souliendroîont, le peu de conversations que j’entendrois lu aideroit toujours à faire mon chemin et peut-etre mon temps s’abrégerait-il par votre présence. Mais, je vous le répète. Je ne veux point me consulter seul sur cela. Ce n’est point mon [plaisir qu’il faut écouter, ce sont les lois de la chose et de même que ce ne doit point être offensant pour elle qu’on la consulte ce ne sera point pour moy qu’on me refuse. Mettez-vous donc fort à l’aise là dessus mais ne m’oubliez pas dans vos consultations c’est tout ce que je demande.

Une seconde question sur laquelle je vous prie de me répondre en môme tems c’est sur l’étendue du séjour que j’aurai à faire à Lyon; sera-ce un séjour passager? sera-ce un séjour x)ermanent? j’aurais besoin de le sçavoir pour l’arrangement de mes affaires dans la capitale. Elle ne me tient point attaché en esclave, partout où mon devoir m'appellera, ce sera une patrie pour moi, heureux si cette patrie était votre ville! Je ne vous demande que deux mots sur cela quand vous pourrez me les dme. Je ne bougerai pas que vous ne me les ayez dits. Faites-les tant brefs que vous pourrez, je sçais que vous ne devez pas avoir un moment à vous, faites-les même écrire par la mère puisqu’elle trouvera' bien un petit moment pour son enfant.

Quelques jours avant votre lettre je causais avec M. le Baron Lefort, de Strasbourg, sur l’éternité des peines, il m’est arrivé de leur dire des choses sur cela qui ne sont point dans mes écrits et qui se rapprochent beaucoup de la nouvelle idée que vous me ^ communiquez. On m’avait peut-être déjà changé. J’ay écrit depuis ces mêmes choses et je vous les

communiquerai quand nous nous verrons. Je m’occuperai plus que jamais de recueillir, ce qui se passera et que je croirai susceptible d’attention. Ce seront toujours des provisions qui vaudront ce qu’elles pourront s’il était vrai qu’un jour on m’imposât quelque tàdie en ce genre. Tout ce que je sçais c’est qu’il ne m’arrivera plus de marcher par ma tôle, dans cecy, et que je n’adopterai rien qui n’ait Vapprobation du censeur.

Je n’aurai pas de peine non plus à reprendre sur les Prêtres des opinions plus fidèles. Je n’étois mené que par des apparences. La lumière me trouvera, j’espère, toujours disposé à la suivre.

Quelles merveilles vous devez avoir entre les mains! mon Dieu, mon Dieu, quand est-ce que vous permettrez que ma soif s’étanche ! Adieu, mon cher ami, nous resterons unis pour la vie et pour l’éternité. Cette idée est la plus consolante dont mon âme puisse se nourrir. Mes amitiés à tous les vôtres et un petit mot aussitôt que vous le pourrez.

Le f. Tav.,. poursuit ses recherches grecques mais il n’est pas encore fort avancé. Il espère cependant avoir découvert quelques traces quoique obscures, qui pourroient le mettre sur la voie. Cela n’est encore qu’en espérance et cela ne peut se réaliser promptement vu que la bibliothèque n’est ouverte que deux fois la semaine. Vous ne doutez pas de son zèle, vous ne doutez pas de son amitié pour vous, ainsi je vous crois tranquille sur son compte.

Sa lettre du 3o a retardé de deux jours parce qu’il l’a mise à la poste à midy et que probablement elle aura tardé jusqu’au lundi, attendu que le samedi étoit le3o et que le Dimanche il n’y a point de poste.

Quanta d’Hauterive, je luy écrirai sitôt que je sçaurai s’il est encore en Angleterre. Car il vient de perdre sa mèrè et je ne sçais si cet événement ne le fera pas revenir en France. Du reste je m avancerai peu pour mon compte et point du tout pour le vôtre jusqu’à ce que je voye comment il prendra la la chose.

Si l’on n’agrée pas la requête que je vous prie de présenter aux pieds du Crucifix, je resterai à Paris jusques vers la moitié du mois prochain ; de là j’irai à une terre à une petite journée d’icy où je serai plus libre qu’ailleurs parce qu’il y aura moins de chercheurs et mes lettres m’arriveront sans faute tous les jours. Ainsi vous pourrez toujours m écrire à Paris.

Paris le 3 o juin 1^85

Les jours se suivent et ne se ressemblent pas, mon cher frère, hier je vous disais que je ne partirois d’icy sans vos ordres.AuJourd’huy je prends la plume pour vous annoncer que jepars vendredy i^rde Juillet avec l’ami Juliénas.

Il est venu me faire part de son voyage après que ma lettre étoit à la poste, il étoit instruit des recherches que nous faisions icy et cela par des voies indirectes comme je vous l’ay mandé. Alors j’ay cru pouvoir en convenir avec luy sans le mettre au fait du grand objet. Je luy ay peint ma situation icy: l’inutilité de mes recherches jusqu’à ce jour, et je luy ay dit que vendredy prochain étoit le dernier jour où j’eusse quelque chose à attendre de mes tentatives, si je n’avais pas de renseignements plus sûrs que ceux qu’on m’avait donnés. Sur cet exposé il a parn

croire que je ne manquerois pas à la commission dont on me charge si je partais après m’en être acquitté comme je l’avais fait, que pour me mettre plus en règle il m’attendait jusqu’à midy, vendredi et qu’alors soit que j’eusse trouvé ou non, je pouvois partir en sûreté de conscience. Je vous avoue que j’ay goûté cet avis sans répugnance. En conséquence j’irai m’installer vendredi à la bibliothèque pour y chercher les ir^dont je vous ay parlé hier. Si je trouve, tant mieux ; j’en prendrai note très exacte et puis nous aviserons au moyen de nous procurer la chose. Si je ne trouve pas, tant pis, j’en aurai des regrets, mais je ne me sentiraipas coupable et je ne me ferai point de reproche. J’ai même dans l’un et l’air tre cas jeté les yeux sur le de Barberin pour me suppléer, soit qu’il faille poursuivre l’objection de ce que j’aurois trouvé, soit qu’il y ait de nouvelles recherches à faire sur de nouveaux renseignements que vous pourriez recevoir. Je ne croirai point com- V mettre d’indiscrétion en ne m’ouvrant avec luy que sur ce seul article puisqu’il doit un jour participer au total. Voilà, mon cher frère, l’accusation de mon pèche si c en est un que de suspendre une recherche qui se suspend d’elle-même puisque je ne trouverien, de me rendre dans un lieu où en hommes et en choses je suis sûi’ de trouver à me nourrir si solidement et de profiter de l’occasion si favorable d’un ami qui veut bien que je fasse la route avec luy au lieu des voitures publiques qui seraient ma seule ressource; je vous fais cette accusation d’avance afin que d’avance aussi vous me teniez l’absolution prête quand j’arriverai. Je serais inconsolable si venant près de vous le cœur si calme et si tranquille je trouvois

le vôtre afïligé et que cç lï\t moi qui en fusse la cause. Dites bien à la petite mère et à tous les nôtres quelle fête je me fais de les embrasser tous. J’accepte avec plaisir et reconnaissance le gîte que vous m’offrez. Votre table ne sera pas plus mesquine pour moi qu’elle l’est pour vous. Le luxe que j’ay souvent vu de près dans ma vie ne m’a point gâté au contraire j’ay toujours déclamé contre luy. Il fait mal au corps et à l’esprit. Je suis bien loin de craindre de manquer de quelque chose chez vous et je serois honteux que vous me crussiez si abandonné à la gourmandise.

J’enverrai par la diligence une petite caisse de livres qui me seront utiles dans mon travail jour nalier, tels que ma bible hébraïque, les dictionnaires hébreux et d’autres que je craindrois de ne pas trouver à Lyon. J’adresse le tout au fr. Périsse du Luc afin que sous son nom cela ne souffre point de visite longue et rigoureuse. Prévenez l’en, je vous en prie. Il pourra bien y avoir aussi quelques manuscrits. V oilàpourquoy je redouterais la visite des étrangers.

La caisse à son adresse sera marquée: A. A.

Adieu, montres cher frère. G’est la dernière fois que j’employe ce fâcheux à Dieu, qui sera j’espère bientôt remplacé par un bonjour. S’il plaît à Dieu nous pourrons arriver dans la journée du Lundy. Aussitôt que j’aurai mis pied à terre je vole aux Brotteaux, j’embrasse le frère, la petite mère, tous les nôtres et je serai dans la joye de mon cœur.

Lorsque vous recevrez cette lettre, je ne serai pas loin de vous.

Le Ghe^ me reçoit etme mande que nous ne pourrons partir que sur les deux ou trois heures vendredi, ainsi

si nous arrivons lundy, ce pourra être un peu tard.

Lyon, ce dimanche matin le'' de l’an 1786

Le Doyen ne peut s’engager à ce que vous sçavez mon cher f. sans vous avoir parlé auparavant. En conséquence,il vous attendra ce soir chez la cruche, à quatre heures et demie ou cinq heures, il s’y rendra. Elle ne sort point et vous vous concerterez avec lui. Bonjourmoncherf. Je vous écris de chez le 1*. O’ Brenau où je vous ay désiré mais où je vois que ma réflexion vous a empêché de venir. Mille choses à la mère pour moi, mille choses au marquis, à tous les vôtres. Que Dieu vous comble déplus en plus de ses bénédictions. Aimez-moi, priez pour moi.

Paris le le»- X’”'® 1786

C’est moi seul qui suis coupable mon très cher f. iet je suis inconsolable du* préjudice que je cause à vos jouissances. Ce que vous m’aviez confié, vous baviez conflé par amitié ; je le rendis au par légèreté et indiscrétion et cédant trop facilement aux questions qu’il me faisait sur l’état des choses dont il se lamentait de ne pouvoir s'approcher cette année. Je me reproche surtout ma négligence à ne luy avoir pas recommandé le secret envers le Ghe’’ au sujet du f. Doyen car le a cru au contraire devoir luy tout dire n’en présumant pas les conséquences. Seroit-il impossible, mon cher frère, d’obtenir une grâce spéciale que je demande à genoux et les larmes aux yeux: ce serait qu’étant le seul coupable je n’eusse pas les douleurs de voir punir de tendres amis que les motifs bons et sensibles qui les ont dirigés paroitroient devoir rendre excusables ? Je sais que

je ne dois pas attendre de longtems les faveurs d assister qui vous sont accordées depuis le renoi^vellement. Je ne me cache pas même que pour le tems a venir toutes espérances se bornent à ce que 1 exclusion n’a pas été encore prononcée. Mais quelque certaines, quelques consolantes que fussent ces espérances à venir j’en offre de tout mon cœur le sacrifice absolu pourvu que l’on daigne vous réintégrer dans vos jouissances. Ce sacrifice me sera doux pom'vu que je vous sçache heureux et content. Unissez-vous à moi pour demander que mon cœur goûte cette satisfaction. Trop heureux si, à ce prix, je vous faisois recouvrer . ce que je vous fais perdre ! Je remets à votre prudence de sçavoir s’il vous sera permis de faire part de mes intentions à cet égard. Je ne crains point qu’on les lise à découvert, au contraire, je le désire ardemment. Comme elles sont sincères, j’espèrerois qu’elles pourraient être exaucées. Mercredi matin je fus tout surpris de voir entrer dans ma chambre le Ch®’^ qui venait de Versailles pour y retourner le soir. 11 me parla de tous ces objets. Je tâchai de pallier le mal de mon mieux, en disant qu’en effet les sommeils avoient repris, qu’on nous avait lu même quelques résultats un ou deux lundis mais que c’était à bâtons rompus et que nous n’étions que fort peu au courant de ce qui se passait, que ce que j’avois mandé au je

l’avois appris par cy par là comme à la volée, que probablement je l’avois mal entendu, que je le luy avois mal rendu et que luy en avait fait autant de son côté, qu’au demeurant notre grande affaire paraissait pour cette année souffrir quelque calme que cependant on avait lu depuis peu un cahier fort

intéressant sur les psaumes. Voilà le fonds de tout ce que je luy ay dit ; voilà certainement tout ce que je luy dirai désormais à luy et aux autres, car le même, je me suis contenté de luy parler en gros des coiitretems que sa langue et la mienne ont occa sionnés et je ne luy ay pas même montré votre lettre.

Par ma dernière au Doyen que je compte bien que vous aurez lue, vous aurez vu que le Cher comptoit réellement m’emmener au mois de Janvier, mais je ^y ï'épété ce que je mande au Doyen et que rien n’étoit moins sûr que j’avois seulement voulu sçavoir ses intentions à tout événement. En elFet la besogne donne un peu icy ; au milieu de ce tourbillon infernal il y a par cy par là de bonnes âmes et d’autres qui ont envie de le devènir. Puisque j’y suis et que quelquefois moyennant Dieu je peux leur donner un coup d’épaule, je ne crois pas devoir me presser de les fuir avant mon époque de Mars à moins que des événements majeurs que je n’attends pas n’en décidassent autrement. Je suis fâché des peines que vous éprouvez par la manière de penser de plusieurs des vôtres sur les objets en question mais je ne me permets plus de juger ni les personnes ni les choses. Je trouve que j’ay tant à faire, avec moi-même que je veux désormais porter vers ce point là toutes mes forces. J’ay souvent la tentation de regarder le joug des crisiaques comme une loi de fer par les arrêts sévères et irrévocables qu’elle prononce, mais je me retiens même sur cette tentation et je Unis par penser qu’apparemment cette loi de fer est nécessîwre pour nos têtes et nos cœurs qui sont si durs (du moins le mien) avant de nous amener à cette loi de miel dont le fardeau est

doux et indulgent comme elle, alors peut-être daignera-t-elle nous faire participer à la douceur. Ce n’est que là que nous trouverons la vie, ce n’est que là que nous serons introduits dans la terre promise. Jusque là nous pouvons bien nous croire sortis de la captivité d’Egypte mais nous sommes encore sous ces tentes et campés au milieu des déserts. Dieu de paix et de lumière, que votre règne arrive Amen. !

Vous m’avez fait un vrai plaisir de m’apprendre le rétablissement de mon confrère. Le f. de Bory me le confirme par sa lettre d’hier où il il me donne de bonnes nouvelles de tous nos amis. Il m’y parle de Mni® de Didier auprès de qui je vous prie de vous constituer l’interprète de mes sentiments et respects ainsi qu’auprès de la grande Minette, (c’est-à-dire Mme de Polomieux). Il m’y parle d’un M. Sigismond quiparôît être un personnage intéressant. Je luy écrirai incessamment pour le remercier de son bon souvenir, mais j’ay à faire passer auparavant le f. de Grainville et quelques autres amis et parents à qui je dois des réponses plus anciennes.

Le paquet de M. de Virieu et la lettre de Paris me sont en efiét revenus sans le timbre et la taxe de la poste qui probablem^înt aura ouvert les premières enveloppes. Une autre fois, si le cas y échoit, attendez plutôt des occasions.

Juliénas me paroit toujours aller bien. Je présume que quelque événement important a été son mobile depuis sa séparation. Il ne s’en ouvre point, je ne le luy demande point, mais je ne puis me l’ôter de l’idée. En même tems je le crois dans une bonne ligne parce qu’il est pieux, aimant et que ses idées ont un caractère de vie qui prouve pour la bonté de

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la source d’où elles découlent. Je n’entreprends pas de le rallier à tous nos régiments; il paroît, au moins pour un tems, devoir s’interdire toute association. C’est au point que même notre société Philantropique qui est j)urement civile, il ne veut pas encore se permettre d’en être quoiqu’il en ait bonne envie.

Leduc d’Havré doit vous écrire incessamment; quant àDelanges je crois que vous ferez bien de rendre avec luy vos lettres brèves et rares. J’ay quelques motifs de croire que tout ce qu’on luy dit et tout ce qu’on luy écrit n’a d’autre sort que de devenir un article de ses gazettes. Il parle avec beaucoup d’éloge de la société de Lyon et dit que si l’on voulait l’y admettre, il ferait volontiers le voyage à quatre pattes. (Le tout sans sçavoir ce que c’est). En attendant il va se mettre de la société mesmérique icy dont il a déjà été président sans avoir jamais sçu un mot du magnétisme. Quelques femmes qui ont la tète vive entre autres une duchesse le désirent là parce qu’il passe i 30 ur avoir des principes et qu’il peut être utile à la société, de façon que je présume que toutes les archives vont filtrer dans les écoles de la matière et de la déraison. Giraut viendra par là-dessus avec une autre Duchesse et Dieu sçait la belle besogne que nous verrons ! '

Adieu, mon très cher f. je me recommande toujours à votre bon souvenir et à vos prières. Le cher f. en fait autant : il est fort incertain du tems où il pourra aller à Lyon cette année prochaine. Il n’en est pasmoins empressé de vous embrasser tous. Dites bien des choses pour moi à la mère, au marquis, au f. Doyen, Grainville et priez le bon ami Milanais

de prendre sur luy de m’aimer encore comme il a eu la bonté de le faire par le passé. Il peut être bon sans que je sois méchant, il peut avoir raison sans que j’aye tort. Luy et son cercle me font des inculpations x^lus graves que celles par lesquelles je me défends. Ils m’accusent de plusieurs choses très répréhensibles et que je maudirois en moi si je les y croyoiset moi je ne les accuse que d^uiie erreur, que de se tromper sur mon compte et de ne pas mettre le doigt sur mes véritables défauts. En bonne jus tice le défendeur a ordinairement pour luy de la part de ses juges les présomptions les plus favorables. Je serois pourtant bien fâché que vous lui eussiez fait le moindre reproche pénible au sujet de nos conversations.

Voudrez-vous bien dire au chat que je Taime toujours et que je le prie d’en faire autant pour moi.

Excepté l’article de la i’’® page de ma lettre que Je consens et désire qui soit mentionné dans les Som.. n’y parlez jamais de moi en quoy que ce soit, je ne demande rien du tout pour moi. Si quelque chose m’est destiné on sçaura bien me le donner dans le tems qu’il le faudra je vous prie de même de n’écouter en rien votre amitié X30ur moi dans tout ce qui aura rap[)ort à cet ordre de peur que par bonté vous ne m’en parliez trop. J’userai icy avec tout le monde de la même réserve.

LeF. Barberin vient de passer un moment che moi. Il est arrivé d’hier, il se porte bien et vous embrasse. Nous nous verrons cet hiver, mais je ne luy dirai rien qui puisse me faire gronder. Soyez en

sûr...

Londres le i 5 Janvier

Je suis arrivé icy le lo, mon cher f. après un assez bon voyage excepté que j’ay été un peu trop long tems sur la mer où moi et mes compagnons de passage avons payé le tribut très en conscience. J ay trouvé icy tous nos bons amis en bonne santé.Tieman et Zinovief me chargent de mille choses pour vous. Le reviendra en France dans trois ou quatre mois et ira en Italie l’hiver prochain. J avois lait a Paiis la partie d’y aller dans le même tems avec Giraut. Ainsi nous pourrons nous y voir. Zinovief s’occupe de mathématiques et est toujours aussi vertueux et aussi tendre que vous l’avez connu. J'ay rencontré par hasard d’Hauterive le surlendemain de mon arrivée. L’entrevue a été froide de sa part je ne sçais pas même s’il n’avait pas dessein de l’esquiver. Je luy ay demandé son heure pour aller le voir, il m’a otfert de venir le lendemain me prendre pour aller à la messe ensemble ce qui s’est fait. Après quoi nous avons promené. Il m’a voulu questionner ironiquement sur nos affaires, je luy ay fait replier ses voiles et luy ay fait entendre que je ne pouvais nullement m’expliquer. Il se dit d’ailleurs très content et nullement curieux de nos secrets. J’ay voulu le mettre à même de voir Tieman, il n’a pas voulu prétendant qu’il ne pouvoit regarder comme étant de ses frères tous ceux qui tenaient à la maçonnerie. Vous voyez ce qu’il y a à en attendre. Je le laisse fort tranquille ; j’irai seulement lui rendre sa visite et s il en veut davantage il le dira, mais j’aurai beau le voir, il n’en sçaura pas un mot de plus sur ce qui se passe.

Vous avez dû voir dernièrement un Polonais très intéressant qui venoit de ce pays cyoù l’on en a la plus

grandeidée. Il devoit me voir à son passage à Parisetje •ne sçais ce qui s’y est opposé. Je crois qu’il a vu Delanges. Ce dernier m’a beaucoup parlé de vous avant mon départ et de ses correspondances avec vous. Je vous en supplie, mon cher f.ne vous pressez pas avec lui. S’il ne s’agissait que de votre bien, à la bonne heure. Mais c’eâtle bien d’un autre, c’est le bien de notre maître. Regardons-y à plus d’une fois avant de le dépenser. Le Polonais doit être à présent en Italie; je souhaite qu’il y soit encore l’année prochaine. 11 vous aura peut-être parlé d’un homme singulier qu’il a vu icy et que je viens de voir aussi tout à l’heure. C’est un homme de 77 ans à qui on n’en donnerait guère que ^5. Il y a dix hiois qu’il ne dort point et il se dit éveillé pour l’éternité. 11 a une sorte d’inspiration qui se manifeste par des passages de l’Ecriture qu’il cite avec une justesse sifrappante

qu’on ne peut s’empêcher d’en être étonné. Je sçais que pour moi qu’il n’a jamais vu et dont personne ne lui a jamais parlé il m’a dit les choses le^ plus étonnantes sur ma tournure personnelle dans la carrière spirituelle et sur les différentes sortes d’épreuves que j’y ayeu à subir. C’est un homme du peuple et qu’on dit avoir été fol. Pour moi je ne prononcerai pas s’il l’est encore ou non, mais je ne puis nier les faits et je vous assure qu’il est impossible à une tête humaine qui n’aurait d’autre ressource que sa mémoire de citer si promptement, si juste, et si abondamment les passages de nos Ecritures. On voit trop clairement que ce n’est pasl’ouvrage delà réflexion. Je le verrai encore quelquefois et je l’é tudierai encore mieux que je n’ay pu faire à la première.

Adieu, mon très cher f. plus je suis loin de vous,

plus je sens le besoin de vos bonnes prières et de celles de tous nos bons amis. J’ay reçu avant mon départ une lettre du f. Doyen pour laquelle je vous prie de le remercier. Mille choses, s’il vous plaît, à la mère au f. Grainville, Milanois, Borry, au chat, au marquis etc.etc.etc. Je n’entre dans aucun détail sur le pays que je suis venu voir, il faut que je le par courre avant. Il m’offre néanmoins un spectacle curieux et intéressant, mais j’aurai beau admirer l’Angleterre je ne lui donnerai jamais le pas sur la France à qui je dois tout: la vie corporelle, spirituelle, les plaisirs de l’âme par tous les liens de l’amitié qui s’y attachait. En voilà assez pour être sûr que je mourrai fran çois.

Ne m’oubliez pas je vous prie auprès de Mesdames S'^-Didier et de Polomieu. Je ne sçaurai guère plus d’anglais en partant qu’en arrivant car je parle presque toujours trauçois ; dites-le, je vous prie, à M. de Borry qui le rendra aux dames Mermieravec des respects de ma part.

La mère et le jeune f. ont mon adresse. Je voudrois bien qu’on s’en servît un peu pour me donner des nouvelles de nos bons amis. Chargez en quelqu’un je vous prie si vous n’avez pas le temps. Il faudra que ce soit prompt, la distance est grande et mon séjour icy ne doit pas être long.

Le prince de Galitzin avec qui je loge est un jeune homme plein démérité et de qualités solides. Il aune sagesse au dessus de son âge et beaucoup de goût pour les connoissances. Rappelez-moi, je vous prie, au souvenir du prince son frère et à celui du f. Massenet.

Dites-leur qu’on me gâte icy à force de soins et, d’atten tions. Je ne sçais comment faire pour y répondre

Paris le 26 juillet 1787

J’arrive de Busancy, mon cher f. et c’est pour me rendre auprès de mon pauvre père qui vient de tomber en paralysie. Il a été secouru à temps ; on paroit ne pas craindre pour ses jours, mais les suites de cette maladie sontsi cruelles! j’en suis affecté jusqu’au fond del’àme.Quelspectacle jevaisavoir,et quels moments je vais passer, je supplie nos bons amis de ne pas m’oublier ni le malheureux malade que je vais soigner.

Faites passer s’il vous plait cette triste nouvelle au f. Giraud, Je ne peux plus faire aucune espèce de projets, ma vie désormais étant subordonnée à l’état de mon père. Quand je l’aurai vu je manderai au juste ce que j’en pense, j’écrirai au f. Milanoisetsi j’ay assez ma tête je luy répondrai à sa dernière mais plus j’y pense plus je trouve l’entreprise difficile.

Adieu, mon cher f. priez pour moi.

Mon adresse à Amboise à M. de Si Martin, le fils. J’apprends dans le moment que mon père est mieux malgré cela je pars.

Lyon le 10 septembre. 1787

La mère me charge de vous dire, mon cher frère, qu'elle a reçu votre lettre. Son lils va beaucoup mieux, la lièvre lui a manqué deux fois, mais en revanche Jeannette a une fièvre très forte; on l’aurait saignée ce soir sans les portes; elle le sera demain pour prévenirrinflammation. Tout va bien chez Villermoz Toni. Au lieu de faire venir la nourrice. Docteur a fait partir toute la famille pour la campagne. La petite s’est trouvée fort bien de la nourrice, la mère fort bien de ne l’être plus et Toni est revenu seul ce soir

fort content de tout son inonde. Giraud est arrivé hier fort peu satisfait des procédés de sa Duchesse qui dans le vrai sont peu flatteurs. Il vous contera cela à son retour.

M. Perrin est venume voir samedi matin et a voulu m'étaler tout plein de raisons. J’ay tenu ferme et il s'en est allé résolu de vous poursuivre aussi vivement que je lui ay paru disposé à poursuivre son frère. Je luy ay dit que j’attendrai la réponse de son frère à la lettre que vous lui avez écrite à Paris. Je luy ay répété la proposition de dix mille livres avec promesse d’être tranquille pendant un an; il n’en veut point et in’a offert la moitié des 9 mille livres en vous laissant la charge de l’autre moitié, je n’en ay pas voulu non plus et nous en sommes là.

Adieu, mon cher f. je me recommande à votre bon souvenir, recommandez moi à celui de vos aimables hôtes. Je désire beaucoup n’ôtre pasparti avant votre retour mais j ignore encore si je puis m'en flatter je ne le sçaurai qu’a la fin de la semaine.

N’ayez nulle inquiétude sur la santé de la mère, elle est fort bonne; elle ne s'est reposée sur moi du soin de vous écrire qu’en raison des embarras que lui donnent tous ses malades.

Rome le 24 178:?

Je suis icy depuis hier, mon cherf. et je n’ay pu m’empêcher de courir tout de suite à la fameuse église Pierre. Je suis tout étourdi de ce merveilleux ouvrage, je n’ay encore satisfait que ma première faim.

Mon éblouissement ne m’a pas empêché de prier Dieu pour tous nos bons amis et par conséquent pour

vous, mon cher f. dans le temple de notre premier apôtre.

La mère Proveiisal a du recevoir une lettre de moi datée de Sienne où je lui mandais que je ne m’étois point arrêté à Florence et où je la priais de dire au f. Giraud de m’envoyer désormais mes lettres à Rome chez M. Pio place d’Espagne. Cette lettre j‘ay été obligé de la confier sur les grands chemins à un courrier qui passait et, dans la crainte qu’elle ne soit pas arrivée je prends le parti de vous retracer icy ce qu’elle rcontcnoit en vous priant d’en faire part àqui il appartient et notamment au f. Giraud pour que mes lettres ne retardent pas davantage. Il y a un article dont je ne parlois point à la mère de peur de l’inquiéter c’est qu en passant à Sienne j’y trouvois tout le monde dans une consternation générale. Depuis vingt-quatre heures on y avoit senti dix huit secouses de tremblement de terre dont uneavait été assez forte pourfaire sonner les cloches des églises.Il y en eut une dix-neuvième pendant que nous dînions mais il se pourroit qu’il y eut quelque chose de grave ailleurs et dont Sienne n’auroit eu que les éclaboussures. La veille nous avions eu une forte tempête du côté de Bologne.

Les gazettes nous l’apprendront, mais quant à ce pays-ci tout y estfort tranquille et on ne s’y est aperçu de rien.

J’ay vu icy à mon auberge le comte Gollovatz que bien connoissez; il m’a reconnu. Pour moi je ne Paurais jamais reconnu, il ne me paroît pas plus avant que par le passé.

Adieu, mon très cherf. je me recommande toujours à vos bonnes prières et à celles de tous les nôtres. 11 fait aussi froid icy qu’à Lyon.

Paris, le 29 Avril 1787

J ay reçu les deux malles que le cher f. W^.le jeune a eu la bonté de m’envoyer et je le remercie des soins qu’il a bien voulu se donner pour cela.

J’aÿ vu le cher f. Virieu qui a fait lire au Duc la lettre en question. Il doit vous en écrire, mais d’avance je peux vous dire, mon cher £ qu’il y a apparence quetout estfîni dececôté-là etqu’il n’ya pasà espérer qu’on revienne sur ses pas, d’autant que iê parti étoitpris dit-on depuis longtemps. Je laisse au f. Virieu à vous rendre un compte plus détaillé.

Quant au les choses sont toujours dans le même état et malheureusement cela commence beaucoup àtranspirer dans le public. La plus grande partie ne l’attribue qu’au magnétisme mais gare à nous, notre tour viendra et je prévois avec douleur combien ce seraungrand obstacle au bien que l’on auroit pu faire.

J’ay fait retirer tous mes effets de chez lui et je les ay déposés dans une maison où l’on veut bien les garder jusqu’à ce quej’aye pris un posté fixe. Je vous prie en conséquence de ne plus m’écrire à son adresse,mais à la suivante rue du Doyenné. S-Louis-du-Louvre N° 5.

Je vous serai obligé de la donner au f. W. le Jeune et à tous ceux qui auroient la bonne volonté de me gratifier de quelques unes de leurs lettres : la mère, Milanais, Grainville, Bory, Giraud.

Le f. Milanais m’avait chargé de lui faire sçavoir ce que j’apprendrois au sujet M”^e de VartonLeben.

Elle n’est plus à Montbéliard. Elle est partie pour la Saxe. Voilà tout ce que je sçais sur son compte.

Je vois souvent icy les Russes qui sonf de la connoissance du f. Zinovief. Lorsque vous le verrez, dites

lui je vous prie que nous parlons souvent de lui et que nous Taimonsbien.

Je n’ai rien appris ici au sujet de la Duchesse de Brissac mais j’avois vu en passant de Gleon qui arrivoit de Nice et qui ne me parut pas entièrement persuadée de sa bonne santé.

Voudrez-vous bien lire cet article au f. Giraud.

Je pars dans rinstantpour chez mon père ; le défaut de places dans les diligences m’a retenu jusqu’à ce moment. En conséquence j’y resterai peu et si l’on a quelque chose à me faire sçavoir on peut toujours l’envoyer à l’adresse cy -dessus qui sera le dépôt de toutes mes correspondances quoique je loge ailleurs dans un hôtel garni attendu que je ne suis icy qu’en passant. Adieu, mon très cher f. je me recommande à votre bon souvenir et à vos bonnes prières, j’en demande autant par votre organe à tous nos amis.

Ne m^oubliez pas auprès de ma tante, de mon confrère et de Mesdames de Didier et priez M. de Bory de ne pas m’oublier auprès de Mesdames Mermier.

Strasbourg le lojuin 1788

Votre lettre m’aété renvovéeicy, mon T.Ch.f.où Je suis arrivé depuis quatre jours. Elle m’a fait plaisir en m’apprenant la bonne santé de toute la famille.

En partant de Paris j’ay appris que le V*® allait mieux. Dieu veuille que cela se soutienne !

On va remettre sa ülle au couvent. L’instituteur de son üls se retire car ses jours ont été souvent en danger dans les accès de notre malheureux ami. Je ne sçais rien de plus. Le f. de Virieu qui est sur les lieux pourra vous en apprendre davantage. On ne sçait rien icy de toute cette aventure. Je m’en suis • y

sciilemenl ouvert à Tieman. On n’y sçait rien non plus du coup que le directoire va recevoir et en général tout ce qui concerne cet établissement paroit absolument oublié icy. Ny en bien ny en mal on n'en ouvre seulement pas la bouche. J’ay vules Turkeim, Mayer Salzman. Chacun est occupé dans son coin les uns à leur banque et commerce, les autres aux affaires municipales, d’autres à des somnambules qui paroissent intéressantes mais que je ne peux juger que sur des extraits qu’on me traduit parce qu’elles ne parlent que l’allemand dont je ne sçais pas un mot ; et moi je m’occupe à mon ordinaire dans la route simple qui me convient. Je ne suis point étonné que vous n’ayez pas compris ma dernière, je ne me proposais pas de l’être encore, je ne me prescris même aucun tems pour vousparlerplus clair, ce seront les circonstances qui me régleront et vous avez trop de peines à présent Peut-être dans quelque temps d’icy se présentera t-il à vous un jeune américain nommé M. Despallières avec unbillet où son nom sera écrit de ma main. C est un jeune homme que la Providence a tiré de la corruption et de T abomination des systèmes philosophiques. Il a une grande démangeaison d’aller plus loin; il est venu me chercher en Touraine, il voulait me suivre dans tous mes voyages. Je l’ay parfaitement assuré de mon impuissance et j’ay fait tous mes efforts pour le ramener à la marche simple et aux pratiques de notre église. J’ay gagné quelque chose sur lui mais non pastout.il a eu le désir de faire votre c.oniioissance et même d’être admis dans la maçonnerie. Je l’ay assuré qu’il ne pouvait mieux faire et je vous l’adresse, car par moi même je n’aurois pas pu le mener loin dans ce sentier. Je vous prie donc de faire pour lui ce

que votre sagesse vous dictera. C’est un excellent cœur, la tète un peu ardente comme on l’a dans son climat mais il est doux et a de l’esprit. Avec cela/il y a toujours de la ressource. Je l’ay laissé à Paris où il demeure et où il reviendra après son voyage de Lyon pour s’en aller ensuite en Amérique dans quelques mois.

Adieu, mon très cher f. ne doutez point que mon amitié ne vous soit acquise pour l’éternité, je me plais à croire qu’il en est de même de la vôtre. Je me recommande à vos prières et à celles de tous nos amis.

Le f. Tieman me charge de mille choses pour vous et pour eux.

Mon adresse à Strasbourg poste restante.

Je vous prie de présenter mes hommages à M. le Doyen et à son aimable mariée; si je ne lui envoyé pas encore de présent de noces, elle voudra bien m’excuser, attendu que nous ne sommes pas encore en vendange*.

Strasbourg le i6 i jSg

La réponse laconique que je désirois, mon cher frère, aurait mieux rempli mes vues que celle détaillée que vous avez la bonté do me faire et elle eut ménagé votre teins. ïndépcndaimnent de mes raisons de délicatesse quisont vraies, j’en ayd’autres qui sontvraies aussi. Je ne vous en parlais point parce que vous devez les connoitre, au moins en partie, et que je voulais éviter de revenir avec vous sur des objets que je ne pourrois traiter sans vous déplaire. Ce môme motif d’altention pour vous qui m’a toujours animé ^ lors môme que vous lui prêtiez des couleurs si dilïérentes, me retiendra encore aujourd’huy et, sans entrer

dans d’autres détails je vous supplie de me faire sça voir par un oui ou par un non si sans tenir à la société maçonnique ni intérieure ni extérieure, je serois néanmoins apte à participer aux instructions secrètes de l’initiation, dans le cas où mes pas se dirigeroient vers votre bonne ville. Un article de votre lettre sembleroit décider la cpiestion pour la négative, puisqu’il y est dit que je ne pouvais participera l’initiation annexée au régime rectifié qu’autant que je serois préalablement membre d’une loge symbolique du régime et je sens bien que la loi qui a prononcé ainsi au commencement se désistera difficilement mais je désirerois d’avoir sur cela quelque chose de plus positif que ma conjecture. En attendant le parti quelconque que je prendrai d’après votre réponse, je vous prie de faire rayer le titre de gentilhomme qu’on a toujours joint à mon nom sui' la liste des membres, il y a longtems que j’avois prié le frère Paganucci de me rendre ce service mais il ne l’a pas jugé à propos.

Adieu, mon tr. ch. f. je me recommande toujours à vos bonnes prières et à celles de tous nos amis. Je fais les vœux les plus sincères pour votre bonheur et pour le leur dans la nouvelle année qui nous arrive.

Strasbourg,le 4 juillet 1:790

Je vous remercie de votre attention, mon cher f. et je suis fâché de toutes les peines que vous avez prises.

Ce ne sera ni sur vous, ni sur M. Julien que je tirerai. Je vous renvoyé votre mandat ; on prend difficilement icy du papier sur Lyon et sur Paris à cause de la perte qu’il éprouve. Mais la maison Franli atout arrangé, vous pouvez faire porter la somme de 625” chez Mb.Braun,Bergasse et Cie,correspondants de

cette maison. Ils sont prévenus par ce même courrier et ils vous donneront sur cette maison [Frank une lettre de change que vous m’enverrez et qui sera acquittée icy sans la moindre difficulté. Quand à 1 avenir, nous verrons d’icylàce qu’il y aà faire- Je pense comme vous, mon cher f. que les intérêts humains ne devroient pas diviser les hommes. Je me mêle peu de ces choses terrestres, au moyen de quoi je garde la paix avec mes semblables autant que je peux. Vous faites bien de jouir tranquillement de votre bonheur domestique tant à la ville qu’à la campagne? et je regrette de tout mon cœur de ne pas être à portée de le partager avec vous. Vous ne me parlez pas d’une seule personne de la famille. Dites, je vous prie, à M. le Marquis que malgré le décret contre les titres, je lui conserve le sien et qu’il devient d’autant plus beau qu’il sera le seul dans le royaume. Dites à la mère et à mon confrère que je les prie toujours de m’aimer un peu.

Dites aussi s’il vous plaît au cher f. ainéque j’attendois de lui une réponse qui n’auroitpas été bien longue, que nelavoyantpas venir je peux présumer d’avance de quelle nature elle seroit ce qui me détermine à prendre mon parti, qu’en conséquence je le prie de présenter et de faire admettre ma démission de ma place dans l’ordre intérieur et de vouloir bien me faire rayerdetous les registres et listes maçonniques où j’ay pu être inscrit depuis 85. Mes occupations ne me permettant pas de suivre désormais cette carrière.

Je ne le fatiguerai pas par un plus ample détail des raisons qui me déterminent. Il sçait bien qu’en ôtant mon nom de dessus des registres il ne se fera aucun tort puisque je ne lui suis bon à rien. Il sçait d’ailleurs

que mon esprit n’y a jamais été inscrit, or ce n’est pas être liés que de ne l’etre qu’en ligure. Nous léserons toujours, je l’espère, comme coliens, nous le serons môme par 1 initiation si toutefois ma démission n’y met pas d'obstacle car alors je ferai même le sacrifice de 1 initiation, attendu que tout le régime maçonnique. devient pour moi chaque jour plus incompatible avec ma manière d’ètre et la simplicité de ma marche. Je n’en respecterai pas moins jusqu’au tombeau celle de ce cher frère et il peut être sur que je ne la troublerai de ma vie. Adieu, cher frère, présente mes hommages à toute la famille et à tous nos frères spirituels et temporels.

Ora pro no bis.

Vous avez sçu qu’au printemps dernier j'ay été faire un voyage en Touraine où j'ay trouvé mon père et toute ma famille très bien portants et préservés de tout trouble et de toute inquiétude au milieu desj^agarres de la France. J’ay vu à mon retour à Paris quelques uns de nos amis. Tous cos objets remplis, je n ay pu m empêcher de revenir à mon Strasbourg qui semble avoir été pour moi dans ce monde la terre promise par les consolations et le bonheur dont j’ay joui, et cela dans ma solitude, avec un très petit oeninrb de connoissances et sans aucune espèce de vertige de ces routes compliquées qui m’ont toujours gêné et dont je crois devoir me séparer pour jamais. Cependant je présume qu’à la fin de l’été je rentrerai dans mon Paris où quelques devoirs semblent m’obliger de fixer ma demeure principale car icy je n’y suis que par égoïsme et pour mon propre compte.

Ma sœur qui étoit en Dauphiné dans une maison

de mécontents de tout ce qui se passe en France vient de se sauver avec eux à Ghambéri.

Nous avons utilisé cette correspondance seulement pour reconstituer une partie de la vie de Claude de Saint-Martin.

Mais on verra par sa lecture combien de problèmes elle permet de résoudre. C’est ainsi que le rituel des cérémonies magiques deMartines de Pasqually y est presque entièrement décrit ; c’est ainsi que les problèmes les pl,us élevés qui peuvent intéresser l’avenir de l’être humain et son évolution sont clairement posés et souvent résolus. Enfin, nous sommes persuadé que les criti^jues de l’avenir qui voudront marcher sur la trace des Matter des Caro et des Franck trouveront là une foule d’indications de grande valeur qui seront encore complétées par la suite d’une publication sur les maîtres du Martinisme.

Aussi comprenons-nous pourquoi nous avons été incité à livrer à la publicité cette partie de nos archives.

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